Il est rare qu’un projet agricole soit le projet d’une seule personne. Il y a habituellement un parent, une conjointe, un enfant qui est concerné. La participation de chacun n’est pas toujours de la même intensité ni du même niveau, mais les choix qui sont faits par le principal acteur du projet ont un effet sur les autres. Très souvent aussi, deux ou trois personnes dirigent ensemble le projet. Chacun a son idée du plan final. Ces plans se ressemblent-ils? Pas toujours. Ils peuvent même être très différents.

Avoir en tête le plan final de ce qu’on est en train de construire constitue une puissante motivation. La vision de ce que le projet deviendra donne des forces pour travailler à le réaliser. Il est donc important de nourrir cette vision. Cependant, si les visions de chacun sont très différentes les unes des autres, ce levier de motivation peut devenir un objet d’affrontement et de découragement. On assume trop souvent que les autres partagent notre vision lorsque le projet doit être appuyé par plusieurs personnes.

En effet, ce qui paraît évident parce que l’on y pense depuis longtemps soi-même n’est pas nécessairement partagé. Ce qui semble logique à l’un n’est pas nécessairement logique pour les autres. Ce qu’une génération a accompli n’est pas nécessairement ce que la suivante doit faire pour perpétuer le projet. Les valeurs sur lesquelles l’un a développé sa vision des choses ne sont pas nécessairement celles de l’autre. Les capacités et les besoins de l’un diffèrent de ceux de l’autre.

L’entente de tous les acteurs sur un projet que tous voient clairement est un atout pour le succès. Les efforts de chacun se complètent et s’alignent, ce qui donne de meilleurs résultats. L’esprit de groupe se développe. Si chacun garde sa vision et qu’elle diffère de l’un à l’autre, certains efforts s’annuleront. Les gens nourriront des attentes et seront déçues, car l’entraide n’arrivera pas naturellement.

Comment faire pour en arriver à un projet partagé par tous? La première étape consiste pour chacun à dire aux autres ce qui est si clair pour lui-même. Comment voit-il l’entreprise dans 5, 10, 15 ans? Comment voit-il la famille dans 5, 10, 15 ans? Qu’est-ce qu’ils vivent ensemble à ce moment-là? Qu’est-ce qu’ils ont réalisé? Le portrait a avantage à être aussi précis que possible. L’ordre du jour doit être aussi complètement ouvert. Ce qui restera confus n’aura que des effets négatifs sur le groupe et sur la personne qui cache son jeu.

La deuxième étape consistera à écouter la description de la vision de chacun. Il ne s’agit pas d’être d’accord avec la vision des autres, mais de l’écouter. Pour vrai. En observant le portrait qu’ils décrivent, les ressemblances entre les différentes visions apparaîtront et les différences aussi. Il sera possible de définir ce qui rassemble les gens et ce qui les sépare, ce qu’il est possible de faire ensemble et ce qui est impossible aussi. Cet échange, même avec des différences, aura un effet positif sur l’énergie du groupe.

Le seul fait de savoir où nous en sommes personnellement, ce qui nous motive, ce que l’on veut réaliser, permet de mieux utiliser et ressentir notre énergie. Le fait de savoir avec qui nous sommes, ce que les autres veulent, comment on peut les aider dans leurs projets est stimulant aussi. Enfin, voir clairement ce qu’on peut faire ensemble, comment on peut contribuer personnellement au projet du groupe donne un sens aux efforts et contribue à les maintenir ou à les développer.

Parfois, des différences importantes apparaîtront lors de ces échanges. Vont-elles diviser le groupe? Si tel est le cas, le malaise serait déjà ressenti et se serait accentué avec le temps. Ces différences peuvent la plupart du temps être l’occasion d’enrichir le projet. Très souvent chacun a vu les choses d’une seule façon, n’a envisagé qu’une seule manière d’atteindre ses objectifs. L’échange avec les autres permet d’explorer de nouvelles façons pour chacun de réaliser ce qui lui tient à cœur.

Consacrer un peu de temps à regarder différentes options est toujours rentable. La première idée n’est pas toujours la meilleure! En considérant ce qui est important pour soi et pour les autres, on découvre parfois une voie à laquelle personne n’avait pensé et qui répond aux objectifs de chacun. Parfois, le tableau que l’on s’est fait de l’avenir n’a pas à être modifié beaucoup pour qu’il devienne attrayant et que les autres se sentent motivés à le réaliser.

Il est possible aussi que certains partenaires soient d’accord pour apporter une partie de l’aide attendue, mais ne consentent pas à donner toute l’aide nécessaire à réaliser un projet. Dans ces cas, il vaut mieux le savoir et s’organiser en conséquence. Attendre quelque chose qui ne se réalisera pas est frustrant et ternit ce qui est apporté avec joie. Réclamer constamment et sentir que la contribution n’est pas offerte avec cœur devient pénible aussi.

Après avoir fait l’exercice de partager et d’enrichir son projet avec ses partenaires, ou ceux qui sont concernés, il sera possible de prendre les décisions pour que chacun poursuive son chemin si les projets de chacun sont incompatibles. Ces décisions seront prises dans un climat harmonieux si l’on sait pourquoi on doit se séparer. En revanche, la séparation se fera dans un climat d’affrontement si on garde les désaccords dans la confusion.

Dans tous les cas, partager son projet avec son entourage permettra de l’enrichir et de se donner de meilleures conditions pour le réaliser. Ce partage peut être utile en tout temps. Il est particulièrement nécessaire lorsque le projet débute, lorsqu’il intègre de nouvelles personnes et lorsque, après l’avoir réalisé en grande partie, il faut le transmettre à l’autre génération. De plus en plus, le transfert se réalise grâce à une période de gestion conjointe entre deux générations où le partage des visions est un gage de succès.

Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés