Après seulement sept ans en production, l’entreprise Engraissement Beaux-Porcs, propriété de Jules et Jonathan Beaulieu, a décroché le titre Ferme porcine de l’année, catégorie Engraissement, lors du dernier Congrès du porc.

Quand Jules Beaulieu a vendu à son frère ses parts de la ferme laitière qu’ils exploitaient ensemble, ce n’était pas pour se la couler douce. Bien au contraire.

L’homme à la carrure imposante et son fils Jonathan, âgé de 29 ans, ont entrepris, en 2000, la construction d’un engraissement de 2400 places à Saint-Louis-du-Ha! Ha! Du haut du chemin Bellevue, où résident Jules et Bernadette, son épouse et complice, le point de vue sur les forêts et vallées du Témiscouata est d’une grande beauté.

Enthousiastes et déterminés, Jules et Jonathan ne se sont pas laissé influencer par la morosité qui frappe le milieu agricole. Leurs installations de pointe permettent de produire, chaque année, environ 7500 porcs lourds « certifié coop ».

La moulée distribuée en trois phases maximise le gain de poids.

Jules possède 60 % des parts de l’entreprise et Jonathan 40 %. Les deux propriétaires travaillent à forfait avec Groupe Dynaco, coopérative agroalimentaire. Tous les porcs sont acheminés à l’abattoir d’Olymel à Vallée-Jonction.

Jules n’a jamais eu l’intention d’abandonner l’agriculture. « J’ai laissé la production laitière parce que les investissements requis pour mettre l’entreprise à jour étaient trop importants, explique-t-il. Et les revenus qu’on en aurait tirés n’auraient pas été plus élevés. Il fallait penser à notre relève. »

Jules et Bernadette souhaitaient s’assurer, ainsi qu’à Jonathan et sa famille, des revenus suffisants pour bien vivre. Jonathan et sa conjointe Mélanie Desbiens, qui gère une garderie à la maison, voient un bel avenir se dessiner pour leur petite-fille de deux ans, Coralie. L’investissement dans une porcherie de ce type a permis de multiplier les revenus par deux et de garantir, dans le futur, le bien-être de tous.

Jules a déboursé 750 000 $ pour ériger le bâtiment de 142 mètres sur 13 mètres (465 pieds sur 44 pieds) à toit cathédrale et doté d’un système de ventilation naturelle. Il a lui-même versé
250 000 $ qu’il a obtenus de la vente de son quota de lait. Le reste du financement a été accordé par Groupe Dynaco et une institution financière. Le budget qu’il s’était alloué pour la construction a été scrupuleusement respecté.

Les installations comprennent 9 chambres de 12 parcs chacune. Les parcs logent 22 porcs. Les animaux entrent au poids de 22 à 23 kilos et en sortent entre 115 et 127 kilos. Le bâtiment est géré en rotation. Les chambres sont vidées une à une. Un lot de porcs entrent à toutes les deux semaines. Une centaine de sujets sont expédiés à l’abattoir chaque semaine.

Jonathan travaille dans le secteur porcin depuis qu’il a 17 ans. « J’ai été cinq ans chez Breton, dit-il. J’ai expérimenté toute la chaîne, maternité, engraissement et même l’abattoir. » Quand il s’associe avec son père, c’est en toute connaissance de cause.

Son expérience, jumelée à celle qu’il acquiert au sein de son entreprise, l’a rapidement mené à la tête des engraisseurs de Groupe Dynaco. « C’est pour ça que la coopérative voulait qu’on se présente au concours », indique Jonathan qui est toujours ouvert aux idées nouvelles pour améliorer la productivité de son élevage. Nathalie Laplante, experte-conseil chez Groupe Dynaco, assure le suivi sur l’entreprise.

Engraissement Beaux-Porcs a remporté le premier prix dans la classe Finisseur au Congrès du porc à Saint-Hyacinthe en avril dernier. L’entreprise a aussi obtenu le deuxième indice d’efficacité en engraissement, soit 195,6, à l’AGREPP Sud-Est (Association des groupes d’éleveurs en production porcine). Pas étonnant, avec les résultats que la ferme affiche : une conversion alimentaire de 2,55, un gain moyen quotidien oscillant entre 915 et 930 grammes, plus de 90 % des sujets expédiés dans la bonne strate de poids et un taux de mortalité de 3,25 %.

Quel est donc le secret de cette entreprise? En bref, le confort élevé des animaux, la salubrité exemplaire des lieux d’élevage et une régie serrée du troupeau. Bien avant que l’on parle des recommandations du plan Madec pour contrer le circovirus, Jonathan en appliquait déjà la plupart des éléments.

Pour Jonathan, la biosécurité dans l’élevage est une priorité.

Le jeune et enthousiaste éleveur ne néglige aucun détail. Les animaux, de haut statut génétique et sanitaire, proviennent tous du réseau des porcheries de Groupe Dynaco. Le camion de livraison est lavé et désinfecté et ne doit pas avoir circulé sur une autre ferme ou livré des animaux à un abattoir 48 heures avant de se présenter à l’exploitation.

La température du bâtiment est fixée à 23 °C à l’entrée. Deux à trois fois par semaine, Jonathan l’abaisse de 0,2 °C.

À 60 kilos de poids, la température ambiante est stabilisée à 19 °C jusqu’à la fin de l’élevage. Toute la ventilation est contrôlée de façon électronique. Des sondes installées dans les parcs provoquent l’ouverture ou la fermeture des panneaux installés aux fenêtres. L’air est évacué par la cheminée du toit.

Une fois entrés, les animaux sont regroupés par poids. Ils demeurent ensemble toute la durée de l’élevage. Pour éviter que les porcs ne se tiraillent et ne se blessent, Jonathan leur procure des jouets. De simples cylindres de plastique ou des chaînettes suspendues suffisent à les distraire.

Un parc par chambre est réservé aux quelques sujets un peu plus petits. Jonathan étend de la paille et de la moulée au sol et leur fournit une chaufferette pour les aider à reprendre du poil de la bête. « Ça fonctionne, assure le producteur, je les récupère tous. » Les animaux malades sont logés séparément afin de faciliter leur traitement.

Sur le plan sanitaire, la régie est stricte. N’entre pas qui veut dans le bâtiment. Ceux qui sont autorisés à le faire doivent d’abord se doucher. Et tout équipement que l’on doit introduire dans le bâtiment est préalablement désinfecté. « Je suis très sévère, fait savoir Jonathan. Mais c’est comme ça que je réussis à contrôler les maladies. » Sans en être tout à fait exempt, l’élevage n’a à peu près pas été touché par le circovirus.

Des filets installés aux fenêtres bloquent l’entrée des oiseaux et évitent ainsi la propagation de maladies. Chaque fois que Jonathan pénètre dans un parc où logent des porcs, il enfile des bottes de plastique pour ne pas véhiculer de microbes. Les neuf chambres d’élevage sont hermétiquement isolées les unes des autres.

Lorsqu’il manipule des animaux, il porte des gants chirurgicaux qu’il enduit de désinfectant entre chacune des interventions. S’il doit injecter un traitement à un animal, il change chaque fois d’aiguille. Les animaux morts sont congelés sur place dans un congélateur portatif que Jules a conçu. Le congélateur est amené à la route de sorte que le camion de l’équarrisseur n’approche pas les bâtiments.

Une fois qu’ils ont atteint près de 95 kilos, Jonathan expédie les sujets qui ne rencontrent pas les critères de qualité du porc coop. Les autres demeurent dans l’élevage jusqu’à ce qu’ils aient atteint le poids requis. L’éleveur effectue seul toutes les pesées de ses animaux. Après l’entrée et les pesées, Jonathan lave et désinfecte les allées.

Le transfert des actifs de l’entreprise d’une génération à l’autre se fera graduellement sur une période de sept ans. Pour les aider à les guider dans ces démarches, les Beaulieu ont consulté un Centre régional d’établissement en agriculture.

« L’expérience a été très enrichissante, exprime Bernadette. Ça nous a permis de nous parler de façon très ouverte et de nous assurer que l’opinion de chacun est prise en considération. »

Bernadette s’occupe de la comptabilité de l’entreprise. Elle a déjà commencé à transmettre ses connaissances à Mélanie. L’endettement de la ferme est faible. L’entretien et l’amélioration des installations se font à même le budget opérationnel. « Au moment du transfert, l’entreprise sera presque libre de dettes, indique Jules. Jonathan achètera graduellement le reste des parts de l’entreprise sans s’endetter. » Oui, l’avenir s’annonce bien pour la jeune famille qui souhaite vivre d’agriculture longtemps et avec passion.

La famille au grand complet : Jonathan, Mélanie, leur fille Coralie, Bernadette et Jules.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés