Après avoir passé près de la moitié de sa vie à siéger comme administrateur et président de la coopérative Citadelle, René Arès dit qu’il est prêt à passer le flambeau à un autre.


René Arès, le producteur acéricole et de bovins de boucherie de Stukely-Sud qui assurait depuis 16 ans la présidence de Citadelle, coopérative de producteurs de sirop d’érable, a quitté son poste le 30 mai dernier, lors de l’assemblée générale annuelle. Il siégeait au conseil d’administration depuis 1979, alors qu’il avait accepté de terminer le mandat d’un collègue malade. « J’avais accepté de faire un an, dit René Arès en riant. J’en ai fait vingt-huit! »

Nous avons rencontré René Arès le 15 mars dernier à sa cabane à sucre. Le soleil semblait frileux en cette journée de printemps. La saison qu’on avait cru terminée avait repris de plus belle et les érables coulaient à flot. La citerne qui apportait l’eau d’érable de la station de pompage était pleine et les réservoirs de la cabane l’étaient également. Il était temps de recommencer à faire chauffer l’évaporateur.

La récolte aurait été supérieure à celle de l’an passé dans certaines régions. Selon le nombre de coups de téléphone que René Arès a reçu de producteurs qui ne savent plus quoi faire de leur surplus, il conclut que ça doit être le cas à plusieurs endroits.

Il partage la frustration des producteurs. Pas facile de diriger une entreprise dans de telles conditions. Mais René Arès dit qu’il croit toujours à Citadelle ainsi qu’au modèle coopératif et souhaite vivement que la Commission sur l’avenir de l’agriculture ait un impact politique et rétablisse la situation.

La décision de quitter la présidence, après tant d’années, n’a pas été facile. Elle a demandé beaucoup de réflexion. « On m’a élu parce qu’on me jugeait apte à prendre de bonnes décisions. Celle de partir quand c’est le temps, de son propre chef, c’en est une autre, explique le dirigeant. J’ai fait mon temps. »

René Arès a su guider Citadelle à travers des années tumultueuses, où l’organisation s’est battue pour conserver son statut de coopérative et a tenté de défendre le lien d’usage et tous les avantages qu’il représentait pour les membres lors de la mise en place de l’agence de vente.

« Un poste de président de coopérative c’est aussi un poste politique qui exige beaucoup de doigté, explique Luc Lussier, directeur général de Citadelle. René Arès est quelqu’un de très tenace qui croit énormément à la coopération. Les années 2000 n’ont pas été faciles à vivre, on le sait, mais René n’a pas lâché le morceau. C’est quelqu’un qui a toujours été fier de Citadelle et qui s’est battu pour sauvegarder l’intégrité de l’entreprise. »

Malgré le contexte que vivait l’industrie, René Arès est fier que Citadelle ait continué à se démarquer et qu’elle ait réussi à quintupler son chiffre d’affaires, alors que d’autres coopératives ont dû fermer. Un succès qui s’explique par le fait que le mandat reçu des membres avait été très clair et avait permis au conseil d’administration de s’encadrer de gestionnaires compétents.

« Ces quinze années ont passé très, très vite. On peut dire que j'ai vécu des belles années; oui, malgré tout ce qui s'est passé. Ça fait partie de la vie. Et ce fut très enrichissant à titre personnel.»

Comment comblera-t-il ses temps libres? La question l’a bien surpris. « Je ne me suis pas encore arrêté à penser à ça », a-t-il répondu. Il faut dire que des temps libres, lorsque l’on consacre environ cent jours par année à Citadelle en plus de prendre soin de 60 bovins de boucherie, que l’on a environ 24 hectares (60 acres) en grande culture et une érablière qui compte 6000 entailles, c’est un concept qui fait plutôt rire, surtout pendant le temps des sucres…

« Si j’ai été capable d’en accomplir autant chez Citadelle et ici, c’est parce que j’ai eu du bon monde avec moi, explique M. Arès. Mes enfants et mon épouse Noëlle-Ange, ainsi que tous les gens que j’ai côtoyés chez Citadelle ont toujours été là pour moi. Là, je pourrai passer plus de temps à la maison avec mes sept petits-enfants, sans compter les trois autres qui s’en viennent. »

Quant au message que René Arès a pour celui ou celle qui le remplacera, il est : « De ne pas avoir peur des défis, de prendre sa place, et qu'il (ou elle) ne devrait pas tenter de copier le style d’un autre. À chacun sa personnalité. Il faut garder Citadelle forte, à l’avant-garde de l’industrie et penser à l’avenir. Citadelle va être là. Citadelle ne s'en va pas vers le déclin bien qu’il lui faudra lutter pour garder l’intérêt des producteurs dans les coops. Le nouveau président et le conseil devront travailler en ce sens et demeurer un conseil d'avenir, en pensant aux intérêts de tous les sociétaires. »


 
«Une entreprise qui appartient à des producteurs, ça fait une meilleure mise en marché collective et ça prend juste une coop pour faire fonctionner ça. Peu importe l’ampleur de notre production, on a tous la même voix. C’est un membre, un vote.» (René Ares)
Si la venue de l’agence de vente a dénaturé le fonctionnement de la coopérative, Luc Lussier souhaite que les membres continuent à croire en l’entreprise. « Rien ne garantit que l’agence restera en place indéfiniment. Il faut être prêt à reprendre le flambeau et à poursuivre notre mission. »

Au nom de tous les sociétaires et du conseil d’administration, Luc Lussier désire remercier René Arès pour la qualité du travail qu’il a fait, pour son souci du travail bien fait, pour sa disponibilité et le temps qu’il a consacré aux dossiers. « C’est devenu un ami et ça va le rester. Je garderai un souvenir impérissable des années qu’on a travaillé ensemble. »


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