Quatre coopératives ont présenté un mémoire aux audiences de la Commission sur l’avenir de l’agriculture, avant qu’elles soient interrompues pour la campagne électorale. Un résumé de chacun de ces mémoires a été préparé à votre intention. Les activités de la Commission ont repris le 27 mars dernier et devraient se terminer fin août début septembre avec les audiences nationales, à Québec et Montréal. Les points saillants des autres mémoires – présentés par les coopératives – seront publiés dans les éditions de septembre et d’octobre du Coopérateur, si l’horaire des audiences n’est pas de nouveau perturbé par un événement.



Les solutions de CoopPlus

Dany Côté, directeur général et Edgar Gervais, président de La Coop CoopPlus.

La Coop CoopPlus a été la toute première coopérative à déposer son rapport devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture. Son président, Edgar Gervais et son directeur général, Dany Côté, se sont en effet exprimés à haute voix devant plus de cent personnes, lors de la première journée d’audience, à Trois-Rivières, le 13 février.

Les deux hommes ne sont pas arrivés avec une kyrielle de plaintes ou de recommandations, comme d’autres ont fait. Non. Ils ont plutôt opté pour illustrer deux actions mises de l’avant par la coopérative au fil des récentes années en offrant à la Commission et à tout le Québec rural leur mode d’emploi.

Optimisation en amont

D’abord, ils ont fait part de quelques gestes posés en amont de la production agricole qui ont culminé à abaisser le coût des intrants de l’exploitation de leurs membres, permettant d’améliorer les revenus nets tirés de leur travail.

C’est par des regroupements et des associations que ces objectifs ont été atteints, a précisé M.Gervais, un producteur laitier. Ainsi, les activités de préparation des engrais minéraux ont été concentrées à Saint-Casimir et le plus fort volume traité a concouru à réduire le coût de production considérablement, soit de 10 $ la tonne, par rapport à la moyenne de l’industrie.

D’autre part, en concertation avec deux autres coopératives, CoopPlus a regroupé ses activités de fabrication et de distribution des produits de meunerie. Il en a résulté un fléchissement de 23 % des coûts de production par tonne métrique, comparativement au montant qui prévalait en 2002.

Enfin, le président de CoopPlus a servi la mise en commun du service agroenvironnemental de quatre coopératives régionales pour démontrer que cette coopération a permis d’édifier un service rentable, en progression quant à ses parts de marché, et surtout, jouissant d’une réputation d’excellence auprès du milieu.

« Ces projets d’optimisation sont parfois difficiles à mettre en place, a avoué M. Gervais. Il nous a fallu, par exemple, procéder à la fermeture de la meunerie de Saint-Tite pour favoriser la réussite de notre second projet. »

CoopPlus incite donc le milieu agricole à revoir ses structures de production et à encourager cette voie de l’optimisation, au besoin par des appuis financiers ou à travers la fiscalité.

Prise en main communautaire
La coopérative a aussi raconté comment, à Saint-Adelphe, petite municipalité de 860 habitants, le milieu s’est pris en main après la perte de deux quincailleries et d’une épicerie. Un montage financier assez peu orthodoxe – des citadins ont même contribué pour 250 $ chacun – a été imaginé pour que se construise ce printemps un immeuble multiservice par une coopérative de solidarité. Le site abritera une quincaillerie et une épicerie; une station-service pourrait vraisemblablement s’y greffer.

CoopPlus, qui investit la majorité des capitaux nécessaires à ce projet, a noté qu’aucun promoteur privé ne pourrait rentabiliser ce projet comme l’entendent faire les nombreux partenaires engagés dans ce chantier communautaire. Le bâtiment a été conçu de telle sorte qu’il permettra un agrandissement ultérieur.

Avant de quitter la salle de l’Hôtel Delta où ils ont soumis leur mémoire, les représentants de CoopPlus ont eu droit, fait assez inusité ce soir-là, aux félicitations du président de la commission, Jean Pronovost, pour leur beau travail…

Covilac : l’avenir est dans la production de porcs spécifiques


Jean-Yves Lavoie, directeur général et Jacques Côté, vice-président de Covilac, coopérative agricole.

Les représentants de Covilac ont suscité l’intérêt des commissaires en illustrant la voie empruntée pour le développement de sa filière porcine. Jacques Côté, le vice-président de la coopérative agricole, active dans les territoires de Nicolet-Yamaska et du Bas-Richelieu, a expliqué que la grande réorganisation enclenchée en 2006 fournit déjà des résultats encourageants : les producteurs porcins se solidarisant pour amener sur la table des pays importateurs une viande telle qu’ils la désirent.
Lors de la période d’échanges suivant le dépôt du mémoire de la coopérative, Pascale Tremblay a fait dire à M. Côté : « C’est là l’avenir de l’industrie porcine. » Jean-Yves Lavoie, le directeur général de Covilac, a immédiatement précisé « que les agriculteurs sont motivés à répondre aux attentes des Japonais ». Jean Pronovost venait de demander si la stratégie épousée visait à occuper des niches en fonction des pays acheteurs de viande porcine.

Au préalable, le vice-président de Covilac avait brossé les grandes étapes qui avaient balisé le chemin emprunté par la coopérative. D’abord, la réflexion de ses membres et employés en 2006 dans la foulée de la conjoncture éminemment défavorable découlant du circovirus, de la chute des prix et de la grève d’abattoirs, pour ne nommer que quelques-uns des malheurs qui se sont abattus sur les producteurs. Puis les décisions prises : adoption de l’approche technique du vétérinaire français François Madec, quête de la certification HACCP pour les deux meuneries de la coop et travail en réseau.

Sur ce dernier point, la vision de Covilac l’a amenée à s’associer avec la coopérative Comax, de Sainte-Rosalie, pour créer les Élevages Covimax. Ce partenariat a permis de bonifier l’expertise technique détenue et de solidifier les ressources financières.

Naturellement, a admis le dirigeant aux commissaires, des décisions difficiles ont aussi été prises, comme la réduction de trois à deux des filières d’élevage, en 2005, qui ont mené à des choix déchirants.

Même si la crise du porc n’est pas encore résorbée, Covilac a bien des motifs de se réjouir.

La nouvelle démarche technique, par exemple, fait dire à M. Côté que cette décision fut « l’une des meilleures que Covilac ait prise dans ce dossier ».

Il a renchéri en faisant savoir que la crise avait poussé la coopérative à innover dans sa façon de gérer, à favoriser une occupation intelligente du territoire pour mieux gérer les risques sanitaires, à valoriser le travail d’équipe et à définir « ce que nous voulions comme coopérative : une filière coop de la terre à l’assiette, avec des participants autonomes ou en coopérative dont chacun est imputable et qui se répartit la richesse ».

Par ailleurs, la Commission a fait moins bonne réception à la proposition de Covilac d’accorder à Repère Agriculture, sa filiale de services-conseils, un traitement similaire aux clubs sans but lucratif de ce genre. Le commissaire Mario Dumais a fait ressortir que l’objectif de la coopérative avec Repère était d’abord et avant tout de vendre les produits de la coopérative.

« Il y a toujours des conseils qui entourent la vente des produits », a répliqué Jean-Yves Lavoie. Ce dernier a longuement expliqué que les membres de la coopérative ne voulaient pas adhérer aux clubs et que les spécialistes de Repère bénéficiaient d’une formation constante pour demeurer à la fine pointe des connaissances technologiques, en plus de se soumettre au code de déontologie de leur profession. Jumelés à leurs contacts quotidiens avec la réalité des agriculteurs, ils se veulent des conseillers extrêmement pertinents. Covilac estime qu’ils pourraient former « une équipe de formidables agents de transfert technologique, d’accompagnement et de sécurité pour l’agriculteur ».

La coopérative prône donc que l’aide financière publique soit plutôt dirigée directement vers l’agriculteur et que ce dernier décide de l’organisme en mesure de l’aider par ses conseils… rémunérés. Une proposition qu’a également reprise La Coop des Bois-Francs le lendemain, à Victoriaville, lors de son passage devant la Commission.

Bois-Francs vise la viabilité des entreprises agricoles

Martin Plante, directeur général, Gilles Morin, vice-président et
Rémi Pelletier, président de La Coop des Bois-Francs.

On ne peut pas dire que La Coop des Bois-Francs n’avait pas bien fait ses devoirs avant de se présenter devant la Commission et de lui déposer son mémoire intitulé Vive notre différence coop au quotidien. C’est qu’elle avait procédé à des consultations régionales au cours de l’automne 2006 auprès des productrices, producteurs et des jeunes de la relève de son territoire. De ces échanges, la coopérative avait noté les attentes de ses membres face à l’avenir et dégagé deux enjeux majeurs : la nécessaire rentabilité des exploitations agricoles et le besoin de soutien personnel pour relever les défis entrevus tout en leur permettant de jouir d’une qualité de vie « acceptable ».

La Coop des Bois-Francs a dépêché trois de ses représentants aux assises de la Commission afin de résumer les points saillants de son document : Rémi Pelletier, son président, Gilles Morin, son vice-président, ainsi que Martin Plante, son directeur général.

Le document déposé brosse un tableau des services de la coopérative et de tout son réseau : services-conseils techniques et agroenvironnementaux, laboratoire certifié ISO 17025 (2005) pour les analyses de sols et d’effluents, ferme de recherche Techno Champs, dédiée à l’expérimentation de nouvelles cultures et hybrides, etc.

La Coop des Bois-Francs y fait également part de l’objectif d’optimisation de ses services qu’elle fait sienne depuis quelques années pour permettre de faire fléchir les coûts de production à la ferme. Elle a notamment illustré la recherche de synergies obtenues par le contrat de fourniture de sa meunerie auprès de la Société coopérative agricole de Disraeli.

En fait, la quête de rentabilité des agriculteurs pour l’avenir passe par des coopératives dynamiques, a fait valoir M. Pelletier. Celle des Bois-Francs est bien engagée sur ce front et peut servir de modèle : elle emploie une personne-ressource en agroéconomie pour aider directement les agriculteurs dans leurs besoins financiers, que ce soit pour des études de faisabilité, pour des préparatifs à une rencontre avec leur banquier, la rédaction d’un plan d’affaires ou autres, a noté M. Plante aux commissaires.

M. Morin a expliqué pour sa part que la coopérative venait de développer un programme d’aide aux producteurs membres qui s’étend à leur conjoint et à leur relève. Chaque membre aura ainsi accès, à trois reprises, à des rencontres gratuites avec une variété de professionnels tels des travailleurs sociaux, des psychologues et des orienteurs. Il a également relaté la création récente d’un comité régional constitué uniquement de femmes propriétaires ou copropriétaires d’entreprises agricoles, un sujet qui a suscité l’intérêt de la commissaire Pascale Tremblay. En partenariat avec La Coop Ham Nord, La Coop des Appalaches et La Coop Pré-Vert, la mise sur pied de ce groupe vise à favoriser le réseautage chez ces productrices et à augmenter leur participation à la vie des coopératives. Cette initiative a été qualifiée de prometteuse par le dirigeant.

M. Plante a aussi traité du projet Action relève coop qui permet annuellement à une dizaine de jeunes âgés de 18 à 30 ans de participer à des activités de formation et de sensibilisation au milieu coopératif.
La Coop des Bois-Francs a finalement dégagé trois recommandations pour l’avenir de l’agriculture :
1- l’établissement de liens de communication et de contacts positifs entre le monde agricole et la population;
2- la remise des subventions aux producteurs et non aux organismes pour un libre choix quant aux services agroenvironnementaux;
3- la nécessité d’investir davantage dans la recherche et le développement afin que les producteurs demeurent compétitifs et abordent d’autres créneaux dans une perspective de rentabilité de leurs activités agricoles.

Citadelle vise des changements majeurs

Luc Lussier, directeur général et René Arès, président de Citadelle,
coopérative de producteurs de sirop d’érable.

L'avenir de l’industrie acéricole québécoise passe par des changements majeurs, sont venus clamer René Arès et Luc Lussier, respectivement président et directeur général de Citadelle.

Les deux dirigeants ont redit devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture que la révision de la loi sur la mise en marché des produits agricoles, alimentaires et de la pêche, en 1990, et la mise sur pied de l’Agence de vente de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ), en 2002, ont dépouillé la coopérative de ses principaux atouts. Et que les effets pernicieux de ce contrôle monopolistique font manquer des occasions d’affaires à l’industrie acéricole.

La loi, en concentrant la majorité des pouvoirs entre les mains de la FPAQ, écarte du processus décisionnel plusieurs maillons de la chaîne alimentaire. Citadelle s’en ressent vivement, ayant vu déserter quelque 500 de ses membres au fil des cinq dernières années; ces derniers ne voient plus comment leur coopérative peut les avantager. « Cette situation nous relègue à un seul rôle de générateur de ristournes auprès d’eux, a observé M. Lussier. Et c’est un chemin inéluctable vers la dissolution d’une coopérative… »

Pour illustrer le carcan auquel est confinée l’industrie, M. Arès a amené l’exemple du sirop d’érable biologique. Après une année qui a vu des surplus s’accumuler, cette production de niche fut contingentée par la FPAQ. Or, la demande a explosé par la suite culminant à des pressions sur les prix de vente au détail en raison de la rareté du produit. La certification « bio » ne pouvant être accordée à un acériculteur qu’après un processus s’échelonnant sur deux ans, des ventes pourraient s’en trouver irrémédiablement perdues. Dans son mémoire, la coopérative de producteurs de sirop d’érable rapporte avoir essuyé un refus de la FPAQ qu’elle avait tenté de convaincre d’accroître le contingentement de ses membres producteurs biologiques.

Indiquant que le comité de surveillance et la Table filière de l’acériculture existants ne sont pas adéquats pour accueillir les idées de tous les acteurs de l’industrie, Citadelle propose l’instauration de nouveaux mécanismes de négociation et de contrôle qui permettraient à tous les acteurs, non seulement du secteur de la production, mais aussi de la transformation, incluant les coopératives, les transformateurs privés, les consommateurs, voire même les distributeurs, d’avoir voix au chapitre. Naturellement, le législateur devrait permettre à Citadelle de retrouver tous les moyens d’action qui lui ont déjà permis de recenser jusqu’à près de 4000 sociétaires.

Le directeur général a ajouté, devant les commissaires, que les organisations comportent des comités de relation de travail qui permettent aux parties de communiquer et de régler leurs différends. « Nous devrions aussi avoir un tel outil pour le monde agricole », a suggéré M. Lussier.
Enfin, M. Arès a attiré l’attention des commissaires sur la vente en vrac de sirop d’étable à l’étranger, notamment au Japon et en Australie. La conséquence de cette forme d’exportation est triple : l’industrie acéricole québécoise perd tout contrôle sur la qualité du produit et des emplois de transformation (notamment le remplissage des contenants de détail, l’étiquetage et l’emballage) créés dans les pays de destination, et les frais de douanes étant moindres, ils exercent des pressions à la baisse sur la valeur du produit.

C’est ni plus ni moins qu’un retour en arrière, commente Citadelle. Et ce sont les producteurs qui en font les frais.

S’il est impossible d’arrêter de vendre en vrac le sirop d’érable, qu’on encadre au moins cette pratique notamment avec des prix majorés, une non-concurrence des marchés où se retrouvent les produits transformés au Québec et une exigence de production contrôlée, est-il noté dans le mémoire de Citadelle.


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