Depuis plusieurs années, Agropur connaît une progression sans précédent. Le dernier exercice s’est clos avec un chiffre d’affaires de 2,3 milliards $ et un excédent de plus de 110 millions $. Les ristournes versées aux 4000 sociétaires totalisent 75,3 millions$. L’entreprise ne pourrait être en meilleure posture pour prendre place sur l’échiquier laitier mondial.
C’est ce que Serge Riendeau, son président, entend faire par des partenariats, des acquisitions et le développement de produits.



Le Coopérateur agricole Quel cheminement a amené Agropur à vouloir se positionner sur l’échiquier mondial?

Serge Riendeau Depuis ses origines, Agropur ne s’est jamais fixé de frontières. Un des éléments déclencheurs a été l’acquisition de Ault en Ontario en 1997. Agropur devenait ainsi un transformateur majeur dans cette province. Des acquisitions en Alberta ont ensuite propulsé Agropur au rang des principaux transformateurs canadiens. En plus des autres coopératives laitières qui possèdent environ 10 % du marché, le Canada compte trois joueurs majeurs qui transforment plus de 75 % de la production laitière. Agropur, Saputo et Parmalat se partagent ce marché dans des proportions équivalentes. Avec les lois sur la concurrence, on ne pourrait être le seul transformateur canadien. Pour croître, il faut maintenant se tourner vers l’extérieur.

C. A.
Vos moyens financiers sont importants. Comment les membres entrevoient-ils la croissance de leur coopérative à l’extérieur du Canada?
S. R.
Nos membres sont conscients que le statu quo ne serait pas avantageux pour la coopérative. Ils sont d’accord pour qu’Agropur se positionne à l’extérieur, mais avec prudence, dans des domaines que l’on connaît et sans mettre Agropur à risque. Mais une fois hors Canada, il n’est plus question de se limiter qu’aux États-Unis. Il faut maintenant jouer l’échiquier mondial et s’implanter dans les pays qui ont des cultures laitières intéressantes.
 
C. A.
Accusez-vous du retard par rapport à vos concurrents?
S. R.
Non. Depuis ses débuts, Agropur a fusionné avec, ou acquis, près de 250 entreprises coopératives et privées. Nos compétiteurs, Saputo et Parmalat, sont des multinationales. Si nous avons une faiblesse par rapport à eux, c’est le degré de concentration encore très élevé de nos outils de transformation au Québec. Aussi, nous n’avions pas une réelle vision internationale auparavant. C’est ce à quoi Agropur cherche maintenant à remédier. Les États-Unis et l’Amérique du Sud sont les marchés sur lesquels nous posons notre regard.
 
C. A.
Parlez-nous de vos projets à l’étranger?
S. R.
Nous avons d’abord acheté une première usine en Indiana en 2002. Ça a été une école. On a appris le fonctionnement des approvisionnements et de la distribution de lait. Nous sommes maintenant prêts pour une autre acquisition. Nous avons eu, entre autres, des discussions avec Dairy Farmers of America [siège social à Kansas City, 20 000 producteurs laitiers dans 49 États]. Nous effectuons beaucoup de prospection. Certains dossiers pourraient aboutir cette année.
 
C. A.
Les grands bassins laitiers se sont déplacés vers l’Ouest, notamment en Californie. Lorgnez-vous de ce côté?
S. R.
Pour s’y établir, il faut d’abord qu’une entreprise soit à vendre. Nous demeurons à l’affût de bonnes occasions d’affaires, où qu’elles soient.
 
C. A.
Dans quel contexte évolue l’industrie laitière en Amérique du Sud, où le lait est disponible à meilleur coût?
S. R.
L’Amérique du Sud, où la production laitière est en croissance, est complètement déréglementée. L’Argentine et l’Uruguay, entre autres. L’Océanie aussi, c’est d’ailleurs la première région à s’être déréglementées. Par contre, ces pays ont bénéficié de subventions dans les phases de transition pour amener leurs producteurs au niveau où ils sont aujourd’hui. Ces pays approvisionnent des marchés en beurre et poudre de lait, des denrées facilement transportables. Chez Agropur, nous misons sur les produits à valeur ajoutée. La rentabilité y est meilleure pour nos membres.
 
C. A.
De quelle façon comptez-vous vous établir sur ces divers marchés?
S. R.
Essentiellement par des acquisitions ou des associations avec d’autres coopératives. On veut rester dans les secteurs où nous avons de l’expertise. Si, grâce à notre leadership en innovation, nous avons réussi à positionner une foule de produits dans un petit marché comme le Canada, nous pourrons aussi le faire ailleurs.
 
C. A.
Saputo a mis la main sur une usine de Land O’Lakes qui produit du fromage en Californie. Elle est aussi au troisième rang des transformateurs laitiers en Argentine. Que pensez-vous de cette situation?
S. R.
Nous faisons probablement la même lecture de l’expansion de l’industrie laitière mondiale. Nous voulons investir là où il y a un potentiel de croissance. S’établir en Argentine, où l’industrie laitière est florissante, nous permettrait de produire à la fois pour le marché local et d’exportation. La plupart des grands transformateurs mondiaux y sont déjà installés. Du côté des grandes coopératives laitières américaines, elles se recentrent sur leur mission première, soit commercialiser du lait nature. Cela amène des occasions d’affaires pour Agropur.
 
C. A.
L’OMC menace plusieurs soutiens agricoles. L’industrie laitière canadienne pourrait-elle survivre dans un contexte déréglementé?
S. R.
Advenant le cas, nos gouvernements devront soutenir notre agriculture de la même façon que d’autres pays supportent la leur, autrement nous aurons du mal à passer au travers. En Europe, par exemple, les transformateurs paient le lait meilleur marché qu’ici. Il y a un avantage à transformer là-bas et à exporter certains produits sur le marché mondial.
 
C. A.
Comment vous situez-vous, par rapport à vos concurrents, en matière de développement de produits?
 
S. R.
Agropur est probablement l’entreprise qui innove le plus à ce titre. Les produits se multiplient. Les créneaux de marchés aussi. Notre nouveau centre de recherche nous permettra de poursuivre, avec encore plus de moyens, le développement de produits novateurs pour présenter aux consommateurs des façons différentes de voir le lait. Pensons par exemple aux aliments fonctionnels tels que le lait et le yogourt contenant des probiotiques ou des oméga-3.
 
C. A.
Vous utilisez des ingrédients laitiers pour fabriquer vos produits. Ne vous tirez-vous pas dans le pied en agissant de la sorte?
S. R.
Du point de vue des producteurs, les utiliser, c’est se tirer dans le pied. Mais pour Agropur, ne pas le faire, c’est se tirer dans les deux pieds! C’est une question de compétitivité. Si nous décidions de ne pas les utiliser, alors que tous nos compétiteurs le font, on se ferait sortir des marchés en un rien de temps. Nos membres comprennent bien cette dynamique. Se livrer concurrence avec les mêmes outils et sur la même base que les autres, on n’a pas de problème avec ça. C’est pourquoi nous sommes en faveur qu’il y ait une réglementation quant à l’utilisation et à l’importation de ces ingrédients.
 
C. A.
Le ministre Strahl avait annoncé qu’il entendait se prévaloir de l’article 28 qui permet d’introduire de nouveaux tarifs douaniers ou encore d’ajuster des tarifs existants afin d’assurer la protection des marchés des produits intérieurs. Où en est ce dossier?
S. R.
En avril, le Canada a officiellement notifié les pays membres de l’OMC qu’il entendait se prévaloir de cet article. De son côté, l’Agence canadienne d’inspection des aliments travaille à établir des règles qui seraient claires pour tout le monde, notamment en ce qui concerne la composition des fromages et les ingrédients utilisés pour les fabriquer.
 
C. A.
Vous avez amorcé, en mars dernier, un vaste exercice de consultation auprès de vos membres. Quel en était le but?
S. R.
Nous souhaitions faire réfléchir nos membres sur le développement de la coopérative et
l’ouverture du membership. Cet exercice culminera à l’assemblée générale en février 2008 alors que nous présenterons les grandes orientations qui auront été retenues.
 
C. A.
Comment vos sociétaires voient-ils l’ouverture du membership de la coopérative?
S. R.
Au Québec comme dans les autres provinces, des conventions de mise en marché attribuent un volume de lait à chacune des usines où il sera transformé. C’est une façon de faire que les producteurs, en très grande majorité, ne veulent pas remettre en cause. Ainsi, accepter mille sociétaires de plus n’acheminerait pas plus de lait dans les usines d’Agropur. La seule conséquence qui en découlerait serait la dilution de la ristourne partagée entre les membres.
 
C. A.
À défaut d’accepter d’autres membres, vous prônez le regroupement des coopératives laitières canadiennes.
S. R.
Tous les producteurs coopérateurs qui possèdent des usines de transformation devraient se rassembler pour ne former qu’une seule grande coopérative. Ces producteurs détiendraient alors 35 % de la transformation laitière canadienne. Ce serait une grande force pour le système coopératif.
 
C. A.
Quelles synergies iriez-vous chercher?
S. R.
L’ensemble des membres de cette coopérative serait beaucoup mieux positionné sur le marché national. La gamme de produits offerts serait plus étendue. Déjà, on fabrique des produits pour certaines d’entre elles et vice versa. Chacune des coops pourrait bénéficier du réseau de distribution de l’autre. On éviterait ainsi de se concurrencer avec des produits semblables.
 
C. A.
Ces coopératives se montrent-elles intéressées?
S. R.
Nous avons fait plusieurs approches. La balle est dans leur camp. Les coopératives sont présentement en bonne santé financière. Dans ce contexte, on ne parle pas de fusion. On est ouvert quand ça va mal. Mais il serait logique de fusionner alors que les coopératives sont rentables. Ça nous permettrait d’être plus concurrentiels.
 
C. A.
En assemblée, votre directeur général a affirmé que l’achat d’un réseau de distribution, tel qu’il a été proposé par un membre, n’était pas dans le plan d’affaires de la coopérative. Pourquoi?
S. R.
Tout simplement parce qu’on serait exclusif à notre réseau de distribution, mais totalement absent ailleurs. Nous ne sommes pas des détaillants. Nous n’irons pas dans cette voie, c’est sûr et certain. D’ailleurs, il n’y a pas de modèle comme ça dans le monde. Des distributeurs possèdent des laiteries – Loblaws est propriétaire de Nielsen et Safeway de Lucerne –, mais aucune laiterie ne possède de distributeurs.
 
C. A.
Selon la revue Commerce, Agropur figure, en 2006, au 65e rang des 150 entreprises, tous secteurs confondus, les plus admirées au Québec. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?
S. R.
Agropur est une entreprise coopérative qui a de belles valeurs. Des valeurs fondées sur ses membres et ses employés. Chez Agropur, les profits sont redistribués à l’ensemble de ses membres partout dans les régions. Ça aide des communautés. Ça me réconforte de savoir que, par les produits que nous livrons aux consommateurs, ces valeurs sont reconnues.

Production laitière (2006)
Pays
Litres de lait (000)
Québec 2 861 043
Canada 7 578 806
États-Unis 80 286 673
Argentine 10 300 000
Europe des 15 121 000 000
Monde 527 000 000
Groupe Agéco, USDA, World Dairy
 
Nombre de litres de lait transformés par les
principales entreprises canadiennes (2006)

 
(000)
Agropur 1 900 000
Saputo 4 000 000*
Parmalat Canada n.d.
Agropur, Saputo
*Dans le monde


Principaux pays fournisseurs de produits laitiers au Canada (2004)
Pays
Quantité totale
(millions de kg)
Valeur totale
(millions de $)
Principal produit
États-Unis 92,5 143,2 Produit de lacto-sérum et autres ingrédients
Nouvelle-Zélande 46,7 141,6 Poudre de lait et autres ingrédients
France 5,6 56,6 Fromage de spécialité
Italie 3,6 37,8 Fromage de spécialité
Agriculture et Agroalimentaire Canada


Chefs de file de l’industrie canadienne de la transformation laitière (2006)
 
Pays d'origine
Chiffres
d'affaires ($)
Usines
au Canada
Usines
au Etats-Unis
Usines
en Argentine
Agropur Canada 2,3 milliards 20 1 0
Saputo Canada 3,8 milliards 26 15 2
Parmalat Canada Italie 2,0 milliards 19 n.d. n.d.
Agriculture et Agroalimentaire Canada


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés