Le soya pour la consommation humaine doit être parfait.
Et la perfection, ça se paie!



Les prix des grains qui évoluent en dent de scie ont de quoi en décourager plusieurs. Ajoutez à cela le consommateur qui ne voit plus dans son assiette le dur labeur d’un agriculteur. Mais s’il existait, quelque part sur cette planète, un client qui sait apprécier la qualité et la payer à sa juste valeur?
 
Seuls les grains parfaits sont retenus (à gauche).
Les grains tachés, contenant des impuretés ou des
traces de grains OGM sont déclassés ou refusés.

Ce client est japonais. Il veut une fève soya parfaite. Son goût et sa texture se refléteront directement dans son tofu et son lait de soya. Ce Japonais n’achète que de la qualité et il est fidèle à ses fournisseurs. Grains Elite, une société en commandite de La Coop fédérée, est l’un d’eux.

Produire un soya pour la consommation humaine n’a rien de sorcier. Il suffit de savoir s’y prendre et d’être prêt à déployer les efforts nécessaires pour faire de la grande qualité.

Il faut bien sûr choisir des semences traditionnelles (non OGM), récolter son soya au bon moment, le tacher le moins possible avec les mauvaises herbes et éviter de le sécher. « Ce sont des petits détails que les producteurs apprennent rapidement à connaître quand ils décident de produire une variété non OGM », dit le directeur de Grains Elite, Sébastien Forget.

Ces efforts sont récompensés par une prime qui peut dépasser les 1,50 $ le boisseau pour certaines variétés. À cela s’ajoute la surprime versée pour chaque tonne de soya conventionnel certifié coop, pour compenser les rendements inférieurs.

Certaines variétés de soya conventionnel peuvent même donner autant de rendement qu’une variété Roundup Ready, affirme Sébastien Forget. Le truc le plus simple consiste à semer son soya conventionnel dans un champ qui a été traité au Roundup l’année précédente. Les mauvaises herbes seront moins abondantes, ce qui facilitera un épandage d’herbicides soigneusement choisis.

C’est à l’étape de la récolte qu’il faudra se montrer vigilant. Le grain doit être mûr. Il faut battre par temps sec et attendre la levée de la rosée. Sinon, on risque de tacher les grains avec les mauvaises herbes humides. Les petits fruits de la morelle noire peuvent causer des taches qui rendront le soya carrément impropre à l’exportation, prévient l’expert en grandes cultures et agronome de La Coop fédérée Brigitte Lapierre.
 
Le séparateur à courroies élimine tous les grains qui ne sont pas parfaitement ronds.

Dans la mesure du possible, il faut éviter le séchage. Si la récolte n’a été possible que par temps humide, on séchera le soya très lentement. Un grain séché trop rapidement se cassera facilement. Au moment de le tremper pour en faire du tofu ou du lait de soya, l’absorption d’eau sera inégale.

En entreposage, le soya doit être aéré suffisamment pour éviter l’apparition de points noirs causés par l’humidité.

De la récolte jusqu’à la livraison à un centre de grains, il faudra éviter que les fèves n’entrent en contact avec des grains OGM. « S’il y a un seul grain OGM sur 700, le test à la réception va le détecter! » dit Nathalie Maltais, la surintendante du Centre de conditionnement de la fève soya de La Coop fédérée, à Napierville. C’est dans ces installations qu’est nettoyé, classé, entreposé et empaqueté le soya de consommation humaine destiné à l’exportation.

Malgré ces exigences élevées, rien n’oblige les producteurs à s’en tenir à un cahier de charge strict. « Ce qui importe, c’est le résultat. S’il n’est pas bon, s’il ne correspond pas à nos critères, il y a de bonnes chances qu’il soit tout simplement refusé au centre de grains », dit Brigitte Lapierre.

Tout le soya de consommation humaine du réseau de La Coop fédérée passe par
le Centre de conditionnement de la fève soya de Napierville.

Généralement, le producteur n’a qu’à s’en tenir aux conseils de son représentant coop pour savoir comment s’y prendre. Il peut aussi lire le Guide du producteur annuel de la fève soya Elite certifiée coop.

