D’autres représentants de coopératives ont défilé devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois au cours du printemps dernier.

Nous relevons ici certains aspects abordés et les suggestions faites pour améliorer, demain, la qualité de vie des producteurs agricoles et de leurs successeurs.





Nous devrions être complices et complémentaires au MAPAQ. »

Rémi Faucher, directeur général de Groupe Dynaco, coopérative agroalimentaire, a peut-être mis des gants blancs pour aborder la place du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) sur l’échiquier de l’agriculture québécoise, mais il n’a pas fait usage de la langue de bois.

Il a rappelé que ce ministère était auparavant beaucoup plus engagé dans le quotidien des agriculteurs, ses employés étaient au fait des nouvelles technologies et communiquaient leurs connaissances directement aux producteurs.

« On ne fait plus l’implantation de nouvelles technologies au MAPAQ. Leurs employés, qui sont des agronomes, font de la gestion de dossiers. C’est dévalorisant pour eux et je le dis avec respect, étant moi-même agronome. Aujourd’hui, nous travaillons plutôt avec les universités pour nos projets de développement. Or, nous avons besoin d’un ministère plus actif, qui pourrait travailler avec nous et favoriser la diffusion de ces nouvelles technologies auprès du milieu et même auprès des non-membres des coopératives. »

Dans le mémoire présenté par Groupe Dynaco à La Pocatière, à la fin du printemps dernier, on parle de la lourdeur administrative de ce ministère. On y recommande un changement de rôle et de mandat pour ses employés afin qu’ils deviennent de véritables agents de changement, des accompagnateurs et des partenaires « du développement harmonieux de la production agricole ».

Formation plus dense et plus longue

Dynaco a aussi insisté sur la nécessité d’accroître le temps de formation pour les jeunes de la relève. Là aussi, la coopérative, qui recense 637 membres agricoles, embauche près d’un demi-millier d’employés et génère des revenus annuels de 164 millions $, n’a pas eu peur d’égratigner quelques susceptibilités.

« Nous croyons que le niveau d’enseignement en agriculture pourrait être relevé d’un cran et que les formateurs devraient posséder des connaissances plus à jour pour faire face aux réalités émergentes que rencontre notre agriculture, en particulier en ce qui concerne les nouvelles technologies. Les formateurs devraient aussi avoir comme objectif d’éveiller nos jeunes à une plus grande ouverture sur le monde afin qu’ils deviennent plus proactifs et moins en réaction aux tendances mondiales. »

Assorti à cette critique, Dynaco, par la bouche de son directeur général, a invité le gouvernement à prévoir des incitatifs plus alléchants pour favoriser un niveau de scolarisation plus élevé des futurs propriétaires de fermes.

« Il faut que les jeunes, la relève, restent plus longtemps sur les bancs d’école, a précisé M. Faucher. La formation, c’est le cœur de l’avenir de l’agriculture. » Ce dernier était accompagné du président Rosaire Beaulieu, exploitant avec sa conjointe d’une ferme laitière à Rivière-Bleue, qui a mentionné aux commissaires que sa relève serait féminine.

Les futurs exploitants agricoles sont souvent trop pressés de revenir à la ferme donner un coup de main à leurs parents. À ce constat, Dynaco ajoute que l’enseignement, parfois un peu loin de la réalité qu’ils connaissent, n’a pas l’attrait suffisant pour les retenir sur les bancs d’école.

De plus, les jeunes diplômés agronomes ou technologues, que recrute Dynaco, avouent qu’ils ont été mal préparés à la réalité du marché…

Curieusement, aucun commissaire n’a interrogé les représentants de la coopérative sur les idées véhiculées au sujet de la formation de la relève.

Enfin, Dynaco recommande que l’État révise ses programmes d’enseignement du primaire et du secondaire afin de mieux faire connaître l’agriculture aux enfants élevés loin du milieu agricole.


L'état et les firmes comptables gravitant auprès des producteurs agricoles devraient s’inspirer du modèle d’assistance à la gestion des fermes mis au point par La Coop Purdel et imbriquer leurs services de façon à étoffer et compléter son action. De la sorte, le nombre de producteurs agricoles performants, qui pourront mieux affronter les grands défis de l’heure, sera plus élevé.

Laurent Proulx, le président de la coopérative du Bas-Saint-Laurent, a présenté le mémoire étoffé de son organisme lors de l’arrêt de la Commission à Rimouski. Il était accompagné de Frédéric Caron, un administrateur, et de Jean-Paul Thériault, le directeur général.

