Quand il s’est lancé dans la production de porcs, en 1995, il n’avait pas l’intention qu’on lui dicte quoi faire. Ni de s’endetter au point qu’il ne puisse plus profiter de la vie. Pierre a toujours gardé en tête ce qu’un maître de stage lui avait dit alors qu’il était étudiant : « Tes cochons vivent pour toi, ne vis pas pour tes cochons. »



La Ferme Pierre Boisvert, située à Parisville, possède 140 truies, incluant les cochettes, dont le tiers sont de race Youna, la truie sino-européenne hyperprolifique. Chaque année, 2800 porcs d’engraissement en sortent au rythme d’un peu plus de 50 par semaine.

L’entreprise occupe le premier rang de la liste des 10 meilleures en engraissement, à l’échelle provinciale, à l’Association des groupes d’éleveurs en production porcine (AGREPP) pour l’année 2005. Notons de surcroît qu’elle figure à ce palmarès depuis 1996. « La mentalité a changé, fait savoir le propriétaire de la ferme, pour parler efficacité, on ne compte plus le nombre de porcelets produit, mais bien des kilos de viande au pied carré. »

C’est avec cette idée en tête que l’éleveur de 39 ans a pris le virage porcs lourds proposé par le réseau coopératif dès septembre 2005. La production de ce type de porcs exige que la carcasse d’au moins 35 % des sujets livrés à l’abattoir pèse entre 95 et 102,9 kilos. Pierre n’a aucun mal à s’y conformer. Près de 50 % de ses porcs tombent dans cette strate, soit à 95,7 kilos. « La moyenne de ma clientèle se chiffre à 36,5 % », fait remarquer Martin Harton, expert-conseil à La Coop Seigneurie.
 
Laitière et très maternelle, la truie Youna, avant de s’étendre au sol, prend soin de tasser ses porcelets pour ne pas les écraser.

Pour obtenir un porc lourd, l’éleveur pratique des techniques d’élevage simples et efficaces : respect de la capacité du site d’élevage, sevrage à 28 jours d’âge au poids de 8,3 kilos, utilisation optimale du programme alimentaire, gestion exemplaire des expéditions. Dès la 13e semaine en engraissement, les porcs doivent chacun disposer de plus de 0,74 mètre carré d’espace. Pour s’y conformer, Pierre retirera du lot le sujet le plus performant ou celui qui traîne de la patte. La prochaine sortie de porcs, soit pour les sujets de 90 kilos de carcasse et plus, se déroulera entre la 15e et la 16e semaine d’engraissement. Les derniers porcs quitteront les lieux au cours de la 17e semaine pour faire place aux sujets provenant de la pouponnière.

Marcel, son père, comptable et fiscaliste de formation, a bien initié Pierre au b.a-ba de la comptabilité. Ensemble, ils ont longuement discuté de coûts, de fonds de roulement et de comptes payables. Un élément a constamment été au centre de leurs échanges : limiter l’endettement. Antoinette, l’épouse de Marcel, qui a toujours été très présente dans l’entreprise, s’occupe particulièrement de ce qui touche aux travaux d’entretien.

Chaque étape de la construction des infrastructures d’élevage a été rigoureusement suivie. Marcel et Pierre ont fait affaire avec un entrepreneur expérimenté pour la main-d’oeuvre, mais ils ont eux-mêmes acheté tous les matériaux nécessaires. Et ils se sont assurés de bénéficier de tous les escomptes auxquels ils avaient droit.

À la construction, Pierre s’en est tenu aux plans qui avaient été dressés. Il a capitalisé sur un seul site de production. Moins cher et plus facile à gérer, selon lui. « Il n’y a pas eu de “tant qu’à y être”, fait savoir le diplômé de l’école d’agriculture de Sainte-Croix-de-Lotbinière. C’est facile de s’emballer et de perdre le contrôle des dépenses. » L’éleveur a doté ses bâtiments d’équipements efficaces et fonctionnels. Pas trop d’électronique, surtout pas de gadgets. Les trappes d’air sont même ajustées à la main. « Pierre comprend bien le fonctionnement de ses équipements, exprime Martin Harton sur qui le producteur compte beaucoup. Les ajustements sont alors faciles et les réparations peu coûteuses. » La simplicité a aussi été de mise lors de l’achat d’une génératrice. « Puisque les pannes d’électricité sont peu fréquentes en région, fait remarquer Pierre, nous avons choisi un appareil qui fonctionne à même la prise de force du tracteur plutôt qu’un appareil stationnaire. Cela nous a permis de réaliser d’importantes économies. Par contre, pour minimiser les risques, nous avons relié chaque chambre à une centrale d’alarme. »

Pierre, son père Marcel et l’expert-conseil Martin Harton

La section gestation du bâtiment compte 116 cages et quatre parcs qui sont utilisés pour les verrats et les sujets à isoler. La mise bas est composée de deux chambres de 17 places chacune et d’une chambre tampon de six places. Un bureau sépare cette section des espaces consacrés à la pouponnière, qui comprennent deux chambres de huit parcs, et à l’engraissement où l’on retrouve six chambres de huit parcs auxquelles s’ajoutent deux demi-chambres tampons de quatre parcs chacune.

