Par leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), tous les secteurs économiques contribuent au réchauffement de notre planète. En réduisant les siennes, le secteur agricole pourrait aider le bilan global.


Nairobi, novembre 2006. La communauté internationale s’est donné rendez-vous pour une conférence internationale sur les changements climatiques. Cette rencontre a permis de mettre en branle, dès 2008, l’après Kyoto. Le protocole de Kyoto, dans sa forme actuelle, prendra fin en 2012. Il engage les pays qui l’ont ratifié à réduire d’ici 2012 leurs émissions de GES par rapport aux niveaux enregistrés en 1990.

L’agriculture est l’un des secteurs les plus préoccupés par les changements climatiques, car elle a des incidences sur les cultures, les animaux et la biodiversité.

Les intervenants du secteur agricole ont donc étudié des façons de réduire les GES. Mais regardons tout d’abord quels sont les GES attribuables à l’agriculture?


Le dioxyde de carbone ou gaz carbonique (CO2)
Les sources d’émissions du gaz carbonique en agriculture proviennent principalement de l’utilisation de combustible par les machineries agricoles et par le chauffage des bâtiments (propane, gaz naturel, diesel, essence, etc.).

Au cours du processus de la photosynthèse, les végétaux captent le CO2 de l’atmosphère et le transforment en composés organiques solides. Par la respiration des plantes, le gaz carbonique est à nouveau émis dans l’atmosphère, mais en quantité moindre.


Le méthane (CH4)
Ce gaz est produit par la décomposition de matières organiques en l'absence d'oxygène. Les sources principales de méthane sont le processus de digestion des ruminants ainsi que l'entreposage et la manutention des fumiers et lisiers.


L’oxyde nitreux (NO2)
Le NO2 est un puissant gaz à effet de serre en comparaison avec les autres gaz. L’émission de ce gaz est liée à l’épandage en mauvaises conditions des engrais minéraux et organiques ainsi qu’à la décomposition des résidus agricoles.

Par exemple, dans un sol saturé en eau, les bactéries utilisent l’azote sous forme de nitrate pour leur respiration et produisent en retour de l’oxyde nitreux. L’émission de ce gaz peut apparaître lors de la nitrification et de la dénitrification.

La nitrification se définit comme le processus de conversion de l’azote ammoniacal (NH4+) en azote nitrique (NO3-). L’oxyde nitreux est produit en faible quantité lors de ce processus comparativement à la dénitrification. Celle-ci se produit lors de la conversion de l’azote nitrique en azote gazeux (N2).

Ces processus sont influencés par les conditions des champs qui dépendent du drainage, de l’égouttement, du travail du sol et de la disponibilité des résidus des cultures.
La quantité des gaz à effet de serre émise dans l’atmosphère est exprimée en mégatonnes d’équivalent de CO2.

En comparant les différents gaz à effet de serre émis par l’agriculture, sur une base équivalente, le CO2 vient en troisième position après le méthane et l’oxyde nitreux.

Certaines émissions de gaz à effet de serre occasionnées par l'agriculture sont inévitables. Toutefois, des méthodes de gestion améliorées réduiront ces émissions à des niveaux plus bas. Ces bonnes pratiques culturales entraînent une réduction nette de carbone atmosphérique en le piégeant dans le sol, ou en réduisant leurs émissions à la base.

Potentiel comparatif de réchauffement sur une base équivalente de CO2

Le processus par lequel le CO2 est éliminé de l’atmosphère est appelé puits de carbone ou immobilisation du carbone. Cette immobilisation peut se faire par l’adoption de bonnes pratiques agricoles. Le protocole de Kyoto devrait d’ailleurs reconnaître ces pratiques agricoles comme des mesures de réduction des gaz à effet de serre pour ce secteur.

Agriculture Canada a mis en place un programme de réduction des GES pour le secteur agricole et agroalimentaire. Ce programme, débuté en 2002, prendra fin en mars 2007. L’objectif est de réduire les émissions par :
1- La gestion des sols, des nutriments (matières fertilisantes) et du bétail par de bonnes pratiques;
2- L’augmentation du nombre de puits de carbone.

Environnement Canada, quant à elle, a mis en place, en 2002, le Projet pilote d'élimination et de réduction des émissions et d'apprentissage (PPEREA). Ce projet offre au secteur privé, aux organismes et aux particuliers un incitatif économique pour passer immédiatement à l'action et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce projet s’applique aux secteurs d'importance stratégique que sont la capture et la combustion des gaz d'enfouissement, la capture et le stockage géologique du CO2, les sources d'énergie renouvelable, les puits de carbone agricoles et forestiers. Le PPEREA sera en vigueur jusqu’à la fin de 2008. Au moment d’écrire ces lignes, aucune nouvelle candidature n’était acceptée.


Les crédits de carbone
Les crédits de carbone dans le secteur agricole constituent une occasion pour les producteurs de faire reconnaître leurs efforts à implanter des meilleures pratiques par la vente éventuelle de ces crédits. Mais attention, il faut les considérer à leur juste valeur.

Au moment d’aller sous presse, aucun programme officiel, au Canada, ne définissait encore la valeur exacte de ces crédits de carbone et la manière dont ils seront gérés. Des programmes de crédits sont déjà en place dans certains pays de l’Europe. Aux États-Unis, on peut adhérer à des programmes de crédit sur une base volontaire.

Le gouvernement canadien met actuellement sur pied des programmes pour les questions reliées aux changements climatiques. L’approche globale devrait être annoncée au cours des prochains mois.


Bonnes pratiques
Le tableau ci-contre présente des pratiques de gestion agricole qui peuvent contribuer à une réduction des émissions des GES.

Rappelons que les GES sont les principaux responsables des changements climatiques. Travailler à les réduire, c’est contribuer à une agriculture durable et à un meilleur environnement.

Bonnes pratiques
Commentaires
Réduction
GES
Réduction de la consommation des combustibles fossiles
Utilisation du biocarburant (exemple bioéthanol)
Travail minimum du sol
Bonne gestion de matière organique dans le sol
Optimisation de la consommation énergique à la ferme
Limiter la décomposition de la matière organique par l’apport de résidus de
culture, engrais vert, etc.
CO2
Utilisation dans l’alimentation du bétail des produits faciles à digérer
Envisager plusieurs fenêtres d’épandage (réduire le temps d’entreposage)
Méthanisation, fermentation anaérobique des matière organique (ex.: fumier) conduisant à la production de méthane qui est réutilisé pour les besoins énergétiques à la ferme
Moins de perte par fermentation dans le rumen
Réduction du gaz émis par fermentation des déjections organiques déposées au fond de la fosse
En plus de la réduction de ce gaz, un gain économique en terme d’énergie est apporté
CH4
Bonne gestion des épandages d’engrais azotés
Synchronisation des disponibilités des nitrates avec les besoins de la plante par le fractionnement en apport d’engrais minéral sur certaines cultures (ex. : fractionnement d’azote dans le maïs)
Amélioration des systèmes de drainage des champs
Créer les bonnes conditions des sols pour l’application d’engrais (ex. : sols non saturés en eau)
Gestion efficace de l’azote
NO2



Références :
- Les puits de carbone des sols agricoles et le Protocole de Kyoto, article publié par Agriculture et Agroalimentaire Canada
- Programme d’atténuation des gaz à effet de serre pour le secteur agricole canadien, publication sur le site Internet d’Agriculture et Agroalimentaire Canada
- La santé de l’air que nous respirons, document publié par Agriculture et Agroalimentaire Canada
- Sources agricoles des gaz à effet de serre, 65e Congrès de l’OAQ 2002, changements climatiques comprendre pour mieux agir
- (PPEREA) Projet pilote d'élimination et de réduction des émissions et d'apprentissage, publication dans le site Environnement Canada
- L’agriculture écologiquement durable au Canada : Série sur les indicateurs agroenvironnementaux – Gaz à effet de serre. Bilan des gaz à effet de serre d’origine agricole, R.L. Desjardins, et al.

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