« Une simple participation à l’Ordre national du mérite agricole permet de se mettre à jour et de se comparer, ce qui est bénéfique pour chacun, du premier au dernier… »


Roméo Gauthier, conseiller en gestion au Centre de services agricoles du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), à Deschambault, est une des quatre ou cinq personnes qui jouent le rôle de recruteur dans la région de la Capitale-Nationale pour ce concours qui remonte à la nuit des temps – 1889 en fait. D’autres, comme lui, font de même dans la région Chaudière-Appalaches. Ces deux territoires sont ceux d’où proviendront cette année les lauréats de ce mérite, dans le cadre d’un principe d’alternance qui permet de quadriller le Québec en entier sur une période de cinq ans. En 2002, 101 agriculteurs se sont inscrits dont 82 de Chaudière-Appalaches

Le rôle de Roméo Gauthier et de ses pairs est d’inciter les producteurs agricoles, qui multiplient les efforts pour améliorer leur ferme, de se présenter.

« Il y a des gens discrets et humbles à qui on doit faire comprendre qu’ils ont réalisé des choses intéressantes, reprend l’agronome qui œuvre auprès des producteurs agricoles depuis plus d’une trentaine d’années. On les informe que l’Ordre national est un concours de mérite, pas de performance. On leur indique que nous pouvons les guider pour remplir le bulletin de candidature et que cette tâche ne représente qu’à peine quelques heures de leur temps. Toutefois, les producteurs doivent avoir le désir de se présenter, car c’est assez exigeant. On ne peut les forcer.»

La perception qu’ont certains producteurs de l’Ordre national du mérite agricole est parfois erronée.

« Ce n’est pas celui qui a le plus beau parterre qui gagne. Le concours a beaucoup plus de profondeur, encore davantage depuis 20 ans. Et le volet environnemental a pris beaucoup d’essor au fil des dernières années. De plus, contrairement à il y a 25 à 40 ans, les producteurs laitiers ne sont plus aussi dominants à ce concours, reflétant la grande diversification qui est survenue depuis. »

Jean-Marie Laliberté est d’accord que l’Ordre national n’est pas une affaire d’image. « Il faut vendre notre entreprise. » Le producteur laitier de Honfleur sait de quoi il parle puisqu’il se souvient que son père participait à cette compétition et que lui-même a remporté successivement les médailles de bronze, d’argent et d’or. Il a de plus rempli le rôle de juge-commandeur à quatre reprises.

Cette visite a lieu durant l’été, ce qui déjà vient parfois bousculer les producteurs dont la nature des activités les oblige à des journées effervescentes en cette saison. Entre trois et cinq heures sont nécessaires pour une rencontre standard, davantage lorsque la production est diversifiée. Les juges attribuent des points suivant un schéma prédéterminé et dont le cumul peut atteindre 1000 points (voir encadré). Les candidats doivent naturellement consacrer du temps aux préparatifs en vue de cette visite, ne serait-ce que pour ranger adéquatement tous les objets et matériaux qui encombrent la propriété.

« Cette visite commence par une présentation des gens, narre M. Laliberté. Il est préférable que les enfants soient là, même si ce sont seulement les détenteurs des actes de propriété qui peuvent postuler pour l’Ordre. Nous marchons ensuite les champs, s’il y a lieu, et parlons de l’historique des dernières années, scrutons l’évolution des récoltes pour voir d’où c’est parti, où c’est rendu et où on s’en va. Nous voulons savoir pourquoi le producteur a planté cela et le lien avec la production principale de son entreprise.

« Nous poserons ensuite notre regard sur la machinerie et voudrons là aussi en connaître l’historique. Nous chercherons à déterminer si c’est l’équipement approprié pour les besoins du producteur et s’il est en bon état. Nous nous demandons toujours si le producteur n’a pas surcapitalisé inutilement : ce n’est pas parce qu’il dispose d’un tracteur flambant neuf qu’il obtiendra des points. »

À l’intérieur des bâtiments agricoles, poursuit-il, on vérifie si la configuration des lieux est adéquate autant pour les animaux que pour la machinerie, qu’elle assure le confort des premiers et qu’elle est bien adaptée à la production. Bien sûr, on relève les indices de propreté des lieux.

« Le Mérite agricole a fait avancer l’agriculture au Québec, soutient le producteur laitier. D’abord, chaque candidat va accomplir des gestes qu’il ne ferait pas autrement en préparation de notre passage; puis, lorsqu’il reçoit le rapport sur ses forces et faiblesses, il sait où diriger ses efforts en vue d’améliorer son exploitation. »

Enfin, Roméo Gauthier croit que davantage que les bourses attachées aux premiers prix, ce sont les reportages consacrés aux gagnants qui allèchent bien des participants. Et de pouvoir apposer un écriteau devant sa ferme pour claironner son mérite ou de l’afficher sur sa carte professionnelle, voilà qui sourit… à bien des orgueilleux!

Pour recruteurs et juges
On ne lésine pas sur la formation
En vertu d’une entente avec le MAPAQ, l’ITA, campus La Pocatière est responsable de l’encadrement des recruteurs et des juges qui côtoient les producteurs agricoles engagés dans la course pour l’Ordre national du mérite agricole.

Pour les premiers, cela se traduit par une journée d’information qui survient généralement en novembre, avant que ne s’enclenche la période d’inscription du concours. Ces employés du MAPAQ desservant les territoires dont les producteurs seront admissibles l’année suivante examinent de long en large le formulaire que doivent compléter les candidats et se font guider dans la recherche d’aspirants intéressants.

« Pour les juges, c’est plus approfondi, note Sylvain Gingras, responsable de cette formation et professeur à l’ITA. Nous prenons trois journées complètes pour qu’ils maîtrisent bien la grille d’évaluation, pour s’assurer d’obtenir une cohésion dans leurs jugements, pour les aider à la planification de leurs visites ainsi que pour qu’ils se familiarisent avec les normes et les diverses réglementations en vigueur. Enfin, une quatrième journée est consacrée à la visite d’une ferme témoin où les juges doivent annoter ce qu’ils y voient. C’est très important pour la standardisation. Cette visite peut aussi se dérouler virtuellement, par vidéo. »

C’est au mois de juin qu’a lieu cette formation et elle regroupe jusqu’à une quinzaine de personnes. Les juges – anciens médaillés d’or du concours (commandeurs), agronomes ou enseignants d’écoles d’agriculture – sont regroupés en équipes de trois personnes. Un commandeur est désigné dans chaque équipe. Pour parer à tout conflit d’intérêts, aucun producteur agricole siégeant à cette instance ne peut acquitter sa tâche dans sa région d’origine.


Ce qu’il faut savoir sur la 118e édition

Régions administratives

Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches

Période d’inscription

jusqu’au 1er mai 2007

Admissibilité :
Propriétaires d’une entreprise agricole au cours des cinq dernières années pour s’inscrire dans la catégorie Bronze, avoir déjà remporté la médaille de bronze pour s’inscrire à la catégorie Argent et avoir gagné l’Argent, mais jamais l’Or pour la catégorie supérieure.

Grandes divisions de la grille d’évaluation
Gestion de l’appareil de production 350 points
Gestion agroenvironnementale 125 points
Gestion des ressources financières 300 points
Gestion des ressources humaines 175 points
Rayonnement social 50 points
Total 1000 points

Récompenses
Sommes de 3000 $ (Or), 2000 $ (Argent) et 1000 $ (Bronze) aux concurrents arrivant premiers au total des points accumulés dans leur catégorie.

Remise des prix régionaux

21 septembre 2007 (Centre de congrès à Québec)

Remise des prix nationaux

12 octobre 2007 (Assemblée nationale)

Autres prix découlant des candidatures soumises

Prix Formation de la relève agricole (MAPAQ)
Prix Relève agricole féminine (MAPAQ)
Prix Mérite Promutuel de la prévention (Groupe Promutuel)
Prix La Coop fédérée à l’agroenvironnement


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