Dans la cuvée 2006 des récipiendaires du prestigieux titre Maître-éleveur Holstein, trois des six producteurs à avoir atteint ce sommet font affaire avec le réseau coop :
• Jocelyn Nault de la Ferme Nauly à Tingwick;
• Stéphane Alary de la Ferme Stépido à Luskville, en Outaouais;
• et Denis Legault de la Ferme Legaudière à Coteau-du-Lac.
Ces trois jeunes leaders nous livrent quelques secrets de leur réussite.





« C’est la passion qui te fait te lever chaque matin, puis retourner à l’étable chaque soir », affirme Jocelyn.

Elle est longue la route qui mène au titre de maître-éleveur. Mais au bout du chemin se trouvent une notoriété et une crédibilité qu’apprécie Jocelyn Nault, propriétaire de la Ferme Nauly.

Prenez les quelque 88 MRC au Québec. Quelle est celle où il se produit le plus de lait? Celle d’Arthabaska, bien sûr, où l’on compte 287 producteurs. C’est en quelque sorte La Mecque de l’élevage laitier, terre sainte de la production.

Mais si la production laitière règne au Centre-du-Québec depuis sa colonisation, il n’en est pas de même de la Ferme Nauly, de Tingwick. Partis de rien en 1968, Yvon Nault et Jeanne d’Arc Poisson, tous deux issus de familles agricoles, ont tout imaginé, planifié, bâti et construit. Ils ont drainé le fonds de terre, enterré les tas de roches, dressé les bâtiments. « On ne connaissait pas grand-chose de la production laitière », se rappelle Jeanne d’Arc.

Au départ, 19 vaches croisées Holstein. « Tu commences ton élevage tranquillement, relate Yvon. Tu apprends ensuite à faire les bons choix de taureaux, puis tu fais des erreurs. Le truc, c’est d’en faire le moins possible! Enfin, tu rêves de te constituer un troupeau de race pure. » Aujourd’hui, l’obtention du titre Maître-éleveur est une fierté à la Ferme Nauly. « On n’a pas couru après, c’est arrivé… naturellement. »

Le fils aîné, Jocelyn, a pris la relève du couple, néanmoins toujours actif dans le quotidien de la ferme. Maintenant âgé de 37 ans, Jocelyn fait partie des succès de la ferme depuis qu’il en a 16.

« En fait, il nous accompagne à l’étable depuis qu’il est haut comme ça », confie Jeanne d’Arc, en tendant son bras à « haut comme trois pommes » du sol.

Maître-éleveur à 37 ans… n’est-ce pas un peu jeune pour déjà faire partie de l’élite? « On me le dit souvent, répond-il. Il faut être un peu chanceux, mais c’est la passion qui fait que ça arrive. C’est la passion qui te fait te lever chaque matin, puis retourner à l’étable chaque soir. »

Les deux autres garçons d’Yvon et Jeanne d’Arc ne sont pas étrangers non plus à la réussite de l’entreprise. Le cadet, Dominic, est classificateur pour Holstein Canada – et n’a bien sûr pas le droit de classer les vaches de la ferme. Le benjamin, Jean-Patrice, est quant à lui représentant pour une compagnie de génétique laitière.

« Quand ils étaient jeunes, aux repas, ai-je besoin de vous dire que ça parlait de taureaux », se remémore Jeanne d’Arc avec une pointe d’humour.

« Jocelyn a le pif pour savoir quel animal choisir », affirme Yvon. « Il faut mettre le bon taureau dans la bonne vache et ne pas juste choisir ceux qui ont les meilleures cotes ou les percentiles les plus élevés », rajoute Jocelyn. Pour sa part, Dominic croit que c’est l’utilisation de la transplantation embryonnaire qui permet de progresser plus rapidement vers une reconnaissance de maître-éleveur.

Les vaches classées Bonnes Plus en 1975 ont engendré aujourd’hui des laitières classées Excellentes, signe de bons croisements et d’une bonne sélection. « Autrefois, la génétique laitière était orientée soit vers l’exposition, soit vers la production », explique le maître-éleveur Jocelyn. De nos jours, on assiste à un certain mélange des genres : « Ce qu’on veut, c’est des vaches laitières fonctionnelles, ayant une bonne longévité et d’abord et avant tout rentables. »

En 1993, à la vente Can-Am de Saint-Hyacinthe, Yvon et Jocelyn prennent une décision qui aura un impact décisif sur les succès futurs de l’entreprise : ils achètent une petite génisse de quatre mois au préfixe de Guérinière. Un coup de dés. Celle-ci offrira une descendance nombreuse qui constitue actuellement 30 % du troupeau.

Logée tout à l’entrée, du côté le plus ensoleillé de la nouvelle étable à ventilation naturelle, la petite génisse devenue la matriarche du troupeau, Guérinière Broker Wilda, T.B. 88 6*, du haut de ses 14 ans, veille sur le reste de la rangée, les quelque cinq générations qu’elle a engendrées! Non, en raison de son préfixe, elle n’a pu rapporter directement des points à la ferme pour l’obtention du Maître-éleveur, malgré ses 170 000 kg de lait produit à vie! Mais sa descendance, au préfixe Nauly, si.

Nombre de trophées annuels, de distinctions d’élite et de bannières d’exposition trônent aussi bien dans le bureau attenant à la laiterie que dans le salon de la maison familiale. Les trois enfants de Jocelyn ont même des bannières, chaudement disputées lors d’expositions des Jeunes ruraux, dans leur chambre! « Des éleveurs qui promettent », assure Jocelyn.

Les maîtres-éleveurs ont peut-être remporté d’éminents prix pour leurs animaux au fil du temps (génisse Grande championne à la Royal Winter Fair de Toronto en 2002 et à Madison, Wisconsin, en 2002 et 2003, première vache au Canada pour sa production – plus de 16 000 kg de lait – dans la catégorie vache de 10 ans et plus, etc.) mais, comme le dit Jocelyn Nault, aspirant-juge, la plaque de maître-éleveur « c’est l’ultime, le résultat d’une vie ».

Généalogie familiale et pedigree animal s’entremêlent dans les propos de Yvon Nault. Membre de l’Association des familles Nau, ce dernier raconte avec enthousiasme la généalogie des Nault dans les Bois-Francs et au Québec, depuis l’ancêtre commun, en 1666. On n’est pas loin de la recension des pedigrees des vaches… « Lors du concours du Mérite agricole, les juges venus chez nous nous ont testés comme il faut sur la connaissance de nos vaches. “Une telle là-bas au pâturage, qui est sa mère?” À tous coups, on répondait avec assurance. On les connaît par cœur nos animaux. » Assez en tout cas pour impressionner les juges, qui ont accordé une deuxième position régionale à la ferme, catégorie bronze, en 2006.
 

Le cheptel compte aujourd’hui 185 têtes, dont 75 à 80 vaches en lactation qui produisent en moyenne 10 000 kg de lait chacune. Trois vaches Excellentes, 43 Très Bonnes et 38 Bonnes Plus composent le troupeau. La ferme prend part activement à de nombreuses expositions agricoles, qui sont, selon Yvon Nault, une bonne manière de se comparer aux autres. « C’est en quelque sorte un sport pour nous les expos agricoles. Et comme dans bien des sports, le niveau de compétition est très élevé. »

Que recommander aux autres éleveurs qui veulent conquérir le titre de maître-éleveur? « Venez acheter des sujets chez nous, lâche à la blague Jocelyn. Les points obtenus augmentent rapidement quand on acquiert des bonnes familles de vaches, qui ont plusieurs générations d’excellentes mères. » Mais ce n’est pas tout : « travail d’équipe et passion », résume Jocelyn, d’autres maîtres mots du succès de Ferme Nauly.

Au final, Jeanne d’Arc se fait philosophe : « Au-delà des prix prestigieux, des records de production, au-delà des honneurs et de nos réalisations, notre plus important succès aura été de transmettre aux enfants l’amour de l’agriculture. » Manifestement, c’est mission accomplie!




« La conformation aide beaucoup à long terme, indique Stéphane.
Une belle vache produira sûrement plus de lait dans sa carrière en raison d’une meilleure longévité. »

Tu ne feras pas long feu en production laitière », lui avaient dit des collègues producteurs laitiers, voyant que plus des deux tiers des revenus de la Ferme Stépido provenaient des grandescultures.

C’était mal connaître Stéphane Alary. « Un bon producteur est entêté, attentif et humble », fait remarquer celui qui travaille sur l’entreprise familiale, située à Luskville, depuis plus de 20 ans, mais qui vient tout juste d’en devenir propriétaire, en 2005, avec sa conjointe Pamella Gélinas.
« J’aime les champs, j’aime les machines, j’aime mes vaches… pis j’aime ma femme! »

Étonnamment pour ce tout nouveau maître-éleveur Holstein, l’homme se définit d’abord comme cultivateur, puis comme éleveur. « Je suis un gars de grandes cultures. Sur plus de 405 hectares (1000 acres), on fait du maïs-grain, du maïs ensilage, du soya, du blé panifiable et du foin de mil sur mes moins bonnes terres. »

La ferme de l’Outaouais fait donc partie de la cuvée 2006 des maîtres-éleveurs, surtout à force de persévérance et de régularité dans son travail auprès du troupeau. Une belle reconnaissance pour une entreprise dont le troupeau n’était même pas de race pure en 1985!

Le règlement stipule que les animaux doivent être purs à au moins 75 %. Holstein Canada s’est basé sur les naissances de la période 1987-2002 pour le calcul des fermes gagnantes du concours 2006.

« Je n’ai jamais travaillé pour ça. Je n’ai jamais regardé ma feuille de maître-éleveur. D’ailleurs, je ne connais même pas ma moyenne de production par cœur! » François Jacques, son expert-conseil de La Coop Agrodor, ouvre son ordinateur portable. « Elle est de 9905 kg de lait par année. » « Je ne suis pas meilleur qu’un autre, rajoute cet ancien président du Club Holstein de Papineau. Pour obtenir le titre, il faut juste en faire un petit peu plus que les autres à tous les jours. Mon grand-père me disait toujours : “Si tu es dans la moyenne, tu resteras dans la moyenne.” » Une question de fierté, ou d’orgueil…
 

Située à Luskville, un peu à l’ouest de Gatineau, la ferme en est à sa quatrième génération. Alors que Stéphane s’occupe des champs et de la régie du troupeau, sa complice de vie Pamella tient la comptabilité et la gestion, en plus de donner un coup de main à la traite matin et soir. Voilà tout au plus trois ans qu’elle s’est jointe à temps plein à la ferme. Justin, 16 ans et Émilie, 13 ans, n’hésitent pas à faire le train aussi. On ne peut encore juger de l’intérêt de la relève pour la ferme. Chose certaine, Justin est plus attiré par les tracteurs et les machineries et Émilie par les animaux. Quelques stagiaires français et québécois viennent parfaire leurs connaissances durant l’été et permettent au couple de s’offrir des vacances en juillet. Des employés prêtent aussi main-forte lors des semis et des récoltes.

Le matin où Stéphane Alary a reçu un coup de fil l’informant qu’il accédait au titre de maître-éleveur, tout n’allait pourtant pas sur des roulettes. « Je venais juste d’euthanasier une belle taure qui ne se remettait pas de son vêlage. J’étais pas mal down… Mais avec ce téléphone-là, ça m’a remis high pour au moins le reste de la journée! »

La Ferme Stépido compte 85 têtes, dont 36 en lactation. La longévité moyenne est de 3 ans et 10 mois. Le classement actuel des vaches est de 20 Très Bonnes, 14 Bonnes plus et 2 non classées. Oui, malgré la proportion élevée de vaches très bonnes, l’absence de vaches classées excellentes étonne. « Disons que la crise de la vache folle et la fermeture de la frontière américaine pour l’exportation d’animaux vivants m’ont fait très mal. » Les excellentes sont souvent vendues un peu partout en Amérique du Nord. Des ventes de sujets ont aussi eu lieu en France et en Corée du Sud. Notons que même une fois vendues et transférées chez les acheteurs, au Canada, les vaches continuent de rapporter des points pour l’obtention du titre de maître-éleveur à la ferme détentrice du préfixe (voir encadré).

« J’aime la génétique, la beauté des bêtes », laisse tomber le fier éleveur. Est-ce qu’une belle vache produira beaucoup de lait? « Pas nécessairement, mais la conformation aide beaucoup à long terme. Une belle vache produira sûrement plus de lait dans sa carrière en raison d’une meilleure longévité. »

La vache coup de cœur de Stéphane actuellement est Stépido Outside Girl, grâce à « un pis exceptionnel et une bonne grosseur ».

La vache souche à l’origine des succès génétiques du troupeau est la vache Perth Paula. « Quand je l’ai vu, je suis tombé en amour! Je n’ai pas hésité à y mettre le prix. C’était l’occasion de monter un bon troupeau. » En 1985, Stéphane débourse finalement quelque 12 000 $ pour acquérir la vache. Des essais laborieux sont ensuite entrepris pour faire surovuler la vache et lui faire produire des embryons à transplanter dans d’autres vaches porteuses. En vain. Il attendra jusqu’en 2000 avant de réessayer le transfert embryonnaire avec une petite-petite-fille de cette vache, cette fois avec succès. Le troupeau compte aujourd’hui au moins 90 % de vaches descendantes de Perth Paula, sacrée Grande championne de l’exposition de Shawville en 1989 et 3 fois Grande championne à l’expo de Papineau de 1987 à 1989.

Quels sont les points forts du troupeau? « La grande taille des animaux et l’uniformité du troupeau, mentionne le producteur. Il n’y a pas de “chats” [petites vaches maigres] au bout des allées! » Certes, à une moyenne de poids de 710 kg, l’éleveur ne ment pas! Bien qu’elles soient toutes de conformation appréciable, l’éleveur dit encore vouloir travailler sur la texture du pis et sur la qualité des membres.

Les vaches sont logées en stabulation entravée. Est-ce possible pour un producteur dont les vaches sont en stabulation libre d’obtenir le titre de maître-éleveur? « Oui, ce n’est qu’une question de régie après tout, juge Stéphane. Il suffit de bien observer ses animaux. Bien sûr, c’est plus facile de bien les voir lorsqu’elles sont attachées. »

« Je ne peux pas dire que j’ai une recette miracle. Pour devenir maître-éleveur, on doit porter attention à une multitude de détails, à commencer par l’environnement des vaches. Elles doivent être “dans la paille”. Il ne faut pas lésiner sur l’épaisseur de la litière et sur leur confort. » En 1992, les stalles ont été élargies. La tonte régulière des animaux et la taille des sabots – au moins deux fois par année sinon trois – constituent aussi des pratiques gagnantes pour le producteur. Chaque soir à 23 h, avant d’aller au lit, Stéphane fait son petit tour à l’étable pour s’assurer que les belles vont bien.

 
Côté alimentation, la ferme compte un distributeur automatique de concentrés alors que l’ensilage de maïs est servi manuellement.

« Actuellement, je donne 15-20 kg de maïs ensilage aux vaches par jour. J’aimerais augmenter à 20-25 kg. » La tentation est-elle là pour un céréalier de servir davantage de grains pour doper la production laitière, au détriment du coût de production? « Non. Le grain, c’est pour vendre. Une vache, à ce que je sache, c’est un ruminant qui a besoin de fibres. J’accorde beaucoup d’importance à la qualité et à la digestibilité de la fibre. »

Enfin, quels objectifs peuvent bien encore se fixer des éleveurs qui ont déjà obtenu le titre le plus prestigieux? « On doit améliorer nos coûts de production, produire plus de lait fourrager et conserver la qualité génétique du troupeau. » Stéphane n’est éligible pour un deuxième maître-éleveur que dans 16 ans, mais en travailleur acharné… et orgueilleux, il n’hésite pas : « J’y vais pour un deuxième. Avec de la volonté, des efforts, des sacrifices et un peu de chance, on peut réaliser ses rêves. Ça en vaut la peine!

Comment devient-on maître-éleveur?
Le titre Maître-éleveur, ce n’est pas vraiment la « Coupe Stanley » de l’élevage Holstein, puisqu’on ne peut l’obtenir, comme la coupe, à tous les ans. C’est peut-être plus, en quelque sorte, une intronisation à un certain Temple de la renommée de la sélection et de l’amélioration génétique, puisque le concours récompense des efforts accomplis sur le long terme (16 années de production). Peu importe la taille de l’élevage, la moitié des points qui permettent de déterminer les éleveurs méritants proviennent de la production laitière. Des vaches qui produisent plus que la moyenne des vaches des autres troupeaux rapportent des points à la ferme. L’autre moitié du pointage a trait à la conformation des laitières. Celles qui sont classées excellentes rapportant bien sûr plus de points. Les mâles comptent aussi dans les calculs, bien que seuls ceux classés supérieurs en production ou en conformation rapportent des points.

Les vaches qui portent le préfixe de la ferme, qu’elles y logent ou non, accumulent des points pour l’éleveur. Autrement dit, les vaches vendues qui n’appartiennent plus en propre à l’entreprise continuent néanmoins à amasser des points allant à cet éleveur. Pour participer au concours, les fermes doivent enregistrer un minimum de cinq animaux par année.

Est-ce difficile d’obtenir le Maître-éleveur? Plutôt oui, si on se fie à la faible proportion des fermes qui réussissent à le décrocher. Une vingtaine de fermes remportent ce titre au Canada chaque année, alors que Holstein Canada compte plus de 12 000 membres, dont 5450 du Québec. Le titre de Maître-éleveur constitue la plus haute marque de distinction décernée par Holstein Canada.

Il représente le fruit d’un travail soutenu de régie de la ferme et reconnaît des qualités d’améliorateur génétique de la race Holstein.




Denis Legault : « Je travaille toujours pour avoir
la vache parfaite. Pas nécessairement des grosses vaches, mais des vaches fonctionnelles qui produisent longtemps. »

Denis Legault de la Ferme Legaudière est sacré Maître-éleveur Holstein pour une deuxième fois. «C’était mon but d’obtenir le titre de Maître-éleveur, déclare sans ambages Denis Legault. Mon père a récolté beaucoup d’honneurs durant sa carrière, dont le Maître-éleveur en 1994. J’étais alors actif dans la ferme, et donc toujours présent lors des remises de prix. Mais là, ce titre de maître-éleveur, c’est vraiment moi qui l’ai obtenu. »

Vue de l’extérieur, on constate une ferme comme les autres : une étable à toiture à quatre pans des années 60, une annexe qui témoigne d’un agrandissement passé, un silo plutôt modeste.

Mais passé les portes de la laiterie, on comprend le succès de l’élevage; la beauté et l’uniformité des vaches sautent aux yeux! Perdront leur temps ceux qui cherchent les « picouilles »! Le cheptel compte 6 vaches Excellentes, 30 Très Bonnes, 12 Bonnes Plus et 8 non classées. Denis fait remarquer que l’étable a déjà abrité 9 vaches Excellentes en même temps! « Je suis un gars de conformation d’abord, pas de production. J’aime produire des vaches de show. » La localité de la ferme, Coteau-du-Lac, se trouve en Montérégie Ouest, région très spécialisée en grandes cultures. « Les élevages laitiers qui subsistent ici, ce sont des gens qui aiment ça pour vrai. »

Si on remonte aux années d’après-guerre, Rosaire, le grand-père de Denis, pratiquait l’élevage laitier et vendait ses meilleurs sujets aux États-Unis. Une décision défendable à court terme pour augmenter les liquidités, mais qui nuisait à la productivité future du troupeau. Le père de Denis, Germain, inverse ce raisonnement lorsqu’il prend les rênes de l’exploitation : on ne garde plus cette fois que les meilleurs sujets, en vendant les moins bons. Une stratégie conservée par Denis, qui reste très strict et sélectif quant à la relève du troupeau.

« Pour devenir maître-éleveur, il ne faut pas tout élever, mais sélectionner les meilleures. » Ainsi, les génisses de mères classées bonnes plus ne sont pas systématiquement toutes élevées.
« C’est payant de mettre des efforts et des argents sur les génisses. Non seulement pour leur productivité future, mais aussi parce que c’est une source de motivation de voir évoluer la relève.»

Des conseils pour les éleveurs qui briguent le titre? Denis Legault n’hésite pas à partager ses petits secrets… « Il faut d’abord connaître la mécanique du concours, les détails du calcul des points. En analysant mon relevé de maître-éleveur, je réalise que j’ai obtenu un peu plus de points pour la conformation (230 points) par rapport à la production laitière (200 points). » Donc, à chaque ferme sa situation. Les fermes moins fortes en conformation devraient se pencher davantage sur l’achat de vaches ou sur le choix de taureaux forts en conformation, tandis que celles moins fortes en production devraient améliorer leur régie.
 
Une ferme comme les autres
qui abrite un troupeau hors du commun.

Spontanément, Denis parle du confort des animaux. Une heure ou deux après la traite, les vaches sont toutes couchées. Un signe selon lui qu’elles sont confortables sur leur épaisse litière et leur tapis de caoutchouc. « Plusieurs de mes chums me disent que je pourrais presser le tas de fumier pour faire de la paille! » La rénovation de l’étable, en 2000, pour la rendre plus spacieuse et moderne, joue aussi dans le bien-être et la productivité du bétail.

L’alimentation est quant à elle soigneusement équilibrée au moins une fois par mois. Généralement, cette tâche se fait après les contrôles laitiers qui en disent long sur les quantités de nutriments en excès ou en carence dans les rations. Denis croit aussi beaucoup en l’importance du foin sec, surtout parce qu’il fait développer la capacité ruminale des vaches. « Ça leur fait faire plus de côtes », image-t-il.

On fait la traite de 54 vaches à la Ferme Legaudière, grâce à un quota de 52 kg/jour. La production moyenne par vache avoisine les 11 000 kg de lait par année. L’intervalle de vêlage est de 388 jours, en deçà d’une quarantaine de jours par rapport à la moyenne provinciale.

« Je travaille toujours pour avoir la vache parfaite. Pas nécessairement des grosses vaches, mais des vaches fonctionnelles, qui produisent longtemps. Le poids moyen des animaux tourne autour de 640 à 650 kg. »

Denis discute longuement avec les spécialistes des centres d’insémination pour connaître précisément quel type de vaches le taureau engendre : « Est-ce un bâtisseur ou un raffineur », veut-il savoir. Il a remporté plusieurs points avec des taureaux de valeurs sûres, comme Storm, Lee, Rudolph ou Skychief. L’éleveur dit ne pas utiliser beaucoup le transfert embryonnaire, en raison de son coût élevé et de sa rentabilité incertaine dans le marché mouvementé de la génétique laitière des dernières années.

La venue à la ferme, aux trois mois, des classificateurs d’animaux de Holstein Canada a déjà grandement stressé le producteur laitier. C’est moins le cas aujourd’hui. « Le jour du classement, c’est maintenant une belle journée pour moi. La visite demande beaucoup de travail et de préparation, mais c’est le couronnement de nos efforts constants. J’aime bien quand les classificateurs me donnent leur point de vue sur la conformation de mes animaux. »

« Il ne faut pas oublier que les juges et les classificateurs sont des humains, pas des machines, rappelle Denis Legault. Étant lui-même juge officiel d’Holstein Canada, il reconnaît l’importance de respecter leurs décisions et leurs choix.

« Ce respect doit d’ailleurs être mutuel », tient-il à ajouter.« On peut agrémenter leur passage à la ferme en présentant des vaches propres dans un environnement propre et en ayant un look professionnel lors de l’accueil », estime-t-il. Il sait aussi que le facteur chance joue un peu dans le fait d’obtenir le titre ou non. « Des années, des pis ont décroché et les résultats ont été moins bons. Mais au final, les années moins bonnes sont compensées par les meilleures. Ça ne peut quand même pas toujours rester en haut! »

Les maîtres-éleveurs sont-ils néces- sairement aux commandes d’entreprises rentables, performantes financièrement? « On peut faire un lien entre le titre de maître-éleveur et la rentabilité financière de la ferme, croit Denis, ce que corrobore son expert-conseil Simon-Pierre Loiselle de La Coop des Frontières. Pour être maître-éleveur, il faut nécessairement une efficacité dans la régie de la ferme et une bonne gestion. »
 

Si les garçons Carl-Antoine, 10 ans et Olivier, 9 ans de Denis et de sa conjointe Lyne Raymond sont encore jeunes pour décider d’embrasser la carrière d’éleveur, notre homme, à 42 ans, a encore le temps de remporter un autre Maître-éleveur. Jamais deux sans trois, maître Legault?

Lors du passage du Coopérateur agricole, le gagnant bouclait tout juste ses valises avec sa
conjointe pour une semaine en République dominicaine.

« Je suis d’un naturel paresseux, avoue-t-il candidement. Mais je n’ai malheureusement pas
le temps de l’être! Malgré tout, notre qualité de vie est importante », mentionne celui qui
souffre du poumon du fermier, une affection fongique l’obligeant à porter un masque dans l’étable.

Pour cela, Denis Legault ne se fixe pas d’objectifs démesurés. L’éleveur est certes enthousiasmé par les vaches et la production laitière, mais pas au point de se rendre malade. Il s’en remet à sa jeune relève, qui décidera bien de l’avenir… d’un troisième titre.


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