Même s’il est doué pour le chant, c’est dans le réseau coopératif agricole que Bertrand Comeau a décidé de faire entendre sa voix.

« Je suis un gars de famille. Et La Coop, c’est ma deuxième famille », exprime l’administrateur de La Coop fédérée qui réside à Granby dans les Cantons-de-l’Est, le territoire qu’il représente au sein de l’entreprise.

Dès le primaire, le jeune Bertrand fait partie de la chorale de son école. Il suit les traces de son père, Charles-Auguste, qui a lui-même longtemps chanté dans une chorale. Doté d’un talent inné pour la musique, Bertrand suit des cours de piano pendant quatre ans et deux années d’orgue. Grâce à sa voix de soprano juste et cristalline, on lui propose de faire partie des Petits Chanteurs de Granby. Faute de temps, ses parents ne peuvent le conduire aux répétitions. À 14 ans, il bat la mesure pour les fidèles qui accompagnent la chorale que dirige son père à l’église de la paroisse. Il le fera jusqu’au début de la trentaine.

La ferme que possède son père et sur laquelle a été élevé Bertrand était située à proximité de la ville de Granby. Après le primaire, il commence son cours classique. Bien qu’il démontre des aptitudes poussées pour les mathématiques, à 16 ans, au terme de sa 10e année, il s’inscrit à l’école moyenne d’agriculture de Brigham.

À 21 ans, Bertrand souhaite ardemment prendre la relève. Mais il doit s’établir ailleurs, car pour des questions de zonage, l’exploitation de son père ne peut être agrandie. Nouvellement mariés, Bertrand et Louise Brodeur achètent la ferme de l’oncle de celle-ci à Saint-Alphonse-de-Granby en 1973. Le père de Bertrand les aide à en faire l’acquisition. L’entreprise ne détient que 7 ou 8 kilos de quotas que produisent une trentaine de vaches. Au fil des ans, ils doublent le quota. Et en 1978, ils décrochent, avec 18 vaches, la meilleure MCR provinciale.

En 1979, Bertrand et Louise vendent la ferme puis en acquièrent une autre, à Granby cette fois. De nouveau, ils multiplient par deux la production. Bertrand et Louise, qui est aussi passionnée que lui d’agriculture, exploitent la ferme en copropriété.

Chez les Comeau, les réunions familiales sont fréquentes. Parents, enfants, amis se réunissent pour célébrer diverses occasions. Des airs d’opéra se font alors entendre, de la bouche même de Bertrand et Charles-Auguste.

Dans sa deuxième famille, la coopération, les réunions sont fréquentes aussi. Depuis qu’il est entré au conseil d’administration de La Coop fédérée, en 1997, Bertrand passe près de 135 jours par an à l’extérieur de la ferme pour s’acquitter de ses engagements professionnels. En plus de présider le comité de vérification de La Coop fédérée et d’Olymel, il est président, depuis 1995, de La Coop Excel.

S’il chante de belle voix, Bertrand sait aussi écouter et il ne parle pas pour rien dire. Lorsqu’une question est débattue, il s’exprime sans détour et de façon concise. « Je vais toujours à l’essentiel », dit-il. Il aime le choc des idées, mais l’administrateur saura aussi se rallier à la majorité. Loyal, il défendra la position avec cœur.

« Bertrand fait preuve d’un bon jugement en toute circonstance, souligne Claude G. Couture, administrateur à La Coop fédérée, membre du comité de vérification et voisin de Bertrand Comeau à la table du conseil de l’entreprise. C’est un producteur à la fine pointe, proactif et très bien informé. Il peut vous énumérer tous les ministres de l’agriculture que la province a connus et à quelle époque ils ont œuvré. »

De nature calme et optimiste, Bertrand est doté d’un flegme qui lui permet de supporter de bonnes doses de stress. Ces traits de caractère lui sont de précieux atouts lorsqu’il accède à la présidence de La Coop Excel, après trois années en tant qu’administrateur.

Ses expériences préalables lui donnent l’aisance nécessaire dans les tâches qui lui incombent. Il a été membre fondateur et président d’un syndicat de gestion agricole à Granby, secrétaire du Club Holstein de Shefford, administrateur d’un Cercle d’amélioration du bétail et membre du comité de suivi de Sogéporc.

Quand il entre en poste, la situation financière de la coopérative est en piteux état. L’entreprise s’était retirée, quelques années auparavant, du giron de La Coop fédérée. Rien n’allait plus. Bertrand s’attaque illico au redressement. Il tend la main à La Coop fédérée. Il souhaite réintégrer le réseau et obtenir de l’aide pour restructurer l’entreprise. Bertrand y passe deux mois à temps plein.

De 9 à 4, il n’a que le sort de la coopérative en tête. Le temps qu’il lui reste il le consacre à sa famille et à son exploitation. Louise, avec qui il a eu trois enfants, prend les bouchées doubles. En plus d’effectuer la comptabilité et la gestion de la ferme, elle se charge aussi de la traite et de l’alimentation du troupeau.

Avec l’équipe des dirigeants, Bertrand remet la coopérative sur pied. En 2006, La Coop Excel termine au premier rang des coopératives du Québec, tous secteurs confondus, dans la catégorie 15 à 30 millions $ de chiffre d’affaires.

« Bertrand est un homme posé, dévoué et qui fait preuve de beaucoup de leadership, note Christian Massé, directeur général de La Coop Excel, qui le côtoie depuis 2002. Très présent au sein de sa coopérative, il est au courant de tout ce qui s’y passe sans pour autant être accaparant. Il est bon conseiller, mais il laisse à chacun le soin d’assumer ses responsabilités. »

Après un règne de 13 ans à la présidence de La Coop Excel, et avec le sentiment du devoir accompli, Bertrand songe à laisser sa place à d’autres. S’il passe de la parole aux actes, il demeurera toutefois sur le conseil de l’entreprise. « La coopération, c’est en moi, je ne pourrai jamais m’en défaire », assure le producteur de 54 ans. Jusqu’à tout récemment, il a été vice-président de la Coopérative de développement régional de la Montérégie. Il est encore très actif auprès des Jeunes ruraux et de la relève agricole. Enfin, il ne rate à peu près jamais les assemblées de la caisse populaire et de la mutuelle d’assurance de sa région.

Raymond Saint-Cyr, ancien administrateur à La Coop fédérée, et Bertrand Comeau se sont toujours beaucoup intéressés à la relève. C’est lui qui a inspiré Bertrand à mettre de l’avant, au sein de sa ferme, un projet d’association avec une tierce personne non issue de la famille.

Habitués d’accueillir des stagiaires à la ferme depuis une vingtaine d’années, Bertrand et Louise n’ont eu aucun mal, en 2003, à s’adjoindre comme associé celui qu’ils employaient à l’occasion depuis déjà deux ans en raison des engagements de Bertrand (voir reportage dans l’édition de mars 2005 du Coopérateur agricole). Sylvain Laroche est associé à Bertrand et Louise depuis bientôt cinq ans. Le couple possède 50 % des parts de la ferme et Sylvain, 50 %. L’entreprise possède 135 têtes, 52 kilos de quota et 80 hectares de terre.

Cette démarche a suscité beaucoup d’admiration de la part de ses collègues. « C’est un modèle à faire connaître, indique Luc Forget, administrateur à La Coop fédérée. C’est un geste qui demande courage et humilité. Il aurait pu se contenter de liquider ses biens, puisque ses enfants ne souhaitaient pas vivre d’agriculture. Il a décidé de poursuivre et d’aider une relève à s’établir. »

« Généreux de son temps, Bertrand est très engagé pour servir la communauté, indique Sylvain Laroche. À la ferme, il met autant d’enthousiasme. On ne dort pas sur la switch. Les confrontations d’idées que nous avons sont très profitables pour le développement de l’entreprise. Il en ressort de meilleures décisions. »

L’engagement est une affaire de génération chez les Comeau. Son grand-père a été premier vice-président de la Coopérative agricole du canton de Granby, aujourd’hui Agropur. Et son père, même s’il ne faisait pas partie de conseils d’administration, a siégé sur plusieurs comités d’école, notamment à titre de président. De son côté, Louise est actuellement conseillère à la Ville de Granby.

Les trois enfants du couple se sont tous dirigés dans des études et professions où le souci de l’autre est à l’avant-plan. Rachel, 31 ans, travaille en garderie et a deux jeunes enfants. Mylène, 29 ans, possède un baccalauréat en relations internationales et une maîtrise en coopération. Elle complète actuellement une formation à l’Université d’Ottawa pour devenir enseignante. Quant à Philippe, 26 ans, il a en poche un baccalauréat en psychologie de l’Université Bishop où il a été un joueur élite de l’équipe de football Les Gaiters. Bertrand a assisté à pratiquement tous les matchs de son fils. Il est actuellement responsable des ressources humaines dans un grand magasin d’équipement de sports à Sherbrooke.

Bien s’occuper de ses deux familles a toujours été la plus grande préoccupation de Bertrand. Ses enfants font bonne route sur le chemin de la vie.
 
Et la coopération : « Elle est vouée à un bel avenir, dit-il. Le travail en silos fera place à des projets rassembleurs qui mettront au jour toute la force du mouvement. Pour cela, la solidarité entre les producteurs est de plus en plus nécessaire.» Sa voix porte, et Bertrand sait la faire entendre le moment venu.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés