En 2005 le nombre moyen de vaches laitières par ferme au Québec était de 52,5, une hausse de près de 32 % en 10 ans. De 1986 à 2001 au Québec, le nombre de troupeaux laitiers a diminué de près de moitié, alors que le nombre de troupeaux ayant plus de 48 vaches a plus que doublé, selon Statistique Canada.

Bien que seuls 5,6 % des troupeaux auraient compté plus de 100 vaches en 2005, d’après la base de données de Valacta, on ne peut ignorer la tendance à l’augmentation. Or, comment gère-t-on cette expansion au quotidien? Quels sont les pièges à éviter? Que l’on passe de 15 à 30 vaches ou de 100 à 200 vaches, augmenter le cheptel demande de gros investissements et comporte des réaménagements aux infrastructures, aux bâtiments et à l’alimentation. Certains y vont pas à pas, d’autres mettent les bouchées doubles. Nous avons rencontré quatre producteurs de lait qui ont fait le saut et qui partagent avec nous leur expérience.


Avec plus de 500 vaches en lactation, la Ferme Aston est la deuxième en dimension au Québec et le plus gros troupeau de race pure Holstein enregistré au Canada. On voit d’emblée que le fondateur et copropriétaire, Gilles Gauthier, est habitué à recevoir et surtout qu’il aime ça. Le tour guidé est bien rodé, mais personnalisé et chaleureux. « J’ai toujours voulu avoir une grande entreprise, et la ferme a été bâtie dans ce but », explique M. Gauthier. Pourquoi? « Tout simplement parce que j’aime gérer du personnel et j’aime gérer une grosse entreprise! »

Ce qui frappe tout d’abord, outre la taille des installations, c’est la sobriété du décor. Les quatre bungalows hébergent les membres de la famille et des employés. À la ferme, pas de fioritures inutiles. Les priorités sont claires : efficacité du travail, confort des animaux et des employés. Les quartiers réservés aux employés datent de la construction originale de la ferme et comprennent un vestiaire, une salle à manger et une toilette. Le tout est propre et confortable, bien entretenu. Sur le mur est affiché un plan géant de la ferme avec les bunkers les numéros des champs et un code de couleur détaillant les cultures et la rotation. Des copies du plan de culture, du registre d’épandage et du PAEF de la ferme sont à portée de main. Dehors, à l’entrée de chaque champ se trouve une pancarte portant le numéro correspondant au plan de ferme.

Dans la salle de conférence qui surplombe la salle de traite, les vitrines permettent de garder un oeil sur l’activité en bas sans perdre le fil de la conversation. M. Gauthier interrompra d’ailleurs l’entrevue pour aller prêter main-forte à son employée aux prises avec une taure fraîchement vêlée et apeurée. Un coin musique est aménagé à un bout de la salle. « Nous avons deux champs d’activité : le travail et la musique. »

La moyenne de production n’est pas un objectif en soi, surtout en phase
d’expansion.
Les 560 vaches contrôlées et classifiées produisent en moyenne 8800 kg de lait.
Le troupeau compte entre autres une
vache excellente et 62 très bonnes.
 
Gilles Gauthier

Sans vaches, pas de revenus; mais sans employés, pas de lait. Le salon de traite fonctionne 20 à 22 heures par jour, à raison de trois périodes de 7 heures. Nicole, l’épouse de M. Gauthier et sa coéquipière depuis 36 ans ainsi que deux de leurs enfants, Nancy et Danny, sont actionnaires de l’entreprise et y travaillent. Comme il est impos-sible aux membres de la famille de remplacer durant plusieurs jours les employés à pied levé pour cause de maladie ou de départ subit, une bonne gestion du personnel est primordiale. L’an dernier, les 11 employés et les membres de la famille ont cumulé 34 000 heures travaillées. Gérer du personnel est un défi continuel. « Mais si l’employé ne se pointe pas à l’ouvrage, je suis pris avec les vaches... le trayeur doit être là! Je dois donc démontrer à mon employé qu’il est d’une importance capitale! »

Gilles Gauthier s’est vite aperçu qu’il avait besoin de s’améliorer côté gestion de personnel. « On investit volontiers dans la moulée, les terres, la génétique du troupeau... mais l’humain dans tout ça? Comme gestionnaire d’entreprise, les ressources humaines doivent rester une préoccupation constante. Sinon, on tombe en détresse trop facilement. » De cette volonté est né il y a 9 ans le Groupe Gesthumain. C’est un regroupement de 20 moyennes à grosses entreprises agricoles. À raison de 6 à 7 rencontres par an, les membres du groupe cumulent donc 50 heures par année de formation axée sur la gestion de personnel. « C’est motivant et ça permet de garder la flamme bien vive. Il n’y a pas de formule tout-aller, mais on est mieux outillé et on se bute moins à un mur en cas de problème. Les solutions deviennent plus faciles à trouver. »

En 1974, Gilles Gauthier quittait son emploi chez Agropur pour s’associer à deux collègues dont il a racheté les parts quelque temps après. « J’ai investi 8000 $ dont la moitié à crédit pour acheter 45 vaches, le quota et le fonds de terre. La Ferme Aston n’était pas une entreprise familiale au départ, elle l’est devenue. Et 32 ans plus tard, en 2006, l’entreprise récoltait 895 points à l’Ordre national du mérite agricole, soit 11 points de moins que le grand gagnant. C’est un beau cadeau qu’on s’est fait. Toute la famille en a été valorisée. » Aujourd’hui, la Ferme Aston produit 490 kilos par jour de quota avec près de 500 vaches en lactation, pour un chiffre d’affaires de 30 millions de dollars. « En 1980, on venait d’investir dans une étable à stabulation libre et un salon de traite double 10 pour nos 100 vaches en lactation lorsque les taux d’intérêt ont frôlé les 21 %. On a dû affûter notre crayon et investir aux bonnes places : dans les actifs productifs, pas dans le non productif. »

La salle de traite est une double 12 opérée par une seule personne. Le salon est prévu avec une possibilité d’agrandir à un double 18, opéré par deux personnes. Les vaches sont traites 3 fois par jour.

Gérer l’expansion demande une grande discipline et de l’efficacité. Par période, le surplus de travail gruge beaucoup d’énergie et on peut être tenté de délaisser des outils de gestion. Pourtant, c’est justement quand on se perd dans la charge d’ouvrage qu’ils nous permettent de garder le cap.

Selon M. Gauthier ces outils sont indispensables, même si le doute le taraude parfois. « C’est sûr que la question se pose! Est-ce que je continue à investir autant dans la génétique, la qualité, etc.? Mais les données de contrôle Valacta, les clubs-conseils en agrœnvironnement, les groupes-conseils en gestion, la médecine préventive, l’enregistrement des animaux, sans oublier un partenaire d’affaire des plus importants, sa coopérative Covilac, sont des outils qui m’ont aidé à monter des échelons. Ça me permet de rester en contact avec des professionnels qui m’aident à progresser, à mieux gérer. »

À 59 ans, Gilles Gauthier insémine ses vaches, taille les sabots, donne l’ensilage aux animaux. Le combo cellulaire-bureau, non merci! Selon lui, un employeur doit être prêt à accomplir toutes les tâches, et ses employés doivent être convaincus qu’il peut le faire. « C’est ainsi qu’on pourra compter sur le deuxième effort le temps venu. »

Des projets d’expansion à la Ferme Aston? Pour l’instant, la capacité des infrastructures est atteinte. Les surfaces en culture comblent les besoins en alimentation, mais le bilan phosphore est plus qu’excellent. « On peut augmenter le nombre de vaches et les revenus en utilisant la même quantité d’eau, les mêmes tracteurs et la même main-d’oeuvre. Personnellement, j’aime mieux être en avant : le feeling est meilleur, et l’adrénaline est plus forte face à l’inconnu », conclut M. Gauthier avec un grand sourire.

Le prochain projet : les bâtisses. La capacité actuelle n’est plus suffisante face à l’expansion continuelle du troupeau, d’ajouter Bernard Pagé, expert-conseil de La Coop fédérée, qui suit la Ferme Aston depuis plus de 10 ans.
 
Autrefois si reconnaissable dans le paysage du Centre-du-Québec avec ses multiples silos-tours, la ferme se fait plus discrète depuis la transition aux silos horizontaux.






 

Ren Chagnon aime tout faire sur la ferme, sait tout faire et aime le faire bien. La ferme Charmvale est une affaire de famille. Ren Chagnon peut compter sur laide de ses deux garons de 15 et 17 ans qui sont aux tudes en agriculture, un au professionnel et lautre lITA. Ses parents sont encore trs prsents, dailleurs son pre fait encore la compta- bilit et les ressources professionnelles sont abondantes dans la famille. Parmi ses frres et soeurs, on compte des ingnieurs agricoles, un vtrinaire et une agronome. Notre ferme est plus grosse que la moyenne, mais je peux encore avoir une bonne ide de tout ce qui s'y brasse , souligne M. Chagnon. Le projet dexpansion amorc est en phase de finition. Il sagit de deux silos de 7 mtres par 30 mtres et lagrandissement de ltable existante. On navigue entre deux pour le moment. En effet, le projet initial de grande envergure comportait une table logettes pouvant accueillir 250 vaches.

Il y a 3 ans, une ide a germ : celle dagrandir lentreprise afin daugmenter les revenus, damliorer lorganisation du travail et la qualit de vie de tous. Je me connais bien, affirme Ren Chagnon. Si je tardais me dcider, c'est que je n'tais pas prt. Il a visit une quinzaine de fermes avec ses garons, mais le projet lui semblait trop gros. Les garons taient jeunes et je ne voulais pas mettre l'entreprise risque en cas de problme.

Les revenus proviennent 40 % de la culture de crales et 60 % du lait. La ferme produit 3500 tonnes de mas-grain, 400 tonnes de soya et la moyenne annuelle en production laitire avoisine les 12 000 kg de lait par vache. Transfrer les 100 vaches attaches dans une table logettes, en plus de doubler le troupeau du mme coup, aurait eu un impact sur la production laitire et le roulement. Un impact valu environ 20 % de taux de rforme involontaire. Je ne voulais pas prendre ce risque seul. En fait, le renouvellement du troupeau peut staler sur plusieurs annes lorsquon change le type de logement, lalimentation et la mthode de traite dun seul coup. La priode de rodage des quipements et surtout des humains peut tre longue aussi, de quelques mois plusieurs annes. On tend peut-tre sous-estimer leffet de la rorganisation hirarchique au sein du troupeau, la difficult dadaptation des animaux, la raction au changement et les pro- blmes de sant relis au stress de tels projets.

Un plan dune telle envergure demandait de revoir tous les procds, de lalimentation la traite. Est-ce quon passerait lalimentation en vrac dans des silos horizontaux? Quelle mthode de traite : une salle de traite, des robots? On parle alors de main-doeuvre, de rentabilit... M. Chagnon a donc prfr attendre 3 4 ans, le temps que Jrmi et Samuel aient termin leurs cours et dmontr une volont relle de lappuyer dans ces dmarches. De ce ct-l, il ny a pas trop dinquitude y avoir. La passion a bel et bien t transmise aux garons qui, 9 ans, labouraient les champs avec un tracteur de 300 forces et une charrue 7 versoirs. Et qui sait, peut-tre mme que Rose, 6 ans, dlaissera son ballon de soccer noir et blanc pour les vaches de la mme couleur?

Je tiens leur laisser lopportunit de dcider eux-mmes de lorientation de la ferme. En effet, la construction en cours permet une expansion du troupeau de 100 vaches 150 et daugmenter le quota denviron 40 kg pour une production prvue de 170 kg, ce qui facilitera la prochaine phase dexpansion. Le nouveau btiment dune largeur de 15 mtres pourrait facilement tre converti en table taures logettes.

Pourtant, Ren Chagnon a prouv hors de tout doute quil savait conserver de bons rendements et maintenir la production laitire tout en grant lexpansion. Depuis 10 ans, il a acquis 364 hectares (900 acres), dont 400 taient dj drains. Il a aussi drain 324 hectares de terre cultive et achet 70 kg de quota laitier. Ce virage majeur, il la entrepris en 1997. lpoque, la machinerie tait de bonne qualit, mais sous- utilise. Des occasions se sont prsentes et il les a saisies parfois avant mme davoir prpar le terrain. Jai achet un troupeau avec 25 kg de quota avant dagrandir l'table. On trayait des vaches sur deux sites loigns de 10 km et nos taures taient sur un troisime site.

Dun autre ct, il aimerait bien prendre le temps de digrer cette expansion. On la fait pour amliorer les revenus, notre qualit de vie et de travail. Nous pouvons maintenant employer deux personnes temps plein, quelques-unes temps partiel et bnficier,
 
« Le nombre de fermes diminue et leur taille augmente. Notre mandat comme expert-conseil s'élargit et on doit répondre à toutes sortes de demandes, surtout d'information et de calcul. On travaille de plus en plus en collaboration avec d'autres professionnels », explique Steeve Desjardins, expert-conseil à La Coop St-André d’Acton (à gauche), en compagnie de René Chagnon.
gnralement, dune fin de semaine de cong sur deux. M. Chagnon apprcie les temps libres quil a si chrement acquis.

Le troupeau Charmvale est contrl officiellement par le PATLQ et est classifi. On pratique le suivi de troupeau informatis grce au nouveau logiciel DSA laitier producteur. Pour lalimentation du troupeau, jessaie de faire les meilleurs fourrages possible, du grain, et de bien quilibrer le tout. Je ne fais rien dextraordinaire! Pourtant oui, selon Steeve Desjardins, expert-conseil La Coop St-Andr dActon : les vaches ont toujours manger. Peu importe lheure, lauge des vaches est toujours pleine de ration totale mlange. Les vaches n'ont jamais faim , souligne le conseiller

M. Chagnon est toutefois conscient que la part du lion des revenus est dans ltable. Les vaches ont pay une bonne partie des terres. Humblement, il reste trs conscient de son efficacit grce, entre autres, au suivi effectu par le syndicat de gestion. Je tiens battre la moyenne, jaime me comparer.








En agriculture depuis 1936, Gédéon Labbé forme en 1972 la première société agricole au Québec avec trois de ses fils, dont Étienne. Aujourd’hui, ce dernier est à la barre de l’entreprise, en association avec ses deux garçons, Louis et Charles. Louis est responsable du troupeau laitier et est secondé par quatre employés à temps plein. Charles gère les activités porcines de l’entreprise, les travaux des champs et l’entretien de la machinerie. Il est secondé par un gérant de maternité autonome et efficace.

Le troupeau laitier compte 255 vaches enregistrées en stabulation entravée dont 208 en lactation, pour une production de 245 kg par jour. La traite s’effectue avec 19 unités, 2 fois par jour. Le troupeau porcin de type naisseur-finisseur compte 338 truies et les porcs à l’engraissement. Le fonds de terre comprend une érablière de 5000 entailles et 452 hectares (1118 acres) en culture. La majeure partie est cultivée en fourrages dont une partie est vendue, alors que la troisième coupe est laissée au champ. Près de 142 hectares sont consacrés à la culture de céréales et de maïs ensilage.

Située à Saint-Odilon-de-Cranbourne en Beauce, la Ferme G. Labbé et Fils inc. est située en pleine zone de surplus de déjections animales. L’expansion, on s’en doute, est fortement contrôlée depuis l’implantation de la réglementation environnementale, et carrément freinée depuis le moratoire de 2001. Étienne, Louis et Charles rêvent tout de même d’accroître la dimension de leur troupeau.

L’emplacement prévu de la nouvelle étable avec salon ou robot de traite est prêt pour le chantier, les plans sont faits. Est-ce que ces producteurs sont inconscients de leur impact sur leur environnement ? Au contraire. « Notre plan agroenvironnemental de fertilisation confirme que le projet est conforme aux normes », affirme Louis. Son frère Charles ajoute que « la problématique à Saint-Odilon c’est qu’il y a quatre gros producteurs agricoles autour du village. Je comprends la crainte des gens, ils ont droit à leur qualité de vie! »

C’est pourquoi la municipalité et les agriculteurs en sont venus à une entente de cohabitation. Si elle n’est pas totalement harmonieuse, elle est au moins civilisée. Les épandages sont prohibés durant les week-ends de juin et juillet, lors des jours fériés et pendant les vacances de la construction. Une entente qui a sensiblement amélioré les relations entre agriculteurs et citoyens, semble-t-il.

Le moratoire a donc repoussé les rêves d’expansion majeure des Labbé, mais qu’à cela ne tienne, on agrandit par en dedans! « Une bonne sélection génétique du troupeau laitier ainsi qu’une excellente régie, associées à une alimentation personnalisée, sont des atouts expliquant leur niveau de production élevé », souligne Philippe Couture, expert-conseil à La Coop fédérée. L’enregistrement des animaux, l’insémination artificielle avec des taureaux supérieurs et le suivi informatisé du troupeau font partie des priorités de Louis. Les unités de traite à retrait automatique avec pesée intégrée sont un outil de travail dont il ne se passerait plus.
 
De gauche à droite : Frédéric Lehouillier, expert-conseil, converse avec Étienne Labbé

Les vaches taries et les taures sont logées dans une étable à stabulation libre à logettes. Elles entrent dans l’étable trois semaines avant la date prévue du vêlage pour la préparation. Après le vêlage, Louis applique ses critères de sélection, dont le principal est la production laitière. « Les taures provenant de lignées sélectionnées pour la production seront inséminées avec des taureaux plus forts en conformation, en misant sur la facilité de vêlage en premier lieu. » Avec plus de 100 taures à vêler par année plus les vaches, Louis n’est pas intéressé à devoir se lever pratiquement chaque nuit pour les vêlages! D’ailleurs, l’élevage de la relève fut abandonné pendant un certain temps. « Nous avons cessé l’élevage de la relève du troupeau pendant quatre ans et nous avons vendu nos taures au Mexique pour laisser place à un troupeau de vaches laitières, témoigne le jeune éleveur. Ce fut payant au début, puis nous nous sommes rendu compte que nous achetions, en même temps que des vaches en lactation, des problèmes provenant d’ailleurs. »


Où étiez-vous le 11 septembre 2001?

Louis Labbé se rappelle très bien que c’est le jour où la coop est entrée chez lui. Nicolas Marquis, expert-conseil à La Coop fédérée, était présent pour le bilan d’un suivi hebdomadaire. Tout y est passé : les vêlages, la ration alimentaire, l’analyse des fourrages, la cote de chair des vaches et des taures, l’évaluation de la période de transition, le suivi des champs et de l’inventaire... « Nous sommes fortement sollicités dans notre région par les fournisseurs de produits et services », mentionne M. Labbé. Il apprécie d’autant plus le suivi personnalisé et la qualité du service offert par La Coop Langevin de Sainte-Justine. Philippe Couture, expert-conseil à La Coop fédérée assure le soutient à l’expert local, Frédéric Lehouillier.








Une traite de 12 heures, une vache projetée à 21 000 kg qui se tarit en 15 jours : on sous-estime les effets de changements majeurs sur les animaux, mais aussi sur les humains... Procéder par étape peut aider l’adaptation.

À raison de trois traites par jour, le carrousel de traite de 36 postes de la Ferme Ste-Sophie est en fonction 9 heures sur 24. « L’équilibre entre la rentabilité des équipements et l’utilisation de la main-d’oeuvre est bon en ce moment », assure Jean-Guy Beaudet, copropriétaire de la ferme. Les trois frères Gaétan, Roger et Jean-Guy se partagent les traites et les autres activités. Gaétan s’occupe de la machinerie, Roger de l’administration et des champs et Jean-Guy du troupeau avec Sylvie Boutin, la femme de Roger. Trois des fils de Roger et Sylvie sont aussi actifs sur la ferme. L’un d’eux s’intéresse à la gestion des ressources humaines. Une bonne nouvelle quand on sait que la Ferme Ste-Sophie engage présentement 13 personnes à temps plein et une dizaine à temps partiel. Ainsi, tout le monde bénéficie d’une fin de semaine de congé sur deux. Les horaires des employés sont flexibles, de 20 à 45 heures par semaine. Ces choix ont permis de maintenir l’intérêt des jeunes et de concilier travail et famille.

Atteindre cet équilibre n’a pas été de tout repos. Les exemples cités plus haut sont réels. Le projet d’expansion à la Ferme Ste-Sophie impliquait le déménagement des 150 vaches de l’étable à stabulation entravée à une étable à logettes, l’ajout de deux troupeaux, le changement d’alimentation de la ration individuelle à une ration totale à quatre groupes, de la gestion des aliments des silos-tours au vrac et de la méthode de traite avec l’installation d’un carrousel à 36 postes. Les frères Beaudet ont fait le grand saut d’un coup et même s’il ne reviendrait pas en arrière, Jean-Guy avoue avoir eu des regrets et des moments de doute au début : « La période d’adaptation fut longue. »

« La production a baissé puisque le troupeau a rajeuni », explique l’agronome Jean-François Lemay, expert-conseil à la Coop de Parisville. L’éleveur ajoute qu’ils ont perdu plusieurs bonnes vaches. « Les animaux apprennent bien quand ils sont jeunes; des vieilles vaches qui ont toujours été attachées iront se coucher dans une logette et refuseront d’en sortir! Dorénavant, nous n’achetons plus que des taures élevées en stabulation libre. » L’éleveur souligne aussi qu’on tend à surestimer la santé des pieds et membres en stabulation attachée. « J’ai appris beaucoup sur le comportement des animaux, dont la hiérarchie. Quand on libère des vaches qui étaient attachées auparavant et qu’en plus on mélange des troupeaux, une sélection naturelle va s’opérer. Les plus faibles seront éliminées. »
 
Jean-François Lemay, expert-conseil (à gauche), en compagnie de Jean-Guy Beaudet et de sa belle-soeur, Sylvie Boutin.

ALIMENTATION ET PERFORMANCE

Les surfaces cultivées visent l’autosuffisance : maïs-grain humide, maïs ensilage et fourrages. On a cultivé du soya, mais il a été retiré de la ration au profit d’un supplément. « Le taux de gras du lait était trop bas. On a découvert qu’avec le soya micronisé, la ration contenait trop de gras, ce qui rendait la fibre moins efficace », explique l’agronome Jean-François Lemay. L’utilisation des suppléments Simplex 45 et 51 a corrigé le problème, sans augmenter les coûts.
La Ferme Ste-Sophie s’approvisionne à la coop autant dans les champs que dans l’étable. Une fois par année, une réunion rassemble Jean-Guy Beaudet, Jean-François Lemay et l’expert-conseil de La Coop fédérée. C’est l’occasion de revoir le plan de culture, mais surtout de discuter des bons et mauvais coups de l’année écoulée afin de rectifier le tir pour l’année qui vient.

Selon les propriétaires, un processus par étape aurait peut-être facilité la phase d’expansion à la Ferme Ste-Sophie. Par exemple, on aurait pu habituer les taures et les vaches taries à la stabulation libre ou modifier l’alimentation avant le grand déménagement.

Rien n’est laissé au hasard dans un projet d’expansion : plans et devis, béton, coûts de construction. Malheureusement, personne ne peut accélérer l’adaptation des humains et des animaux. Derrière une baisse de production de 20 % ou un taux de réforme de 30 %, il y a le stress et la pression. Et ça, combien ça vaut?



Qu’est-ce qu’une ferme familiale pour ces producteurs?

Pris de court, René Chagnon, ce fils et père de famille, lance des idées en vrac. « Ce doit être le bénévolat! Si je donnais le salaire des employés aux membres de la famille, ça ne marcherait pas! En fait, oui, ça pourrait marcher. Mais alors, la capacité de remboursement diminuerait drôlement! » M. Chagnon père s’occupe toujours des champs et de la comptabilité, alors que les frères de René donnent un coup de main, chacun à sa façon et selon ses moyens. Les personnes actives sur la ferme sont encore majoritairement des membres de la famille. « J’imagine que pour qu’une ferme ne soit plus considérée comme familiale, on doit y trouver plus d’employés que de membres de la famille... peut-être? »

On s’en doute, Gilles Gauthier, fondateur et copropriétaire de la Ferme Aston, n’est pas d’accord avec cette affirmation. « La Ferme Aston n’était pas familiale au départ : elle l’est devenue », affirme-t-il. Il tend plutôt à dire qu’une entreprise reste familiale tant qu’il n’y a pas d’investisseurs ou de décideurs étrangers dans l’équipe. D’ailleurs, c’est la définition consacrée dans le domaine commercial : tant que les décideurs sont membres d’une même famille, l’entreprise sera déclarée familiale.

Chez les Labbé, en Beauce, la réponse ressemble à celle de Gilles Gauthier. Une famille tricotée serrée, la famille Labbé, depuis l’ancêtre Gédéon. Un nom aussi courant dans ce coin de pays que les Tremblay au Lac-Saint-Jean, ce qui leur joue parfois des tours. Gare à qui les confondra avec des cousins éloignés ou sous-tendra que tous les Labbé du rang sont de connivence et partenaires en affaires! Fiers de leurs accomplissements, ils tiennent à s’en attribuer le crédit. Tout comme à la Ferme Aston, le nombre d’employés est supérieur à celui des membres de la famille. Mais aucun doute quant à qui tient les rênes.

La notion d’entreprise familiale change pour s’adapter aux conditions de vie et de travail d’aujourd’hui, selon Jean-Guy Beaudet, de la Ferme Ste-Sophie. « Nous avons pris de l’expansion afin de créer de l’emploi pour les enfants et de garder nos bons employés. La plupart ont des horaires flexibles entre 20 et 45 heures par semaine et nous bénéficions tous d’une fin de semaine sur deux de congé. Ça permet de garder l’intérêt des jeunes et c’est aussi plus facile à vivre pour les conjoints et conjointes. »

« Une entreprise commerciale sera dite familiale parce qu’elle est dirigée par les membres d’une même famille. Pourquoi la définition ne tient pas en agriculture? » Serait-ce une question de grosseur, de taille de troupeau? « C’est une question de génération selon moi. Lorsque mon père a augmenté le troupeau de 45 à 75 vaches, mon grand-père trouvait que ça n’avait pas d’allure! Pourtant, son père avant lui avait dit la même chose lorsqu’il était passé de 5 à 15 vaches. »

Toujours est-il qu’outre Rosario Beaudet, sa femme, leurs trois fils et trois de leurs petits-fils, la ferme fait aussi travailler d’autres membres de la famille : cousins, cousines, neveux, nièces.

Lorsqu’on pose la question à des producteurs dont la taille de l’entreprise s’approche de la moyenne québécoise, la réponse change du tout au tout. La ferme familiale ou à dimension humaine devrait grosso modo être de taille à être opérée sans employé à temps plein; ou alors, qui permet à une famille de vivre de l’agriculture. Une définition qui a ses adeptes, mais qui se perd rapidement dans les cas d’exceptions dès qu’on sort de la production laitière et des productions contingentées en général. On n’a qu’à penser aux secteurs maraîcher, avicole, céréalier ou même porcin...



Ferme Ste-Sophie - Mesures quotidiennes pour l’animal 2262

Groupe 4
Lactation
144 JLAC insem

Les postes de traite permettent de récolter une foule d’informations, mais lesquelles sont pertinentes et pourquoi?
Dans cette sortie d’ordinateur, on retrouve les mesures quotidiennes des 28 derniers jours récoltées pour l’animal 2262. Il s’agit d’une vache du 4e groupe qui en est à 144 jours en lactation. Sa production laitière oscille entre 6 et 20 litres par traite (premier quadrant en haut à gauche). Le quadrant en bas à gauche précise la production à l’heure (0,5 à 3,5 litres). On y voit aussi qu’elle fut inséminée il y a 21 jours. Est-elle pleine?
Pour le savoir, il suffit de se reporter au quadrant en bas à droite. Les vaches portent toutes un podomètre qui mesure leur activité quotidienne. Une augmentation anormale de l’activité (en rouge) indique que la vache est en chaleur. Le quadrant en haut à droite mesure la conductivité électrique du lait qui permet de détecter la présence d’infection.


 
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