Sur la Ferme Rémi Boutin, de Saint-Isidore en Beauce, quatre générations de la famille partagent une même passion pour l’agriculture et un attachement naturel à leur coopérative.


94 ans, Alphonse Boutin dort tranquille. La relève sur la ferme familiale est assurée... pour encore trois générations!

Il y a à peine quatre ans, quand Alphonse donnait pour la dernière fois un coup de main lors des travaux aux champs, son arrière-petit-fils se retenait d’enfourcher un tracteur. Aujourd’hui, Frédérik a 13 ans et son engouement pour l’agriculture se lit dans ses yeux.

« À 11 ans, il venait dans les champs avec nous. Semer et herser, il en a beaucoup fait! », dit fièrement son père Rémi. Pas de doute que Frédérik est prédisposé au travail à la ferme : en deux temps trois mouvements, il démarre un New Holland TM155 avec une presse à balles rondes derrière et le voilà sorti du garage, de reculons.

Il est encore trop tôt pour annoncer avec certitude que Frédérik reprendra un jour l’entreprise familiale, reconnaît Rémi. À 44 ans, il compte lui-même encore de nombreuses belles années devant lui. Son père, Raoul, 66 ans, commence à peine à réduire ses activités. Pas facile, quand toute sa vie, on s’est levé à 5h avec le goût d’aller travailler!

La ferme familiale est aujourd’hui entre les mains de Rémi et son épouse Martine. Ils disposent d’un quota laitier de 55 kilos de matière grasse, qu’ils comblent avec 60 vaches en lactation. Elles donnent en moyenne 10 000 kilos de lait par année.

La ferme du rang Grange ligne, à Saint-Isidore, en Beauce, comprend l’ancien fonds de terre d’Alphonse, pour un total de 62 hectares. À cela s’ajoutent 86 hectares loués tout près, de même qu’à Saint-Lambert. On y cultive du maïs-grain, de l’orge, de l’avoine, ainsi que de la luzerne, du trèfle et du maïs-ensilage.

Rémi se donne comme objectif d’augmenter un jour son quota à 80 kilos jour. « En moyenne, on achète environ deux kilos par année. Certaines années, c’est plus. »

Il songe aussi à la stabulation libre avec salon de traite. Vaut mieux mécaniser, car la main- d’oeuvre est difficile à trouver. Il faut aussi éviter de s’en mettre plein les bras, soutient-il.

L’avenir de ses projets dépend énormément de Frédérik. Il n’est encore qu’au secondaire. Son père veut s’assurer de développer la ferme en fonction de ses intérêts et ses habiletés.

« Ça ne donne rien de monter quelque chose de gros pour rien, affirme Rémi. Je planifie en fonction de la relève. Si Fred veut embarquer, il faut qu’il soit capable de continuer à la faire fonctionner. »

Rémi veut s’assurer que son fils poursuive ses études. Si Frédérik veut un jour reprendre la ferme, il devra compléter un programme collégial. La gestion d’une entreprise agricole est devenue trop technique pour que l’on puisse se passer d’une bonne formation.

« Ce n’est pas à 50 ou 60 ans qu’il est temps de penser à la relève; c’est aujourd’hui, affirme Rémi. C’est quand t’es jeune que t’as des projets et qu’il faut que tu les réalises. Il faut aussi que t’aies suffisamment de temps pour les réaliser. »

Dans le cas de Frédérik, ce premier projet aura été l’achat d’une Jersey, enregistrée à son nom. C’est lui qui la soigne et qui prend soin de ses veaux. Cette race donne un lait plus gras, explique-t-il.

La petite Jersey au fond de l’étable reconnaît son maître et lui témoigne son affection sans gêne. Lors du passage du Coopérateur agricole, Frédérik a même eu droit à un tendre coup de langue sur la joue!

L’ajout d’une Jersey est un projet pilote. « Je regarde ce qui se fait aux États-Unis, dit Rémi. Ils mélangent beaucoup la Jersey, pour son gras, et la Holstein, pour les volumes. Un de mes autres buts serait peut-être d’avoir un troupeau moitié Jersey, moitié Holstein. »

La petite Jersey reconnaît son maître, Frédérik, et lui témoigne son affection sans gêne.

La Jersey est une bonne productrice et elle a de bons sabots pour la stabulation libre, fait remarquer Rémi. Par contre, plus elle vieillit, plus elle devient capricieuse.

À l’étable, les vaches sont nourries huit fois pas jour par un robot qui distribue moulée et ensilage. Un autre robot se charge du foin sec.

L’objectif est de s’approcher le plus possible de l’autosuffisance alimentaire, « mais pas à n’importe quel prix ». Rémi Boutin achète ses suppléments et ses minéraux chez Unicoop.

« Aujourd’hui, en agriculture, ça se fait beaucoup avec des partenaires. L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir le meilleur prix, mais d’aller chercher des conseils techniques en même temps. Des fois, tu vas chercher quelque chose de moins cher ailleurs, mais le gars n’est là rien que pour vendre. »

Fiers coopérateurs
La tradition de coopération est très forte chez les Boutin. Alphonse est l’un des pionniers de la première coopérative agricole de Saint-Isidore, fondée pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’époque des grandes corvées pour construire la coopérative est encore bien vive dans l’esprit d’Alphonse. « On se faisait manger par les autres, dit-il en allusion aux fournisseurs d’intrants. Ils ont été obligés de baisser leurs prix quand ils ont vu que notre coopérative marchait fort. »

La moulée et le transport des animaux vers les abattoirs sont devenus beaucoup plus abordables, se souvient Alphonse.

Son fils Raoul, qui a longtemps exploité une ferme voisine de la sienne, a repris le flambeau. À partir de 1976, il siège au conseil d’administration de la coopérative de Saint-Isidore, qui fusionne alors avec celle de Sainte-Hénédine. Il participera ensuite à une série de fusions et d’acquisitions qui aboutiront par la création d’Unicoop.

Rémi poursuit ce lien avec la coopérative régionale en se prêtant au jeu des tests de semences. C’est avec enthousiasme qu’il accueille dans ses champs les experts d’Unicoop. « Moi j’ai les bras, eux ont la tête! »

Dans un champ derrière la maison, il teste depuis deux ans des semis d’orge et de luzerne, semés en simultané ou pas. Des trois parcelles, celle dont la luzerne a été semée après une récolte d’orge est la plus productive. Les rendements sont supérieurs et on retrouve dans l’ensilage moins de bactéries et de résidus de paille.

Lise Boutin a été longtemps une partenaire de confiance pour son mari Raoul, à qui
elle a régulièrement prêté main-forte sur la ferme.

« Faut pas se le cacher, il en coûte moins cher de faire des tests avec la coop ou le MAPAQ, admet Rémi. Si tu essaies tout seul et tu manques ton coup, tu perds de l’argent. »

Résolument tourné vers l’avenir, Rémi Boutin gère son entreprise en véritable homme de famille. Avec le retrait de son père Raoul, la gestion de la génétique du troupeau sera de plus en plus du ressort de son épouse Martine. Celle-ci est déjà responsable de la comptabilité et elle est souvent présente lors de la traite. Martine commence aussi à se familiariser avec la programmation du robot d’alimentation.

Au lieu de chercher à embaucher des employés, Rémi préfère miser sur sa petite famille et sur l’apport de conseillers en alimentation ou en génétique animale. Sa main-d’oeuvre, ce sont les entrepreneurs qu’il embauche à forfait pour les battages et autres travaux spécialisés aux champs, se plaît-il à dire.

Toute expansion ne se fera pas aux dépens de sa qualité de vie, se promet-t-il. À quoi bon avoir 180 vaches si cela se traduit en une surcharge de travail?

Celui qui a fait une demi-douzaine de métiers avant de venir rejoindre son père sur la ferme pratique l’agriculture avec passion. « Être agriculteur, faut pas voir ça comme un métier. Ce n’est pas comme un job de 9 à 5. C’est plutôt un mode de vie qu’il faut voir aussi comme une entreprise.

Et comme dans n’importe quelle entreprise, si tu gères ça juste pour faire de l’argent, ça ne marchera pas. »

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