Pierre* a acheté la ferme de ses beaux-parents, en Montérégie, au début des années 90 alors qu’il approchait la quarantaine. Avec une production annuelle de 500 bouvillons, la terre suffisait pleinement aux besoins en alimentation de son troupeau. Avec le temps, toutefois, il a fait prendre une expansion importante à son entreprise et additionné une terre voisine à ses biens de telle sorte qu’il se retrouve aujourd’hui à la tête d’un cheptel qui produit 3250 bouvillons par année, mais dont l’autosuffisance en fourrage et en grains a fléchi pour ne plus représenter que 25 % de ses besoins.


Cette progression relativement rapide tenait à un double objectif. Elle visait d’abord à permettre à l’entrepreneur de s’assurer de ventes régulières de bétail durant toutes les périodes de l’année afin de réduire son risque financier face aux fluctuations du marché. Puis, elle pavait la voie à l’intégration de la relève à ses côtés.

Jusqu’ici, la forte croissance de sa PME ne l’a jamais empêché de dégager des bénéfices, année après année, bien que son ratio d’endettement la situe légèrement au-dessus de la moyenne pour une jeune entreprise.

La conjoncture, qui entraîne une demande accrue pour les biocarburants, place néanmoins Pierre en situation de vulnérabilité sur le plan de l’approvisionnement alimentaire de son troupeau : quelque 40 % de ses frais de production sont liés aux intrants alimentaires.

Or, alors qu’il maintient son coût de production de maïs grain dans une fourchette de 140 à 150 $ la tonne, le marché s’aligne sur un coût de l’offre à 180 $, voire davantage. Bien que le coût d’alimentation soit indexé par l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), un producteur bovin doit atteindre un taux d’autosuffisance de 65 % pour avoir droit à la pleine compensation. C’est dire que s’il conserve le statu quo (niveau d’autosuffisance de 25 %), Pierre estime qu’il devra subir une hausse de ses frais de l’ordre de 45 000 $ par année.

Dans ce contexte, le jeune quinquagénaire se demande s’il ne devrait pas impartir l’élevage de ses bouvillons pour la portion semi-finition (période au cours de laquelle le bovin de 227 kilos fait osciller la balance jusqu’à 363 kilos) à des éleveurs de l’extérieur de la région, là où les coûts de production des fourrages sont moins élevés. Il garde en tête que son maïs-grain sera mieux utilisé en période d’engraissement.

Au moment où il s’interroge sur cette opportunité, une ferme céréalière voisine de la sienne est mise en vente. Il y a cependant un hic : elle comporte une érablière et le propriétaire tient mordicus à vendre sa propriété en un seul bloc. Celui-ci vise à obtenir un million de dollars pour l’ensemble de ces éléments. Pour Pierre, la bouchée est trop grosse et cette nouvelle expansion, quelque peu prématurée.

C’est alors qu’il se rend consulter Bertrand Charest, son directeur de compte chez BMO Banque de Montréal à Saint-Hyacinthe. Celui-ci connaît bien le secteur agricole pour avoir travaillé plusieurs années auprès d’une coopérative de la région maskoutaine.

En examinant l’option de confier une partie de l’engraissement en sous-traitance, M. Charest estime les gains possibles à 0,11 $ le kilo de poids gagné par les bouvillons, ce qui vaudrait une réduction des dépenses du producteur variant de 15 à 20 $ par tête pour, en bout de piste, une économie d’environ 50 000 $ par année. À cette somme, il faut cependant soustraire un coût de transport moyen de sept dollars par tête, culminant à une somme d’un peu plus de 20 000 $.

« Sur papier, l’opération apparaissait avantageuse, soutient le directeur de compte. Mais nous avons convenu que ce profit de 30 000 $ n’était pas garanti, que Pierre devait trouver un ou plusieurs bons éleveurs, perdre du contrôle sur sa production et négocier des contrats, un travail passablement prenant. »

En se penchant sur l’autre possibilité, le représentant de la BMO Banque de Montréal constate que l’érablière de la ferme voisine mise en vente pourrait vraisemblablement trouver preneur à 200 000 $ et que la portion des terres la plus éloignée pourrait intéresser un producteur agricole riverain au même prix. En calculant que l’investissement, pour Pierre, serait finalement à hauteur de 600 000 $, il encourage ce dernier à opter pour cette solution qui lui permettrait d’acquérir une terre à un prix presque deux fois moindre que celui des récentes transactions régionales.

L’institution financière propose un prêt hypothécaire de 600 000 $ amorti sur 20 ans et un prêt temporaire de 400 000 $ sur 24 mois, dont seuls les intérêts sont remboursables mensuellement; cette dette pourra bien sûr être réduite ou acquittée en entier dès la disposition d’actifs complétés.
Par ailleurs, le banquier confère également à son client une marge de crédit pour l’exploitation de la nouvelle terre.

« L’intérêt de cette acquisition est qu’elle constitue un projet structurant, qui va conduire le producteur à un taux d’autosuffisance alimentaire de 70 % et au maintien du contrôle global sur sa production de bouvillons. Tout cela sans besoin de machinerie supplémentaire et dans la perspective d’une participation plus grande de la relève dans l’entreprise. »


SITUATIONS :
Producteur de Montérégie vulnérable à la hausse du coût des grains;

PIERRE :
début cinquantaine;

CONJOINTE :
responsable de l’administration de la ferme;

PRODUCTION ANNUELLE :
3250 bouvillons;

TERRES DE CULTURE :
172 hectares (foin, maïs ensilage et maïs-grain autosuffisance de 25 %);

OPTION 1 :
Confier l’élevage des bouvillons à l’extérieur pour la partie semi-finition et concentrer les produits de culture de la terre, riches en énergie, pour la période d’engraissement finale;

OPTION 2 :
Achat de la terre voisine avec revente d’une parcelle éloignée à un producteur laitier riverain ainsi que l’érablière, permettant une acquisition de terres de culture à un prix près de deux fois moindre que le marché et assurant une plus large autonomie au producteur;

STRATÉGIE RETENUE :
Achat de la terre voisine avec revente d’une parcelle éloignée à un producteur laitier riverain ainsi que l’érablière, permettant une acquisition de terres de culture à un prix près de deux fois moindre que le marché et assurant une plus large autonomie au producteur.

* nom fictif


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