Guy, Marc, Pierre et Antoine Bouthillette exploitent l’une des plus grandes fermes laitières au Témiscamingue. Bien malgré eux, ils sont devenus un modèle de saine croissance et de qualité de vie à la ferme.



Une modeste étable recouverte de tôle, rallongée deux fois et flanquée de silos à grain neufs. Quelques pièces de machinerie devant les garages, mais pas de gros tracteur, ni de pick-up de l’année. Nous sommes chez les Bouthillette, à Guérin.

En empruntant les rangs 3 et 4, depuis l’intersection principale du village, aucun indice ne laisse croire que l’on se retrouve aussitôt devant l’une des plus importantes fermes laitières au Témiscamingue. L’endroit est bien tenu, mais tout sauf flamboyant.

« On ne cherche pas la publicité », reconnaît d’emblée Guy, 42 ans, le plus volubile des trois frères. Marc, 45 ans, Pierre, 38 ans, et leur père Antoine sont tout aussi étonnés de l’intérêt que suscite leur entreprise.

Les bâtiments sont simples et efficaces. Depuis le dernier agrandissement, l’étable fait 91 mètres.

La ferme familiale a pourtant réussi à intégrer trois fils, qui s’entendent à merveille. Depuis 1994, ils sont en mode expansion. L’étable fait aujourd’hui 91 mètres (300 pieds) et le quota laitier est passé de 45 à 120 kilos de matière grasse. À travers tout cela, on se paie des voyages à Cuba, au Mexique et même en Asie!

« La ferme grandit tranquillement, mais tout le temps », dit Marc, l’aîné. Il y a deux ans, les Bouthillette ont acheté une trentaine de kilos de quota, l’équivalent « d’une ferme moyenne au Témiscamingue » et rajouté 27 mètres à l’étable. Sinon, les chiffres des projets d’expansion antérieurs sont un peu tombé dans l’oubli. Quand tout va bien, les chiffres ne comptent plus.

Antoine a intégré officiellement Marc et Guy à l’entreprise il y a maintenant douze ans, en leur donnant chacun 20 % des parts au moment de fonder une nouvelle entité légale. Guy avait alors 29 ans. En terminant rapidement son français du cinquième secondaire, il a pu profiter d’une prime à l’établissement. Le cadet, Pierre, s’était alors tourné vers un autre emploi, mais d’ici quelques mois, le mécanicien de la famille deviendra lui aussi actionnaire de la ferme.

Le transfert s’est réalisé dans l’harmonie, sans que les fils aient à contracter de dette importante. Antoine est demeuré actif sur la ferme, mais il a visiblement cédé les rênes. « Je choisis mes jobs », dit l’homme de 74 ans.

Lors des grands travaux aux champs, le paternel vient donner un coup de main pour le transport du grain ou de l’ensilage. Peu loquace, mais l’esprit vif, il sait admettre son occupation préférée avec humour : « Moi et les ours, on ramasse les bleuets! »

La ferme a bien changé depuis qu’Antoine a acheté la terre en 1959. Il avait alors dû se battre auprès du crédit agricole pour obtenir un prêt de 5000 $ pour construire une étable. Puis son frère lui a vendu ses neuf premières vaches. « Il avait des vaches dures à tirer. Il a gardé les meilleures pour lui! » se rappelle-t-il.

Aujourd’hui, il dort tranquille sachant que ses trois fils ont les choses bien en main. Marc gère le troupeau et Guy, les champs. Pierre s’occupe de la machinerie et des bâtiments.

« Généralement, on s’entend bien. On fait chacun nos affaires. Chacun sait ce qu’il a à faire », dit Guy. « Lorsqu’on est à l’ouvrage ensemble, on ne se parle même pas », ajoute Marc, en donnant l’exemple des fois où il faut rassembler le bétail.

Les trois frères voudraient bien pouvoir compter sur un employé. Difficile, toutefois, de trouver de la main-d'œuvre dans un minuscule village d’une région qui se dépeuple. « Pour l’instant, notre meilleur employé est un robot! » lance Marc. La ferme utilise un Rovibec RTM sur rails, qui distribue l’alimentation aux vaches 14 heures par jour.
 
Guy est responsable du troupeau laitier. La répartition des
tâches avec ses frères s’est faite naturellement.


Vivre bien

Le robot Rovibec est le meilleur employé de la ferme!

Tous s’entendent également sur le principal avantage d’être à trois sur la ferme : chacun peut prendre des vacances à son tour. Camping l’été, destinations soleil l’hiver.

« Ce sont des gens modestes, qui se paient une belle qualité de vie. La performance à la ferme ne les empêche pas de bien vivre », souligne leur expert-conseil de La Coop fédérée, Jean-Guy Plourde.

Les Bouthillette aiment le travail bien fait, ils sont minutieux et savent comment investir dans leur entreprise, observe Jean-Guy. « Avec eux, il n’y a pas de surprise. »

Il y a dix ans, la famille a entrepris de drainer l’ensemble de ses terres. Les bouts des champs ont été défrichés, de sorte que la propriété de 242 hectares (600 acres) livre aujourd’hui un rendement bien supérieur. La moitié de l’orge cultivée est vendue et le foin suffit amplement aux besoins du troupeau.

« Ici, nous sommes seulement la deuxième génération sur les terres. Elles n’ont pas été améliorées pendant plusieurs générations, comme dans le sud de la province », explique Marc.

Exploiter une ferme au Témiscamigue n’est pas toujours facile. À Guérin, il ne reste qu’un dépanneur, une école et une église, sans oublier le petit musée du patrimoine. La meunerie dont il est membre est située à Ville-Marie, mais la moulée est livrée directement des installations de La Coop fédérée à New Liskeard, en Ontario.

La plupart du temps, les Bouthillette se retrouvent à faire 40 kilomètres de route pour aller faire l’épicerie ou se procurer des pièces de machinerie agricole chez leurs voisins franco-ontariens.

« Tous les petits villages (du Témiscamingue) n’ont plus de station-service », regrette Guy. « Ça n’est pas comme ailleurs, où les gens quittent les villes pour remplir la campagne. Ici, il n’y a personne (pour contrer l’exode rural) », enchaîne Marc, qui déplore aussi l’éloignement... des aéroports!

Toutefois, le Témiscamingue offre de belles conditions pour l’agriculture à ceux qui persistent. Les terres sont généralement moins chères qu’ailleurs. À Guérin, le terrain est particulièrement plat.

L’hiver froid protège les racines de luzerne, qui ne sont pas soumises à de fréquents dégels. L’été chaud, bien que plus court, contribue aussi à l’excellente qualité des fourrages. Cette année, l’alternance de pluie et de soleil a donné une récolte abondante, jusqu’à la troisième coupe.

Dans cet environnement, les Bouthillette arrivent à gérer la croissance de leur ferme en conservant un taux d’endettement bas. Le stress, les journées interminables et les problèmes financiers, ils ne connaissent pas. Ils disent même avoir de la difficulté à s’identifier aux problèmes dont il est si abondamment question dans les publications agricoles.

Seule ombre au tableau : la relève. Le transfert à la deuxième génération est réussi, mais rien n’est assuré pour la troisième. Le fils aîné de Guy, Éric, est le seul en lice à ce jour. Il participe aux travaux à la ferme, mais du haut de ses 17 ans, il est loin d’être prêt à se faire une tête sur son avenir en agriculture. « C’est plutôt pour la prochaine génération que la question de la relève sera difficile », commente son père.

Pour l’instant, Marc, Guy et Pierre se concentrent sur la gestion quotidienne d’une entreprise qui a atteint une belle vitesse de croisière. L’expansion du troupeau et des bâtiments est terminée pour l’instant. Peut-être faudra-t-il maintenant songer à se trouver un bon gros tracteur..
 
Production
10 260 kg - 4,00 % gras
- 3,44 % protéine

MCR en 2005 : 218-220-224
Régie alimentaire
Vaches taries :
Fourrages et minéral
Vaches taries P-4

Transition :

Transilac I, Lactiveur 911, Calcimil

Lactation :

2 kg de foin sec
RTM partielle servie en
4 repas composés de :
ensilage de graminées
ou luzerne, orge, maïs,
supplément Symbiose,
minéral

En couverture :

supplément Simplex 45
et maïs cassé

Sujets d’élevages :
0-6 mois : Goliath 21
et foin sec
6-24 mois : ensilage d’herbe, orge, supplément (au besoin)
et minéral Pro-Taure


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