Quand vient le temps de mettre fin à leur exploitation agricole, plusieurs optent pour une vente à l’encan. Bien que les ventes de machinerie et de bétail soient courantes dans l’ouest du pays, plusieurs agriculteurs décident de liquider le fonds de terre, les bâtiments et la maison de ferme, lors de l’encan. C’est une tendance qui est nettement à la hausse présentement, tout particulièrement dans les coins reculés du pays, où les transactions de propriétés agricoles se font plutôt rares.

Une foule évaluée à près de 750 personnes s’est réunie le 15 avril dernier pour assister à l’encan agricole de Norm et Vie Flaten, un nombre appréciable pour cette contrée du sud-est de la Saskatchewan. Quatorze quarts de section de terre, la parcelle de terrain résidentiel ainsi que tout le matériel nécessaire à leur exploitation ont été vendus.

Des risques, les Flaten en ont pris toute leur vie. Lorsqu’est venu le temps de prendre la grande décision, celle de prendre la retraite et de cesser d’exploiter leur entreprise agricole, ils en ont pris une autre, c’est-à-dire celle de tout liquider à l’encan. Après 53 années vécues sur une ferme spécialisée dans les grandes cultures à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Weyburn, au sud-est de la Saskatchewan, ils ont tout vendu à l’encan, sans réserve, faute de relève. « C’était un risque calculé, explique Norm Flaten. Les encans ont la cote depuis quelques années et les résultats sont généralement satisfaisants. Nous aurions pu vendre les terres par l’entremise d’un agent d’immeuble, et l’équipement séparément, mais ça aurait pris plusieurs années pour tout liquider et plusieurs items ne se seraient pas vendus. Avec un encan, tout se vend. Les gens courent les aubaines et s’emballent d’une soumission à l’autre. Normalement ceux qui sont prêts à prendre un peu de risque en sortent gagnants. »

« Cette idée d’être capable de lancer les dés dans les airs et d’avoir confiance que tout aille pour le mieux, n’arrive pas par hasard le jour de l’encan », selon Lorne McClinton, un agriculteur de Yellow Grass en Saskatchewan, dont la vente a eu lieu quelques jours après celle des Flaten. « Cette paix intérieure dont je parle, on l’atteint quand on a confiance en l’état du marché et qu’on est réaliste par rapport à la valeur de notre machinerie. Il y a des centaines d’encans agricoles en Saskatchewan cette année et tout compte fait, ce que l’on entend de la bouche des comptables ou des reporters agricoles, c’est que les ventes sont relativement bonnes. Mais ceux qui n’ont pas confiance ne choisiront pas de faire une vente sans réserve. »

Les ventes sans réserve sont la spécialité de la firme Ritchie Brothers Auctioneers dans l’ouest du pays. Elle publie des catalogues d’encans agricoles qui se tiennent partout à travers les Prairies. Ceux-ci décrivent en détail chaque encan en ajoutant des photos couleur des plus belles pièces à vendre. Ceux qui désirent de plus amples détails sont invités à communiquer directement avec le propriétaire. Tous les restaurants, détaillants et garages ont des affiches de Ritchie Bros sans oublier les panneaux placés à la croisée des chemins. Ils sont partout. « Notre force, c’est la publicité », explique Jason LeBlanc, directeur régional de Ritchie Bros. Canada, la société qui s’est vu confier la vente de Norm et Vie Flaten. « Ce sont des gens de Vancouver qui ont acheté la parcelle de terrain résidentiel des Flaten. Celle-ci comprenait deux hectares sur laquelle se trouvaient la maison, trois hangars, un atelier mécanique et plusieurs silos. Tout cela pour 185 000 $. Les terres se sont vendues entre 29 000 $ et 34 000 $ le quart de section (65 hectares). Trois ont été achetées par un agriculteur de la région; le reste a été raflé par un groupe d’acheteurs de l’Alberta, par le biais de l’Internet. »

Des prix fort respectables car ils se situent plus ou moins dans la fourchette de prix que représente la valeur de ces terrains, selon l’encanteur. Bien entendu, il faut tenir compte du fait que ces terres sont au beau milieu de nulle part, où les frais de transport sont les plus élevés au Canada. Pour chaque parcelle de terre vendue au Québec, un agriculteur pourrait facilement en acheter vingt en Saskatchewan et c’est exactement ce que font les Albertains. Ils vendent leurs terres situées dans le corridor de l’industrie pétrolière à gros prix et transforment peu à peu les terres de cultures saskatchewanaises qui ne rapportent presque plus rien en pâturage.

Contrairement à l’Ouest canadien, au Québec les bâtiments et les fonds de terre ne se vendent jamais à l’encan.

Des regrets, Norm Flaten n’en a qu’un seul : c’est d’avoir tenu à mettre des pneus neufs sur
certains camions. « Sur un des camions notamment, je ne suis pas assuré de recouvrer mes frais si je calcule l’entretien mécanique, les pièces et les nouveaux pneus que j’y ai mis. Par contre, sur d’autres, j’ai réalisé un profit. Il ne faut pas s’attarder aux détails. » Vingt-quatre heures après la vente, il ne reste presque plus d’équipement agricole sur le terrain; la plupart des acheteurs ont déjà emporté leurs achats. La venue des déménageurs, prévue pour le surlendemain, Norm et Vie ainsi que leurs enfants s’affairent à remplir les cartons. Ils ont hâte d’emménager dans leur nouvelle demeure achetée l’hiver dernier, à Weyburn, à une quinzaine de kilomètres de leur ancienne ferme.

Le plus gros encan agricole
On dit de l’encan agricole qui a eu lieu le 24 mars dernier à Stockholm, soit 85 km au sud de Yorkton, en Saskatchewan, qu’il est le plus gros qu’on n’ait jamais vu au Canada. Il s’agissait d’un agriculteur de 45 ans qui avait acheté cette vaste affaire il y a seulement trois ans et à la suite du gel de 2004 et des difficultés de la mise en activité en 2005, il était arrivé à la conclusion que l’opération comportait un trop grand risque. Quatre-vingt-trois quarts de sections de terre et de l’équipement vieux de deux ans seulement ont été mis à l’encan. Mis à part quelques aubaines, les prix obtenus reflétaient plus ou moins la valeur de dépréciation normale des équipements. On dit que cet encan a généré des ventes totalisant 7,7 millions $.

« Ce genre d’encan n’existe pas encore au Québec, mais ça viendra, dit Philip Lacey, directeur de territoire, basé à Saint-Hilaire. Un encan sans réserve attire beaucoup plus de clientèle qu’un encan traditionnel, avec des prix minimums. Les gens connaissent la réputation de Ritchie Bros. et savent que nos clients ont signé un contrat qui leur interdit, ainsi que leur famille et amis, de faire de la surenchère. Un encan de campagne à Sainte-Marie de Beauce n’attirera pas normalement des acheteurs de l’extérieur, pas plus qu’un encan agricole en Saskatchewan. C’est la publicité, le fait que l’encan soit fait sans réserve et que des acheteurs de partout peuvent y participer grâce à l’Internet que les gens sont intéressés. Et, pour les encans, plus on attire de monde, plus ça se vend cher. »

Au Québec
Les régions qui comptent le plus d’encans agricoles cette année au Québec sont le Lac-Saint-Jean et la région qui s’étend de Portneuf jusqu’à Joliette, selon Johanne Boulet, copropriétaire des Encans Boulet qui s’attendent à une année similaire à celle de l’an passé, soit 40 encans, et des ventes de l’ordre de 7 millions $. « Cette année n’est pas facile, dit-elle. Les agriculteurs attendent que les prix remontent. Certains aimeraient vendre mais ils savent que la capacité financière des acheteurs n’y est pas. C’est une année assez drôlement faite. Ça fait 20 ans qu’on fait des encans et ça doit être l’année la plus dure que les agriculteurs aient eu à faire face parce qu’il n’y a pas un secteur en particulier où ça va super bien. Il n’y a pas de porte de sortie. »

Les encans les plus rentables par ailleurs, sont ceux de Lévis, Bellechasse et la Beauce. « Ces secteurs sont vraiment forts en lait et en bœuf, poursuit-elle. Les fermes à vendre dans ces coins-là trouvent rapidement preneur. Par ailleurs, même si on mentionne que le bâtiment et le fonds de terre sont à vendre, on ne les vend jamais à l’encan. Les gens préfèrent y aller par appel d’offre. »

Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés