Avec une expertise cumulée depuis trois générations, la Ferme R. Pinsonneault et Fils ltée est passée maître dans la production, l’emballage et la commercialisation de pommes de terre.


Samedi matin, dix heures. Un acheteur de la région de Québec est au téléphone avec Daniel Pinsonneault, un des propriétaires de la ferme et responsable des ventes. L’acheteur doit absolument regarnir en pommes de terre l’inventaire de son magasin, et ce, pour le lendemain, sinon c’est la rupture de stock et tous les problèmes qui s’en suivent. Il sait qu’il peut compter sur le producteur de Saint-Michel-de-Napierville, même si ce dernier est à trois heures de route de la capitale. Daniel fait tout pour satisfaire ses clients. Il livrera la marchandise, impeccable, comme toujours. Les étals seront garnis, les consommateurs, rassasiés et l’acheteur, heureux.

« On ne nous fait pas toujours signe à la dernière minute, mais lorsque c’est le cas, nous sommes prêts », précise Daniel qui, avec son frère, Michel, sa sœur, Lise et leurs parents, Réal et Florence, gèrent l’entreprise familiale.

Avec plus de 250 hectares de pommes de terre en culture, l’exploitation figure
dans le peloton de tête de ce secteur au Québec.

Avec plus de 250 hectares de pommes de terre en culture, l’exploitation figure dans le peloton de tête de ce secteur au Québec. Avec la belle province, l’Ontario et les États-Unis sont les principaux marchés où trouvent preneurs leurs divers produits.

L’entreprise est géographiquement très bien située. En plus d’être à proximité des débouchés pour leurs produits, les terres noires et sablonneuses au sud de Montréal offrent un microclimat propice à la culture maraîchère. « Les terres noires dans lesquelles une bonne partie de notre production est réalisée contribuent au succès de nos produits, indique Michel. Dans le cas de la pomme de terre rouge, par exemple, la terre noire accentue le rouge de la pelure et la blancheur de la chair. Deux aspects qui plaisent aux clients. »

Les divers produits de l’entreprise sont offerts sous pas moins de 50 emballages différents. En plus des multiples variétés cultivées (Jimseg, Belmont, Eramosa, Russet, Chieftain, Norland, etc.), il faut compter qu’elles sont commercialisées selon leur grosseur (de grelot à jumbo), le volume emballé (5, 10, 15, 20 et 50 livres) et le type d’emballage (sac plastique, papier ou boîte de carton).

C’est dans le marché des primeurs que les Pinsonneault ont fait leur marque. Fraîcheur, qualité et service sont leurs mots d’ordre. « En pleine saison de récolte, pour maximiser la qualité et la fraîcheur de nos produits, on suggère aux acheteurs de commander tous les jours, fait savoir Michel qui s’occupe de la commercialisation auprès des fruiteries et marchés publics. Peu importe s’il faut livrer à tous les jours, on récolte chaque fois la quantité nécessaire. »

Ainsi, pas question de leur fournir des pommes de terre qui ont dormi ne serait-ce que quelques jours dans l’entrepôt. Les récolteuses que possède la ferme sont aux champs et n’attendent que le signal du départ pour se mettre en branle.

Compact, efficace et polyvalent, l’équipement de classement et d’emballage
permet de traiter rapidement tout type de commandes.

« Le secret de la réussite, c’est le service et la qualité », insiste Lise Pinsonneault qui en plus de s’adonner aux ventes, se charge de la comptabilité de l’entreprise. Réal, encore très actif aux champs, approuve, lui qui a été témoin des premiers pas de la ferme que son père a fondée avec 14 hectares (40 arpents) en culture.

De juin à décembre, la Ferme R. Pinsonneault carbure à plein régime, soit 6 jours par semaine (et même parfois 7), et ce, de l’aube jusqu’à la tombée du jour. La semaine de 35 heures, ils n’en ont qu’entendu parler…

Jusqu’à six camions remorque contenant l’équivalent de 800 à 1000 poches de 22,7 kilos (50 livres) de pommes de terre quittent quotidiennement l’entreprise.

Le carnet de commandes est bien garni. À un point tel que les Pinsonneault, qui ont décroché la médaille de bronze de l’Ordre national du mérite agricole en 2000, puis le deuxième rang à la médaille d’argent en 2005, se voient parfois obligés d’en refuser. Tout prendre et négliger sur la qualité, très peu pour eux. « Un nom, ça se perd vite », note Michel.

« Certains producteurs de la région ne souhaitent pas développer leurs propres marchés. Ils se tournent alors vers nous pour écouler leurs petites pommes de terre rouges, un produit que nous exportons aux États-Unis, explique Michel. On ne signe aucun contrat. Ils sont libres d’acheminer leurs pommes de terre où bon leur semble. C’est une situation avantageuse à la fois pour eux et pour nous. »

Quarante pour cent de la production de la ferme se retrouve dans les épiceries de la chaîne Sobey’s, une entreprise qui, au dire des propriétaires, soutient largement l’agriculture québécoise. Le reste des récoltes est partagé également entre les fruiteries et marchés publics de la région de Montréal et en Ontario (30 %) et le marché américain (30 %).
 
En période de pointe, jusqu’à six camions-remorques contenant l’équivalent de 800 à 1000 sacs de 22,7 kilos de pommes de terre quittent quotidiennement l’entreprise.

L’exportation est une avenue intéressante, conviennent les producteurs, mais lorsque la situation se gâte, il faut savoir s’adapter, et vite.

Les propriétaires en savent quelque chose. La crise du nématode doré, qui a très durement touché la région de Saint-Amable a également eu des répercussions du côté des producteurs de pommes de terre ailleurs en province. L’onde de choc s’est notamment propagée à toutes les entreprises qui exportaient au sud de la frontière.

À l’automne 2006, les Américains avaient fermé la porte à toute importation de pommes de terre en provenance du Québec, et ce, pendant deux mois. « Les surplus qui en ont découlé ont bien sûr fait chuter les prix, explique Michel, mais ont aussi forcé les entreprises touchées à trouver rapidement d’autres débouchés. Lorsque les frontières ont été rouvertes et qu’on a de nouveau
laissé circuler les tubercules vers les États-Unis, il fallait, simultanément, réapprovisionner cette clientèle et rencontrer les commandes des nouveaux marchés. »

Michel est conscient que le nématode doré, qui s’attaque aux racines des plants, peut frapper toutes les entreprises qui produisent des pommes de terre, peu importe où elles se trouvent. Pour limiter les risques de contamination, il pratique la rotation avec d’autres cultures telles que les oignons, les carottes ou la laitue que cultivent des producteurs de la région.

Les Pinsonneault font aussi 20 hectares de haricots frais, vendus comme primeurs sur le marché de Montréal, et qui entrent dans le cycle des rotations. Les haricots sont également une excellente source d’azote.

En matière de fertilisants, l’entreprise utilise le strict minimum. Quant aux produits de protection des cultures, on ne les applique qu’au besoin. Soucieuse de l’environnement, l’entreprise se sert d’une arroseuse à air assisté à faible dérive depuis 1994. Enfin, l’irrigation n’est réalisée qu’en terre sablonneuse, pour les primeurs, lorsque le plan est en fleur. Les terres noires, cultivées pour les variétés plus tardives, n’en requièrent pas.

Réal, Florence, Michel, Lise et Daniel sont bien entourés. Ils peuvent compter sur leur famille et une équipe d’employés professionnels et dévoués composée de Québécois, Mexicains et Guatémaltèques dont certains travaillent pour l’entreprise depuis plus de 10 ans. Côté technique, Yarek Oslokivitch, expert-conseil à La Coop Uniforce, assure le suivi. D’autres spécialistes de divers secteurs leur sont aussi d’un grand soutien.

Les Pinsonneault n’ont jamais rédigé de plan d’affaires en bonne et due forme. Il y a 25 ans, l’entreprise n’était présente que sur le marché de Montréal. La qualité des produits et du service qu’ils offraient a été leur meilleure carte de visite.
 
Mathieu, au centre, le fils de Daniel, et ses cousins Julien et Julie, les enfants de Michel. Julien étudie en gestion
d’entreprise agricole au cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le bouche à oreille a fait le reste. Avec le temps, ils ont acheté des terres, agrandi l’entrepôt, mis en place de l’équipement de pointe et développé une vaste expertise en commercialisation et développement de marchés.

Mais ce n’est pas tout. Les entrepôts réfrigérés seront bientôt plus vastes et le quai de chargement plus spacieux. La famille se concentrera aussi davantage sur les produits de primeurs. Pour la saison qui s’amorce, ils feront préchauffer à l’intérieur de caissons les semences certifiées de pommes de terre de manière à en favoriser la germination. Les semences seront ensuite coupées en 2, 3 ou 4 morceaux que l’on mettra en terre, si la température le permet, aussi tôt qu’à la fin mars ou au tout début d’avril. Récoltées en vert dès la Saint-Jean-Baptiste, les pommes de terre arriveront alors sur le marché de 8 à 10 jours plus tôt.

Les Pinsonneault positionnent leur entreprise de manière qu’une quatrième génération puisse aussi en vivre et poursuivre le travail accompli. Julien Pinsonneault, le fils de Michel, ainsi que Mathieu, celui de Daniel, manifestent aussi un vif intérêt à demeurer parmi les premiers sur le marché des primeurs. Réal et Florence n’en sont pas peu fiers…


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés