Comme le dit la chanson, « l’amour est dans le cœur, le cœur est dans l’oiseau, l’oiseau est dans l’œuf, l’œuf est dans le nid… ». Et les nids, les œufs, les oiseaux et surtout, surtout, le cœur et l’amour sont bel et bien à la Ferme aux Quatre Vents, nommée ferme de l’année au Canada!


Une reconnaissance qui est loin de déplaire à ses propriétaires, le couple Martine Laporte et Mario Arbour et les parents de Martine, Francine et Lucien Laporte. Il faut dire que les membres de l’Association canadienne des producteurs d’œufs d’incubation de poulet à chair avaient le choix parmi la quarantaine de détenteurs québécois de quota.

Or, les gens de la Ferme aux Quatre Vents ont cette passion pour leur production, leurs animaux, leur coin de pays. Ils ont l’agriculture au cœur… et le cœur à la bonne place. « J’ai appris à aimer
l’agriculture parce que mes parents aimaient l’agriculture », lance Martine. « La ferme représente dignement le modèle de ferme des années 2000, fait valoir Martin Véronneau, premier directeur du Secteur avicole à La Coop fédérée. Ce ne sont pas seulement les résultats technico-économiques et leur souci pour l’environnement qui expliquent leur succès, mais en plus leur rigueur, leur souci des détails et leur engagement social et familial qui font qu’ils méritent avec honneur ce titre national. »

Tous les chemins mènent aux œufs
En 1967, Lucien Laporte décide d’acheter la ferme de son père. Elle sera laitière, pendant plus de 20 ans. En 1987, changement de cap : on convertit l’étable en pondoir et on change le quota, de laitier à avicole. En 1991, on construit un premier pondoir véritablement digne de ce nom puis un deuxième, en 1995. Depuis 1988, c’est donc par trois qu’on multiplie la production d’œufs.

L’ancienne étable (devenue pondoir) sera enfin re-reconverti en parquet d’élevage pour les poulettes et les jeunes coqs. Cette mainmise sur l’élevage des futurs oiseaux reproducteurs permet d’avoir un meilleur contrôle dès l’arrivée des petits poussins et de prendre les meilleures décisions en ce qui a trait à l’alimentation tout au long de cette importante période. La préparation des animaux de remplacement à la ponte d’œufs fécondés, dans les conditions d’élevage de la ferme, est donc surveillée minutieusement. « Je n’ai pas eu de lots de ponte trop décevants depuis que j’élève les animaux de remplacement. »
 
« J’ai appris à aimer l’agriculture parce que mes parents aimaient l’agriculture.»

Les raisons du succès

Le ratio mâle femelles est maintenu à 1:12. Les coqs agressifs ou qui présentent
des signes de maladie sont réformés rapidement.

Remporter le titre de ferme de l’année, c’est faire montre de résultats exceptionnels quant aux performances globales, à la gestion et à différents dossiers, dont l’engagement professionnel et l’agroenvironnement. « La marge de manœuvre est assez faible dans notre domaine, note Martine. Comme nos lots durent en moyenne 62 semaines, c’est d’autant plus important d’avoir de bons résultats parce que quand ça va mal, ça va mal longtemps! On apprend tellement d’un lot à l’autre… »

Annuellement, grâce à leurs 12 400 poules, la ferme met en marché plus de deux millions d’œufs. Les deux poulaillers de ponte sont mis à profit en alternance, ce qui assure constamment des revenus. Le cycle de ponte de 38 semaines en moyenne débute lorsque les poules sont âgées de 24 semaines. Durant ce cycle, un très bon lot peut produire 155 œufs (130 poussins), soit beaucoup moins que les poules d’œufs de consommation. La raison est purement génétique : les poules d’œufs d’incubation de poulet à chair sont des oiseaux sélectionnés davantage pour la croissance du poussin à venir que pour une ponte ahurissante.

Bien que le taux de ponte soit un paramètre essentiel, à espérer le plus haut possible (il est autour de 88 à 89 % à son summum pour descendre graduellement et clore à 55 %), c’est beaucoup plus le taux d’éclosion qui doit être maximal, puisque nos éleveurs sont payés selon leur nombre de poussins éclos au couvoir. Donc, rien ne sert de produire des œufs s’ils ne sont pas féconds. Ce taux d’éclosion, variable selon l’âge des poules et la saison (les chaleurs d’été affectent la fécondité), atteint un pic variant entre 88 et 90 % au maximum de la courbe d’éclosion pour redescendre vers 60 à 70 % à la fin du cycle.

Le ratio mâle femelles est maintenu à 1:12. Les coqs agressifs ou qui présentent des signes de maladie (couleur des yeux ou de la crête, boiterie) sont réformés rapidement; il en va de la rentabilité de l’élevage.

Le taux d’œufs pondus au sol se situe agréablement entre 1 et 2 % selon les lots. Des œufs moins sales, donc plus salubres, risquent moins de ne pas éclore. Autre paramètre de productivité : la mortalité des poules, variable selon les lots et la saison. Martine dit vouloir travailler dans l’avenir à diminuer davantage la mortalité, qui se situe entre 1 et 2 % à l’élevage et entre 6 et 8 % à la ponte.

Côté confort, on a minutieusement choisi les équipements d’alimentation, d’abreu-vement et de ponte. Les planchers sont lattés aux deux tiers, ce qui laisse un tiers non latté où se trouve de la litière pour le confort des pattes. Lors de la visite, le mercure indiquait plus de 30 °C, mais des brumisateurs et une ventilation efficace diminuaient la chaleur ressentie. Ce jour-là, Mario s’affairait à construire des marches d’accès aux unités de ponte; les poules peuvent bien les atteindre en sautant de 15 à 18 pouces (45 à 52 cm), mais que font celles qui sont fatiguées? Quelques marches bien installées peuvent encourager la ponte dans les nids plutôt qu’au sol.
 
Martine a installé un nouveau système d’abreuvement, avec tétines et godets. Ces derniers évitent que de l’eau ne dégoutte sur la litière.

Enfin, Martine a choisi de bâtir une fosse recouverte d’une toiture pour entreposer le fumier des animaux. Un choix coûteux et non obligatoire, mais une décision courageuse sur le plan agroenvironnemental.


Avant l’œuf, les aliments

Martine connaît bien les besoins essentiels de ses animaux, qu’elle énumère, dans l’ordre : air, eau et nourriture. « Ce job, ce n’est qu’analyse et observation! » clame-t-elle. Par exemple, elle a remarqué que pendant le pic de ponte, le débit d’eau des abreuvoirs était insuffisant, donc nuisait inévitablement à la productivité. C’est en changeant le système d’abreuvement qu’elle a corrigé le problème. Les tétines ont un débit plus fort et sont munies de godets; ces derniers évitent que de l’eau ne dégoutte sur la litière et de plus, les poules qui préfèrent boire dans les godets peuvent le faire.

Les poussins arrivent à la ferme vers l’âge d’un jour, fragiles, déshydratés. Période cruciale que celle du démarrage. On leur offre une moulée de début facilement digestible. Une moulée croissance est ensuite servie jusqu’à l’âge de 24 semaines, soit l’âge du transfert vers l’un des deux bâtiments de ponte. Pour Martine, les efforts mis au parquet d’élevage rapportent au parquet de ponte.

Cette dernière a toutefois été méticuleusement préparée par différents programmes lumineux, une sélection minutieuse des meilleurs coqs et l’ajustement des quantités de moulée servies selon les pesées régulières des mâles et des femelles pour s’assurer qu’ils suivent leur courbe de poids recommandée.

De fait, le contrôle de l’alimentation est un point de régie d’une importance… gargantuesque! En cours d’élevage pour ne pas que les oiseaux deviennent des autruches (n’oublions pas qu’ils ont une génétique de poulet de chair, donc peuvent croître très vite), on doit recourir à différents régimes minceurs : 4 jours d’alimentation et 3 jours de jeûne (4/3), 5/2, 6/1 et 7/0 au premier œuf pondu. Selon Martine, cette façon d’alimenter permet à tous les oiseaux de pouvoir manger. Autrement, avec de la moulée servie à tous les jours la quantité est moindre, alors ce sont toujours les oiseaux dominants qui raflent la nourriture, nuisant à l’uniformité du lot.

Vient ensuite la ponte. Les poules pondent généralement le matin, alors que les accouplements s’effectuent d’ordinaire l’après-midi. Le ramassage des œufs est automatisé.

Quoi?! Le PCQOI?!

Grâce à ses 12 400 poules, la ferme met en marché plus de deux millions d’œufs par année.

Martine Laporte est active aussi depuis quelques années au sein du conseil exécutif du Syndicat des producteurs d’œufs d’incubation du Québec. Une façon comme une autre pour elle de bien représenter sa production, d’être proche du centre de décisions et d’avoir un accès privilégié à une information de pointe, essentielle à l’amélioration des performances de la ferme.

Par exemple, Martine est aux premières loges quant à l’application prochaine du Programme canadien de qualité des œufs d’incubation (PCQOI). Elle sera vraisemblablement l’une des premières fermes auditées cet automne par un organisme de certification indépendant du Syndicat. À voir la qualité de l’information qu’elle collige à cet effet depuis des mois, nul doute que ce dossier lui tient à cœur.

Bien qu’exigeant, le travail ne nuit pas à la qualité de vie de Martine et Mario. Ils ont récemment choisi d’embaucher des employés pour les fins de semaine, question de libérer le couple pour des activités familiales avec leurs deux filles, Mélina, 12 ans et Alex-Ann, 9 ans.


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