Plusieurs recommandations de la coopérative abondent sur la valorisation de la profession de producteur agricole, la transition vers la relève – féminine, notamment – et la traçabilité des aliments.

La coopérative a toutefois beaucoup insisté sur la nécessité pour l’État et les municipalités de se rapprocher des coopératives, à la fois afin d’œuvrer sur la même fréquence, mais aussi pour y puiser des idées de recettes gagnantes ou encore pour consolider, voire coordonner des actions entreprises par le milieu. Et justement, dans la quête globale de l’industrie afin d’abaisser ses coûts de production, Purdel a fait part de son cheminement et a appelé les partenaires naturels à ce chapitre à l’appuyer.

La coopérative organise depuis trois ans des séminaires de gestion, encadre depuis 10 ans les producteurs qui traversent des périodes financières délicates et organise depuis 20 ans des colloques sur des thématiques technico-économiques portant sur les différentes productions animales et végétales.

« Notre coopérative considère très matérielles les retombées de ces actions et nous continuerons d’y investir, a indiqué M. Proulx, un producteur laitier de Saint-Narcisse-de-Rimouski. Les entreprises doivent mettre en place des techniques comptables par la méthode du tableau de bord leur permettant rapidement de discerner les faiblesses de leur entreprise et d’apporter des correctifs nécessaires. Se placer dans une position proactive et non pas réactive. Ces tableaux de bord pourraient être comparés aux données obtenues par des fermes qualifiées de performantes.»

Purdel propose, dans son mémoire, que l’obtention des programmes gouvernementaux d’assurance-stabilisation (ASRA) soit assujettie à l’engagement des producteurs de suivre un
programme d’amélioration continue. De plus, elle suggère à l’État de défrayer une partie du coût de ce perfectionnement.

À la commissaire Pascale Tremblay qui voulait en savoir plus sur les séminaires de gestion élaborés par la coopérative, M. Proulx a rappelé que c’est à la demande même des producteurs agricoles que ces sessions ont été conçues. « Ils sont une trentaine, chaque fois, à participer à une journée complète de formation. Leur grande satisfaction envers les enseignements prodigués nous incite à reprendre constamment cette formule. »

La coopérative invite également l’État à soutenir les Centres régionaux d’établissement en agriculture (CREA). Purdel, qui appuie financièrement celui du Bas-Saint-Laurent depuis 11 ans, reconnaît la pertinence de ces organismes dans le succès de l’accompagnement des personnes engagées dans les transferts de propriétés agricoles. Elle invite le gouvernement à supporter davantage ce réseau pour contrer les échecs qui surviennent encore trop souvent lors du transfert des exploitations agricoles à la relève.

Autrement, même si la besogne peut apparaître très lourde, « l’État a un énorme travail à faire afin de s’assurer que les produits concurrençant les nôtres et qui proviennent d’autres pays rencontrent les mêmes critères de qualité sur le plan de la salubrité, de la traçabilité et de l’environnement ». Purdel est ici catégorique : un tel contrôle devrait empêcher les produits agricoles extérieurs ne rencontrant pas les normes du marché intérieur de se retrouver sur les tablettes de nos détaillants.


Pour les dirigeants de La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska, l’avenir de l’organisme passe par l’élimination de certains irritants, par des partenariats régionaux à tous les niveaux et, bien sûr, par l’innovation.

En brossant devant la Commission le tableau des mille et une difficultés qui assaillent une entreprise coopérative de petite taille et éloignée des grands centres urbains, Jocelyn Boucher et Nathalie Dumont voulaient illustrer les limites d’une organisation, aussi dynamique soit-elle.

L’une des plus vieilles coopératives agricoles du Québec – fondée voilà 78 ans –, s’enorgueillit de son équité de 56 % sur son actif de 2,75 millions. « Les meilleurs ratios financiers, économiques et techniques » des coopératives de la province, selon son président, M. Boucher. Son chiffre d’affaires de 5,75 millions $ est principalement généré par l’activité de ses 112 membres, servis par 12 employés.

Mme Dumont, productrice laitière et administratrice de la coopérative, a attiré l’attention sur le rôle de l’expert-conseil – le seul et unique que peut se permettre d’embaucher l’organisme – auprès des producteurs. Celui-ci a reçu le mandat de travailler à rendre les activités de ces derniers plus efficientes.

« Nous faisons réaliser aux membres que la viabilité de leur entreprise ne passe pas par des coupures ici et là, mais dépend surtout de l’amélioration de leur efficacité et de leur productivité. Et qu’ils ont tout à gagner à écouter les conseils technico-économiques adaptés à leur situation. »

Or, comme l’expert-conseil de La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska n’est pas agronome, mais plutôt technologue, il ne peut pas faire de recommandations (programmes de cultures, etc.) aux membres sans qu’un agronome contresigne sa proposition.

Bien sûr, l’organisation se tourne vers La Coop fédérée pour obtenir le sceau officiel d’un agronome sur les actes en question, mais cette aide impose des délais et génère des coûts additionnels.

« Il n’y a pas assez d’agronomes pour suivre les techniciens dans le champ, a résumé M. Boucher en réponse à la commissaire Pascale Tremblay. Il faut par ailleurs reconnaître les compétences des technologues. De plus, sur les étiquettes des produits, il y a déjà le mode d’emploi… »

Des représentations auprès de l’Ordre des professions du Québec ont été faites pour assouplir cette réglementation. Mais sans attendre, La Coop Saint-Alexandre a noué des liens avec d’autres coopératives du Bas-Saint-Laurent pour jeter les bases d’un réseau de partage de ressources humaines et de compétences multidisciplinaires!

Séchoir pour le foin

Jean Pronovost, le président de la Commission, s’est quant à lui intéressé au projet d’usine de séchage et de commercialisation de foin sec de commerce destiné aux chevaux américains qu’a développé la coopérative en obtenant un brevet d’Agriculture Canada. L’usine, en marche depuis le mois de juillet, a nécessité un investissement de 1,5 million $ et s’est appuyée sur la conception d’un prototype nouveau de séchoir. Deux entrepreneurs locaux se sont alliés à la coopérative pour assurer le succès de ce projet.

Les surplus de fourrage accumulés dans la région ont généré cette idée. Individuellement, a expliqué le président, aucun producteur ne peut viabiliser un tel projet. Mais ensemble, le projet devrait s’avérer viable. La coopérative va créer une entreprise de mise en marché qui va identifier des clients potentiels tout en se tournant vers des courtiers. M. Boucher a noté les caractéristiques vertes du projet : moins de disposition des plastiques d’enrobage, diminution des pesticides utilisés, etc.

« Des producteurs ont même décidé récemment de consacrer une partie de leur terre à la culture fourragère afin de nous vendre leur récolte, a déclaré Francis Castonguay, le directeur général de La Coop Saint-Alexandre, que nous avons rejoint ultérieurement. Les coopératives régionales – La Matapédienne, Agriscar, Purdel et Dynaco – surveillent attentivement notre initiative pour éventuellement nous imiter. »


A l’instar de la taxe spéciale qu’a refilée le gouvernement du Québec aux pétrolières pour financer son plan de développement durable, La Coop Profid’Or a soumis l’idée d’introduire une taxe s’échelonnant entre 0,5 et 1 % sur les ventes au détail des produits d’alimentation. Dans ce cas, les sommes récoltées permettraient au gouvernement d’instaurer un nouveau programme de soutien financier aux exploitants agricoles afin d’éliminer tout déficit financier qu’ils peuvent encourir en raison de conjonctures diverses.

« Puisque les programmes de soutien actuel ne jouent pas pleinement leurs rôles, nous suggérons un programme qui, sur une base de comptabilité de caisse ou d’exercice, en y excluant les salaires des propriétaires et des personnes liées, en plus de l’amortissement pour la comptabilité d’exercice, devrait combler tout déficit et octroyer aux propriétaires ou aux personnes liées, un revenu par unité de travail homme de 70 % du salaire d’un ouvrier spécialisé. On parle d’un programme basé sur le revenu agricole des entreprises, un programme qui intervient sur une base individuelle et non universelle », a énoncé André Langlois, le directeur général de cette coopérative de la région Lanaudière.

Maladies, mauvaises récoltes ou autres maux de la nature n’empêcheraient pas l’entrepreneur agricole de recevoir une rémunération. Selon le scénario de la coopérative qui compte 802 sociétaires, chaque producteur paierait annuellement une prime, d’un montant variable selon chacun, à l’exemple d’une assurance. Profid’Or ne s’est pas aventuré à en dire davantage, remettant entre les mains du gouvernement les fonctionnalités et la gestion d’un tel programme.

Le président de la Commission, Jean Pronovost, s’est demandé si une telle aide universelle ne viendrait pas effacer les erreurs commises par des producteurs incompétents. Il a cité, en exemple, des emprunts exagérés ou des acquisitions d’équipement trop évolué pour les besoins de la ferme.

« S’il s’agit d’un mauvais gestionnaire, a rétorqué M. Langlois, il ne pourra survivre à long terme. Le remboursement du capital sur l’acquisition d’actif n’étant pas admissible dans le calcul de l’aide financière que nous proposons, le producteur se doit de viser l’efficacité pour subsister. »

La coopérative a aussi proposé d’autres mesures, dont la possibilité pour un agriculteur de s’adonner à des activités industrielles sur un hectare de terre. Outre de légaliser des pratiques déjà existantes – certains se consacrent à des activités de transformation en outrepassant les limites du permis spécial accordé quant à la provenance des produits ou louent des bâtiments inutilisés à des fins d’entreposage industriel –, une telle dérogation à la loi sur le zonage agricole permettrait aux producteurs d’exercer autrement leurs talents durant les périodes mortes.

Cette hypothèse a fait sourciller Mario Dumais, un des commissaires, qui croit qu’un tel amendement à la loi serait difficile à justifier aux yeux de la population.

La coopérative a insisté sur le projet d’un de ses membres, qu’elle appuie, et qui se bute à la loi sur le zonage agricole : la transformation de son maïs en éthanol et l’utilisation des résidus de tourteau qui en résultent pour l’alimentation de son cheptel porcin.

« Nos fermiers sont inventifs et peuvent arriver à une production à un coût moindre dans ce cas, car ils disposent déjà de silos, de séchoirs et de quais de réception », a rappelé Robert Perreault, le président de Profid’Or.

Ce dernier admet que les solutions de la coopérative sont « non conventionnelles », mais qu’elles auraient l’avantage d’assurer la rentabilité et la pérennité des entreprises agricoles.



L'accès au marché. Pour Nutrinor, cet enjeu est crucial. La coopérative, propriété de 1200 producteurs agricoles de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, a beau être la troisième en importance au Québec, par son chiffre d’affaires, elle se butte à une réalité : la transformation se fait en grande partie ailleurs que sur son territoire et le secteur de la distribution alimentaire est concentré entre les mains de quatre grands réseaux.

Flanqué de son président, Sylvain Martel, le directeur général de Nutrinor, Yves Girard, a insisté devant la Commission sur les difficultés de la coopérative à faire sa place au soleil.

Nutrinor traite, à son usine d’Alma, 25 des 60 millions de litres de lait qui sont transformés dans la région, mais tout un pan de la production laitière, soit 100 millions de litres de lait supplémentaires, est transporté hors du Royaume.

Or, a rappelé M. Girard, le coût de transport aux usines est assumé par les producteurs eux-mêmes tandis qu’un prix universel leur est versé pour la matière première. Cette situation favorise les usines de transformation situées près des deux grands centres urbains du Québec.

Bien que Nutrinor aurait besoin de rassembler d’importants capitaux pour transformer plus de lait dans sa région, ce n’est pas cet obstacle qui obsède les dirigeants de l’organisme. C’est plutôt de s’assurer de l’espace tablette.

Concentration des réseaux de détail
« Osons le dire, a lancé le directeur général aux commissaires, la concentration de la distribution est devenue un obstacle au commerce. Tout est en place pour une catastrophe : quatre chaînes se partagent 98 % des ventes effectuées en supermarché. »

Le gestionnaire a étalé d’autres constats comme le fléchissement du nombre de marchands propriétaires de ces supermarchés par rapport à l’ensemble des établissements corporatifs et les ristournes importantes qu’accordent ces réseaux aux propriétaires qui font preuve de fidélité à
l’égard de certaines marques. Dans ce dernier cas, les avantages s’amenuisent pour les marchands d’accorder de la place sur les tablettes aux produits locaux. Même les chaînes de restauration imposent des fournisseurs nationaux aux franchisés des régions.

À un Mario Dumais qui l’interpellait sur l’enjeu véritable de cette guerre de marché, M. Girard a été clair. « Il nous faut sortir de la région, mais on en est encore à se demander comment le faire. Nous partons de loin », a-t-il admis.

La coopérative de quelque 375 employés a aussi demandé plus de flexibilité dans le système de mise en marché qui l’oblige à recevoir à son usine d’Alma le lait des producteurs sept jours par semaine, même si la production est concentrée sur quatre jours. Des coûts d’exploitation additionnels en découlent qui empêchent la coopérative de disposer de sommes plus substantielles pour l’innovation. Le système de mise en marché doit refléter les réalités régionales et celles des entreprises, a-t-elle plaidé.

Enfin, Nutrinor a mis de l’avant que l’avenir de la région reposait sur la mise en marché de
produits « inimitables », comme des productions animales liées au créneau de l’agriculture nordique.

Elle a fait ressortir que l’éloignement de la région l’avait fait moins porter flanc au circovirus. De plus, fait rare, son cheptel porcin est engraissé par l’orge locale des producteurs.

« En différenciant nos produits, en contrôlant davantage la transformation dans notre région et en misant sur la concertation des producteurs, nous avons le défi de développer une filière régionale intégrée, a conclu M. Girard. Notre coopérative aura certes un rôle majeur à jouer dans cette orientation et dans cette valorisation de notre production. »



Cinq coopératives de l’Estrie ont prêché par l’exemple en se présentant, en coop, devant les trois commissaires qui dirigent les travaux de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois. La Coop des Cantons, de Coaticook, La Coop Pré-Vert, de Tingwick, La Coop La Patrie, de la municipalité du même nom, La Coop Compton, de Compton, et La Coop St-Isidore d’Auckland, de St-Isidore-de-Clifton ont endossé un même mémoire que deux de leurs
cinq présidents ont livré à Sherbrooke, au début du mois de mai dernier.

« Nous travaillons souvent ensemble et nous croyions avoir plus d’impact en déposant un seul mémoire plutôt que cinq », a expliqué au Coopérateur agricole René Baillargeon, le directeur général de La Coop Pré-Vert qui était aussi accompagné de son collègue de La Coop des Cantons, Steve Jacques, lors des audiences.

Serge Boivin, le président de La Coop des Cantons, a fait valoir dans son prologue à la Commission qu’il se faisait le porte-parole de 1471 membres sociétaires qui possédaient dix points de service et cinq usines de fabrication d’intrants agricoles, cumulaient 57 millions de chiffre d’affaires et employaient près de 200 personnes.

Jocelyn Dion, président de La Coop Pré-Vert, rappelait la mise sur pied du Centre Végétal COOP de l’Estrie en 1996 par quatre coopératives signataires du mémoire commun et le citait comme « un exemple éloquent de succès » : les petites coopératives se donnent un outil qu’elles n’auraient pas autrement les moyens de se payer et les plus importantes coopératives réduisent leur coût de fabrication.

Il a donc invité le gouvernement à ne pas chercher à bloquer la route à ce genre de projets – appelés à se multiplier – où des coopératives mettent en commun des services ou des actifs.

« Nous croyons que la formule coopérative est une des seules solutions envisageables dans les projets à faible rentabilité afin de conserver les services, et ce, pas seulement du côté agricole, mais aussi en matière de services à la communauté tels que dépanneur, station-service, quincaillerie, épicerie, etc. », a également signalé M. Dion, un producteur laitier, tout comme Serge Boivin, dont les fermes sont situées à Wotton et Coaticook, respectivement. Entre les lignes, les coopératives de l’Estrie souhaitent que dans des projets de la sorte le gouvernement leur concède des crédits d’impôt afin de soutenir leur capitalisation.

Ce sont des initiatives sur le plan des services qui ont toutefois retenu davantage l’attention des commissaires, notamment le service de vacher. Depuis deux ans, deux coopératives unissent leurs efforts pour proposer aux producteurs d’obtenir l’aide ponctuelle de deux travailleurs ayant les habiletés pour effectuer la traite des vaches. Il s’agit d’un service de dépannage qui permet entre autres aux producteurs de prendre congé ou de suppléer à l’absence d’un employé. « Ce service est offert sept jours par semaine et les deux employés qui y sont affectés sont en mesure de se bâtir un horaire assez complet », a estimé M. Dion.

La Coop Pré-Vert, elle, a fait valoir qu’elle avait aussi mis sur pied un programme de soutien à la relève. Un prêt de 10 000 $ avec congé d’intérêt durant quatre ans est disponible pour un jeune producteur qui désire s’établir sur son territoire.

Enfin, le milieu coopératif estrien croit que les coopératives sont les mieux placées pour faire le pont entre les producteurs et la population non agricole en milieu rural. Une contribution financière de l’État pourrait multiplier les initiatives déjà entreprises. Les journées portes ouvertes de l’UPA, quoique excellentes, ne suffisent pas, a observé M. Boivin.

« Un représentant de l’UPA était dans la salle, raconte M. Baillargeon, et nous a abordés après notre présentation. Nous avons décidé de nous rencontrer formellement en juillet pour établir des actions communes. Seulement pour cette prise de contact, nous pouvons dire que notre passage à
la Commission a été payant! »


«J'ai confiance en vous, vous allez refaire la mosaïque de l’agriculture québécoise, j’en suis convaincu. »

Le porte-parole de La Coop des deux rives, Réjean Fortin, s’est laissé aller à un cri du cœur devant les membres de la Commission lors de leur arrêt à Alma le 17 mai dernier. Ce producteur laitier du Saguenay–Lac-Saint-Jean a longuement improvisé sur les réalités des producteurs, surtout « les p’tits qui vivent sur une ferme au bout du rang et qui ont le droit de survivre ».

« Le privé n’est pas ici naturellement, cela ne l’intéresse pas; d’ailleurs, je ne crois pas qu’on puisse faire de l’agriculture quelque part au Québec sans qu’il y ait de coops. »

M. Fortin, un administrateur de la coopérative, dont les 987 membres se répartissent sur les deux rives des rivières Ashuapmushuan et Mistassini, avait été désigné pour exprimer le point de vue de l’organisme en raison de sa participation au sein des structures économiques régionales.

Il a exhorté la Commission à assurer à la coopérative qu’elle pourra continuer de tabler sur le Régime d’investissement coopératif (RIC). Bien que La Coop des deux rives n’utilise ce programme provincial que depuis deux ans, elle en connaît l’histoire qui a été notamment marquée par un moratoire et une remise en question par le gouvernement.

Au président de la Commission, Jean Pronovost, qui voulait savoir comment la coopérative située au nord du lac de Roberval tirait avantage du RIC, M. Fortin a expliqué que 100 000 $ avaient ainsi été ajoutés au capital social alors qu’un autre 125 000 $ de ristournes avait été transformé en parts privilégiées non engrangées dans la réserve générale de la coopérative.

Le directeur général, Gervais Laprise, a signalé au Coopérateur agricole, au lendemain du témoignage, que grâce au RIC, la coopérative avait acquis une arroseuse munie d’un GPS, au coût d’un quart de million de dollars, pour les besoins des producteurs de grandes cultures et de bleuetières. « Ces ristournes non versées nous ont aussi permis d’assurer des services plus ou moins viables financièrement, mais réclamés par nos membres », a ajouté M. Laprise.

Les commissaires, notamment Pascale Tremblay, ont aussi montré un grand intérêt pour le fameux « centre d’achat » de Normandin – qu’a popularisé Dédé Fortin dans la chanson Rue Principale et que la coop a acheté voilà dix ans. Réjean Fortin – aucun lien de parenté avec le défunt leader des ex-Colocs – a relaté qu’en raison des difficultés financières de l’épicerie qui y était exploitée, La Coop des deux rives a également pris une participation majoritaire dans le commerce et qu’elle y fait une place plus grande aux produits locaux. « La fromagerie locale vend ainsi trois fois plus de fromage à notre Marché Richelieu que chez notre compétiteur. »

M. Fortin a déridé l’assistance quand, après une longue et complexe question qu’avait formulée le commissaire Mario Dumais sur les exigences de Métro-Richelieu quant à la place laissée aux produits locaux et les processus de validation du grand distributeur, il a répondu qu’« on ne se badre pas de qui que ce soit en haut lieu, car si nous n’étions pas intervenus, il n’y aurait plus de marché Richelieu à Normandin et “ils” le savent ».

En fait, au fil des ans, La Coop des deux rives a été dans l’obligation d’investir dans l’ensemble des commerces du centre commercial de 4645 mètres carrés (50 000 pieds carrés) « pour rassurer les banquiers », explique M. Laprise. Depuis, elle s’est départi de ses intérêts dans la salle de quilles et envisage à court ou moyen terme de faire de même avec l’épicerie. Pour l’instant, elle pense plutôt à retaper le centre commercial.


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