On peut sélectionner les porcs pour résister au SDPS ou à d’autres maladies. Mais plusieurs problèmes ralentissent le progrès espéré. Sogéporc et des coopératives du réseau coop participent à des essais pour identifier les animaux les plus résistants aux maladies.


Il est bien connu que certains individus sont plus résistants aux maladies que d’autres. Regardez autour de vous et vous constaterez que certaines personnes n’ont jamais la grippe alors que d’autres « attrapent » tout ce qui passe.

Le phénotype (ou apparence) d’un animal est dû aux gènes qu’il a reçus de ses parents et à l’environnement auquel il est soumis (voir l’encadré ci-contre). La combinaison génétique-environnement (G*E) explique pourquoi certains individus sont plus ou moins résistants à certaines maladies. Il ne suffit pas d’avoir les gènes pour résister ou succomber à une maladie, il faut que l’environnement y soit aussi prédisposant et vice versa.
 
Génétique et environnement

P = G + E + (G * E)
P = phénotype ou apparence et performances de l’individu
G = génotype ou ensemble des gènes reçus des parents
E = environnement ou tout ce qui est externe (alimentation, logement, stress, température, etc.)

Même avec la meilleure génétique, des porcs dont l’alimentation est déficiente ne performeront pas. Aussi, des sujets de même génétique alimentés d’une même ration, mais qui ne sont pas logés dans les mêmes conditions, auront des performances
différentes.


Comparaison de la survie d’issus de Piétrain versus
les issus de Duroc Sogéporc

 
Ferme 1
Ferme 2
Mortalité Piétrain Duroc Piétrain Duroc
Maternité (%) 12,6 7,1 16,2 13,8
Pouponnière (%) 1,4 1,7 4,8 3,0
Engraissement (%) 2,4 0,4 1,7 0,0

Dans le cas des porcs, la première étude publiée traitant de ces questions a été réalisée il y a près de 70 ans! Le chercheur avait démontré que certains individus étaient plus résistants à la fièvre aphteuse que d’autres et que la différence de résistance s’expliquait par une composante génétique (héréditaire). Depuis, de nombreuses études ont montré des différences de résistance à des maladies spécifiques ou pour la tolérance aux infections.

Récemment, plusieurs observations ont suggéré l’existence d’une variabilité de la résistance (ou susceptibilité) au syndrome de dépérissement postsevrage (SDPS) entre les individus d’une même race et de races différentes. Il a notamment été rapporté que les issus (ou descendants) de Piétrain seraient plus résistants que les issus de Duroc et que les animaux de race Landrace seraient les plus susceptibles. D’autres études européennes, cependant, ne montraient aucune supériorité des issus de Piétrain.

Un test a donc été réalisé pour comparer la différence de résistance au SDPS de descendants issus de Piétrain et d’autres issus de Duroc dans les conditions d’élevages québécois. Pour ce faire, de la semence fraîche de Piétrain a été importée de France. La semence a été utilisée dans deux maternités de deux coopératives différentes (Purdel et Profid’Or) avec 40 truies hybrides alfa+ dans chaque maternité.

En même temps, de la semence de verrats Duroc du réseau Sogéporc (mélange VIP) a été utilisée avec 40 autres truies dans les mêmes élevages. Les saillies ont été réalisées pendant deux semaines. Les porcelets ont été suivis de la naissance jusqu’à la fin de l’engraissement. Aucun vaccin contre le SDPS n’a été utilisé. Les taux de mortalité apparaissent au tableau. Les issus de Piétrain ont eu un taux de mortalité supérieur dans toutes les phases d’élevage. En maternité, les porcelets moitié Piétrain étaient nettement moins vigoureux que les porcelets moitié Duroc. Cette différence s’est poursuivie en pouponnière et en engraissement. Les issus de Piétrain ont subi presque le double de mortalité!


Il y a eu peu de SDPS en pouponnière-engraissement, car les élevages avaient mis en pratique les recommandations de régie prodiguées par leurs experts-conseils. Mais même si le SDPS avait frappé plus fort, et supposons que le Piétrain soit effectivement plus résistant, il y a fort à parier que les Duroc et Piétrain auraient eu des taux de mortalité semblables à cause de la mortalité accrue des Piétrain en maternité. D’autre part, il y a un lien entre la présence de circovirus et d’autres facteurs aggravants comme le SRRP (syndrome reproducteur et respiratoire porcin) pour que le SDPS apparaisse. La race Duroc est reconnue plus résistante au SRRP, cela a-t-il pu aider?
Finalement, peut-on sélectionner contre le SDPS ou d’autres maladies? Oui. Mais plusieurs problèmes ralentissent le progrès espéré :
- Comme les animaux reproducteurs de race pure sont dans des troupeaux indemnes des maladies économiquement importantes, on ne peut pas les sélectionner directement. On peut le faire uniquement en mettant des contemporains (frères, sœurs) dans des lieux contaminés ou recueillir les données des porcs commerciaux et les relier aux grands-parents de race pure utilisés;
- Les agents pathogènes se reproduisent beaucoup plus rapidement que leur hôte (quelques heures pour les virus, 2 à 3 ans chez le porc), ce qui laisse le temps à l’agent pathogène de s’adapter au « nouveau porc amélioré »;
- La sélection pour la résistance face à une seule maladie c’est bien, mais la résistance globale d’un individu c’est mieux. Toutefois, c’est compliqué;
- La connaissance des gènes impliqués dans la résistance aux maladies augmente chaque année, mais il existe actuellement peu de marqueurs et en plus, il faut choisir lesquels sont préférables, car un même individu n’est pas porteur de tous les bons gènes. On ne choisit pas non plus quels gènes inconnus sont perdus dans la sélection et quels seront ceux qu’on voudra garder dans 10 ans en fonction de l’évolution des besoins;
- L’intégration du caractère « résistance aux maladies » dans les programmes d’évaluation génétique est difficile, car il faut l’inclure en plus de considérer tous les autres caractères économiquement importants (taille de portée, poids et survie des porcelets; longévité des truies; gain moyen quotidien; conversion alimentaire; rendement carcasse; qualité de la viande, etc.).


Il est évident, actuellement, que la sélection génétique n’est pas le seul outil (ni le principal) utilisé pour combattre les maladies. Il faut l’utiliser avec tous les autres moyens disponibles comme les soins vétérinaires, l’alimentation, la régie. Un animal avec les meilleurs gènes possible ne pourra exprimer son potentiel qu’en fonction du milieu dans lequel il est élevé.

Cependant, il faut améliorer la sélection pour la résistance aux maladies. C’est pourquoi Sogéporc participe à des essais pour valider la pertinence d’utiliser un test immunologique pour identifier les animaux naturellement résistants aux maladies. De plus, il y a actuellement des tests, en collaboration avec la Société coopérative de Disraeli, pour vérifier la résistance aux maladies de différentes familles Duroc.

Actuellement, la meilleure recommandation qu’on puisse faire aux producteurs est l’utilisation de semence d’un verrat terminal de race différente de celles utilisées pour produire la femelle hybride. Cette façon de faire permet de bénéficier de porcelets plus vigoureux et plus performants en raison d’un effet d’hétérosis à 100 %. De plus, l’utilisation d’animaux sélectionnés au Québec permet de maximiser les bénéfices, car un des principes de l’amélioration génétique consiste à sélectionner les animaux dans le même milieu que celui de la production.

À retenir

Il existe des différences génétiques entre les animaux pour la résistance aux maladies.
La sélection génétique pour la résistance aux maladies permet d’espérer des progrès, mais ils sont lents.
La connaissance accrue du génome porcin va permettre d’augmenter la vitesse de sélection des animaux résistants.
La sélection contre une maladie spécifique est plus facile, mais plus risquée qu’une sélection contre les maladies en général.
La constitution d’une base de données reliant les troupeaux de sélection aux troupeaux commerciaux va augmenter la rapidité d’amélioration.
L’utilisation de races différentes pour produire le porc commercial permet de bénéficier d’un maximum d’hétérosis et augmenter la vigueur
L’utilisation d’animaux sélectionnés au Québec permet de bénéficier d’animaux sélectionnés dans des conditions semblables et donc mieux adaptés.


L’auteure tient à remercier les experts-conseils de la Société coopérative de Disraeli, La Coop Profid’Or et La Coop Purdel, ainsi que Stéphane Gagné, technicien de recherche pour le réseau Sogéporc.
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