Il arrive quand même qu’un chargement de soya soit déclassé ou carrément refusé lors de sa livraison à Napierville ou à un centre d’entreposage affilié. Il pourrait être trop taché, détenir des traces de grains OGM ou encore contenir trop de terre, de champignons (sclérotinia) et autres impuretés.

« Nous avons des aimants près de chaque machine. Si vous voyiez la quantité de métal qu’on trouve! » lance Nathalie Maltais. Un simple coup d’oeil sur un puits de réception du centre de conditionnement de Napierville permet de repérer quantité d’émail, un boulon et quelques vieux clous...

Le producteur qui se voit refuser son soya pourra poursuivre sa route vers un autre centre de grain. On pourra aussi prendre des dispositions pour qu’il le livre au port de Montréal, où il ira à l’alimentation animale.

« Nous devons développer une bonne relation avec le producteur. Il faut lui offrir un bon service pour qu’il n’ait pas de mauvaise surprise à la livraison et qu’il se sente floué », dit Sébastien Forget. En raison de la forte concurrence, il est difficile de fidéliser les producteurs simplement avec la prime, admet-il.

Les critères de réception du soya n’ont rien d’un caprice, insiste le directeur de Grains Elite. « On ne va jamais pousser des exigences de qualité qui ne sont pas réclamées par le client. Nous sommes très sensibles aux problèmes rencontrés par les producteurs et on travaille fort pour que les demandes des clients ne soient pas excessives. »

« S’il n’en tenait qu’aux Japonais, chaque grain de soya aurait son propre code-barres! » lance à la blague Nathalie Maltais. Heureusement, il suffit de leur démontrer que chaque lot peut être retracé jusqu’à la ferme.
 

Le risque de réclamation est toujours très élevé. Quand quelques sacs ne satisfont pas le client, c’est tout un lot qui est perdu. Difficile, dans ce contexte, d’accepter un chargement simplement pour éviter de décevoir un producteur. « Si j’accepte 30 tonnes de mauvais soya et que je les mets dans un silo de 300 tonnes, j’aurai 300 tonnes de problèmes », explique Sébastien Forget.

Environ 20 % du soya conditionné à Napierville ira vers Hong Kong, la Malaisie et les Philippines, des marchés moins exigeants. Les trois quarts de la production partiront pour le Japon. Sébastien Forget y entretient des relations d’affaires avec des distributeurs et quelques transformateurs.

 
À l’aide d’un jet d’air, l’épierreur retire les pierres qui se retrouvent dans le soya.
« Les Japonais ont tendance à payer de meilleures primes qu’en Asie du Sud-Est. Un client japonais est fidèle à ses clients et à ses variétés. Il travaillera avec toi pour améliorer ton produit », dit celui qui gère les exportations chez Grains Elite.

Le KG 41 est le plus ancien et le plus gros vendeur des soyas conventionnels de La Coop fédérée. « Il y a des clients qui ne me demandent que du KG 41. Il ne se fait nulle part ailleurs en Amérique du Nord », indique Sébastien Forget.

Le cribleur Frédérick St-Onge effectue un contrôle de qualité sur des grains de soya.

La plus haute prime est habituellement versée aux producteurs de HL35, un des rares soyas à hile noir pour consommation humaine. Le marché pour cette fève à très haut rendement en protéines est en développement et il vaut mieux obtenir un contrat de promesse d’achat avant de la semer.

Au-delà des primes, la production de soya pour la consommation humaine est une occasion de faire de la qualité qui sera reconnue. Le client japonais a une idée très précise de ce qu’il recherche, dit Sébastien Forget. Il veut aussi pouvoir savoir qui est le producteur. « La chaîne est très courte : il y a le producteur, nous et le client japonais. »


CONSEILS DE BASE POUR LA PRODUCTION DE SOYA POUR CONSOMMATION HUMAINE

Choisir une semence conventionnel (non OGM);
Éviter l’application de Roundup, à moins que ce soit très tôt ou très tard dans la saison;
Bien choisir les herbicides à appliquer en période de croissance;
Récolter la fève mûre, dans des conditions sèches;
Attendre la levée de la rosée pour battre;
Ajuster la table de la batteuse pour ne pas récolter de terre;
Éviter le recours au séchage;
Bien aérer à l’entreposage;
Éviter le contact avec des grains OGM dans la batteuse, les silos et au transport.

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