En 2006, elles étaient 42 femmes à occuper un poste au sein du conseil d’administration de la centaine de coopératives affiliées à La Coop fédérée. Une proportion de 8,3 % de tous les élus. Ce n’est pas assez!


Sur le plan d’action mis en place à l’automne 2005, on vise augmenter cette proportion à 20 % d’ici la fin de la décennie », précise Sophie Bédard, administratrice au conseil d’administration de La Coop fédérée et dont le mandat est de semer l’intérêt chez les femmes. Échelonné sur trois ans, ce plan d’action propose des activités visant à créer un réseau d’échanges entre les agricultrices membres et à susciter leur goût de s’engager.

Depuis l’automne dernier, des journées d’échange pour les femmes s’organisent un peu partout dans la province. L’objectif : expliquer, démystifier, éveiller, partager et réfléchir ensemble sur l’importance d’avoir une plus grande représentativité féminine au sein de nos coopératives.

De la discrimination en faveur des femmes? « Il est vrai que ce plan, adopté par le conseil d’administration de La Coop fédérée, donne une importance bien particulière à la participation des femmes, commente Colette Lebel, directrice des affaires coopératives à La Coop fédérée. Mais on doit s’en réjouir, car il s’appuie sur le principe de la richesse de la diversité. » Dans un conseil d’administration, ajoute-t-elle, on gagne à avoir des gens de profils différents qui peuvent analyser un même problème sous différents angles. Et puis, il y a aussi une question de bonne gouvernance : dans une coopérative, le conseil d’administration devrait refléter la composition des membres à la base. Or, très souvent, les femmes sont des partenaires incontournables sur les fermes.

Selon Sophie Bédard et Françoise Mongrain, aussi administratrice à La Coop fédérée : « Il y a
de bonnes idées qui dorment dans les maisons », parlant de toutes ces femmes qui, faute de temps, d’intérêt ou de confiance en elles-mêmes, ne se manifestent pas au rang des élus de leur coopérative.

Femmes et coopération
Ai-je le droit de me faire élire sur le conseil d’administration de ma coopérative si je ne possède pas de titres de propriété au sein de la ferme où je travaille? Quel est le réel pouvoir d’une assemblée générale, comparativement à celui d’un conseil d’administration? Ai-je suffisamment de connaissances pour accéder à un poste d’administratrices? Combien y a-t-il de réunions durant l’année?… « Toutes ces questions sont discutées et commentées à chacune des journées d’échange Femmes et coopération, précise Marie-Claude Giraudo, consultante en vie associative et responsable de ces journées. Quatorze rencontres ont eu lieu jusqu’à maintenant, touchant 30 coopératives et rejoignant au-delà de 260 femmes.

« Le taux de satisfaction de ces femmes est de 4,7 sur 5, témoigne l’animatrice. Leurs constats semblent unanimes : elles ont apprécié discuter de ces questions avec d’autres femmes; elles comprennent mieux le fonctionnement du réseau et souhaitent poursuivre ce genre de rencontre. Certaines se sont même fait élire à leur assemblée annuelle quelques jours suivant cette journée. L’organisation de ces rencontres se fait en collaboration avec les coopératives, explique la consultante. Ce fut un succès partout où nous sommes allées. »

L’agricultrice Denyse Gagnon lors d’un dîner-conférence organisé par le premier comité régional des coopératrices.

L’une des régions regroupant cinq coopératives – Princeville, Bois-Francs, Pré-Vert, Appalaches et Ham Nord – a même fait un pas de plus en créant le premier comité régional des coopératrices. Ce comité a d’ailleurs organisé un dîner-conférence des coopératrices dont l’invitée spéciale était l’agricultrice Denyse Gagnon qui a été administratrice à la coopérative Nutrinor de 2000 à 2006. Mme Gagnon a offert un témoignage éloquent. Sa feuille de route en matière d’épreuves humaines est plutôt renversante : perte de deux conjoints en raison de la maladie, grave accident qui l’a immobilisée pendant quelques mois. Malgré cela, elle trouve encore la force et le temps de s’engager dans sa communauté en plus de gérer une entreprise laitière de 300 têtes avec son frère, Cyrias et Guillaume, le fils de ce dernier. Une histoire qui donne envie de se remuer.

La création de modèle au féminin

Ces journées d’échange donnent l’occasion aux femmes d’entendre des témoignages d’administratrices du réseau. En partageant leur expérience de vie, ces femmes offrent des exemples bien concrets d’engagement. « Comme il y a peu de femmes au sein des conseils d’administration, commente Mme Giraudo, c’est important de promouvoir des modèles de femmes occupant cette responsabilité. Je peux vous dire que les témoignages entendus ont été très inspirants. »

Sophie Bédard fait partie de ces modèles de jeunes femmes engagées et se fait un devoir d’être présente à chacune de ces journées d’échange. En plus d’être administratrice à La Coop fédérée, elle est membre du conseil d’administration de la SCA de Disraeli. « Il ne faut pas avoir peur de valoriser et de défendre nos idées, souligne cette productrice de porcs qui milite en faveur des fermes familiales. Le modèle coopératif propose un système de valeurs qui permet la survie des plus petites fermes en région. Sans le réseau, une ferme comme la nôtre, soit une maternité de 200 truies, ne survivrait pas. Je crois que c’est important de défendre le modèle coopératif. De par sa structure démocratique, je sens que j’apporte quelque chose à l’organisation. Ce genre d’engagement nous ouvre les horizons et rejaillit nécessairement au sein de notre propre entreprise… Chaque fois que je reviens d’un C.A., je suis plus motivée et encouragée. Je le répète souvent aux femmes, le réseau nous aide à voir plus loin que notre ferme. »

Sophie Bédard et Françoise Mongrain en compagnie de l’auteure (à droite).

Craintes et obstacles à surmonter
L’un des ateliers meublant la journée d’échange Femmes et coopération consiste à proposer aux femmes de réfléchir sur la perception qu’elles ont d’elles-mêmes, des tâches qu’elles accomplissent quotidiennement et du degré de valorisation qu’elles y accordent. « Cet exercice est très révélateur, mentionne Marie-Claude Giraudo. Les femmes manquent de confiance en elles-mêmes, manquent de temps à cause de leur souci de perfection et souffrent d’isolement. Or, le fait de partager ensemble cette réalité commune les aide à réaliser qu’elles ont besoin d’un réseau d’échanges pour s’encourager, valoriser leur travail, revoir leur priorité et leurs exigences et éventuellement développer le goût de s’engager au sein de leur coopérative et autres organisations. »

« Un des problèmes des agriculteurs et des agricultrices, souligne Françoise Mongrain, également administratrice à La Coop fédérée est que très souvent, nous voulons tout faire nous-mêmes pour éviter d’engager de la main-d’œuvre, sous prétexte de vouloir économiser. Or, il arrive souvent que l’on s’épuise à trop vouloir tout faire nous-mêmes. Parfois, c’est plus rentable d’engager, de faire appel à des ressources extérieures pour nous aider à voir plus clair et prendre de meilleures décisions. » Présidente de la coopérative d’Amos, Françoise fut la première femme à être nommée à ce conseil d’administration, en 1994.

Les femmes en action au sein des organisations agricoles
Leur présence sur les fermes québécoises :
- Selon les données de l’UPA, en 2006 il y avait 30 754 fermes au Québec.
- 34 % de ces fermes sont gérées en tout ou en partie par des femmes.
- 1869 propriétaires uniques, 8718 copropriétaires.

Proportion des agricultrices parmi les élus en 2006
- Union des producteurs agricoles : 13 %
- La Coop fédérée : 8,3 %

Les femmes en action au sein des coopératives d’ici et d’ailleurs

- Dans les coopératives du Canada anglais (tout secteur confondu) : 30 %
- Dans les coopératives du Québec (tout secteur confondu) : 22 %
- Dans les coopératives québécoises de consommation : 26 %
- Au sein du mouvement Desjardins : 34 %

Sources : La Coop fédérée, UPA



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