Comment contrôler les facteurs biologiques, nutritionnels et environnementaux reliés à la transition, cette période clé du cycle de production de vos vaches qui influence largement l’efficacité de votre exploitation. Premier de deux.

Depuis les dix dernières années, nombre de travaux de recherche, tant dans les universités qu’au sein du réseau Cooperative Research Farms (C.R.F.), ont étudié la période de transition, soit trois semaines avant le vêlage jusqu’à trois semaines après. Pourquoi? Parce que le pic de lactation, les performances reproductives ainsi que la plupart des désordres métaboliques (D.M.), que l’on pourrait également appeler ainsi en raison des Déboursés Majeurs qui apparaîtront après le vêlage, sont étroitement liées à cette période (Figure 1) : fièvre du lait, acétonémie, déplacement de caillette, mammite, métrite et acidose n’en sont que quelques-uns.


LA TRANSITION (-21 à + 21 jours)

Quand l’appétit va tout va!
Un des défis de la vache en transition est l’adaptation de son métabolisme. Elle doit subvenir à la hausse soudaine des besoins en énergie nécessaire à la production de lait. Au lendemain du vêlage, les besoins en énergie peuvent facilement doubler. Puisque la consommation volontaire de matière sèche (CVMS) ne peut suffire à les combler en début de lactation, l’organisme a heureusement mis en place un mécanisme pour pallier à cette demande en énergie : la mobilisation des réserves corporelles.

La CVMS diminuera à l’approche du vêlage pour atteindre son niveau le plus bas, généralement la journée même du vêlage. Plus cette chute sera importante, plus la vache mobilisera rapidement le gras de ses tissus adipeux. Cela provoquera une augmentation du niveau d’acides gras libres (AGL) dans le sang (Figure 2). Cette adaptation permettra à la vache de produire plus de lait que la ration ingérée ne le pourrait en réalité. Par contre, dans le cas des vaches hautes productrices et des vaches dites surconditionnées (condition de chair > 3,5), l’élévation du niveau d’AGL sanguin pourrait être élevé au point de les rendre malades.

Les conséquences sur le foie
Le gras est entreposé sous forme de triglycérides (3 acides gras liés à un glycérol) dans les tissus adipeux. Lors de la mobilisation des réserves corporelles (lipolyse), les triglycérides seront brisés pour libérer chacun des acides gras. Ils circuleront dans le sang sous forme d’AGL. Une fois en circulation, quelques-uns arrêteront leur course à la glande mammaire alors que la très grande majorité d’entre eux passeront inévitablement par le foie.

Un des nombreux rôles du foie est la production du glucose qu’il peut synthétiser à partir de plusieurs précurseurs. Le principal étant le propionate (un produit des fermentations du rumen), les AGL et même certains acides aminés. Pour produire du glucose à partir des AGL, le foie devra les oxyder. Mais plus la mobilisation est importante, plus le taux d’AGL augmente dans le sang et moins le foie a le temps de les oxyder complètement. Il en résultera un relâchement des corps cétoniques (BHB) dans le sang. Ces derniers, lorsque produits en trop grande quantité, mènent à l’acétonémie.


Chez les ruminants, la sortie des AGL du foie se fait beaucoup plus lentement que leur entrée, surtout en période de mobilisation rapide. Il y aura donc infiltration graisseuse du foie. Le syndrome du foie gras est un véritable cercle vicieux puisqu’il entraînera une réduction de la consommation de matière sèche. De plus, le foie sera moins efficace à synthétiser le glucose (néoglucogenèse) nécessaire à la production de lait. Il deviendra aussi beaucoup moins efficace à exercer ses autres fonctions de filtre sanguin. Sa capacité d’éliminer l’ammoniaque produite dans le rumen sous forme d’urée (uréogénèse) sera compromise ainsi que sa capacité à éliminer les endotoxines (détoxification) produites dans l’organisme.

La choline protégée à la rescousse
Les vaches grasses souffrent davantage de désordres métaboliques que les autres. Pourquoi? Pour exporter le gras, le foie fabrique des lipoprotéines (VLDL) qui retournent dans la circulation sanguine puis, finalement, dans le lait. Des recherches ont démontré que cette synthèse est favorisée par l’ajout, dans l’alimentation, de choline protégée de la dégradation par le rumen. Cet apport protégera la vache contre l’infiltration graisseuse du foie et des effets néfastes qui en découlent.


Des chercheurs ont obtenu 11 % plus de lait avec des vaches ayant reçu un apport de choline. Ils ont aussi mesuré, chez ces vaches, un niveau significativement plus élevé de vitamine E sérique (Figure 3). La vitamine E est soluble dans le gras. Puisque la choline favorise le transport du gras du foie par l’entremise des VLDL, ceci assurerait aussi la circulation dans l’organisme de la vitamine E. Par contre, lorsque le foie est infiltré de gras, elle y serait en partie trappée, créant une déficience en vitamine E sanguine.


Reconnue comme un antioxydant favorisant l’immunité, la vitamine E doit préférablement être en circulation dans tout l’organisme. Immédiatement après le vêlage, l’organisme doit reconnaître le placenta comme un corps étranger. Le système immunitaire doit alors être suffisamment alerte pour enclencher le processus d’expulsion comme tel. Ceci pourrait expliquer pourquoi les vaches grasses sont plus à risque d’être affligées de certains désordres métaboliques. Le LACTIVEUR 911 est un aliment destiné aux vaches surconditionnées et aux hautes productrices. Sa teneur en choline protégée contribue à l’intégrité du foie de façon efficace. De plus, cet aliment favorise une bonne CVMS pour un meilleur départ en lactation.


Les vaches grasses et l’immunosuppression
En 2005, des chercheurs ont mis en relation la condition de chair (c.c.) des vaches avec leur statut immunitaire durant la période de transition. Ils ont étudié trois groupes de vaches : maigres (c.c. < 2,5), moyennes (2,6 < c.c. < 3,5) et surconditionnées (c.c. > 3,5). Ils ont constaté que le niveau d’AGL dans le sang des vaches surconditionnées était environ deux fois plus élevés que celui des vaches maigres peu après le vêlage (Figure 4). Ceci confirme qu’elles ont mobilisé beaucoup plus de gras de leurs réserves corporelles que les vaches maigres. Ces chercheurs ont aussi constaté que le taux d’immunoglobuline M (IgM) sécrété était significativement plus bas chez les vaches surconditionnées par rapport aux vaches maigres après le vêlage (Figure 5). Bien que les raisons ne soient pas encore toutes élucidées, ils concluent que la dépression du système immunitaire est particulièrement évidente chez les vaches grasses.

Toutefois, même avec des vaches alimentées selon les recommandations et dont la condition de chair est idéale, des désordres métaboliques peuvent survenir. Il y a donc d’autres facteurs impliqués. Quels sont-ils?

L’incidence de mammites à coliformes est beaucoup plus élevée en période périvêlage qu’en plein milieu de la lactation. Des études ont démontré que les vaches en début de lactation ont eu une plus faible réponse immunitaire que celles en milieu de lactation à la suite d’une injection de petites doses d’endotoxine de E. coli dans le pis. Plusieurs autres recherches observent aussi cette baisse de sensibilité et de réponse du système immunitaire qui rend la vache plus susceptible aux infections durant la transition. C’est l’immunosuppression. Les causes de cette dépression du système immunitaire ne sont pas encore toutes connues. On sait cependant que plusieurs changements hormonaux se produisent naturellement durant la transition. À l’approche du vêlage, nous assistons évidemment à une chute du taux de progestérone (hormone du maintien de gestation) alors que les oestrogènes et les glucocorticoïdes augmentent. Un de ces glucocorticoïdes est le cortisol et est associé au stress. Le vêlage étant un événement stressant pour la vache et douloureux, la sécrétion de cortisol est en partie bénéfique puisqu’il est un antidouleur efficace. Par contre le cortisol serait malheureusement aussi associé à l’immunosuppression.


LE SYSTÈME IMMUNITAIRE

L’immunité acquise
Le système immunitaire défend l’organisme contre les infections de toutes sortes. Il existe deux types de défense. Premièrement, il y a la défense acquise qui est très spécifique et peut s’adapter selon les agents infectieux. Les lymphocytes (T) qui la composent peuvent intervenir directement ou alors les lymphocytes (B) fabriqueront des immunoglobulines (anticorps) spécifiques à chaque agent infectieux. C’est cette portion du système immunitaire que nous stimulons lors de la vaccination. On dit que ce système a une mémoire puisque dès qu’il sera confronté aux mêmes antigènes présents dans le vaccin, les anticorps déjà produits entreprendront la défense immédiatement et les lymphocytes en produiront en grande quantité rapidement. Toutefois, cette fraction du système immunitaire a besoin de temps pour être efficace lors d’une nouvelle infection.


L’immunité innée
Il y a aussi la défense innée. Les globules blancs qui la composent, macrophages et neutrophiles, ne sont pas spécifiques aux agents infectieux. Ils les détruiront par phagocytose tels de petits Pac-Man. Ces derniers seront les premiers soldats envoyés au front. Une foule de mécanismes de communication existent entre le site d’inflammation et les neutrophiles eux-mêmes pour leur permettre d’atteindre l’ennemi. Les neutrophiles voyageant à l’intérieur des vaisseaux sanguins capteront ces signaux chimiques en leur indiquant l’endroit du champ de bataille afin de traverser la paroi vers le site d’infection. Ils traverseront la paroi en se faufilant au travers des cellules qui la composent, tout en la gardant intacte.

Une molécule a récemment été identifiée comme responsable de cette adhésion. Normalement, la L-sélectine qui se retrouve sur le pourtour des neutrophiles leur permettra d’adhérer et de rouler le long des parois jusqu’au site d’infection (Figure 6). Par contre, en période de stress, comme à l’approche du vêlage, l’expression des gènes de la L-sélectine est compromise. On retrouvera donc moins de L-sélectine sur les neutrophiles. Cela réduira leur capacité à adhérer aux parois des vaisseaux et diminuera l’atteinte des sites d’infection et provoquera l’immunosuppression (Figure 7).

Le TRANSILAC I Plus est un aliment de choix pour la période de transition prévêlage. En plus de compléter la ration de fourrages en protéine, hydrates de carbone, minéraux et vitamines;
sa teneur en fibres hautement digestibles favorise une bonne CVMS. Sa haute teneur en vitamine E et sélénium de source organique assurera une bonne immunité. Ajouté depuis l’an dernier, le concept I Plus favorise aussi un bon fonctionnement du système immunitaire en période périvêlage en stimulant l’expression de la L-sélectine durant cette période de stress.

Le bilan anion (-) cation (+) (BCA) de la ration est aussi très important durant la transition et les fourrages auront un impact majeur sur celui-ci. Étant donné qu’il est préférable de servir une ration légèrement anionique (-), certains fourrages riches en potassium (K+) et faible en chlore (Cl-) seront à éviter lorsqu’il est possible. Sinon, le CALCIMIL, contenant des sels anioniques, pourra contribuer à atteindre un BCA adéquat. L’utilisation de graminées ayant reçu une fertilisation chlorée pourra aussi contribuer à l’atteinte de cet objectif.


L’environnement

Depuis quelques années, des recherches tendent à démontrer que le comportement des vaches en transition serait différent des vaches en plein milieu de lactation. Moins agressives que les autres, les vaches en transition auraient besoin de plus d’espace à la mangeoire en stabulation libre.

Plus la compétition à la mangeoire augmente, plus la CVMS diminue (Figure 8). On a aussi remarqué que la fréquence des repas et la quantité ingérée à chacun d’eux sont plus faibles chez ces vaches. Alors que chez les vaches en lactation il n’y a pas d’inconvénients à avoir un taux d’occupation de 100 %, il semble en être autrement en transition pré et postvêlage. Le surpeuplement aux logettes et à la mangeoire, supérieur à 80 % en période prévêlage, a réduit la production de lait des taures dans un groupe avec des vaches. De plus, une compilation pendant 6 mois des désordres métaboliques (DM) pour un troupeau de 5000 vaches a permis de constater que l’incidence des DM était étroitement reliée à la compétition à la mangeoire lorsque son taux d’occupation dépassait 80 % (Figure 9). Bien que l’alimentation joue un rôle important durant la période de transition, l’environnement influence certainement aussi les résultats. Durant cette phase, où l’on veut favoriser une bonne CVMS, il devient important non seulement d’utiliser des fourrages et concentrés appétants, mais aussi de planifier l’espace requis par les vaches en transition.


Les nombreux avantages de la transition
Conditionner le rumen aux rations plus riches en concentrés en début de lactation pour minimiser les risques d’accumulation d’acide gras volatils conduisant à l’acidose du rumen. Maintenir une bonne CVMS et un bon statut immunitaire avec une diète appropriée et un environnement adéquat afin de réduire les risques d’infiltration graisseuse du foie. Voilà des avantages indéniables. Grâce à leur expertise et au logiciel SynchroWin, les experts-conseils CO-OP sauront aussi équilibrer vos rations selon les paramètres précis de plusieurs nutriments spécifiques. Mais est-ce qu’une bonne transition garantit à elle seule la réussite? N’est-elle pas précédée du tarissement, cette période, souvent laissée pour compte, qui s’échelonne de -60 jours à -21 jours? On s’en reparle le mois prochain.

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