Pour une première fois cette année, le Prix Transfert de ferme coop – autrefois prix La Coop fédérée au transfert de ferme – a été dévoilé à l’occasion du banquet de l’assemblée générale annuelle, le 22 février dernier. Depuis sa mise en place, il y a cinq ans, il était décerné par l’entremise du concours de l’Ordre national du mérite agricole. Par ce concours, La Coop fédérée favorise l’adoption par les familles de moyens et de structures afin de faire un transfert de ferme qui assurera la pérennité de leur entreprise et s’avérera équitable pour tous. Présentation de la ferme gagnante et des deux finalistes.



D'abord une ferme laitière et porcine appartenant à trois individus : Jean-Claude, son frère André et sa conjointe Monique. Cette entreprise cheminera vers deux entités distinctes permettant à l’une d’elles d’amorcer le passage vers la quatrième génération. Les six années de préparation au transfert ont été jalonnées d’essais de gestion à plusieurs, d’ateliers de formations diverses, de confrontations parfois corsées, de réflexions, d’ajustement et surtout de plusieurs rencontres. Résultat : le flambeau de Jal Royal inc. est toujours bien enflammé! Une flamme qui a d’ailleurs valu à l’entreprise d’être nommée grande gagnante du Prix Transfert de ferme coop 2006.

« Lorsque j’ai terminé mon cours de gestion et d’exploitation agricole (GEEA) au cégep de Victoriaville en 1993, je suis revenu chez nous avec des idées plein la tête et prêt à relever tous les défis, raconte Marc-André, le sourire bien accroché. Un enthousiasme d’autant plus débordant puisqu’il épousera l’année suivante une passionnée de belles vaches, rencontrée sur les bancs d’école et rêvant depuis toujours de marier un agriculteur. Aujourd’hui parents de quatre jeunes enfants âgés de 5 à 11 ans, Nancy Lefebvre et Marc-André Roy assument la gestion complète de la ferme.

Située à Disraeli dans la MRC de L’Amiante, le pays des mines et des lacs, la ferme laitire possède 77,5 kilos jour de quota et s’étend sur 283 hectares (700 acres) de terres dont la moitié est en boisé.

Le troupeau Jal Royal compte 72 vaches de race pure et presque autant d’animaux de remplacement. La production moyenne par tête se maintient à 11 756 kilos de lait depuis les cinq dernières années et leur classification présente 5 Excellentes, 22 Très Bonnes et 36 Bonnes plus.

Depuis l’année 2000, la fréquence de traite est passée de deux à trois par jour. « Même si cette nouvelle régie du troupeau implique plus d’organisation, précisent Marc-André et Nancy, nous constatons les effets positifs sur la santé générale du troupeau. Ce passage a été fait avec le souci d’améliorer notre qualité de vie, poursuit Nancy. Comme c’est un employé qui effectue la traite du soir, nous sommes dégagés de ce travail et cela nous donne plus de temps pour notre famille. »

Les débuts

Achetée en 1979 de leur père Roméo Roy, l’entreprise dotée de deux unités de production sera baptisée Jal Royal inc. et gérée par Jean-Claude Roy, sa conjointe Monique et ses deux frères, André et Luc. Ce dernier quittera la ferme une décennie plus tard et vendra ses parts aux trois autres actionnaires.

Outre le troupeau laitier, cette ferme compte deux maternités et un site d’engraissement. Un atelier vaches-veaux s’ajoutera pour ensuite être délaissé au profit de la production laitière.

« J’ai toujours été témoin d’une bonne entente entre mes parents et mes oncles, souligne Marc-André. Ils nous ont transmis le goût de travailler ensemble… » Une jeunesse heureuse qu’il a partagée avec ses deux frères, Jean-Marie et Pierre-Paul et ses deux sœurs, Renée-Claude et Marie-Noël. « Je suivais mon père partout, poursuit Marc-André. J’étais un mordu de la ferme. Lorsque j’ai commencé le cégep, je savais que j’étais fait pour devenir agriculteur. Je me sentais à ma place! »

Lorsqu’il termine sa formation collégiale d’exploitant de ferme, les tâches sont redéfinies et Marc-André s’occupe avec ses parents du troupeau laitier tandis qu’André, l’un des trois actionnaires de Jal Royal, concentre son travail à l’élevage porcin. Précisons que depuis les tout débuts de l’entreprise, Jean-Claude se fait un devoir d’enregistrer le troupeau dans le but d’en améliorer la génétique et la race. Une voie que poursuivront Marc-André et Nancy, compte tenu de leur passion commune pour la génétique des vaches laitières.

« J’ai toujours été témoin d’une bonne entente entre mes parents et mes oncles, souligne Marc-André.
ût de travailler ensemble. »

Vers deux entités distinctes
Jusqu’en 1997, Jal Royal faisait vivre deux familles. Marc-André y travaille à titre de salarié et manifeste son désir de devenir propriétaire. Après avoir examiné plusieurs possibilités, quant aux façons d’établir la prochaine génération, les trois actionnaires décident ensemble de diviser la compagnie pour faciliter l’intégration de Marc-André.

C’est ainsi qu’en 1998, ce dernier accède à la propriété en recevant 20 % des parts de l’entreprise, dont il partage la gestion avec ses parents, Jean-Claude et Monique. À partir de là, la
production porcine se détache de Jal Royal inc. pour opérer sous sa propre entité. C’est le début d’un nouveau développement pour Jal Royal.

L’adhésion au CRÉA
La ferme se porte bien et fait travailler bien du monde. Nous sommes en 1998 et le jeune couple manifeste clairement son désir d’acheter l’entreprise. L’ensemble des actionnaires prend alors la décision d’adhérer au Centre régional d’établissement en agriculture (CRÉA). L’expérience dure six ans avec la conseillère Brigitte Paré, œuvrant depuis maintenant 10 ans au sein du CRÉA de la Chaudière-Appalaches.

L’image que prend Nancy pour parler des services de cet organisme est très évocatrice. « Le transfert de ferme se compare à un casse-tête parfois difficile à assembler. Or, le CRÉA nous aide à mettre les morceaux ensemble et à se poser les bonnes questions. Guidés à toutes les étapes du transfert, poursuit Nancy, nous sommes amenés à rencontrer régulièrement une série de professionnels compétents, comme les notaires, les comptables et les fiscalistes. »

Plusieurs cours ont été suivis dont ceux offerts par Pierrette Desrosiers sur la gestion du stress et le savoir-écouter. Pour ce couple, la formation suggérée est aidante parce qu’elle permet de rencontrer des gens vivant des situations similaires. Cela permet de partager son expérience et de se sentir moins isolé dans ce passage souvent laborieux à traverser.

Au fil de la discussion, Nancy et Marc-André avoueront que certaines discussions entre les quatre membres de l’équipe de transfert ont été parfois vives, mais toujours constructives. Ils ont tous cette capacité de faire valoir leur point de vue en laissant à l’autre la possibilité de penser autrement.

Pour Monique, l’expérience au CRÉA a été bénéfique. Toutefois, elle admet avoir trouvé cette période difficile. « Ce n’est pas facile de se départir d’une entreprise que l’on a bâtie. Il y a un peu de nous-mêmes qu’il faut laisser aller… » Pour Monique et son mari Jean-Claude, l’idéal aurait té de pouvoir établir plus d’un enfant sur la ferme, la taille de l’entreprise le permettant.

Par ailleurs, après avoir fait quelques essais avec les frères de Marc-André, ceux-ci ont décidé, après un certain temps, de réorienter leur carrière. « Heureusement, précise Marc-André, nous avons toujours été capables d’être sincères et de nous parler franchement durant ces périodes d’essais. Tout s’est fait dans la bonne entente. Aujourd’hui, ils continuent de nous donner un coup de main de temps en temps et participent à la traite durant les fins de semaine. »

Cette habitude de travailler ensemble donne à cette entreprise une force particulière lui permettant d’envisager l’avenir et ses défis avec beaucoup d’assurance et de générosité envers le milieu. Les parents, Jean-Claude et Monique, assurent une présence très appréciée en participant toujours avec enthousiasme aux travaux de la ferme. Pour ce qui est de Marc-André, il a gardé la délicatesse et le souci de consulter ses parents avant de prendre des décisions importantes.

Outre l’ardeur au travail et l’amour de la campagne, ils ont su transmettre la capacité de s’arrêter et de profiter de la vie. « On travaille et on s’amuse en famille », souligne fièrement le jeune couple féru de sports d’équipe, dont le hockey! Avec Renée-Claude et Nancy, Monique fait d’ailleurs partie d’une équipe de volley-ball. Elle pratique le golf et s’adonne également au ski de fond. Quant à Jean-Claude, il développe ses talents d’ébéniste tout en prenant plaisir à jouer au golf ou à arborer son habit de chasse. Sans oublier les réunions auxquelles il participe à titre de vice-président à la Société coopérative agricole de Disraeli.

Si Nancy et Marc-André portent fièrement le flambeau de la ferme Jal Royal, comme l’ont porté Monique et Jean-Claude, c’est pour un jour avoir la joie, eux aussi, de le transmettre à la génération montante.

 

Ferme Diolac SENC François, Jean-Philippe et Véronique Dionne.

François Dionne et Michèle Lacroix ont transmis leur amour de la terre à deux de leurs quatre enfants – Véronique et Jean-Philippe. Histoire d’une relation solidaire entre deux générations.

Le transfert de leur entreprise a été amorcé en 2003. Le défi était grand, car Michèle et François sont demeurés partenaires en affaires en dépit d’une séparation conjugale survenue en 2000. Leur ferme a toujours été une priorité. Depuis l’arrivée de Véronique et Jean-Philippe, le couple accompagne sa relève en offrant sa présence et son expérience.

Située à Saint-Zéphirin-de-Courval, la ferme Diolac SENC compte deux unités de production : le lait et le porc. François, 55 ans, parle d’unités rentables. Une manière d’organiser la ferme afin qu’elle puisse se scinder en deux s’il y a discorde entre les futurs partenaires, Véronique et Jean-Philippe. L’entreprise possède un troupeau de 110 têtes, dont 52 vaches pour un quota de 47 kilos.

L’unité porcine compte trois sites d’engraissement permettant une production de 6000 porcs. Les terres cultivables s’étendent sur 101 hectares (250 acres). Une forêt cultivée de 121 hectares complète les actifs d’une ferme qui a pris son premier envol en 1980 avec un taux d’endettement autour de 125 % de sa valeur.

« Les sept premières années ont été très difficiles, se rappelle François. Les taux d’intérêt se rapprochaient des 20 %. » L’année 1987 sera un premier tournant vers une progression lente du troupeau de 25 vaches. L’adhésion à un syndicat de gestion lié à de nouveaux outils de financement, apportera un nouveau souffle à la ferme François Dionne.

Retour aux études

« Nous étions sur la voie de la rentabilité, précise Michèle, mais nos enfants grandissaient et les besoins de la famille augmentaient. Un revenu supplémentaire était nécessaire. Je suis retourné aux études de 1987 à 1990 pour obtenir un baccalauréat en communication sociale. »

Michèle trouve ensuite un emploi dans un centre d’action bénévole où elle assume pendant sept ans la direction générale. En 1997, l’agricultrice quitte son emploi et revient à la ferme. Entre-temps, une production s’ajoute et l’intérêt de la relève se précise.

L’acquisition de la ferme d’en face

« Michèle a acheté cette entreprise porcine pour agrandir nos terres, raconte François. On s’est aperçus que la porcherie offrait un revenu intéressant sans être trop exigeante en temps. C’était au début des années 90, quand le porc était payant. »

Avec le temps, cette ferme se développe. L’unité laitière progresse aussi. François, Véronique et Jean-Philippe plantent, autour des bâtiments, 1000 arbres brise-vent d’essences différentes, notamment du chêne et du frêne.

Le transfert de l’expérience

Le transfert légal a pris forme en 2003. Celui de l’expérience et des prises de décision s’est fait à mesure que les jeunes en manifestaient l’intention.

Responsable de la production porcine au sein de Diolac, Véronique travaille également à titre d’agronome pour Repère Agriculture, un centre de services-conseils en agroenvironnement appartenant à La Coop Covilac. C’est également elle qui assumera la comptabilité de la ferme. Diplômé en gestion et exploitation d’une entreprise agricole, Jean-Philippe rêve depuis toujours d’être agriculteur.

« Passionnés de leurs métiers, les agriculteurs aiment assez les animaux pour accepter tout le travail que cela exige, précise François. Je suis heureux d’avoir réussi à transmettre l’amour d’une profession exigeante, mais essentielle à la société. »


Ferme Lavoie Jasmin, Robert et Julien Lavoie.

En 2006, Jasmin Lavoie s’associe avec son père en rachetant les parts de son oncle dans l’entreprise familiale de bouvillons d’abattage. Un projet caressé et planifié pendant plus de 12 ans...

Les frères Julien et Robert Lavoie se consacrent depuis quelques années au bouvillon d’abattage. Leur entreprise de Laterrière au Lac- Saint-Jean fournissait un revenu d’appoint qui faisait à peine ses frais depuis la crise de la vache folle. Conscients des investissements nécessaires pour en assurer la viabilité, ils préfèrent le statu quo le temps que Jasmin, le fils de Robert, ait les moyens de prendre la relève de Julien.

Au printemps 2006, Julien vend ses parts à son neveu Jasmin Lavoie, diplômé en technique agricole du Cégep d’Alma. Père de deux garçons de 2 et 6 ans, Jasmin a toujours voulu vivre de l’agriculture. Mais avec 300 bouvillons, l’entreprise ne pouvait soutenir sa famille. L’expansion projetée nécessitait de tripler le troupeau et construire une étable neuve.

Jasmin a pris un chemin détourné qui l’a mené à bon port. Il travaille durant 12 ans dans le milieu forestier tout en donnant un coup de main à la ferme et investit dans l’immobilier. Il visite nombre d’entreprises de bouvillon d’abattage, évalue les bâtiments, calcule les investissements nécessaires et prévoit un coussin pour protéger ses arrières durant la transition. Il diminue aussi son coût de vie, en prévision du démarrage de l’entreprise, une période durant laquelle son seul revenu serait l’assurance-emploi.


Une fois le plan d’affaires élaboré, il effectue une demande au Centre local de développement dans le cadre du programme Soutien au travailleur autonome (STA) pour le démarrage d'une entreprise. Ce programme assure un revenu minimum (équivalent aux prestations d’assurance-emploi) à l’entrepreneur durant un an supplémentaire à la durée qui lui serait normalement allouée.

Dès l’achat des parts de son oncle, il devient propriétaire principal de l’entreprise et admissible à une subvention à l’établissement. « Je savais que pendant huit mois je devrais supporter les coûts de construction, l’achat des animaux et leur entretien. Juste pour l’alimentation, c’est 1500 $ par jour! » explique Jasmin. Sans aides, il n’aurait eu aucun salaire durant la construction et la première année d’exploitation de la nouvelle étable.

Les bouvillons arrivent dans cette étable dès le sevrage et repartent au poids d’abattage. Un registre précis rend compte du taux de gain journalier à la vaccination, en passant par les soins vétérinaires et la date de sortie.
 
Fany Leduc, fille de Martin Leduc, un pêcheur professionnel, est fière de son doré!

La conduite de troupeau est la même dans les deux bâtiments. Toutefois, l’arrivée de 800 bouvillons de provenances multiples et d’âges différents sur une période de trois mois dans l’étable neuve non terminée a eu un impact sur les résultats.

« C’est une situation exceptionnelle, et le temps pluvieux nous a nui », souligne Robert Lavoie. Le taux de mortalité a été multiplié par sept. Mais auparavant dans l’élevage de 300 têtes, le taux de mortalité avoisinait les 0,03 % par lot. Le taux prévu pour le lot actuel est de 2 %. Un résultat très satisfaisant qui prouve l’attention portée par Jasmin, Robert et Julien à leurs animaux.

Jasmin s’est donné deux ans pour atteindre la rentabilité et payer un salaire et demi. « Je peux tout faire seul, sauf lors des gros travaux », dit-il.

Transfert atypique et sans histoire? Disons que les actions axées sur le transfert se diluent dans le quotidien lorsqu’elles sont étalées sur une si longue période. Mais dans tout ce processus, rien n’a été laissé au hasard.


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