Le 5 avril dernier, dans le cadre du congrès du porc, Jean-Yves Corriveau était la vedette. Nommé personnalité de l’année pour son engagement dans le développement de la production porcine au Québec, on lui rendait un hommage émouvant.



Arrivé à La Coop La Seigneurie en 1969, Jean-Yves Corriveau y a travaillé pendant quinze ans à titre de représentant – un des premiers représentants du réseau à être embauché. En 1984, il est devenu directeur général. Durant ses 38 années passées au sein de La Coop La Seigneurie, et particulièrement durant les 23 dernières années à titre de directeur général, il a toujours eu son franc-parler. C’est un aspect connu de sa personnalité

« Pour une personne qui le rencontre pour la première fois, il peut être surprenant parce qu’il va dire sa façon de penser tout de suite », déclare l’actuel président, Laurent Lemieux dans une vidéo préparée pour sa consécration au titre de personnalité de l’année. Claude Lafleur, chef de la direction à La Coop fédérée, le qualifie même de grognon. En effet, Jean-Yves Corriveau était devenu le frère supérieur du réseau coopératif, celui qui s’était donné pour mission de faire bouger les choses. « Car il ne grognait pas pour rien », racontent ceux qui ont été témoins de ses critiques. Dans 80 % des cas, il avait raison, dit-on. Puis, dans l’erreur, il savait se rétracter.

Chose certaine, dans toutes les facettes de son existence, il est un homme respectueux des gens, intègre, équitable et passionné.

La famille, la chasse et la coop ont été les trois sphères de sa vie les plus importantes. Père de trois filles – Mélanie, Josée, Julie –, il avoue que sa femme, Claire, était présente auprès des enfants dans 99 % du temps, tandis que lui y consacrait seulement 1 %. Aujourd’hui, il reprend le temps perdu, tant auprès de sa femme que de ses filles.

Jean-Yves Corriveau a fait croître sa coopérative en développant la production porcine dans sa région. Un secteur auquel il croyait et qu’il aimait. « Quand il décide d’aller dans une direction, il est convaincu et convaincant », souligne Marcel Bélanger, qui a été président de La Seigneurie pendant 21 ans. De fait, entre 1987 et 2001, il ne se passait pas deux ans sans que La Seigneurie n’achète ou ne construise une porcherie. Entre 1998 et 2001, sept pouponnières ont été aménagées à Sainte-Agathe. Aujourd’hui, sur son territoire, il se produit 120 000 porcs en engraissement dont le tiers est produit à forfait, l’autre tiers est produit par des entreprises autonomes et le dernier tiers est produit par La Seigneurie.

À son bilan s’ajoute la fusion avec deux coopératives : Saint-Gilles et Sainte-Agathe. D’ailleurs, le seigneur Corriveau est particulièrement fier du projet mis en place dans cette dernière petite ville en l’an 2000 : placer sous un même toit quincaillerie, station-service et dépanneur. Ce concept a fait des petits : une dizaine de projets semblables ont été mis sur pied depuis.

D’autres acquisitions ou constructions sont à son actif, notamment un centre d’engrais minéraux et un centre de grains. Son sens de l’innovation l’a conduit jusqu’à ériger, sous un même toit, une épicerie, un restaurant, une salle de réunion et une station-service, adjacents à son siège social de Saint-Narcisse. Devinez maintenant où dînent les employés de La Coop dans cette petite ville où on ne pouvait trouver qu’un restaurant fast-food? C’est cela saisir les occasions.

À son arrivée à la direction, en 1984, les bénéfices étaient de 1,6 million de dollars… sous zéro. Cette même année, il enregistrait une timide rentabilité qui s’est accrue par la suite. En 2004, un bénéfice de 2,6 millions de dollars a été déclaré.

Son engagement envers sa coopérative, ses membres et la coopération en général n’a jamais connu de failles. Il a toujours été actif sur le plan provincial en se joignant à différents comités du réseau, tels que le Fonds de retraite, le comité des directeurs généraux, le comité d’assurance et le Comité de l’industrie porcine coopérative.

François Vachon, qui l’a succédé à la direction de la coopérative, et qui travaille avec Jean-Yves depuis près de 30 ans, ne tarit pas d’éloges sur son mentor. Oui, il le décrit comme quelqu’un d’autoritaire et de colérique à l’occasion. Mais quelqu’un qui ne connaît pas la rancune. Il a toujours géré en « bon père de famille ». Un style de gestion sécurisant, commente-t-il. Conscient que la réussite est avant tout une question d’équipe, il savait apprécier le dévouement et le travail de son personnel. « J’ai toujours su bien m’entourer, déléguer, supporter et encourager mes employés », fait remarquer le principal intéressé.

Lorsqu’en 2004, la coopérative La Seigneurie remportait le titre d’Étoile-Coop de l’année, Jean-Yves a très bien su partager cette reconnaissance avec ses employés. D’ailleurs, il affirme que sur le plan humain, il a bien réussi. Fait particulier : il connaissait les dates d’anniversaire de tout le monde de la coop et le soulignait le jour venu.

Rappelons que la coopérative étoile est désignée comme telle lorsque la performance financière, la gestion des ressources humaines et la vie associative ont été dirigées de façon remarquable. Un grand honneur pour ce virtuose de la gestion, tant humaine que des affaires.

À 58 ans – c’est encore jeune – Jean-Yves cède sa place à la relève. Il avait planifié ce départ il y a déjà cinq ans. « Si je ne l’avais pas planifié, je ne serais jamais parti. » Peut-on croire qu’il savoure sa retraite en se berçant doucement sur sa galerie? Non. Tous ceux qui le côtoient savent bien qu’il possède 14 hectares (40 arpents) de terre à bois où il bûche et entaille quelque 400 érables. Sans compter la chasse qui demeure une de ses activités préférées. Il est d’ailleurs très heureux que Claire l’ait rejoint dans cette activité. « Il m’a construit un condo », dit-elle en faisant référence à sa cache grand confort, alimentée par énergie solaire. Ces deux-là parlent toujours l’un de l’autre avec admiration.

Le regard de Jean-Yves Corriveau sur le réseau : « Il va survivre, c’est sûr, mais les coops doivent s’adapter, notamment sur le plan de l’environnement. » Il souligne aussi que dans tout changement, il faut garder en tête « de rester proche de nos producteurs ». Parions que malgré son statut de retraité, il saura prendre le téléphone à l’occasion pour dire sa façon de penser… que ce soit positif ou négatif. Il sait faire les deux avec autant d’enthousiasme.


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