Vous connaissez la théorie du chaos : celle qui veut que le moindre battement d’ailes de papillon puisse avoir des conséquences importantes sur tout événement ultérieur? Révisée cette fois en prenant la consommation d’eau comme point de départ, vous constaterez comment un changement qui peut paraître anodin, c’est-à-dire de remplacer des tétines d’abreuvement traditionnelles par des tétines à bille, peut avoir des conséquences sur une entreprise et sur l’environnement. Il s’agit ici de bénéfices majeurs, par exemple : une réduction de la consommation énergétique (si le producteur a un puits, la pompe fonctionne moins souvent), du volume de lisier et de coûts associés à leur épandage (moins de volume à épandre), de prise de médicaments plus efficace et de diminution de gaz à effet de serre (moins d’eau, moins de lisier à épandre, donc moins de passes avec le tracteur dans les champs).

Dennis McKerracher, producteur de High River en Alberta, possède une exploitation tout-plein,
tout-vide de 3000 porcs en engraissement. Il s’attendait à réduire sa consommation d’eau lorsqu’il s’est lancé dans des travaux de recherche qui visaient à réduire ses eaux usées. Ses observations, réparties sur une période d’un an, lui ont permis de déterminer la quantité d’eau utilisée comparativement à celle qui était bel et bien consommée par ses animaux en utilisant deux types de tétines : à bille ou traditionnelles (voir les photos en page 56). Il ne s’attendait pas du tout à ce que les résultats aient un tel impact sur presque tous les aspects de son opération, y compris la régie.

La raison est bien simple. Les tétines à bille forcent les porcs à prendre toute la valve dans leur gueule et ils doivent mordre la bille située dans l’embout, ce qui dégage alors le levier et laisse passer l’eau. Comme il leur est plus facile de faire face à l’abreuvoir que de boire de côté, les cochons échappent moins d’eau en buvant. Conséquemment, il y a moins d’eau qui se gaspille et qui se déverse dans la fosse.


La méthode
Dennis McKerracher a suivi six groupes de 500 porcs pendant un an. Un nombre égal de cochettes et de verrats a été sélectionné puis répartis en deux groupes. Le premier se servait de tétines à bille tandis que le deuxième, le groupe « de contrôle », utilisait des tétines traditionnelles. Les porcs ont été pesés à l’entrée et à la sortie pour l’abattoir. La pesée a donc confirmé les observations : le type de tétine n’a pas eu d’impact sur la prise de poids des porcs, celle-ci était identique dans les deux cas. La seule différence entre les deux groupes : celui abreuvé avec les tétines à bille avait utilisé 35 % moins d’eau en moyenne, soit 133 149 litres de moins, que le groupe de contrôle.


L’eau comme outil de diagnostic
Dennis McKerracher a installé un compteur d’eau pour déterminer la quantité d’eau qui entrait et sortait de la porcherie ainsi qu’un émetteur à impulsions pour déterminer le volume d’eau exact que les animaux avaient consommé. Il a découvert que la consommation d’eau était un excellent indicateur de problèmes avant qu’ils ne dégénèrent. « Ça nous a permis de réagir plus rapidement à des situations, souligne-t-il. Par exemple, si vous constatez une augmentation ou une diminution dans la consommation, qui ne s’explique pas par la température, vous faites enquête. Les bêtes se sentent-elles bien? Ont-elles suffisamment de moulée? Y a-t-il eu un changement dans les ingrédients ou dans la taille des particules? Ça ne serait pas facile de déceler ça à moins d’être un connaisseur averti en la matière. »

« De plus, le fait de pouvoir évaluer avec précision la quantité d’eau que les bêtes consomment rend la tâche plus facile lorsqu’il faut leur donner des médicaments hydrosolubles selon le dosage recommandé par le vétérinaire. Si on se base sur le fait que les porcs boivent quatre litres d’eau alors qu’ils n’en consomment que deux litres et demi, c’est l’équivalent de ne prendre qu’une demi-aspirine, ça n’aura pas l’effet désiré. »


Consommation d’eau

Dennis McKerracher dit qu’il était inquiet au début du projet, lorsqu’il s’est rendu compte que la consommation d’eau des bêtes était de 20 % plus faible que la norme pour les porcs d’engraissement. « Nous avions tout mis en place. La deuxième et troisième journée, je paniquais parce que la différence était tellement grande entre les deux groupes que j’étais convaincu qu’il y avait un problème quelconque. J’étais prêt à tout arrêter là, car je me disais que les bêtes ne devaient pas recevoir suffisamment d’eau. »

« J’ai appelé un ingénieur spécialisé en agriculture et il m’a répondu de regarder mes porcs. J’ai fait venir un voisin pour lui demander s’il pouvait voir une différence entre le groupe A et le groupe B, celui-ci m’a dit qu’il n’en voyait aucune. Puisqu’ils mangeaient autant de moulée qu’avant, nous avons donc poursuivi l’expérience. »


Un investissement plutôt qu’une dépense


Le Centre George Morris, un centre d’études agricoles indépendant, a chiffré les avantages économiques et d’ordre général d’installer des tétines à bille et leur conclusion appuie les résultats de M. McKerracher. Non seulement est-il logique de changer toutes les tétines traditionnelles pour celles à bille pour réduire le volume de lisier et pour économiser de l’énergie, mais effectuer ce changement peut augmenter votre revenu net d’entreprise. « C’est plus que rentable, c’est payant », affirment Cher Brethour, chercheure sénior et Beth Sparling, chercheure associée.

D’après les résultats, l’installation de nouvelles tétines à bille s’amortit en trois mois et demi environ. « D’un point de vue strictement économique, il s’agit d’un excellent rendement sur un investissement, ajoute Cher Brethour. Le coût à l’achat d’une tétine à bille Aqua-globe (12,60 $) est plus élevé que celui des tétines traditionnelles (6,90 $), mais si l’on prend en considération les économies d’énergie à pomper l’eau du puits, le volume réduit de lisier et par conséquent la réduction de coûts reliés au transport et à l’épandage, vous dépassez le coût d’achat de ces abreuvoirs. Autrement dit, avec un investissement initial de 463 $, vous aurez une hausse de vos revenus nets d’entreprise de 1584 $. »
Tétine à bille
Tétine conventionnelle
 
« Je n’ai pas encore trouvé de désavantage à me sevir de
ces tétines à bille », dit Dennis McKerracher.

Les chercheures se sont basés sur l’opération de M. McKerracher qui avait une tétine à bille pour quinze bêtes. Cher Brethour prétend que les résultats financiers peuvent facilement s’extrapoler pour tous les types d’entreprises porcines sauf pour la maternité, car chaque truie a son propre abreuvoir (le calcul serait alors différent et on ne pourrait alors extrapoler les résultats).



Réduction de gaz à effets de serre

Dennis McKerracher s’inquiétait du fait que la teneur réduite en eau du lisier affecterait son épandage, mais il n’a fallu qu’un ajustement du moniteur d’application pour régler le tout. En 2004, son opération a généré approximativement 200 000 gallons de lisier liquide. Ce chiffre aurait baissé à 130 000 gallons si toute son opération avait été dotée de tétines à bille. Afin de donner une idée de l’impact que cela représente pour les plus grandes porcheries, le Conseil canadien du porc (CCP) a appliqué la même réduction du volume de lisier (34,8 %) – le pourcentage obtenu sur la ferme de Dennis McKerracher – pour évaluer la réduction de gaz à effets de serre pour une entreprise de finisseurs de 2000 porcs.

En se basant sur les chiffres fournis par le groupe Climate Change Central de l’Alberta, les réductions sont de l’ordre de 2,73 kg de CO2. Ces chiffres, extrapolés pour une porcherie de finisseurs de 2000 porcs, pourraient représenter des réductions allant jusqu’à 1,2 tonne de CO2 par année.

« Je n’ai pas encore trouvé de désavantages à me servir de ces tétines à bille, ajoute M. McKerracher, qui en est à faire l’essai de différentes marques disponibles sur le marché. J’en ai trouvé qui ont un débit supérieur à ceux des Aqua-globes qui sont faits en Suède et dont je me suis servi lors de cette recherche. Il est trop tôt pour vous donner des chiffres précis mais, à ce jour, je ne constate pas de différence. »

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