Daniel*, un producteur de canneberges de 31 ans, veut développer 121 nouveaux hectares (300 acres) pour porter à 190 hectares la somme des terres cultivées. Le délai habituel de trois ans entre l’ensemencement et la première récolte – et par ricochet les premiers revenus – exige un financement non traditionnel pour ce projet d’une valeur approchant les 10 millions $.


Au printemps 2005, ce jeune homme de la région Centre-du-Québec rencontre Rachel Lebeau, directrice des comptes agricoles au Centre financier aux entreprises Desjardins des Samares, à Plessisville.

« Fils de parents qui exploitent des terres agricoles à une tout autre production, Daniel a eu le coup de foudre pour la canneberge en 1999 », raconte Mme Lebeau, agronome pour le Mouvement Desjardins depuis 24 ans. Avec sa conjointe et l’aide de ses parents, il a alors acheté un fonds de terre propice à la culture de cette petite baie rouge. La ferme familiale, dans laquelle il a des intérêts, a versé les salaires de la main-d’œuvre et les sommes nécessaires à certaines immobilisations au cours des années précédant la première récolte.

« Compte tenu de ses habiletés personnelles, Daniel a développé lui-même le site. Ce faisant, il a abaissé de 12 400 $ à 17 000 $ l'hectare (5000 à 7000 $ l’acre) l’investissement requis et économisé ainsi près d’un million de dollars, 53 hectares étant mis en production. Et en 2004, avec un associé cette fois, il a entrepris le développement d’un second site de 17 hectares pour une récolte de canneberges biologiques. »

Daniel s’est constitué, au fil des ans, une équipe pouvant compter jusqu’à 25 personnes se consacrant au développement, alors que sa conjointe, Marie-Hélène*, de son côté, supervisait une équipe pouvant atteindre une douzaine de personnes en période de pointe pour le volet semence, désherbage, fertilisation et récolte, principalement. Les rendements obtenus pour les hectares cultivés ont été supérieurs à la moyenne de l’industrie. Mieux, les premières récoltes ont régulièrement été supérieures à la moyenne.

Toutefois, alors que la fin de ses travaux se profile à l’horizon, Daniel trouve déplorable de devoir démanteler l’équipe de développement qu’il a réunie autour de lui et dont il reconnaît la grande valeur. Il s’est pris lui-même d’une grande passion pour le développement. Il a également fait l’acquisition de quelques pelles mécaniques dont il doit également décider du sort.

Il vient donc présenter à sa directrice de compte un projet d’acquisition de 283 hectares de terre
dont 121 pourraient être véritablement destinés à la culture de la canneberge. Il lui parle alors d’une première étape de développement de 40 hectares.

Mme Lebeau, qui fait affaire avec Daniel depuis déjà quelques années et lui a consenti des prêts pour ses projets précédents, flaire que l’entrepreneur qui lui fait face en viendra rapidement à vouloir s’attaquer aux 121 hectares de terre. Et elle se dit qu’un financement classique – auquel a eu droit précédemment son client – n’est pas de mise pour un projet de l’ampleur envisagée et qui promet de s’étendre sur quelques années.

Bien qu’elle soit très au fait de la conjoncture de l’industrie de la canneberge et des considérations financières qui entourent sa production, elle questionne l’entrepreneur agricole.

L’accord des principaux partenaires

Est-ce que sa conjointe partage sa vision et adhère aussi au projet, bien que la famille du couple se soit agrandie depuis deux ans avec la naissance de deux enfants? Les principaux adjoints de Daniel qui l’appuient sur le plan du développement partagent-ils son enthousiasme? La directrice de compte apprend avec satisfaction que tout ce monde discute ensemble du projet depuis un an et croit fermement à sa pertinence.

La demande
L’acheteur des fruits produits par les terres de Daniel relance sans cesse ce dernier pour qu’il produise davantage. Mme Lebeau apprend que les récoltes des terres supplémentaires font déjà l’objet d’une entente contractuelle, conditionnelle, bien sûr, à la réalisation du projet.

Les ressources humaines et l’équipement nécessaire
Le personnel en place, tant pour le développement que pour la production, suffira à la tâche supplémentaire, estime-t-on. Néanmoins, cette expansion obligera l’exploitant à acquérir ou louer un peu d’équipement additionnel; il projette aussi de construire un garage pour permettre l’entretien mécanique sur place de ces véhicules. Les économies obtenues grâce à ce nouveau point de service convainquent le financier de la pertinence de cette immobilisation.

L’endettement acceptable

Bien que les revenus tirés par le producteur agricole sont actuellement de 1,10 $ le kilo (50 cents la livre) de canneberge, celui-ci se dit à l’aise d’assumer une dette qui s’élèverait à 62 000 $ l'hectare même avec un prix se situant dans une fourchette de 80 à 90 cents le kilo. Ces projections sont assujetties à un rendement, à maturité, de 22 500 kilogrammes l'hectare.

« Compte tenu du poids de la dette d’un tel projet dans le cadre d’un programme de financement classique, le premier paiement en capital et intérêts étant fixé à 15 mois après l’approbation du prêt consenti, je devais formuler une proposition financière plus créative pour l’échéancier de remboursement, tenant compte de la réalité sectorielle de son type d’agriculture », explique l’agronome de Desjardins.

Elle concocte donc une planification des remboursements s’appuyant sur les projections des récoltes, ces dernières ne commençant souvent qu’à la troisième année après l’ensemencement et augmentant sans cesse au cours des cinq années suivantes. En fait, seulement les intérêts du prêt seront exigés tant qu’un certain seuil de production ne sera pas atteint. Mais si le rendement des terres est plus élevé qu’établi, la remise de capital s’accélérera et la durée du remboursement, de 15 ans initialement, pourra être réduite à la discrétion de l’emprunteur.

Le producteur du Centre-du-Québec prévoit avoir semé l’ensemble de ses 121 nouveaux hectares de terre en 2009 ou au plus tard en 2010, ce qui porte à l’horizon 2011-2012 une première récolte sur la totalité de ses champs.

Les paiements sur son prêt seront exigés trois ou quatre fois par année, en fonction des périodes où Daniel touche ses revenus. Et chaque année, les deux partenaires d’affaires détermineront pour l’année suivante les échéances de ces remboursements et leur valeur respective.

« La solution de financement proposée à ce producteur de canneberges peut très bien être utilisée à d’autres secteurs d’activité, tels qu’une entreprise maraîchère ou de petits fruits, d’ajouter la porte-parole de Desjardins. Cependant, une telle proposition est offerte à un producteur qui démontre déjà une saine gestion. »


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