La Station d’évaluation génétique de la Beauce, située à Saint-Martin, accueille les taureaux reproducteurs de race d’environ 45 éleveurs de bovins de boucherie provenant d’un peu partout au Québec. Leurs sujets y sont évalués selon des critères techniques et sanitaires établis et vérifiés par le MAPAQ. Les trois frères Samson et Réal Poirier en sont des adeptes de longue date.

Hugo, Frédéric et Pierre-Olivier Samson font affaire avec la station depuis près 10 ans. Leur entreprise, la Ferme d’élevage Samson, de Saint-Prosper, produit du veau d’embouche. Propriétaires d’un troupeau de 225 vaches, dont 90 Simmental de race pure, les Samson y placent chaque année au moins un taureau. L’an dernier, des 187 vaches que comptait alors le troupeau, ils ont obtenu 179 veaux.

« C’est avec de bonnes vaches et de bons taureaux qu’on produit des veaux au rendement élevé en viande et qui prennent du poids rapidement, indique Hugo Samson. Nos vêlages ont lieu en décembre et en septembre. Au moment de la vente, les veaux doivent peser 340 kilos (750 livres), ce qui est une croissance assez rapide. Le haut statut génétique des parents est donc une priorité. »

Hugo Samson enseigne la physique, la chimie et la biologie dans une école secondaire. Il n’est présent sur la ferme qu’à temps partiel, soit les soirs, les fins de semaine et l’été durant le congé scolaire. Ses deux frères, Frédéric et Pierre-Olivier, formés en administration au HEC à Montréal, s’y consacrent à temps plein. Leur entreprise compte cinq taureaux reproducteurs de race Simmental. « Chaque année, on se garde environ une vingtaine de taures pour remplacer, parmi les 225 vaches du troupeau, celles trop âgées, qui ont un mauvais pis ou des défauts aux pattes, souligne Hugo. Ainsi, notre troupeau s’améliore graduellement. On a des veaux plus pesants qui deviennent plus rentables pour la viande. »

Le jeune éleveur de 30 ans, qui souhaite faire progresser son entreprise, n’exclut pas la possibilité de vendre un jour des animaux pour la reproduction. « Mais pas à n’importe quel prix, dit-il. On préfère les garder pour nous plutôt que de les vendre à bas prix. Pour le moment, on conserve les bons sujets pour notre troupeau. Le reste est vendu par l’entremise des encans ou encore à des parcs d’engraissement. »

« Communément appelées stations d’épreuve, les stations d’évaluation génétique mesurent et comparent les performances physiques des taureaux de reproduction », explique Jean-Denis Morin, copropriétaire, avec son frère Daniel, de la station d’évaluation génétique de la Beauce.

« La station permet de sélectionner les meilleurs sujets, et ce, tant pour le producteur-propriétaire que pour le producteur-acheteur, dit-il. Le propriétaire a intérêt à connaître lesquels de ses animaux accomplissent les meilleures performances afin d’en tirer un meilleur prix. Et le producteur-acheteur, s’il veut des veaux d’embouche ou reproducteurs qui donnent les meilleurs résultats, doit connaître les caractéristiques du taureau qu’il souhaite acquérir. »

Gain moyen quotidien, musculature, qualité des membres, gras dorsal, hauteur à la hanche et circonférence scrotale sont les principales caractéristiques analysées. Très héréditaire, la circonférence scrotale permet d’évaluer la fertilité du taureau. En effet, on a réalisé qu’elle est directement proportionnelle à la grosseur des testicules. Toutes ces caractéristiques font l’objet de mesures précises qui sont inscrites au dossier d’évaluation de l’animal. On teste également, à l’aide d’un appareil à ultrasons, la grandeur de l’œil de ronde et le persillage de la viande. Ces données procurent de l’information sur le rendement en viande de l’animal et la qualité de la viande; le persillage ayant un lien direct avec la tendreté.

« Le gain moyen quotidien est également une caractéristique qui se transmet facilement d’une génération à l’autre, souligne Jean-Denis Morin qui a déjà été enseignant pendant une dizaine d’années dans une école primaire. Pour un producteur de vache-veau, ce critère est de première importance. Plus le gain est élevé, plus les veaux seront lourds lorsqu’ils seront mis en marché. Toutes ces informations permettent donc aux acheteurs de savoir sur quoi ils mettent la main. Un indice global est d’ailleurs utilisé pour faciliter la comparaison entre les différents taureaux. Plus l’indice est élevé plus l’animal prend de la valeur. »

Pour éviter les problèmes de consanguinité au sein de l’élevage, Frédéric et Pierre-Olivier Samson remplacent régulièrement leurs taureaux. Ils les gardent rarement plus de trois ou quatre ans.

« Le nombre de critères évalués a augmenté au fil des ans, indique Thérèse Carbonneau, présidente du comité de gestion de la station d’épreuve et productrice de bovins Simmental de race. Autrefois, on ne calculait que le gain quotidien. Aujourd’hui, cette caractéristique compte pour 40 % de l’ensemble de l’évaluation. »

La station d’épreuve de la Beauce évalue actuellement 156 taureaux de six races différentes, soit Angus (noire et rouge), Charolais, Limousin, Salers, Shorthorn et Simmental. C’est la station au Québec qui compte la plus grande diversité de races. En plus de celle de Saint-Martin, on trouve des stations à Asbestos (Estrie), Vinoy (Outaouais), Quyon (Outaouais), Alma (Lac-Saint-Jean) et Sainte-Odile (Bas-Saint-Laurent).

Du côté du MAPAQ, on veille à ce que chacune des stations d’évaluation génétique respecte les normes établies. Un représentant est donc présent notamment à l’entrée et à la sortie des taureaux afin de superviser les pesées. « Si de nouvelles normes doivent être dictées, un comité consultatif provincial, composé de producteurs, de représentants de l’industrie et du ministère de l’Agriculture, en fera l’étude et émettra des recommandations », indique Valérie Grenier, agronome et responsable des stations d’évaluation génétique à la Direction de l’innovation scientifique et technologique au MAPAQ.

Daniel et Jean-Denis Morin, propriétaires de la station d’évaluation génétique de la Beauce.


Annette Gagné, Réal Poirier et leurs deux fils, François et Mario, gèrent un élevage de 420 bovins Charolais de race. Les 200 vaches du troupeau leur donnent chaque année environ 185 veaux. Les vêlages s’échelonnent sur deux périodes, soit de la mi-décembre au début février et d’août à septembre. « Ces deux périodes de vêlage nous permettent de mieux répartir nos ventes de sujets durant l’année », explique Annette Gagné. Pour assurer la relève du troupeau de Sainte-Agathe-de-Lotbinière, les éleveurs utilisent huit taureaux de leur élevage, le transfert d’embryons et les services du Centre d’insémination artificielle du Québec. Ils conservent chaque année une quarantaine de génisses pour renouveler leur troupeau de vaches.

Des 25 taureaux qu’ils font éprouver chaque année en station, 12 étaient à Saint-Martin en 2006. « Nous sommes très satisfaits du travail de Jean-Denis Morin, fait savoir Annette Gagné, il est bien installé et les animaux sont traités avec soin. » Les taureaux Charolais de la Ferme Réal Poirier entrent en station, vers la fin septembre, au poids de 320 à 360 kilos. Ils en sortent, en février, soit cinq mois plus tard, après avoir gagné 225 à 320 kilos.

Après leur séjour en station, la plupart des taureaux de l’entreprise obtiennent leur attestation de génétique supérieure. Les taureaux de la ferme y décrochent d’ailleurs régulièrement l’indice le plus élevé de la race charolaise. Les sujets reproducteurs sont vendus par l’entremise de la station. « On place en station les meilleurs de notre élevage, indique Réal Poirier. Ceux qui passeront le test. Les autres prennent le chemin de l’encan. »

Avant d’être admis en station, les taureaux doivent être vaccinés et montrer patte blanche au test sanguin du BVD (Bovine Viral Disease). Leur aspect physique est aussi évalué. À leur arrivée, tous les taureaux sont soumis à un prétest d’une durée de 28 jours. « Cette période d’adaptation permet d’atténuer les effets du stress d’entrée ainsi que les différences d’alimentation et de gestion à la ferme, explique Jean-Denis Morin. Pensons par exemple à des animaux élevés au pâturage ou à l’intérieur ou encore ayant consommé plus ou moins de grain ou de foin. Ça permet aussi aux animaux de s’acclimater à notre alimentation RTM à base d’ensilage de foin et de grain. Un taureau élevé au pâturage ne fera que peu de gain pendant les 10 ou 15 premiers jours à la station, car il devra s’habituer à cette nouvelle alimentation. Ainsi, les différences observées à la fin du test pourraient ne pas être occasionnées par la qualité de l’animal, mais bien par son adaptation plus ou moins facile à une nouvelle alimentation. »

Annette Gagné de la Ferme Réal Poirier située à Sainte-Agathe-de-Lotbinière.

Le gain maximum permis en station est de 1,5 à 1,6 kilo par jour. On ne les alimente pas comme des bouvillons en parcs d’engraissement. On leur sert une ration contenant moins de grain, mais beaucoup plus riche en fibre. « Une ration moins énergétique évite les problèmes d’embonpoint qui nuisent aux performances lors du retour à la ferme », indique Jean-Denis Morin.

Au bout de 28 jours commence le véritable essai qui s’échelonne sur 112 jours. En plus des pesées au début et à la fin de l’essai, on effectue régulièrement des pesées de contrôle. C’est l’occasion de détecter ceux qui obtiennent de bonnes performances et ceux qui tirent de la patte à cause d’une maladie. Au total, les taureaux demeurent environ 140 jours à la station.

Les taureaux, qui répondent à tous les critères d’évaluation, obtiennent une attestation de génétique supérieure et se qualifient pour la grande vente qu’organise chaque année la station au mois de février. Ceux qui ne se qualifient pas ne peuvent être mis en vente.

Les producteurs qui font évaluer leurs taureaux doivent verser à la station environ 1,70 $ par kilo de gain réalisé, en plus d’une commission de 9 % sur la vente lorsqu’un de leur sujet trouve preneur. Cette commission permet d’administrer la station, d’organiser la vente ou le transport du taureau chez le nouvel acquéreur.

Mario et François Poirier gèrent avec leur parents un élévage de 420 bovins Charolais de race.


Le comité de gestion qui administre la station est composé de trois membres du conseil d’administration du Syndicat des producteurs de bovins de la Beauce, dont Thérèse Carbonneau qui est aussi présidente du syndicat, d’un représentant des éleveurs, d’un représentant du MAPAQ et d’un opérateur, en l’occurrence Jean-Denis Morin. En plus de posséder la station d’épreuve, Jean-Denis Morin est copropriétaire, avec son frère Daniel, de la ferme Roch Morin et fils sur laquelle ils produisent quelque 300 bouvillons en semi-finition. Le comité a pour objectif de répondre aux besoins des producteurs. Il prépare la vente, publie le catalogue des sujets, détermine les races de taureaux à évaluer et organise l’assemblée annuelle des éleveurs qui possèdent des taureaux en station.En 2005, 1104 taureaux ont été évalués dans l’ensemble des stations au Québec.

     
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