Ses collègues du conseil d’administration le surnomment « l’avocat » en raison de ses talents évidents de plaideur. Il en a le verbe et la flamme. Lorsqu’une cause lui tient à cœur, Luc Forget ne ménage pas les efforts pour la défendre.

« C’est un des plus ardents tenants de la gestion de l’offre », souligne Claude Lafleur, chef de la direction de La Coop fédérée qui connaît Luc Forget depuis une vingtaine d’années. Les deux hommes se sont rencontrés, et ont parfois croisé le fer, dans le cadre d’enjeux du secteur laitier. « Luc est honnête et droit, poursuit le chef de la direction, et il fait preuve de beaucoup de rigueur.»

Claude Rivard, qui a longtemps été président de la Fédération des producteurs de lait du Québec, a côtoyé Luc dans plusieurs causes syndicales. « C’est un bagarreur dans le bon sens du mot, dit-il. Il ne craint pas le débat, mais toujours dans le respect de l’autre. »

Heureux mélange d’intelligence et de curiosité, éloquent, charmeur, Luc a du succès auprès des gens. Il se plaît à faire de nouvelles connaissances et à créer des liens. De nature volontaire, on ne s’ennuie pas en sa compagnie. S’il sait pardonner facilement, le mensonge, pour camoufler l’erreur, l’indispose au plus haut point.

Les autres cultures et façons de faire le fascinent. Au Brésil, lors d’une mission de La Coop fédérée, il est hautement sensibilisé par le sort des agriculteurs. Il réalise que tous, à la grandeur du globe, sont dans la même galère.

« Il ne faut pas que des bras en agriculture, estime le Lavallois de 49 ans, car c’est d’idées nouvelles dont nous avons le plus besoin. Avec les menaces de l’OMC, il faut repenser l’agriculture de demain afin qu’elle permette aux producteurs de gagner convenablement leur vie. » Et pour s’inspirer, il est maintenant d’avis qu’il faut tendre l’oreille à ce qui se fait ailleurs. Découvrir le monde fait partie de ses projets.

Résidant à Laval, isolé des grandes régions agricoles, mais à proximité du siège social de La Coop fédérée et des grands bassins de consommateurs, Luc Forget peut traire ses vaches tout juste avant d’assister aux séances du conseil d’administration de l’entreprise.

« Quand j’ai les deux mains dans la moulée à veaux, dit-il, je constate que les décisions prises dans la salle du conseil ont des répercussions directes sur tous les producteurs. Nous devons travailler à développer des produits et services compétitifs. Et ne jamais oublier pour qui on est là.» Si ses assises sont agricoles, l’administrateur à la longue silhouette et à l’air distingué est aussi bien au fait de la réalité des citoyens urbains et de leurs préoccupations quant au devenir de l’agriculture et de l’environnement.

« Par son ouverture d’esprit et les interrogations qu’il soulève, Luc recherche sans cesse le sens des choses, indique Denis Richard, président de La Coop fédérée. Lorsqu’il s’investit dans un dossier, il met rapidement en lumière les éléments importants et partage ses réflexions de manière très structurée. »

C’est par un concours de circonstances que Luc s’engage dans la coopération en 1981. Son père, Yvon Forget, une figure très connue du milieu agricole coopératif et syndical, choisit de ne pas se représenter au conseil de la coopérative de Saint-Jacques de Montcalm. Le fils décide qu’il prendra le relais de celui qui a été pour lui un modèle. « Un homme tolérant, patient, qui ne versait jamais dans les extrêmes », relate Luc.

Parce que ses parents favorisent l’éducation, il entre au Séminaire Saint-Sacrement, une institution d’enseignement secondaire privée de Terrebonne. Il s’inscrit ensuite en technique administrative dispensée par le collège de Bois-de-Boulogne. Luc traverse alors une période de remise en question. À 18 ans, il abandonne cette formation puis revient travailler à temps plein sur la ferme familiale.

Il retournera aux études quelques années plus tard suivre des cours en économie et en administration, des domaines qui le passionnent. « C’est entre autres par la connaissance de l’économie et la capacité de gérer que l’on peut maîtriser sa destinée », croit-il. Une destinée qui l’unit à celle de Sylvie Juteau, en 1980. « Elle est ma muse, mon inspiration, ma collaboratrice indispensable, ma complice extraordinaire », exprime Luc qui se plaît, à l’occasion, à meubler ses temps libres par la lecture de poèmes et de nouvelles.

L’éducation est un des héritages qu’ils ont aussi voulu transmettre à leurs trois enfants : Émilie, 24 ans, Nicolas, 21 ans et Olivier, 18 ans. « Nous les appuyons dans toutes leurs démarches », indique Luc qui est aussi vice-président de Profid’Or depuis 1989.

« Quand j’ai les deux mains dans la moulée à veaux, je constate que les décisions prises dans la salle du conseil ont des répercussions directes sur tous les producteurs. »

La dignité et la franchise sont des valeurs qui sont chères à Luc et Sylvie. Ils les inculquent à leurs enfants dès leur plus jeune âge. En témoigne cette anecdote qui s’est déroulée au cours d’un match de hockey de leur fils Nicolas alors qu’il avait 15 ans, et durant lequel avait éclaté une querelle. Dans le tumulte de la foule, Luc, du haut des estrades, clamait : « Reste digne, mon fils! » « Un propos qui détonnait avec ce que l’on a l’habitude d’entendre dans les arènes de sport », mentionne Claude Lafleur dont un des fils participait également à cette joute.

Issu d’une famille de sept enfants, Luc s’établit sur la ferme familiale avec son père et son frère Alain en 1980. C’est la cinquième génération à marcher cette terre. Benoît, un autre de ses frères, se joint à eux quelques années plus tard. La ferme de groupe compte aujourd’hui 60 vaches en lactation et 330 hectares en culture. C’est l’une des deux seules exploitations laitières qui se trouvent encore à Laval, l’autre appartenant à son frère Alain qui choisit, en 1998, de voler de ses propres ailes. Les trois frères demeurent partenaires pour tout ce qui touche les grandes cultures. « La finalité de notre entente, c’est que chacun puisse se réaliser », mentionne Luc qui a toujours manifesté du souci pour autrui. Une qualité qui prend forme dans son univers intime. « Chez nous, c’est un véritable kibboutz, fait savoir le producteur. C’est la ferme familiale et le point d’ancrage de tous : enfants, petits-enfants, amis… »
 
Un des souhaits les plus chers de Luc Forget est que sa ferme puisse passer à la prochaine génération. Olivier, son fils, est intéressé à suivre les traces de son père.

Le retour à l’autonomie du Centre agricole coop de Lanaudière, en 1999, est un moment fort de sa carrière. « J’éprouve une grande fierté d’avoir participé à la reconstruction d’une coopérative autonome, dit-il avec émotion. Comme mes amis au conseil, j’étais convaincu, même si l’entreprise n’avait pas encore tous les capitaux nécessaires, que nous avions la capacité de lui redonner son autonomie. Les gens, la volonté, l’expertise; tout y était. »

Au cours de la même année, Luc fait son entrée au conseil d’administration de La Coop fédérée. C’est Denis Champagne, alors président de Profid’Or, qui le propose pour représenter le territoire numéro 12. L’engagement profond de Luc pour les causes agricoles a toujours séduit ses collègues. Ils voient en lui quelqu’un qui saura faire le lien entre Montréal et leur région. Après une courte réflexion de 24 heures, Luc accepte. À 41 ans, il est l’un des plus jeunes à accéder à ce poste. Le défi est grand et l’administrateur s’emploie à le relever. Il pose beaucoup de questions et se met à la tâche avec la fougue du jeune loup. Le président, Paul Massicotte, pressent qu’il est de l’étoffe à faire grandement avancer la cause coopérative.

La mise sur pied du porc certifié coop et la création de Grain Elite sont des dossiers sur lesquels il est aussi très fier d’avoir travaillé. « Le rôle ultime de La Coop fédérée, au-delà de celui de servir les coopératives de son réseau, est de servir les producteurs agricoles membres, indique Luc qui siège au comité exécutif de l’entreprise depuis février dernier. La Coop fédérée est une entreprise de calibre mondial qu’une foule de politiques économiques influencent. Il faut clairement communiquer aux producteurs les raisons qui nous poussent à prendre certaines décisions parfois difficiles. »

Chaque jour qu’il passe sur sa ferme et dans le monde de la coopération le rapproche un peu plus d’un idéal. Que l’agriculture puisse prospérer à la mesure des efforts qu’y mettent depuis toujours ceux qui la font. Et pour cela, il faut plaider sa cause, jour après jour, année après année.

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