Si vous deviez établir un élevage de porcs aujourd’hui, les premiers conseils que nous vous donnerions seraient les suivants : choisissez un site isolé, peuplez-le avec des animaux sains et de bonne génétique et puis visez une taille de troupeau qui permette la gestion des bâtiments en tout plein - tout vide. Ces trois conseils ont un élément en commun : la santé.

Malheureusement, pour des élevages ou filières qui sont en exploitation, certains éléments sont déjà fixés (la situation géographique, la taille du troupeau, l’état de santé). Au fil des ans, la dérive sanitaire a fait son travail et bien des troupeaux sont aujourd’hui atteints de maladies à incidence économique qui réduisent grandement la rentabilité des sites 2 et 3.

Pour ceux et celles qui sont dans cette situation et qui aspirent quand même à améliorer leurs résultats, il existe une solution : la conduite en bandes aux quatre semaines (Le Coopérateur agricole, mars 2006, pages 72-76). Rappelons que ce mode de gestion de troupeau permet de passer d’un sevrage de quelques truies à la fois à un sevrage de plusieurs en même temps.

Le troupeau est maintenant divisé en cinq bandes, ou groupes de truies, alors qu’il était composé de vingt bandes en gestion à la semaine. Il y a donc un groupe de truies, quatre fois plus nombreuses, qui met bas à toutes les quatre semaines. L’objectif recherché : offrir de gros lots de porcelets avec des petites maternités. Le tableau 1 donne le nombre de porcelets offerts par sevrage pour différentes tailles de troupeau.

Que vous soyez naisseur ou naisseur finisseur, vous ne pouvez demeurer indifférent à ce tableau, sachant que plus le lot de porcelets sevrés est gros, plus il est facile pour l’acheteur de faire du tout plein - tout vide. Gérer des sites 2 et 3 selon ce mode, c’est s’assurer à tout coup de meilleurs résultats (avantage du tout plein - tout vide comparé à la rotation). Ainsi, la valeur marchande ($/tête) des porcelets peut même être augmentée. N’importe qui vous le dira, un lot de 1200 porcelets est plus facile à vendre, et à meilleur prix, que quatre petits lots de 300, même s'ils proviennent de la même maternité.

Depuis plus de trois ans, le réseau coopératif agricole québécois fait la promotion de ce mode de conduite en maternité. Nous le considérons comme le salut des maternités de petite taille. Voici l’expérience de la Ferme Frampton, une maternité de 600 truies qui est passée de la conduite à la semaine à celle aux quatre semaines.

Nous avons d’abord fait le changement pour nous placer dans une position confortable. Aujourd’hui, en tant que naisseur, offrir autour de 300 porcelets par semaine n’est plus l’idéal dans un marché où les acheteurs désirent de plus en plus faire du tout plein - tout vide. Le dernier épisode de maladie (SDPS) leur a rappelé encore une fois qu’il fallait faire des coupures entre les lots. C’est une question de survie pour eux et donc pour nous aussi. Nous fonctionnons en bandes aux quatre semaines depuis maintenant un an.

Au départ, nos craintes portaient surtout sur la répartition irrégulière des tâches dans le temps. Pour les employés, c’était un peu inquiétant; des semaines de 120 mises bas et de 130 saillies, et des semaines de 120 sevrages, avec le lavage, ça fait peur! Mais après un an, personne ne retournerait en arrière. Bien sûr, il y a eu quelques ajustements au chapitre des horaires, mais cela a été moins dur que prévu (nous avons des semaines moins occupées pendant lesquelles nous reprenons des congés).

Tableau 1
Porcelets sevrés selon le mode de conduite et la taille de la maternité
Conduite\taille du troupeau 150 200 300 600 800 1200
À la semaine 75 100 150 300 400 600
Aux quatre semaines 300 400 600 1200 1600 2400

Au bout du compte, c’est l’esprit d’équipe qui a été amélioré, car tous sont interpellés régulièrement pour la même tâche. Cet aspect est maintenant un avantage. Quand nous nous occupons des mises bas, tous sont mis à contribution. Surveiller les truies qui cochonnent, c’est très efficace et payant quand il y en a 20 à 25 par jour (au lieu de 5 à 7). Nos résultats techniques en témoignent (voir le tableau 2).

Tableau 2
Performances techniques avant et après le changement de mode de conduite
  Nés totaux Nés vifs Sevrés/portée Poids sevrage (kg)
6 mois avant 12,80 11,48 10,22 6,68
7 premières bandes 13,51 12,31 10,27 6,64

Nous n'avons rien perdu de nos bons résultats antérieurs, même que certains critères, comme les nés totaux, se sont améliorés. Pourquoi? Nous ne le savons pas vraiment.

Peut-être avons-nous plus de succès à surveiller et inséminer 130 truies que 32. Ce qui est certain, c’est que ce système permet de mobiliser davantage de ressources humaines durant la
période critique qu’est la mise bas pour assurer les soins aux truies et porcelets (assistance aux truies, assèchement rapide des porcelets, prise de colostrum), ce qui contribue à diminuer les pertes de porcelets à la naissance.

Sur le plan de la fertilité, les résultats sont aussi bons qu'auparavant, soit autour de 90%. Notre nombre de sevrés par portée est pour l’instant identique, mais nous anticipons aussi de l’amélioration de ce côté. Nous avons donc réussi le changement avec succès. Nous offrons maintenant de gros lots de porcelets à nos acheteurs, ce qui fait bien leur affaire.


Pour ceux qui envisagent le même changement, voici quelques points à considérer :
-
avoir au préalable une bonne maîtrise de la reproduction (un bon pourcentage de fertilité et être régulier à ce chapitre. Manquer une bande de 20 truies est moins coûteux qu’une bande de 120 truies);
-
disposer de plus d’espace d’entreposage pour la semence (Thermofix, Coolatron);
-
comprendre et utiliser le Régumate (différentes politiques existent, à coûts variables);
-
avoir une politique de gestion des retours en chaleur (quoi faire avec une truie qui revient en chaleur entre deux bandes, combien saillir de truies pour avoir une bande pleine);
-
prévoir un système d’identification des cages où il y a des truies qui mettent bas (carton de couleur), ce qui aide les différentes personnes lors des journées surchargées (on sait où aller plus rapidement);
-
disposer d’un système électrique pour que tous les globes infrarouges soient allumés en même temps (120 à 140 dans notre cas, au lieu de 35 à 40);
-
posséder le matériel nécessaire pour permettre à deux ou trois personnes de s’occuper en même temps des portées naissantes (coupe des dents et des queues, injections de fer, etc.);
-
avoir la possibilité que deux personnes puissent faire le lavage des cages de mise bas (deux laveuses, bonnes réserves d’eau);
-
prévoir plus d’espace pour entreposer les placentas, les porcelets mort-nés (congélateur plus spacieux);
-
prévoir l’espace nécessaire au sevrage de lots de porcelets plus volumineux (salle d’expédition, voir photo en page 44);
-
prévoir le transport de plus gros lots de porcelets (ou en avertir son transporteur).

Le moindre trouble ou bris d’équipements devient une montagne lorsqu’il survient pendant les deux semaines déjà surchargées en ouvrage.

Si ces éléments sont prévus, l’exploitation d’un troupeau sous ce mode de gestion n’est pas plus difficile.

En plus de sécuriser la mise en marché des porcelets, ce mode de conduite en site 1 permet également une amélioration possible des performances de croissance des porcelets allaités et de leur nombre au sevrage, car la section maternité peut maintenant être aussi exploitée en tout plein - tout vide.
 
Une ancienne boîte de camion sert de salle
d’expédition, en cours d’installation au moment
de prendre cette photo.

Nous avions quatre chambres de 30 cages de mise bas utilisées en rotation. Elles sont maintenant gérées comme une seule salle de 120 cages. Il y a donc un bon vide sanitaire entre les bandes, avec lavage et désinfection. Selon la situation de départ de chaque maternité, cela peut améliorer le gain des porcelets et réduire la mortalité, donc procurer plus de porcelets plus lourds au sevrage.

Ce mode de conduite contribue à la réduction des risques de contamination : le camion se présente à la ferme aux mois plutôt qu’à la semaine.

Nous utilisions le corridor de préchauffage de l’air des salles de mise bas comme quai d’expédition des porcelets. Il est maintenant inadéquat, comme le montre cette photo.

Nous nous sommes procuré une ancienne boîte de camion pour faire notre salle d’expédition. Nous pouvons y loger jusqu’à 500 porcelets à la fois. Le camion est utilisé deux fois lors de la journée du sevrage.

En conclusion, nous oserions dire qu’il ne faut pas s’arrêter au coût du changement de mode de conduite du troupeau pour prendre la décision de se lancer ou non (selon l’exploitation, le coût peut varier entre 35 et 50 $ par truie au cours de l’année de transition). Il faut plutôt voir ce mode de conduite comme la façon de permettre à notre acheteur de porcelets de maintenir une bonne efficacité technique et une bonne rentabilité afin qu’il demeure acheteur de nos porcelets.
 
Nous utilisions le corridor de préchauffage de l’air des salles de mise bas comme quai d’expédition des porcelets. Il est maintenant inadéquat, comme le montre cette photo.


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