Qui aurait pensé, il y a moins d’une dizaine d’années, que les robots de traite seraient monnaie courante au Québec? Le 27 avril dernier, plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées à Drummondville pour discuter d’alimentation et de régie de robots de traite.

Les robots de traites sont apparus en Europe au début des années 90, mais de façon plus importante depuis 1998 lorsque le nombre d’installations s’est accru. Au Canada, le premier robot de traite a été mis sur pied en Ontario, en mars 1999. Au Québec, ils sont apparus en 2000. Mais c’est à partir de 2002 que cette technologie a réellement pris son envol.

Puisqu’en Europe on avait plus d’expérience que nous, La Coop fédérée a invité INZOo, un de ses partenaires français dans le réseau Cooperative Research Farms, pour l’aider à organiser une journée avec des experts d’Agrial, sa coopérative agricole membre située en Normandie. Deux invités d’Agrial nous ont fait part de leur expérience avec les robots : Philippe Faucon, éleveur et propriétaire d’un robot depuis sept ans en plus d’être administrateur d’Agrial, ainsi que Roland Mahieu, un expert en robots de traite réputé. Le nom ROBOCOOP a été inventé par cette coopérative. C’est une marque de commerce que La Coop fédérée utilise, avec leur permission, depuis 2002.

ROBOCOOP est une gamme de moulées et suppléments spécialement formulés pour les vaches alimentées par les robots de traite. Ce sont des aliments qui contiennent des ingrédients très savoureux et de la fibre digestible pour stimuler les vaches à aller se faire traire par le robot.

Désordres métaboliques et vaches paresseuses

Pour favoriser la traite volontaire, il faut que les vaches soient en santé, avec de bons pieds et membres pour se déplacer et qu’elles ne soient pas « paresseuses », c’est-à-dire qu’elles n’ont pas tendance à aller se faire traire.

Les vaches en début de lactation sont beaucoup plus à risque d’être affectées par les désordres métaboliques. Des données compilées par des chercheurs de l’Université de Floride démontrent que durant les 60 premiers jours en lait, on enregistre environ 23 % du total de la réforme (figure 1). Le début de lactation est donc une période très critique pour la santé de la vache et sa motivation à aller se faire traire de façon volontaire. Ce n’est pas comme dans une stabulation libre où une barrière force les vaches à avancer même si elles n’ont pas d’entrain.

Les deux premières conférences de la journée ont traité de ces points importants de régie.
 

Les vaches qui mobilisent rapidement leurs réserves corporelles en début de lactation auront un niveau plus élevé d’acides gras libres (AGL) dans le sang. Or, des recherches effectuées en Hollande ont indiqué que les vaches qui avaient un niveau plus élevé d’acide gras libre dans le plasma faisaient moins de pas durant la période mesurée. Elles se déplaceront donc moins vers le robot de traite (figure 2).

Les vaches qui sont en balance énergétique négative sévère, donc en acétonémie, ont des concentrations plasmatiques d’acides gras libres plus grandes ou égales à 0,7 mM/L.

Les vaches dont les concentrations plasmatiques se situent entre 0,2 mM et 0,7 mM/L d’AGL sont considérées comme
 
cas modérés de balance énergétique négative, possiblement en acétonémie sous-clinique. Des chercheurs japonais ont pour leur part démontré qu’il y avait une relation inverse significative (moins que le lait cependant) entre le pourcentage de gras du lait et le nombre de traites (figure 3).

Il n’y a pas de relation directe entre les deux, à moins que le pourcentage de gras élevé soit un indicateur que les vaches en début de lactation étaient affectées par l’acétonémie. Les vaches en acétonémie mobilisent plus rapidement leurs réserves corporelles et ont un taux de matière grasse plus élevé. De plus, ayant un foie plus engorgé, donc un taux d’acides gras libres plus élevé relié à une activité moins grande, elles auraient moins tendance à se faire traire. Cette relation avec le pourcentage de gras ne serait probablement pas significative pour les vaches en milieu et fin de lactation. Il faut donc éviter de faire des extrapolations en dehors du contexte.


Traite volontaire
La bonne marche d’un robot de traite est basée sur la traite volontaire des vaches. Cette situation est différente d’une étable attachée ou à logettes où les vaches sont contraintes à la traite.

Qu'est-ce qui stimule le volontariat des vaches à se faire traire? Il y a évidemment la pression mammaire qui est significativement corrélée avec la production de lait. Des recherches au Japon ont démontré que plus la vache donne de lait, plus le nombre de traites est élevé (figure 4).

Cependant, il ne faut pas se fier qu’à la production pour attirer les vaches aux robots. Il faut aussi les attirer par la panse. Selon des chercheurs, la principale motivation qui incite une vache à visiter un système de traite automatisé est l’ajout d’un concentré dans le distributeur d’aliments lors de la traite.

L’expérience vécue à la ferme de Philippe Faucon est très concluante. Le producteur a commencé à utiliser le TOTALACMC l’automne passé dans sa ration de base. Ce concept d’alimentation se base sur une ration dont 75 % est constitué d’un concentré avec fibre incluse et 25 % de fourrage qui, dans ce cas, était de la paille servie à volonté. Parallèlement à l’utilisation de ce concept, il a remarqué que le nombre de traites a diminué de façon constante en même temps qu’il avait à pousser plus de vaches au robot. Après analyse de la situation avec Roland Mahieu, ils ont décidé de transférer en moyenne 2 kg de TOTALACMC de la ration de base dans le distributeur du robot. Aussitôt, le nombre de traites est remonté à son niveau antérieur, à savoir entre 2,7 et 2,9. L’élément intéressant, c’est que le même aliment (un cube plus petit, cependant, pour passer au robot) qui a été transféré de la ration de base au distributeur a augmenté le nombre de passages. Cela démontre que l’aliment au robot est très important pour motiver les vaches à aller se faire traire.

Le transfert de l’aliment au robot a aussi un autre effet, celui de diluer la ration de base. De la sorte, les vaches ne sont pas aussi rassasiées lorsque la ration de base est moins riche. Elles ont envie d’aller manger leur « dessert » dans la station, à condition que l’aliment robot soit très appétissant. C’est le cas du ROBOCOOP.

 

Circulation libre ou forcée
Le système forcé est une manière efficace pour habituer les vaches à utiliser le robot de traite. Roland Mahieu préfère la circulation libre qui cadre mieux avec le bien-être animal. Pour lui, forcer les vaches à se faire traire pour aller manger masque un problème qu’il se fait un devoir d’analyser lorsqu’il supervise ses fermes. En plus, dit-il, la traite forcée augmente le surpeuplement près du robot et le temps que les vaches passent debout, ce qui peut accroître les problèmes aux pieds et aux membres.

De gauche à droite (debout) : Philippe Faucon; François Massicotte, agr., nutritionniste, élevages spécialisés, La Coop fédérée; Mario Boivin, agr., nutritionniste en alimentation des ruminants, La Coop fédérée; Cécile et André Paquet, propriétaires de la ferme; Roland Mahieu; Michel Paquet, fils de Cécile et André; Bernard Pagé, agr., expert-conseil, La Coop fédérée. (À l’avant) : Sylvain Paquet, fils de Cécile et André; Marie-Josée Blanchette, sa conjointe, et la fille de cette dernière, Cassandra.

L’importance de l’eau
Pour attirer les vaches au robot, on doit servir plus de concentrés au distributeur. Il faut se rappeler que l’aliment robot est un aliment sec qui va augmenter les besoins en eau de la vache à la sortie du robot. Pour combler ce besoin élevé en eau dans un temps très court, il faut que l’abreuvoir ait un bon débit et qu’il soit doté d’une bonne réserve. Bref, l’abreuvoir ne doit pas être qu’un petit bénitier.

Le robot : super-amplificateur
Selon Philippe Faucon : « Le robot est un super-amplificateur de la régie du troupeau. » Le robot pèse le lait des vaches à chaque jour, détermine si elles ont consommé leurs concentrés, si elles font de la mammite en analysant la conductivité du lait, pèse les vaches pour déterminer si elles sont en bilan énergétique positif, etc. Roland Mahieu se sert de ces pesées pour déterminer le temps idéal pour la première saillie. Lorsque la vache cesse de perdre du poids, indiquant qu’elle est en bilan énergétique positif, on peut donc penser à la faire inséminer.

Ce système fournit une foule de données, mais il a aussi le défaut de ses qualités : il risque de noyer d’informations le producteur. C’est pour cette raison que Philippe Faucon et Roland Mahieu donnent un corollaire au super-amplificateur; il faut « toujours aller à l’essentiel ».

Ces praticiens portent une attention au lait total produit par tous les robots, pas seulement le meilleur. Ils se penchent sur ce qui permettra de faire les paiements.

Ils observent aussi la quantité de concentrés servis pour déterminer l’efficacité alimentaire. À ce titre, les spécialistes ont observé que l’efficacité alimentaire est intimement liée à la production de lait. Plus elle produit de lait, sans perte de poids trop prononcée, plus la vache est efficace. On se base sur le fait que plus la vache donne de lait, plus les besoins d’entretien sont dilués. La proportion de l’énergie totale attribuée à l’entretien passe de 41 % pour une vache de 20 kg de lait à 17 % pour une vache produisant 70 kg de lait (figure 5).
 

Le meilleur moyen d’atteindre l’efficacité alimentaire est d’avoir une production élevée car cela diluera les besoins d’entretien.

Cela aura donc pour effet d’augmenter le ratio lait/matière sèche consommée qui définit l’efficacité alimentaire.

On examinera ensuite s’il existe des différences de production de lait d’un robot à l’autre en relation avec la régie. Les données supplémentaires enregistrées par le robot seront utilisées pour expliquer un phénomène qui mérite une investigation plus approfondie.

Stratégie alimentaire
Que la vache soit alimentée individuellement, en RTM (ration totale mélangée) ou au robot, les apports en nutriments pour maintenir la production demeurent les mêmes.En RTM, tous les concentrés sont dans la ration totale. En alimentation avec robot, on est en mode RPM (ration partiellement mélangée). On peut soit offrir une ration de base très concentrée et peu dans le robot (distributeur) ou encore servir une ration de base peu concentrée et compenser dans le robot. Théoriquement, la production de lait devrait être identique puisque l’on fournit la même quantité de nutriments dans une stratégie ou dans l’autre. Cependant, la motivation
 
pour aller se faire traire sera différente. Les recherches en régie de robot ont démontré que le nombre de passages et de traites volontaires sera plus faible s’il y a moins d’aliments servis au robot (figure6).

Dans cette situation, où l’aliment est moins palatable, on devra davantage pousser les vaches pour atteindre le nombre de traites désirées.

Des recherches à l’Université du Maryland ont démontré que, en début de lactation, lorsqu’on augmente le nombre de traites de 2 à 4 fois durant les 21 premiers jours, on stimule la production de lait en favorisant la sécrétion d’hormones responsable de la lactation telle que la prolactine. Bien que la quantité de nutriments absorbés soit la même, la stratégie qui augmente le nombre de passages et de traites en début de lactation sera celle qui favorisera une production laitière plus élevée. Comme on sait, un kilo de lait au pic est égal à 220 kilos sur toute la lactation.

C’est d’ailleurs la stratégie avec le minimum de concentrés dans la ration de base que nos experts d’Agrial privilégient. Lors de notre visite en France, à la réunion CRF, nous avions été surpris par le faible nombre de vaches qui devaient être poussées au robot. Le propriétaire d’une ferme que nous avons visitée affirmait qu’il n’en poussait pratiquement pas. Il faut dire que sur cette ferme, il y avait moins de vaches que de stalles, donc pas de surpeuplement dans la zone robot. Voilà un facteur important qui favorise aussi le nombre de passages. Selon Roland Mahieu, pour que les vaches expriment leur potentiel, il importe de bien paramétrer le robot car, pour lui : « Les vaches disent vrai. »

Visite de la Ferme Andrel

La Ferme Andrel est la propriété de André Paquet et de ses deux fils Sylvain et Michel. Située à Saint-Zéphirin, l’entreprise compte 60 vaches dont la projection est de 10 000 kg de lait par année. Un robot de traite a été installé en septembre 2006.

Malgré la période des semences imminentes, la famille Paquet a accepté de nous recevoir pour compléter cette journée et nous leur en sommes très reconnaissants. Sur place, les producteurs et productrices ont pu s’entretenir avec nos deux experts d’Agrial. Merci également à la famille Paquet pour son accueil et tous les préparatifs que cela demande. L’expertise de nos cousins français nous a permis d’accroître nos connaissances de la régie et de l’alimentation avec robots de traite. N’hésitez pas à communiquer avec votre expert-conseil.


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