Simon L.* se demande si, à 45 ans, il vaut la peine de poursuivre les activités laitières sur sa ferme; ses fournisseurs le pressent de rembourser ses dus et sa marge de crédit est toujours utilisée au maximum. Peut-être vaut-il mieux vendre tous ses biens, en sachant pertinemment qu’il n’obtiendrait pas vraiment, en retour, la véritable valeur marchande de ceux-ci. Cette solution, par contre, mettrait fin à son désir de transmettre un jour la ferme à son fils, aujourd’hui âgé de 15 ans.


En fait, il y a cinq ans que Simon L. constate une dégradation de sa situation. Pour se dégager un revenu de quelque 30 000 $ par année, il a dû se rendre souvent à l’une ou l’autre des trois institutions financières avec lesquelles il fait affaire pour obtenir un nouveau prêt qui, invariablement, a servi à rembourser des fournisseurs ou éponger ses déficits d’exploitation. Il doit maintenant jongler avec 15 prêts.

Nous avons soumis le cas à Donald Lévesque, directeur de comptes Services aux entreprises secteur agricole de la Banque Nationale à La Pocatière.

M. Lévesque constate d’abord que la capacité de remboursement de Simon L., de 69 000 $, est loin de couvrir ses 175 000 $ en paiements (capital et intérêts) et son coût de vie que le producteur a fixé à 30 000 $; le manque à gagner totalise ainsi 136 000 $.

De plus, il constate qu’il y a déséquilibre entre le coût alimentaire et la performance obtenue par vache. Il a plus de 72 vaches à la traite pour 52 kilos par jour et l’apport en moulée représente plus de 24 % de la vente de lait. Il signale donc qu’un ménage s’impose dans le troupeau.

Solution
La proposition de M. Lévesque : consolider les dettes à long terme et investir dans son actif créateur de valeur pour rehausser le rendement de l’entreprise. Il propose la vente des 30 vaches les moins performantes (à 300 $ l’unité) et l’achat de 20 nouvelles à un coût unitaire de 2500 $ la tête (pour un total de 50 000 $) qui vont produire l’équivalent de plus d’une fois et demi ce que fournissaient les bêtes disposées. L’objectif est tout autant de produire pleinement son quota actuel que d’augmenter sa production par l’achat de contingents supplémentaires, soit 3 kg par jour. Ce seuil de 55 kg par jour pourra être atteint à l’intérieur de ses infrastructures existantes. Le banquier inscrit toutefois 4000 $ de plus annuellement pour l’achat de moulées soit 19 % de la vente de lait (5 % inférieur aux dépenses actuelles).

La consolidation des dettes devrait porter à la fois sur les passifs court et long terme. Plutôt que d’avoir 15 emprunts dont l’échéance est échelonnée au fil des 87 prochains mois, la période d’amortissement serait augmentée de 87 mois à 180 mois (15 ans).

En calculant les pénalités sur les remboursements anticipés des prêts, les honoraires professionnels et les frais légaux pour un total pouvant atteindre 20 000 $, un investissement de 41 000 $ net pour l’achat de vaches, 75 000 $ pour l’ajout de quota et la consolidation de 157 000 $ du passif court terme, dont les 127 000 $ à remettre aux fournisseurs, la dette à long terme passerait de 1,035 million $ à 1,330 million $. Cependant, le prêt consolidé, amorti sur 15 ans, réduirait les versements mensuels à 11 500 $ contre 14 626 $ actuellement, laissant une marge de manœuvre supplémentaire de 38 000 $ par année.

Cela se répercuterait sur son état des résultats qui, tout d’abord, compterait des revenus supplémentaires de 82 000 $ en vertu de la production accrue de lait (55 kilos à 100 %). Les revenus globaux se hisseraient donc à 407 000 $ pour des dépenses presque inchangées. Il s’en suivrait des fonds générés de 178 000 $, suffisants pour couvrir le total des paiements de 138 000 $ et le coût de vie de 30 000 $ de l’exploitant agricole. Ce revenu « net » du producteur pourrait d’ailleurs s’élever à 40 000 $ avec une gestion serrée des dépenses.

Dans dix ans, projette le directeur de comptes de la Banque Nationale, ce producteur arrivera à 55 ans avec une dette réduite à 590 000 $ sur son prêt de 2007. Cependant, réaliste, M. Lévesque estime qu’il aura emprunté de nouveau quelque 200 000 $ pour le renouvellement normal de son actif et son passif global culminera alors à ± 800 000 $. Le fils de Simon L. sera toutefois en mesure de prendre la relève d’une ferme plus saine, rentable, en empruntant à hauteur de 1,4 million $, laissant ainsi environ 600 000 $ net à son père comme fonds de retraite!

SITUATION PERSONNELLE DE SIMON L.
• 45 ans;
• Conjointe travaillant à temps partiel;
• Fils de 15 ans et fille de 12 ans.

SITUATION FINANCIÈRE

ACTIF TOTAL
d’environ 2,5 millions $
Actif court terme de 84 000 $ dont :
• Encaisse et comptes à recevoir : 27 000 $
Actif long terme
• Placements dans sa coopérative : 35 000 $
• Animaux reproducteurs : 86 400 $ (72 vaches à 1 200 $ l’unité)
• Quota : 1,3 million $ (52 kilos/jour à 25 000 $)
• Machinerie : 227 000 $
• Immobilisation : 800 000 $ terre (525 000 $) et bâtiments (275 000 $)

PASSIF TOTAL de 1,235 million $
Passif court terme
Marge de crédit : 50 000 $ (40 000 $ utilisée)
Comptes fournisseurs : 127 000 $
Fonds de roulement : - 100 000 $
Passif long terme 15 prêts : 1,038 million $

AVOIR DU PROPRIÉTAIRE:
valeur marchande maximale 1,3 million $

REVENUES de 325 000 $ dont :
• Vente de lait : 290 000 $

CHARGES de 292 000 $ :
• Dépenses d’exploitation : 224 000 $ dont 68 000 $ pour l’alimentation animale
• Intérêts sur prêts à long terme : 58 000 $
• Intérêts sur fournisseurs et marge de crédit : 32 000 $
• Amortissement d’immobilisations : 27 000 $ BÉNÉFICES : - 16 000 $
• Surplus après paiement dela dette et retraits : - 137 000 $


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