La Californie, c’est la Californie. Toujours aussi impressionnante. Au printemps dernier, un groupe de producteurs d’ici ont eu l’occasion de visiter l’état laitier numéro un des États-Unis. Avec plus de 170 millions d’hectolitres de lait, la Californie produit au-delà de 20 % du lait américain.


Le troupeau moyen compte entre 900 et 1000 vaches et produit 90 000 hectolitres de lait. Un contraste frappant avec ce que nous connaissons ici, où les troupeaux de 50 vaches produisent 4000 hectolitres. De quoi nous faire réfléchir et nous faire craindre la mondialisation des marchés. À titre de comparaison, la production québécoise n’équivaut qu’à 16 % de tout le lait produit en Californie, et ce, avec 5000 fermes de plus. L’efficacité de nos opérations devient de plus en plus importante…

La grande majorité des fermes californiennes se retrouve dans la vallée de San Joaquin, qui compte les trois plus importants comtés agricoles américains, soit Fresno, Kern et Tulare. Dans ces régions, une grande partie du coton, des amandes et des raisins de consommation sont produits par de grands industriels.

Les troupeaux laitiers y sont plus gros et plus productifs que la moyenne avec plus de 1250 vaches. Les producteurs visent aussi une production de gras et de protéine élevée, car 46 % de leur lait est destiné à la production de fromage; ils reçoivent des primes en fonction des composants et de la qualité du lait.

Actuellement, le prix du lait est à la hausse partout aux États-Unis. En mars dernier, le lait était payé environ 13 $/100 livres de lait (équivalent à 32 $/hectolitre ici). Les primes versées selon les composants et les résultats de qualité du lait peuvent atteindre 2 $/100 livres de lait (4,90 $/hectolitre).

Hilmar Cheese Company
La Hilmar Cheese Company transforme chaque jour 200 camions-citernes de lait provenant d’environ 260 producteurs de lait de la région centrale. Les quelque 5 millions de litres de lait qui y entrent tous les jours en font la plus grosse fromagerie sur un seul site au monde. Les installations de la fromagerie produisent, chaque jour, près de 600 tonnes métriques de fromage.

Ce qui a le plus impressionné nos producteurs québécois, c’est le centre d’interprétation de la fromagerie qui reçoit, chaque année, plusieurs milliers de visiteurs dont 12 000 à 15 000 étudiants et enfants provenant d’écoles et de centres de la petite enfance. Une belle façon de faire connaître la production laitière à tous les citadins. Une visite qui donne des idées…

La race Jersey
Avec les nombreuses fromageries, on peut compter plusieurs troupeaux de race Jersey ou encore des troupeaux croisés Holstein-Jersey pour améliorer le rendement en gras et protéine. La ferme Ahlem Jersey est toujours des plus impressionnantes avec, entre autres, un salon de traite doté d’un carrousel de 60 places. Un des 12 membres fondateurs de la Hilmar Cheese Company, Bill Ahlem, commence à transférer progressivement sa ferme à un de ses principaux employés.

Le troupeau de 3000 vaches figure parmi les meilleures Jersey avec plus de 20 000 livres de moyenne (8000 kg en 305 jours), au-delà de 300 vaches Excellentes et un taureau qui se maintient dans le Top 5 au classement dans les centres d’insémination.
 
Un groupe de 44 personnes, en majorité des producteurs laitiers du réseau coop ont pu porter un toast à la Viansa Winery dans la vallée de Sonoma lors de leur passage en Californie en mars dernier.

Comme c’est le cas ailleurs, la ferme Ahlem est un bel exemple qu’il est possible d’avoir d’excellents résultats de production et de régie même avec un troupeau d’une telle taille.

Des taures qui vêlent à 19 mois

La ferme Fiscalini est une entreprise familiale de 1500 vaches en lactation. Originaires de la Suisse, ses propriétaires gèrent une entreprise qui a été fondée au début des années 1800. La ferme détient également une petite fromagerie construite en 2000 qui transforme environ 10 % du lait de la ferme.

Le fromage est produit à partir du lait d’un groupe de taures au premier veau. Une des particularités de la ferme réside justement dans le fait que les génisses sont saillies dès les premiers signes de puberté. Elles doivent toutefois avoir atteint le poids de 340 kg vers 10 à 11 mois pour un vêlage hâtif entre 19 et 20 mois. De plus, l’intervalle de vêlage est de moins de 380 jours et les vaches sont saillies dès les premières chaleurs.

Toutes les vaches sont munies d’un podomètre pour mesurer leur niveau d’activité. Dès qu’une d’entre elles connaît une hausse de 30 % de son activité, elle passe à la saillie même si elle n’est pas réellement en chaleur. Selon Brian Fiscalini, il est plus payant pour eux de faire quelques saillies dans le vide que d’allonger l’intervalle de vêlage.
 
La ferme Fiscalini transforme 10 % de son lait en fromage, principalement un cheddar vieilli 4 ans et un autre fromage
s'apparentant à un parmesan.

Avec la production actuelle de 44 kg (96 livres) de lait en moyenne par jour en deux traites, difficile de le contredire… mais force est d’admettre que la régie générale pratiquée à la ferme est exemplaire.

La ferme Fiscalini, qui emploie 22 personnes à temps plein pour les deux secteurs d’activité, tire plus de revenus nets de la fromagerie que de la ferme laitière. C’est pourquoi les propriétaires visent à agrandir la fromagerie pour éventuellement transformer 100 % du lait de la ferme.

Les vaches vedettes du troupeau RuAnn impressionnent par leur gabarit imposant... Think Big!

Pour les Fiscalini, la notion d’entreprise familiale revêt une grande importance. Ainsi, on retrouve à la tête de l’entreprise John Fiscalini et sa conjointe qui, grâce à la fromagerie, ont fait une place au sein de l’entreprise à leurs trois enfants. Pour ce qui est des employés, la plupart ont des liens parentaux et la majorité des femmes qui travaillent dans la fromagerie sont les conjointes d’employés de la ferme laitière.

Business is business

La dernière visite de notre séjour en valait le coût. Doug Maddox est à la tête d’une entreprise familiale de très grande envergure : 5000 vaches Holstein en lactation et 4049 hectares (10 000 acres) de terres. La ferme RuAnn-Maddox est scindée en sept divisions distinctes qui sont menées par les membres de la famille.

Les deux fermes laitières sont sous la supervision des deux fils, Patrick et Steve. Le gendre de M. Maddox gère un centre d’insémination pour éprouver les taureaux de la ferme et sa fille est responsable de la comptabilité et des finances. On compte aussi trois autres divisions, les grandes cultures, 1417 hectares (3500 acres), la production de raisins, 1215 hectares et la production d’amandes, 1012 hectares.

À gauche : Le bâtiment abritant les quatre parloirs de traite et une salle de réception de la ferme Maddox montre bien le côté grandiose de l'entreprise.

Doug Maddox, un ambassadeur de la race Holstein américaine, nous a accueillis tel un grand chef d’entreprise en nous faisant la description de la ferme en détail depuis sa fondation au début des années 50.

Pour en revenir aux deux troupeaux laitiers, ils sont situés à 14 kilomètres l’un de l’autre, mais les deux fils Maddox travaillent conjointement dans l’élevage Holstein de race pure sous le même préfixe RuAnn. Ainsi, Patrick Maddox est responsable du troupeau Élite de 1200 vaches dont 25 sont dans un enclos devant la ferme pour être exhibées aux visiteurs. Ce sont, pour la plupart, des vaches d’exposition ou encore des filles de taureaux de leur propre centre d’insémination et que M. Maddox nous a présentées une à une.

Le deuxième troupeau comprend près de 4000 vaches et tous les sujets de remplacement. Ils sont logés dans plusieurs bâtiments sur une superficie totale de 32 hectares (80 acres), et sous la supervision de Steve Maddox et ses fils. Cette partie de la ferme est en activité depuis 1981 avec un troupeau laitier de type plus commercial que le premier. L’achat de cette ferme avait pour but d’intégrer ses enfants dans l’entreprise. Tous les sujets de remplacement y sont aussi élevés. Une fois arrivés au vêlage, ces sujets rejoignent leur ferme d’origine.

Dès qu’une vache sort de l’ordinaire sur le plan de la conformation, elle est transférée à la ferme de Patrick. C’est le cas de plusieurs filles de leurs taureaux, comme RuAnn Durham Lassiter. Ils sont également les éleveurs de RuAnn Lassiter Dorinda, qui a été vendue au Canada l’automne dernier et qui a remporté la classe 1 an senior en lactation à la foire Royal de Toronto, en novembre.

La famille Maddox a le tour de bien recevoir ses visiteurs à la ferme. Nous étions tous réunis à l’intérieur d’une belle salle de réception située au 2e étage du bâtiment où sont installés quatre salons de traite double treize. C’est lors de ce genre de visite que le fameux Think Big prend tout
son sens.

Bien que surdimensionné par rapport à ce que l’on a l’habitude de voir ici, une visite en Californie nous aide à ouvrir nos horizons et notre façon de voir les choses. Les fermes sont grosses, mais les méthodes de régie et les façons de faire sont facilement applicables chez nous. C’est juste plus gros. Au lieu d’avoir une dizaine de huches pour les veaux, on en voit plus de 1500. Mais les génisses sont alimentées de façon individuelle avec de l’eau, du lait et de la moulée dans une bouteille. On peut se consoler de ne pas en avoir autant à faire boire…

Les vaches sont alimentées, en RTM, bien entendu, mais les concentrations des rations sont les mêmes que celles préconisées ici par vos experts-conseils. Certains ingrédients locaux, telles la graine de coton et les écales d’amandes, sont utilisés. Mais ce qui compte, c’est de concevoir la ration à partir des nutriments avant les ingrédients.

Aussi, les meilleures méthodes de régie sont suivies de près pour favoriser le meilleur rendement en lait qui soit, et ce, dans un environnement confortable pour les vaches malgré la chaleur accablante des étés californiens.

Ce qui importe le plus, ce n’est pas de comparer la taille des entreprises de là-bas avec celles d’ici, mais de réaliser que les entrepreneurs qu’on y rencontre se concentrent à investir là où il y a de l’argent à faire, bien sûr, mais surtout sur ce qui les passionne. Et là, il n’y a pas de limite.
 
Les 9 000 têtes dont 4 000 vaches de la ferme
Maddox sont logées dans plusieurs bâtiments sur une superficie totale de 32 hectares.


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