Pierre Gagné est un des premiers producteurs du réseau coopératif à avoir emboîté le pas avec la production de porcs lourds. Il a fait le saut car il avait l’espace disponible et n’avait à y consacrer aucun investissement. Ajoutons également que la bonification qu’on accordait à ce type de porcs n’était pas sans intérêt.

Une maternité de 100 truies et un engraissement composent les infrastructures du producteur de Saint-Frédéric. Côté mise bas, ses installations comprennent deux chambres chacune dotée de 12 cages et une chambre tampon de six cages. La section pouponnière compte deux chambres et l’engraissement, cinq en plus d’une qu’il utilise comme tampon. Les mises bas se font aux trois semaines. Chaque semaine, de 38 à 50 porcs sont expédiés à l’abattoir qu’exploite Olymel à Vallée Jonction, soit à quelques kilomètres seulement de la ferme.

Depuis septembre 2005, Pierre Gagné livre à l’abattoir des porcs pesant 120,5 kilos vifs (96,4 kilos carcasse) comparativement à 108,5 kilos vifs (86,8 kilos carcasse) l’année précédente. Pour parvenir à ce poids, soit 9,6 kilos de plus de poids de carcasse, il calcule que les porcs qu’il produit doivent consommer, de la naissance jusqu’à la fin de l’engraissement, 35,75 kilos de plus. Il lui faut maintenant 160 jours pour produire un porc lourd, soit dix jours de plus qu’en mode conventionnel.

Pierre pèse ses porcs chaque jeudi et les expédie chez Olymel le lundi suivant. Selon l’entente conclue avec l’entreprise dans le cadre de la production de porcs certifiés coop, au moins 35 % des sujets livrés doivent entrer dans la strate 95 à 102,9 kilos de poids carcasse. C’est sans peine qu’il s’y conforme, chaque semaine plus de 65 % de ses sujets rencontrent ce critère.

Ses qualités de gestionnaire ne sont pas étrangères à son succès. L’Association des groupes d’éleveurs en production porcine (Agrepp) l’a d’ailleurs reconnu. En 2006, cette association a décerné à Pierre Gagné la médaille de bronze Passeporc Excellence parce qu’il avait maintenu un indice d’efficacité en engraissement moyen de 213,11 au cours des trois dernières années. Suivi par l’expert-conseil Gaston Asselin de La Coop Unicoop, Pierre a terminé au septième rang parmi les 10 meilleurs producteurs du réseau Agrepp au chapitre des résultats en engraissement en 2005 (voir l’encadré). La Ferme Pierre Gagné inc. figure d’ailleurs au palmarès de l’Agrepp depuis plusieurs années.

« Je travaille en circuit fermé, mentionne l’éleveur. Je maintiens ainsi le microbisme à son niveau le plus bas. À part des cochettes achetées du réseau Sogéporc pour renouveler le troupeau de truies, je ne laisse entrer aucun sujet de l’extérieur. » Pour éviter les contaminations, les visites de l’expert-conseil et les livraisons de moulées ne se font que le lundi. Il possède également son transporteur exclusif quand vient le temps d’expédier ses porcs à l’abattoir. Ses bâtiments d’élevage sont situés, à l’abri des vents dominants, tout en haut d’une côte à quelques centaines de mètres de la route. Lorsqu’il réforme des truies, il les descend lui-même jusqu’à la route pour éviter que le camion qui transporte ce type d’animaux ne s’approche du site. Un boisé, agissant comme brise-vent, offre une protection supplémentaire contre les agents pathogènes.


« Sa présence fréquente sur les lieux d’élevage contribue aussi beaucoup à l’atteinte de ses résultats », mentionne Gaston Asselin. En effet, la ventilation est rigoureusement contrôlée, les trémies fréquemment ajustées et les animaux gardés bien à l’œil. Ces mesures d’hygiène jumelées à une régie serrée l’ont jusqu’à maintenant épargnés des tourments du Syndrome de dépérissement post-sevrage (SDPS).

Après des études à l’ITA de La Pocatière en 1994, Pierre s’associe avec ses parents et devient copropriétaire de la Ferme Aurèle Gagné inc. Le décès de sa mère en 2003 précipite la suite des choses. Son père, Aurèle, lui transfère entièrement l’entreprise en 2005. L’exploitation dont il est depuis peu le propriétaire comprend plusieurs secteurs d’activité. En plus de la maternité et de l’engraissement, on retrouve un troupeau de 180 vaches à bœuf, une érablière de 2000 entailles et des terres, dont certaines louées, qui permettent de produire 3000 balles rondes de fourrage. Aurèle travaille toujours avec son fils.


Dans le secteur porcin, Pierre et ses parents n’ont élevé que des truies jusqu’en 2000, année au cours de laquelle ils ont érigé un engraissement et une fosse à lisier. Une nouvelle maternité, attenante à l’engraissement, a été construite en 2002. Ces constructions, situées à l’écart des bâtiments d’élevage de bovins, ont coûté plus cher, notamment pour aménager le chemin et y amener le réseau électrique. « J’aurais souhaité construire plus près des autres bâtiments, indique Pierre, mais la pression de certains citoyens, pour ce qui est des odeurs, m’ont d’une certaine manière forcé à construire un peu plus loin sur mes terres. En bout de ligne, c’est un mal pour un bien. »

Pour l’avenir, Pierre Gagné souhaite tirer le maximum de son troupeau. «C’est ce qui coûte le moins et qui
rapporte le plus.»


Pierre garde de 550 à 600 porcs en inventaire, alors que son bâtiment d’engraissement dispose d’une capacité de 800 places. « Mes investissements sont amortis sur moins de porcs, indique l’éleveur de 31 ans, mais en revanche si j’avais fonctionné à pleine capacité, je n’aurais pas pu produire du porc lourd et bénéficier de l’escompte qu’on lui accorde. »

La bonification que propose l’abatteur pour ce type de porcs est bien entendu un incitatif, et d’autant plus que Pierre n’a pas eu à injecter d’argent pour aménager ses bâtiments. Pour Olymel, produire plus de viande avec les mêmes infrastructures constitue un gain intéressant. C’est aussi le moyen de combler une demande, en Asie par exemple, pour des pièces de viande plus longues.

« Alors qu’on prévoyait que l’indice se détériore légèrement en faisant du porc lourd, c’est le contraire qui s’est produit, fait remarquer Gaston Asselin. Chez Pierre Gagné, dans la strate 82 à 92 kilos de poids carcasse, l’indice s’est amélioré de 0,65 point et dans celle de 92 à 97 kilos, avecl’ajustement des grilles de classement, on a enregistré un gain de 4,88 points. Pour ce qui de la mortalité et des blessures que peuvent s’infliger les animaux, on n’a noté aucune hausse en produisant du porc lourd. »

Parvenu à un niveau d’efficacité enviable, et ce, relativement tôt dans sa carrière d’éleveur, Pierre n’envisage toutefois pas en rester là. Grossir l’entreprise? Très peu pour lui. Pour l’avenir, il souhaite tirer le maximum de son troupeau. « C’est ce qui coûte le moins cher et qui rapporte le plus », dit-il. Même avec déjà 25 porcelets sevrés par truie productive, il estime qu’il peut encore en gagner un ou deux de plus, ce qui lui permettrait de produire 230 à 240 porcs supplémentaires par année. « Cela signifie plus d’efficacité au chapitre de l’alimentation, indique Gaston Asselin. Pour une même quantité d’aliments, une truie produira plus de porcelets. »

« J’aimerais aussi abaisser un peu plus les intervalles sevrage-saillie fécondante et dernière saillie réforme », conclut Pierre.


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