C'est par un magnifique après-midi d’octobre que Le Coopérateur se rend chez une des plus belles fermes de la Côte-du-Sud, Ferme Jeandon. Tout le monde de la région connaît la Ferme Jeandon de Saint-Roch-des-Aulnaies et personne n’est étonné qu’ils aient remporté la médaille d’or de l’Ordre national du mérite agricole.

Qui sont les trois maîtres de cette splendide entreprise agricole? Claude, Réjean et le fils de Réjean, Sébastien Hudon. À peine stationnée et voici les deux frères qui accueillent la visite. Nous franchissons la porte d’entrée et une femme plus âgée, mais en pleine forme, nous invite à nous asseoir; il s’agit de la mère des deux frères, Simone St-Amant. En peu de temps, nous découvrons que c’est elle qui est à l’origine de cet héritage familial. Maintenant que les trois copropriétaires sont enfin rassemblés autour de la table, nous allons en savoir davantage sur cette équipe qui a remporté la médaille d’or lors du 118e concours de l’Ordre national du mérite agricole.

Il nous est impossible de commencer l’entretien sans leur parler d’émotions. En moins de quarante-huit heures, Réjean, Claude et Sébastien et toute leur famille ont vécu des émotions complètement opposées. De l’immense joie et fierté qui les habitaient après avoir reçu leur médaille, les voilà envahis par la crainte insoutenable de voir leur réussite s’envoler en fumée, comme celle de leur voisin, propriétaires eux aussi d’une belle ferme familiale, ravagée par les flammes en l’espace d’une heure. « On a pensé à eux avant de penser à nous, mais c’est là qu’on se rend compte qu’on ne tient pas à grand-chose et qu’une vie de travail peut disparaître en quelques minutes. C’est un stress assez intense », exprime Sébastien. « Nous avons été chanceux, très chanceux! Si le vent avait été comme celui du lendemain, on aurait tout perdu nous aussi! » ajoute Réjean.

À l’arrière : Réjean Hudon, son fils Sébastien et Claude Hudon. À l’avant, les enfants
de Claude : Pier-Alexandre et Andrée-Anne.

Est-ce qu’ils se trouvent chanceux aussi d’avoir gagné cette médaille d’or? Tout de suite, Mme St-Amant réplique en disant clairement qu’ils l’ont méritée, cette médaille. « Ils ne se pèteront pas les bretelles avec ça. Ils ne s’en vanteront pas. Ce sont des années de travail qui les ont conduits là. Ils sont extrêmement vaillants, ils ne comptent pas leurs heures. »

Ils se sont inscrits la veille de la date limite et aussi drôle que cela puisse paraître, ce n’était pas pour gagner. « On n’a pas cru que c’était nous.

Ç’a pris quelques jours avant qu’on réalise l’ampleur de ce mérite. Depuis l’annonce publique de cette médaille, nous avons des visiteurs qui viennent chaque jour. C’est tout cela qui
nous fait prendre conscience de cet honneur », affirme Sébastien. Une épreuve difficile et significative
La Ferme Jeandon, c’est quarante ans de travail, d’énergie et d’efforts. Même si la terre fut achetée en 1941 par le père de Réjean et de Claude, Charles-Eugène, pour eux c’est en 1967 que l’histoire commence réellement. Quand on écoute Mme St-Amant nous raconter l’épreuve marquante de cette famille unie, on comprend d’où vient toute cette fierté.

En 1967, la vie décide d’enlever à Mme St-Amant le pourvoyeur de la famille, son mari âgé de 49 ans seulement. Elle se retrouve veuve avec onze enfants, dont une petite dernière qui a à peine six jours. Elle décide de poursuivre le travail commencé par son mari. Il est évident qu’elle ne peut faire tout cela toute seule, alors elle met une dynamique familiale en place qui fait en sorte que chacun, très jeune, assume ses responsabilités. «Tout le monde devait faire sa part. Pas question d’aller s’amuser avec les amis quand le travail n’est pas fait », raconte la mère du clan Hudon. Pendant que leur mère raconte certains de ces épisodes, Réjean et Claude ont un sourire en coin se rappelant les souvenirs de cette période. « C’est certain que personne ne restait couché pendant que les autres travaillaient », lance Claude en riant!

C’est en grande partie à cause de cette épreuve majeure dans leur vie familiale que des liens aussi serrés les unissent aujourd’hui. Celle que l’on appelle dans la famille affectueusement la p’tite Pauline – qui avait six jours lors du décès de son père – est fière de dire que la Ferme Jeandon c’est une histoire de famille. « Je suis très fière du travail de mes frères et de mon neveu. Ils la méritaient cette médaille. Et ce qui est plaisant, c’est de savoir que nous y avons tous et toutes contribué un peu à notre façon un jour ou l’autre. »

Une ferme en perpétuelle évolution
Les gens autour les définissent comme étant avant-gardistes. « Mon père l’était sûrement autant que nous. Il a été le premier dans la région de La Pocatière à se procurer un tracteur. Ça devait être pour courtiser ma mère! » dit Claude à la blague. Il ajoute : « C’est certain que c’est de mon père la volonté qu’on a de vouloir faire toujours mieux. C’était un leader. C’est un bel héritage. »

Ils sont à l’affût des nouveautés, tout est réfléchi et pensé en fonction de ce qui pourrait améliorer la performance de leur entreprise ou encore simplifier leur méthode de travail. Tous les sols sont caractérisés grâce à la technologie du géopositionnement par satellite (GPS). Les résultats obtenus dès le départ les ont convaincus de miser sur cette option. Pour l’alimentation du troupeau, ils utilisent la ration totale mélangée (RTM). Un système automatisé et géré par ordinateur permet d’ajuster cette ration selon le niveau de production.

Toutes les informations sur la gestion du troupeau sont saisies grâce à un logiciel. Cela permet un suivi extrêmement précis tant de la productivité que de la santé des vaches. « Sébastien connaît ses vaches par cœur. Il est assez impressionnant », affirme son père. Ils se sont procuré un distributeur de lait automatique (DAL) pour l’alimentation des veaux.

Quand on parle de bâtiments, alors là, un travail d’artiste est fait. Les bâtiments ont tous été conçus de façon à ce que le résultat soit fonctionnel et cela leur a parfois demandé un peu d’ingéniosité. « Les bâtiments existants que nous avons modifiés ont été aussi adaptés pour que le tout demeure toujours le plus fonctionnel et harmonieux possible. Pas question de détruire et de reconstruire », explique Claude. Une construction neuve a été mise en place en 2004 : une étable à stabulation libre réalisée selon les plus hauts standards de qualité et d’une propreté impeccable.
La sécurité aussi est importante. Les pesticides sont rangés dans un endroit prévu à cet effet, lequel est verrouillé en tout temps. De plus, les cours d’eau qui sillonnent les terres sont protégés par des bandes riveraines enherbées. Rien n’échappe aux trois mousquetaires.

Une confiance inaltérable
Le désir de vouloir avancer dans le milieu agricole fait en sorte que pour Réjean et Claude, faire une place à la relève était une chose totalement naturelle. « Il ne faut pas leur mettre des bâtons dans les roues. La relève, c’est une motivation. C’est se rendre compte qu’il y aura une suite à tout ce qu’on fait aujourd’hui », confirme Claude. Tout le monde prend part aux décisions. Chacun a ses forces et son travail bien précis à faire à la ferme, mais tout le monde s’entraide quand c’est nécessaire.

Que ce soit une associée, Hélène, l’épouse de Claude, qui s’occupe de la comptabilité et de l’aménagement, ou encore leur employé Bertrand Bernier, qui fait partie de l’équipe depuis vingt ans, chacun a la confiance des autres. Et cette confiance leur permet justement d’atteindre leurs objectifs. Bientôt Martin, le deuxième fils de Réjean, s’ajoutera à l’association.

Claude souhaite naturellement que ses deux enfants Pier-Alexandre et Andrée-Anne suivent un jour eux aussi les traces de leur père, afin de garder vivante cette entreprise familiale qui est en fait une histoire de famille.

D’une vingtaine de vaches en 1967, la ferme laitière compte aujourd’hui 350 têtes dont 200 vaches en lactation.

Mme Simone l’a dit, ici tout le monde travaille, alors nous n’aurions pas pu quitter les lieux sans honorer le discours de Mme Hudon. Alors, c’est avec Claude que nous sommes parties faire l’ensilage du maïs. Après ces quelques heures passées en leur compagnie, on comprend pourquoi ils ont gagné cette médaille. Nous sommes reparties en nous disant, ce fut vraiment une rencontre en or!
 
Sébastien consulte les données du programme alimentaire et sur la production du troupeau.


L’ensilage de maïs ou de foin est utilisé dans toutes les rations..

Classification du troupeau 35 TB, 80 BP et 75 B
Composante moyenne du lait 4 % de gras et 3,45 % de protéines
Production moyenne du troupeau 10 268 kg
MCR 228 - 231 - 232
Culture des champs Maïs-grain (53 hectares 20T06,20R05, 30A27)
Maïs-ensilage (41 hectares)
Céréales (41 hectares)
Fourrage (109 hectares)
Alimentation du troupeau
  Sujets de remplacement Lactoremplaceur Bovo XLR et moulée Goliath en cube Supplément génisse Goliath, foin sec et ensilage
  Vaches taries Foin sec, ensilage de foin et de maïs Minéral P-7 vache tarie
  Préparation aux vêlages Prével VIP avec concept Calcimil Ensilage de foin, de maïs et foin sec
  Vaches en lactation RTM automatisée qui inclut : foin sec, ensilage de foin et de maïs, maïs humide et supplément VIP minéralisé, tourteau de soya et grains mélangés


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