Quand engraisser
fait sourire


Maternité
23,5 porcelets sevrés par truie productive

Pouponnière
(5-20 kg)

Gain moyen quotidien :
389 grammes

Conversion alimentaire : 1,42

% de mortalité : 1,8

Engraissement
(20-107 kilos)

Gain moyen quotidien
standardisé : 887 grammes

Conversion alimentaire
standardisée : 2,29

% dans la bonne strate : 95,95

Indice 80-85 kilos : 111,90

% de mortalité : 2,04

Indice d’efficacité en
engraissement : 229,50

% d’expédition dans la
bonne strate : 96

Rendements

Maïs : 7,48 tonnes sèches
à l’hectare

Soya : 3,36 tonnes
sèches à l’hectare
  Une gestion serrée de tous les secteurs d’activités de la ferme a fait en sorte qu’aucune dépense n’a été précipitée. Chaque fois, elles ont été réalisées lorsque les liquidités de l’entreprise le permettaient. En 1996, ils ont acquis une terre qui leur assurait d’être autosuffisants pour procéder aux épandages de lisier. Le drainage souterrain des terres a été effectué en 2000 et 2001. Le distributeur d’aliments dans la gestation, la pouponnière et l’engraissement a été acheté en 2003, soit huit ans après avoir entrepris la production.

Un système de ventilation à extraction basse maximise la qualité de l’air dans le bâtiment. Marcel croit que le succès d’un élevage repose sur la qualité de l’eau, de l’air, du bâtiment, des conseils techniques et du programme alimentaire. On sert d’ailleurs les moulées les plus performantes pour gagner tout le potentiel des sujets d’élevage. « C’est plus cher à l’achat, convient Pierre, mais les résultats qui en découlent, lorsque la gestion est de haut calibre, paient aisément la différence de coûts comparativement à une moulée moins performante. »

L’aliment en farine a été délaissé au profit de la moulée cubée. « Cette texture de moulée se digère mieux, les performances des porcs sont meilleures », indique Pierre. Il utilise les aliments Prestige et opte pour une moulée complète en raison de la qualité des ingrédients utilisés pour la fabriquer, de l’uniformité du produit fini et du temps économisé par rapport à la fabrication à la ferme. Marcel en a pesé le pour et le contre. Selon lui, l’économie que procure une moulée conçue à la ferme n’en vaut pas le coup. « La moulée Prestige dans la strate 20-107 kilos peut permettre une conversion alimentaire de 2,25, indique Martin Harton. C’est très performant. À 2,29, Pierre s’en approche sensiblement. » (voir encadré)

Dès l’avènement de la phytase, l’enzyme a été ajoutée à l’aliment afin de contribuer à réduire les rejets en phosphore, ce qui est confirmé année après année par l’analyse de lisier effectuée en laboratoire. Nul besoin d’aller épandre ailleurs. Tout est fait sur les terres de l’entreprise, à forfait. Des analyses de sol permettent de formuler des recommandations d’épandage que Pierre transmet aux forfaitaires. Avant l’épandage, il passe le vibroculteur pour favoriser l’absorption uniforme des lisiers. « Cela réduit de beaucoup la propagation des odeurs et rehausse l’image de la porcherie auprès de la population », mentionne l’éleveur. La récolte des 61,54 hectares (180 arpents) en soya et maïs grain que comprend en plus la ferme est aussi réalisée à forfait. Il calcule qu’une moissonneuse-batteuse coûte trop cher pour l’utilisation qu’il en ferait.

Côté santé, la ferme n’a pas été touchée par les aléas du SDPS. Le plan Madec y est pratiqué depuis déjà plusieurs années. N’entre pas qui veut dans les bâtiments assainis et la douche danoise est imposée à tous les visiteurs. Situé à 450 mètres de la route, le site est hors de portée des vents dominants.

Le sevrage des porcelets à 28 jours d’âge, une recommandation du plan Madec, plutôt qu’à 21 jours, comme c’était le cas auparavant, a réduit le stress sur les animaux. « Cela a entraîné des pertes de 3000 $ au budget Optiporc, mais qui ont été largement récupérés grâce au meilleur démarrage et à une performance accrue des jeunes animaux, souligne Pierre. On n’utilise d’ailleurs que peu de médicaments. »

Résultat de tout ce suivi : la construction du bâtiment a coûté moins cher que prévu, les coûts de production des secteurs porcs et grandes cultures sont conformes aux modèles de l’ASRA et l’entreprise est aujourd’hui rentable et performante.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Pierre veut peupler tout son élevage de truies Youna. Il pourrait ne garder que 130 truies, soit 10 de moins, et produire autant de kilos de viande au pied carré. «À 800 $ de frais fixes par truie par année, c’est 8000 $ d’économies », souligne Pierre qui souhaite, comme toujours, être maître chez lui, de ses finances et de sa destinée.
 
L’entreprise fonctionne en bandes aux trois semaines. Un maximum de 20 saillies entraîne 17 mises bas, 178 porcelets sevrés et 174 porcs à l’engrais. Après le sevrage, les porcs restent ensemble jusqu’à la fin de l’élevage.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés