Toit cathédral et plancher chauffant... pour des poulets! Quand Gérald Laplante et son fils Robert se sont lancés dans l’élevage de poulets après l’incendie de leur ferme laitière, en 1993, ils ont voulu faire autrement. Encore aujourd’hui, ils récoltent les fruits de leur audace.


Trois kilomètres avant d’arriver à Sarsfield, près d’Ottawa, un coq géant surveille la circulation devant la Ferme Avicole Laplante. Il veille aussi sur deux poulaillers de 2294 mètres carrés (24 690 pieds carrés) qui voient chacun grandir quelque 38 000 poulets, cinq fois par année.

De l’extérieur, rien d’étonnant, sinon la taille des bâtiments. À l’intérieur, des milliers de poussins se dandinent entre les mangeoires suspendues d’un plafond à 6 mètres, où s’accrochent d’immenses pièces de ventilation. Peu d’odeurs, un brin d’humidité et une petite chaleur qui s’échappe du plancher. Le grand confort, malgré l’absence de litière.

Sitôt les invités entrés, Brianna, 3 ans, Vanessa, 5 ans et Sabrina, 7 ans, partent à la chasse aux poussins. Il faut bien en montrer quelques-uns aux visiteurs! « Si on veut de la relève un jour, il faut les amener au poulailler très jeunes », dit leur père Robert, grand sourire aux lèvres.

C’est encore leur grand-mère paternelle, Claudette, qui réussit le plus facilement à attraper un poussin. À 62 ans, l’épouse de Gérald fait une grande part des rondes journalières : jeter un coup d’oeil sur les mangeoires et les abreuvoirs, cueillir les poussins morts et retirer ceux qui sont blessés ou malades.

Robert, 36 ans, effectue une vérification complète des équipements d’alimentation, chauffage et ventilation. C’est aussi lui qui porte le pagette pour les urgences signalées par ordinateur.

« Tout est automatisé, explique-t-il. Nous avons fait un investissement d’environ 40 % supérieur à un poulailler conventionnel. Nous aurions pu bâtir comme les autres, mais l’automatisation nous permet aujourd’hui de limiter notre temps avec les poulets. »

Avec le plancher chauffant, nul besoin d’acheter de la litière et de la manipuler. C’est une économie récurrente, souligne Robert.

Un premier chargement de poulets part à 35 jours (2,05 kg) et la différence à 40 jours (2,50 kg). Cela permet de maximiser l’utilisation de l’espace. Une fois le poulailler vidé, les mangeoires sont hissées au plafond et Robert retire le fumier à l’aide d’un tracteur. Puis tout est rincé, lavé et désinfecté avant l’arrivée de chaque nouveau lot de poussins.

Producteurs laitiers
Il y a quinze ans, rien n’annonçait que Gérald Laplante et ses fils Robert et Michel feraient le saut vers l’élevage de poulets. Jusqu’en octobre 1993, ils exploitaient une ferme de 182 hectares (450 acres), avec 180 vaches en lactation dans une étable maintes fois agrandie. Elle faisait 152 mètres quand le terrible incendie est survenu.

Cinq ans plus tard, Michel perd la vie dans un accident de ferme tout à fait imprévisible. Peu après, l’élevage porcin qu’il avait entrepris en 1995 est abandonné.

Ces dures épreuves ne sont jamais venues à bout de la détermination des Laplante. Dès décembre 1993, Gérald se rend aux Pays-Bas visiter des fermes, à l’invitation de John Verhooven, un représentant en réfrigération d’équipement laitier devenu un bon ami au fil des ans.

Après une semaine à visiter des fermes laitières, ils se rendent voir quelques poulaillers.

« Il n’avait jamais été question qu’on aille dans le poulet. Nous avions une bonne ventilation à l’étable et je ne pouvais pas endurer les odeurs fortes », raconte Gérald.

Tous a basculé lors d’une ultime visite avant de rentrer au Canada. « On est arrivé à 14h, poursuit Gérald. Quand le gars nous a finalement fait entrer dans le poulailler, je n’en revenais pas de la qualité de la ventilation. On s’est mis à jaser et l’homme répondait à toutes mes questions. À 15h30, j’ai regardé l’heure parce que j’étais habitué à la traite. Il devait bien avoir un train à faire! À 19h, on s’est levé, il a jeté un coup d’oeil dans le poulailler, regardé l’ordinateur, puis il est sorti avec nous en barrant la porte! »

Gérald Laplante avait trouvé. Rien n’allait l’arrêter. Même pas les deux encans de machinerie qu’il faudra pour rassembler suffisamment de fonds pour son projet.

« Si jamais les prix tombent et que l’élevage des poulets n’est plus rentable, on lève tout au
plafond et on peut faire n’importe quoi avec ce bâtiment », dit Gérald Laplante.

Le 20 septembre 1994, un premier poulailler est inauguré. Le deuxième reçoit ses premiers poulets un mois plus tard. En 1998, Gérald et Robert construisent leur propre meunerie sur le site de l’ancienne étable laitière. Ils élèvent déjà quelque 400 000 poulets à griller par année, pour une production d’environ un million de kilos.

Comme son père, Robert est heureux du style de vie qu’il s’est donné. Quand son épouse Christine part le matin pour aller travailler à Agriculture et Agroalimentaire Canada, à Ottawa, c’est lui qui va reconduire les filles chez la gardienne. « S’il y en a une qui est malade à l’école, je vais la chercher. Je passe du temps avec mes enfants à l’âge où c’est important pour elles. »

En mai et juin par contre, Robert rejoint son père aux champs. Gérald est demeuré responsable des 506 hectares en maïs-grain et en soya. Ils récoltent tout leur maïs au printemps seulement, ce qui permet d’économiser sur le séchage. « Les premiers automnes, ça te travaille quand tu vois tous les autres aux champs [à récolter leur maïs]! Mais après neuf ans, ça se passe très bien! » dit Gérald.

Avec un toit cathédral de 6 mètres,
les poulets ont droit à un meilleur déplacement d’air et à plus d’oxygène.


Penser autrement
« Les Laplante se distinguent par leur façon de penser. Ils ont pris le temps de regarder des pratiques futuristes, de les appliquer et de les adapter à notre climat », dit l’expert-conseil en production avicole de La Coop fédérée, Mario Béliveau.

Douze ans après avoir construit leur poulailler, seules trois autres installations de ce type avec plancher chauffant ont été construites pour des poulets au Canada, fait remarquer Mario Béliveau. « Tout le monde s’arrête aux coûts de construction. C’est dommage, parce que d’après moi, le bâtiment est le moteur d’une entreprise agricole. On peut l’amortir sur une longue période de temps. »

La Ferme Avicole Laplante utilise des poussins de génétique Cobb 500, fournis par La Coop fédérée. Grâce au toit cathédral et à une ventilation très efficace, on réussit à élever un plus grand nombre de poulets que sur la même superficie dans des poulaillers traditionnels.
 
De gauche à droite : Christine, Sabrina (7 ans), Claudette, Vanessa (5 ans), Gérald, Brianna (3 ans)

Ces bâtiments d’avant-garde, jumelés à une gestion rigoureuse, permettent à Gérald et Robert Laplante d’obtenir d’excellents gains de poids et une mortalité réduite, à des coûts très compétitifs. Lot après lot, ils obtiennent l’un des meilleurs indices de performance économique (482) des élevages de poulets membres du réseau de La Coop fédérée.

DE VENDEUR D'ASPIRATEURS À VENDEUR DE VOLAILLE
En plus d’élever plus de 400 000 poulets de chair par année, Robert Laplante gère de chez lui une entreprise de production d’oies et de canards. Ses volailles entières de marque Outaouais se retrouvent l’automne venu dans la plupart des grands supermarchés de l’Ontario et du Québec.

Depuis deux ans, ses oies sont élevées au Manitoba, abattues au Dakota du Sud et distribuées à partir de Montréal. Moins nombreux, ses canards sont élevés, abattus et empaquetés à environ une heure de Vancouver.

Ces volailles voient du pays, dites-vous? Pas autant que les oies que Robert Laplante élevait à Sarsfield jusqu’en 2004. Ses quelque 7000 poussins arrivaient de la Saskatchewan en avion à l’aéroport d’Ottawa. À maturité, ils repartaient se faire abattre dans l’Ouest, pour terminer leur périple dans les frigos des épiceries d’ici.

« Les coûts de transport étaient devenus beaucoup trop élevés, dit l’entrepreneur. J’ai donc trouvé des éleveurs à forfait au Manitoba. » Aujourd’hui, tout roule comme sur des roulettes et Robert a rarement à se déplacer dans l’Ouest.

Les oies grandissent pendant 20 à 22 semaines et consomment énormément de moulée. « C’est un produit de niche très saisonnier qui se vend surtout à l’Action de grâce et pendant les Fêtes, explique-t-il. C’est plus qu’un revenu d’appoint. C’est une véritable entreprise. J’en suis à ma quatrième année et j’occupe en grande partie le marché de l’oie en Ontario et au Québec. »

Ce n’est pas en produisant du lait et en élevant des poulets, deux productions contingentées, que Robert Laplante a aiguisé son sens de l’entrepreneuriat. C’est plutôt en vendant des aspirateurs de porte en porte, entre la traite du matin et celle du soir, pendant près de dix ans!

« Il vendait un aspirateur à la femme à la maison et un aspirateur (pour la ferme) au mari à l’étable! » raconte son père en riant.

Avec la construction des poulaillers, l’achat de terrain et la construction de la meunerie, Robert a finalement abandonné le commerce d’aspirateurs. « La vente, c’est un talent que tu développes et qui reste », dit-il

Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés