Le tout nouveau site d’élevage porcin d’Alain Fluet allie technologie et confort. Deux éléments clés qui, avec une régie de pointe, permettent de réduire sensiblement les coûts de production.


Quand j’ai annoncé à mon entourage que je me lançais en production porcine, plusieurs m’ont traité de malade, relate Alain Fluet. On disait que j’allais me planter. » Le propriétaire de quatre pouponnières de 1200 porcelets chacune, à Saint-Théodore d’Acton, ne regrette en rien son choix et songe aujourd’hui à ses détracteurs avec un petit sourire en coin. Pour le jovial producteur de 42 ans, réussir est aussi une question d’attitude.

Alain élève du porc à forfait avec Comax, coopérative agricole depuis septembre 2006. Selon un cahier des charges, il produira chaque année environ 31 000 porcs. Dans ce type d’entente, l’éleveur fournit les bâtiments et la coopérative procure les animaux, les aliments, les médicaments et les conseils techniques. Le producteur touche un revenu basé sur les performances techniques de l’élevage.

Les porcelets entrent dans les bâtiments à 21 jours d’âge au poids de 6 à 7 kilos. Ils proviennent tous d’une maternité de la filière porcine Covimax, un réseau d’élevage mis sur pied par les coopératives Comax et Covilac. Après 42 jours de présence dans les bâtiments, les animaux vont prendre le chemin de l’engraissement à un poids de 20 à 25 kilos, ce qui représente six semaines de travail d’équipe rigoureux pour Alain et ses employés. « Je suis très bien appuyé, assure Alain qui voit toujours la vie du bon côté. Avec France Benoît, mon employée, je m’occupe de l’élevage et de l’entretien des bâtiments, indique-t-il. Elle est très dévouée et a à cœur, tout autant que moi, la réussite de l’entreprise. C’est tout comme si l’entreprise était la sienne. De plus, avec les experts de Comax, Thierry Boulet et Marie-Ève Blanchette, les bonnes idées ne manquent pas. » Marie-Ève se rend à la ferme une fois par semaine et passe en revue tous les éléments de régie : état de santé du troupeau, ajustement des trémies, quantité de moulée servie, suivi d’inventaire, etc.

« Dans le porc, si tu ne suis pas, tu recules », assure Alain dont le goût d’apprendre est sans borne. C’est pourquoi, en mettant sur pied son projet, il n’a négligé aucun détail. Ventilation modulaire, murs solaires, plancher chauffant, construction ininflammable en béton et PVC ultra isolant, tout est du dernier cri. « Dans les quatre bâtisses, y’a pas une vis qui n’est pas en stainless, dit-il fièrement. Dans 15 ou 20 ans, si mes enfants prennent la relève, ils n’auront pas à tout rénover à grands frais. »

Avec trois jeunes de 12, 8 et 4 ans, Alain a investi dans le porc d’abord en pensant à eux. Et c’est toujours avec grand enthousiasme qu’il leur parle d’agriculture. Alex, l’aîné, a labouré seul plusieurs arpents de terre l’automne dernier. Il connaît par cœur le plan de culture et de rotation de la ferme que lui a expliqué Lyne Tourigny, la conjointe d’Alain, experte-conseil en productions végétales chez Comax. Le cadet, Anthony, rêve aux tracteurs et adore les animaux. Quant à Alyson, elle ne se lasse pas d’observer les porcelets s’activer.

Changer d’orientation
Alain a été producteur laitier jusqu’en 2005 avec son frère de 10 ans son aîné. Des conflits d'ordre familiaux mettent un terme à leur entente. Après cette séparation, les actifs de la ferme sont divisés entre eux à parts égales.

Alain choisit de ne pas se relancer dans le lait. Il ne souhaite pas, à défaut de relève, ne sait-on jamais, se retrouver seul un jour pour exploiter une ferme laitière. Le porc lui apparaît alors comme une production de choix. Il visite de nombreuses fermes, discute avec les éleveurs, examine les équipements, note les qualités et défauts des installations. Michel Vincent, un de ses bons amis, aussi producteur, l’aide à faire ses choix. Il décide de construire son site d’élevage sur la terre paternelle qu’il a pu conserver.

Avec l’appui de Thierry Boulet, gérant de production porcine chez Comax, il gère ses pouponnières selon un modèle de maternité en bandes aux deux semaines, permettant le tout plein tout vide à tous les stades de la filière d’élevage, soit de la maternité à l’engraissement.
 
Thierry Boulet, gérant de production porcine chez Comax, examine l’entrée des porcelets.
La construction des quatre bâtiments de 31 mètres par 17 (102 pieds par 56) est amorcée le 4 juillet. Le 19 septembre, 77 jours plus tard, le premier bâtiment accueillait ses nouveaux locataires.

Dans le cas d’Alain cas, ce modèle prévoit une entrée et une sortie de 1200 porcs à toutes les deux semaines plutôt que 300 deux fois par semaine en mode traditionnel. Aussi peu que quatre à
cinq heures suffisent alors pour déplacer 2400 porcelets.

Les porcelets proviennent d’une maternité de la filière porcine Covimax.

« Cette façon de faire comporte plusieurs avantages, indique Thierry. Les livraisons de moulées et les déplacements d’animaux sont moins fréquents. C’est aussi plus facile à gérer sur le plan technique et sanitaire. »

Pour en maximiser l’uniformité et la performance, les porcelets sont triés par parité avant d’entrer à la ferme. C’est-à-dire que les sujets issus de truies de première portée forment un premier groupe. Les porcelets provenant de truies de deuxième, troisième ou quatrième portées constituent un deuxième groupe. Enfin, les sujets nés de truies de cinquième portée et plus composent le troisième groupe. Une fois dans le bâtiment d’élevage, les porcelets sont rassemblés selon leur poids pour éviter la concurrence trop vive qui pourrait s’établir entre les plus gros et les plus petits.
 

Chaque bâtiment comprend 60 parcs de 20 places séparées en deux chambres de 600 places chacune. Chaque porcelet dispose de 0,33 mètre carré d’espace, ce qui lui procure beaucoup de confort. Les murs intérieurs et les panneaux qui divisent les parquets sont de couleur blanche pour mieux réfléchir la lumière, un facteur qui, selon l’éleveur, stimule l’appétit. Durable et consommant peu d’énergie, les fluorescents assurent un éclairage adéquat pour la bonne observation des porcelets.

Les planchers des parcs sont lattés. Au centre, un plancher chauffant accueille les petits porcelets où ils se massent à leur arrivée. Cette zone de confort est chauffée à une température de 32 °C (90 °F) puis abaissée d’un demi-degré par jour jusqu’à n’être plus chauffée du tout au bout de deux semaines.
 
Les trois niveaux du système de ventilation modulaire,
contrôlé de manière électronique, s’adaptent à toutes les variations de température.
La température ambiante des bâtiments est fixée à 27 °C à l’entrée, puis réduite graduellement jusqu’à 21 °C six semaines plus tard.


Le mur solaire dont sont dotés les bâtiments sur leur côté est contribue au bien-être des animaux. Ce mur, fait d’aluminium noir qui absorbe la chaleur, est percé de nombreux petits trous. Le nombre de trous est déterminé par la quantité de pieds cubes d’air par minute nécessaires pour renouveler le volume d’air du bâtiment. L’air qui pénètre est préchauffé par le mur, ce qui réduit sensiblement l’utilisation du système de chauffage au propane. « Bien entendu, c’est en hiver que cette technologie est le plus efficace », indique le producteur qui fait affaire avec sa coopérative pour tous ses intrants.

Pour passer plus de temps à gérer son troupeau, Alain s’est équipé d’un robot laveur, le premier en Amérique du Nord, distribué par Conception Romain. L’appareil préprogrammé peut réaliser de 80 à 90 % du travail de nettoyage entre les élevages. Alexandre Rousseau, un employé à temps partiel à la ferme, se charge de mettre la touche finale. Il ne reste alors plus que deux ou trois heures de finition à faire. « Grâce au robot, je sauve 15 heures à toutes les deux semaines, souligne Alain. Aussi, travailler à 4 °C et en pleine obscurité ne le dérange pas du tout. Il est souvent élu l’employé du mois… »

Les quatre bâtiments d’élevage sont identiques et dotés de murs solaires. Ils comprennent aussi tout le nécessaire pour bien travailler : bureau pourvu d’une grande fenêtre, classeur contenant les données de l’élevage, toilette, réfrigérateur, outils, armoire à médicaments.

La chasse aux coûts de production et l’accroissement de l’efficacité du troupeau sont des préoccupations constantes. « La mortalité moyenne dans ses bâtiments est deux fois moins élevée que ce qui est normalement prévu, souligne Thierry Boulet. Les autres résultats techniques sont pour le moment au-delà des espérances. »

Leurs installations les enthousiasment à un point tel qu’Alain et Lyne songent à l'avenir avec beaucoup d'optimisme et les projets ne manquent pas. Ils aiment à dire que lorsqu'on veut on peut. Même dans une production qui, présentement, n'a pas la cote, on peut arriver à faire les choses de belle façon et être rentable. Alain et Lyne ont arrêté leur choix sur ce type de bâtiment qui, selon eux, procure un maximum de confort aux animaux, en se rappelant une phrase que les parents d’Alain disaient souvent : « Si tu mets les animaux confortables, ils te mettront confortables… »


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