« Nous avons tout à gagner à nous préoccuper de la qualité de nos cours d’eau et de nos sols. C’est l’avenir même de notre agriculture dont il est question. »


Propriétaires de la ferme laitière Rivière verte depuis déjà 25 ans, Lynne Martel et Rodrigue Bégin ont mérité le prix La Coop fédérée àl’agroenvironnement, remis lors la dernière édition du concours de l’Ordre national du mérite agricole. Un honneur qu’ils apprécient tout en reconnaissant l’aide reçue pour l’exécution des travaux. Ces gens aiment jaser d’environnement. Fiers des changements apportés au sein de leur entreprise, ils voient ces atouts comme une
plus-value, non comme un poids lourd.

Concrètement, ils ont planté plus de 500 arbres dont le tiers sont des peupliers hybrides, aménagé une coulée d’empierrement de 305 mètres (1000 pieds) en longueur et construit huit sites d’abreuvement en rendant la rivière inaccessible aux animaux. Ils suivent de près la valeur fertilisante de leur sol et de leur fumier, ne pratiquent plus de labours dans les champs fortement inclinés et tentent d’agir toujours au mieux pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement.

Une terre bordée par la rivière
Inscrite il y a un peu plus de cinq ans à une formation dans le but de réaliser le Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) de leur ferme, Lynne comprend davantage tout ce qui se passe au champ en matière de valeur fertilisante des fumiers, des engrais de synthèse et des risques de ruissellement potentiels. « Le fait d’avoir à faire notre bilan phosphore nous a permis d’en apprendre beaucoup sur les liens qui existent entre la régie des champs et des animaux. » Habitués à pousser le pourquoi des choses toujours un peu plus loin, elle et son conjoint adapteront progressivement leurs pratiques agricoles dans le but de les harmoniser au nouveau Règlement sur les exploitations agricoles (REA).

« Notre site est très vallonneux, explique Rodrigue en pointant en direction des terres en culture. Nos terres sont bordées par la rivière Saint-François et nous avons un cours d’eau qui les traverse. Nous avons toujours été sensibles à la qualité de l’eau de la rivière. » Ces agriculteurs avouent par ailleurs que c’est le nouveau REA, en vigueur depuis avril 2005, qui les a motivés à entreprendre une série de travaux en si peu de temps. Membres du Club agroenvironnemental de l’Estrie depuis un an, ils ont la volonté d’intégrer la dimension environnement dans tous les secteurs d’activité de la ferme.

La responsable de ce club, Julie Duquette, voit dans ce couple d’agriculteurs un modèle à suivre. « C’est tellement agréable de travailler avec des gens ouverts et prêts à se questionner pour rendre leurs pratiques agricoles plus durables. Je ne suis pas surprise qu’ils aient gagné ce prix », commente l’agronome.

Huit sites d’abreuvement
Grâce à une aide financière du programme Prime-vert, les propriétaires ont aménagé des sites d’abreuvement d’une capacité de 378 litres (100 gallons) chacun. Ces huit bassins d’eau sont reliés à deux canalisations principales, localisés à la ferme, par des conduites d’eau souterraine. On parle ici de 1524 mètres de tuyau situés à près d’un mètre sous terre. Fixés sur une plateforme de ciment, ces sites ont permis de rapprocher les sources d’eau des animaux. « Nous avons constaté une amélioration de la productivité laitière de nos vaches, souligne Rodrigue. L’eau est toujours fraîche et empêche les bêtes de devoir descendre à la rivière pour se désaltérer. Elles se fatiguent moins. Il faut dire également que par temps très chaud, les vaches allaient se rafraîchir à la rivière sans boire beaucoup. De sorte qu’arrivées à l’étable, elles buvaient de grandes quantités d’eau. » Parallèlement à ces travaux, des clôtures électrifiées ont été installées en bordure de la rivière, ainsi qu’une plantation d’arbres aux endroits où les berges étaient plus sensibles parce que non stabilisées.

Un écran vert
Ces arbres ont été fournis gratuitement par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. « Nous avons bénéficié d’un programme de plantation d’arbres géré conjointement par le MAPAQ et l’UPA, précise Lynne. Plantés au printemps 2005, ces arbres ont actuellement deux saisons de croissance. Quatre essences ont été choisies, soit le chêne rouge, le frêne, l’érable à sucre et le peuplier hybride. Le choix de ces essences d’arbres ainsi que leur emplacement a été fait avec l’aide d’un ingénieur forestier. L’écran d’arbres est composé de trois rangées. Des peupliers hybrides occupent la première rangée en bordure du champ, suivent ensuite les autres essences plantées en alternances.

À l’exception des peupliers hybrides dont la hauteur était d’environ deux mètres, tous les autres avaient à peine 30 cm de taille au moment de la plantation. « Les peupliers hybrides sont plus nombreux et précèdent les autres, entre autres à cause de leur capacité filtrante, souligne Rodrigue. Ce sont des bouffeurs de phosphore et de nitrates provenant du ruissellement des fertilisants de culture. Les racines sont très profondes et permettent une barrière naturelle, tout en stabilisant bien les bordures de la rivière. Cet arbre a une croissance très rapide et forme facilement des repousses une fois qu’il est coupé. On m’a même déconseillé de planter cet arbre dans mon boisé, compte tenu de sa forte capacité à s’implanter au détriment des autres essences », poursuit Rodrigue.

La présence de drains est un facteur important à considérer lorsque vient le temps de choisir l’emplacement des peupliers hybrides. En effet, nous renseigne l’agriculteur, ces arbres peuvent endommager les sorties de drains, s’ils sont plantés trop près. Depuis leur plantation, les peupliers hybrides ont poussé de presque un mètre en hauteur et élargi du tronc.

En ce qui concerne sa valeur commerciale, il semble que ce soit prometteur dans le secteur de la bille de déroulage. « Ce ne sera pas à court terme, exprime Rodrigue. L’industrie n’est pas encore prête à gérer une grande quantité de bois de déroulage. »

La plantation de ces 500 arbres n’a pas traîné. En trois jours, tout était fait. « Nous aurions pu bénéficier d’une aide financière pour la plantation, sauf que c’était plus facile d’opérer nous-mêmes », explique Lynne.

Profil de l’entreprise
Située à Bury, à 15 kilomètres d’East Angus en Estrie, la Ferme Rivière verte inc. s’étend sur
166 hectares (410 acres), dont 121 en boisé. Les 45 hectares en cultures se répartissent comme suit : 8 hectares en pâturage, 11 en céréales produites pour leurs animaux et le reste de la superficie est occupée par des prairies.

Le troupeau compte 33 laitières (9712 kg par année) pour un total de 70 têtes. Le quota s’élève
à 32 kilos par jour. Le boisé est entretenu comme un grand jardin. Des arbres y sont coupés pour l’entretien et l’aménagement, sans plus. L’équivalent annuel de 120 tonnes de bois feuillus, vendues aux usines de pâtes et papier et 12 240 mètres de mesure de planche de bois mou prennent la direction des scieries.

Ajoutons que cette ferme laitière s’est classée au 5e rang régional et au 11e rang national des médaillés d’argent de l’édition 2006 du concours de l’Ordre national du mérite agricole.


L’empierrement d’un fossé
Le relief accentué du fonds de terre a, au fil des années, fait élargir un fossé qui traverse une partie des terres sur environ 300 mètres. Pour freiner la perte de sol, ce fossé a été tapissé de pierres sur toute sa longueur. Des seuils ont été faits pour amortir la descente des eaux au printemps. Il a fallu 37 voyages de roches, amenés par un camion 10 roues pour remplir ce fossé.
« Dire qu’au moment d’acheter la ferme, nous avons enterré un énorme tas de roches, car nous ne savions pas quoi en faire », raconte Lynne.

Des moyens de s’améliorer
Accompagnés de leur fils Patrick qui travaille à la ferme sur une base régulière, Lynne et Rodrigue cherchent à s’améliorer continuellement. Rien n’est fait au hasard et l’ensemble des travaux liés entre autres à la régie des champs est scruté au peigne fin. En dépit de ses allergies, l’agricultrice a réussi à faire sa place à la ferme. Stimulée par l’acquisition de nouvelles connaissances, elle se porte régulièrement volontaire pour suivre des sessions de formation technique liée au troupeau et au champ. « Avec l’expertise de Rodrigue, c’est plus facile pour moi de pousser le pourquoi de chacune de nos pratiques. C’est stimulant de comprendre ce qui se passe dans le sol et d’essayer d’en améliorer sa fertilité. C’est très aidant de suivre de près la valeur fertilisante de notre lisier. Nous devenons plus aguerris lorsque vient le temps de compléter avec les engrais de synthèse. Par exemple, une douzaine d’hectores est cultivé en foin sec que nous donnons aux vaches taries. Or, nous savons que le lisier de vaches est riche en potassium. Ainsi, lorsque nous cultivons le foin sec, aucun lisier n’est appliqué et l’engrais chimique possède une quantité très faible de ce nutriment. »

Membres depuis un peu plus d’un an du club agroenvironnemental de l’Estrie, ces agriculteurs ne demandent pas mieux que d’ajuster leurs pratiques en fonction des effets sur l’environnement. La présence d’un site d’enfouissement à quelques kilomètres de la ferme n’est probablement pas étrangère à cette préoccupation. Un sujet qui d’ailleurs chatouille beaucoup la conseillère municipale. Lynne croit que les sites d’enfouissement devraient être surveillés davantage par le ministère de l’Environnement, comme l’est l’agriculture. La parenthèse fermée, les propriétaires de la Rivière verte sont loin d’être amers et accusateurs. Leur objectif au quotidien : s’améliorer pour en bout de ligne rendre durable leur coin de terre.

Mention régionale à la Ferme Louis d’Or
Dans la région Centre-du-Québec, le prix La Coop fédérée à l’agroenvionnement a été décerné à la Ferme Louis d’Or, une entreprise laitière biologique située à Sainte-Élisabeth-de-Warwick. Un seul point éloigne cette ferme laitière de la grande gagnante. Cette entreprise, détenue par Jean et Dominique Morin, est logée au pied des Appalaches et s’étend sur202 hectares de terre cultivable. Le troupeau compte 150 sujets, dont 85 laitières.



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