Pour Pierre Gosselin, la recherche et le développement de nouvelles variétés de pommes de terre est une préoccupation constante. Des pommes de terre à taux élevé de matière sèche, résistantes aux maladies, à la sécheresse, au gel. Ou encore à chair plus blanche et à maturité adaptée aux besoins des marchés.

Pierre est un producteur comblé, cette année du moins. « 2007 a été une année record pour nos rendements, exprime-t-il avec enthousiasme. La température a été idéale, ce qui n’est bien sûr pas toujours le cas. » Puisqu’il n’exporte que très peu aux États-Unis, la hausse du dollar canadien n’a pas miné son moral. Seul le prix du baril de pétrole jette une ombre au tableau. La flotte de camions de livraison est plus coûteuse à gérer.

L’entrepreneur de 38 ans est à la tête du Groupe Gosselin avec ses deux sœurs, Julie et Marie, et sa conjointe Marjolaine Dionne, toutes trois aussi passionnées que lui. Le Groupe figure parmi les cinq plus importants producteurs de pommes de terre au Québec. Avec 688 hectares (1700 acres) en culture, et autant pour assurer les rotations, l’entreprise de Saint-Augustin-de-Desmaures produit chaque année près de 400 000 sacs de 45 kilos (100 livres) de tubercules. La totalité de la récolte est acheminée à des fabricants de croustilles. La famille Gosselin est aussi copropriétaire d’une entreprise spécialisée dans la production de tomates de serres, Les Serres du Saint-Laurent, qui commercialise les fameuses tomates Savoura.

C’est Fernand Gosselin, le père de Pierre, Julie et Marie, qui met en terre les premiers germes de ce consortium dans les années 60. L’entreprise d’alors, Les Patates Québécoises, est spécialisée dans la vente de pommes de terres fraîches. Au fil des ans, elle diversifie et accroît substantiellement sa production. Si bien qu’après deux décennies, elle commercialise quelque 750 000 sacs de 45 kilos de pommes de terre sur le marché de la table et de la croustille.

En 1987, Fernand Gosselin vend son entreprise à la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec. Celle-ci la cède à son tour à La Coop fédérée. Mais après quelques années d’exploitation, la coopérative se retire de ce marché.
 
Pierre Gosselin et Marjolaine Dionne. Toute la
production de l’entreprise est destinée à la fabrication de croustilles.

Entrepreneur dans l’âme, Fernand peaufine depuis quelque temps un ambitieux projet. En 1989, avec deux actionnaires, il fonde Les Serres du Saint-Laurent. Sa fille Marie y travaille depuis. Elle est actuellement directrice des ventes et du marketing.

Mais dès l’année suivante, en 1990, des fabricants de croustilles contactent Fernand. Ils éprouvent de plus en plus de mal à s’approvisionner en pommes de terre depuis la disparition des Patates Québécoises. Les transformateurs recherchent un fournisseur local qui puisse leur assurer un produit de qualité et des livraisons régulières.

La demande étant forte et en hausse, Fernand fait un retour dans le marché. Et cette fois, avec son fils qui possède un diplôme d’études collégiales en administration. Ensemble, ils commencent par acheter et revendre des pommes de terre de producteurs de la région. Puis ils se tournent graduellement vers la culture en faisant l’acquisition de terres.

Groupe Gosselin, qui emploie 30 personnes, et près du double pendant les récoltes, exploite aujourd’hui cinq sites de production, soit à Lanoraie, Pont-Rouge, Pierreville, l’Île d’Orléans et Saint-Nicolas. Son principal débouché est Humpty Dumpty, récemment acquis par Old Dutch, une entreprise canadienne qui possède des usines de fabrication de croustilles en Alberta, à l’Île-du-Prince-Édouard, au Québec et dans le nord des États-Unis.

En 2004, Fernand se retire et transfère son entreprise à ses trois enfants. Il décède deux ans plus tard. Un dur coup pour la famille et l’entreprise. Pour honorer leur père, Julie, Pierre et Marie poursuivent l’œuvre commencée. Groupe Gosselin réunit aujourd’hui plusieurs entreprises. On y retrouve entre autres les fermes de production de pommes de terre, une compagnie de transport et une compagnie de gestion immobilière dont Julie à la charge. La fratrie siège aussi sur le conseil de Serres du Saint-Laurent.

Être une référence dans le marché et demeurer à l’avant-garde, voilà la mission que Groupe Gosselin s’est fixée. La barre est haute, on en convient. « Pour rester dans le peloton de tête, il faut toujours chercher à faire mieux et ne pas être en réaction », indique Pierre.

C’est pour cette raison qu’en 2000 l’entreprise a commencé ses essais de variétés de pommes de terre. Un protocole a été élaboré, puis trois sites de recherche ont été aménagés. C’est l’agronome Guy Roy, employé par le Groupe depuis plusieurs années, qui dirige le tout en collaboration avec Jean Coulombe qui possède une maîtrise en sélection végétale. Après avoir communiqué avec les meilleurs sélectionneurs, les cultivars sont mis à l’essai. Les deux experts récoltent de multiples données : taux de matière sèche, sucres à la récolte et pendant l’entreposage, poids spécifique, rendement selon le taux de semis, l’espacement et la fertilisation. Quatre ou cinq projets de recherche sont réalisés chaque année. Les engrais minéraux et les produits antiparasitaires d’intérêts représentent aussi des éléments sur lesquels se penche l’agronome (voir l’encadré en page 24).

Les tests de sucres et de nitrates sont effectués dans le laboratoire de l’entreprise. « La culture in vitro ainsi que les traitements de thermothérapie (traitement à la chaleur de certaines variétés pour les purifier) sont réalisés dans un laboratoire accrédité par l’Agence canadienne d’inspection des aliments », fait savoir Guy Roy.

Développer une nouvelle variété est un processus long et coûteux. Il faut compter pas moins de huit à dix années de travail avant de passer à l’étape de la multiplication. Les variétés mises à l’essai par Groupe Gosselin proviennent d’entreprises spécialisées dans la génétique de la pomme de terre œuvrant aux quatre coins de l’Amérique du Nord et en Europe. En résumé, une fois les ententes de commercialisation et d’exclusivité conclues, Groupe Gosselin verse à ces entreprises des royautés pour chaque 45 kilos de pommes de terre vendus aux fabricants de croustilles.

Une fertilisation bien adaptée aux différentes variétés maximise le poids spécifique des pommes
de terre. L’agronome Guy Roy note les résultats d’essais au champ.

Le taux de matière sèche et le poids spécifique sont des caractéristiques sur lesquelles on mise beaucoup. « Plus elles sont élevées, plus le fabricant produira de croustilles par 45 kilos de pommes de terre, explique Marjolaine qui agit à titre de directrice exécutive au sein du Groupe. De plus, un taux de matière sèche élevé réduit le temps d’évaporation et la quantité d’huile nécessaires à la cuisson des pommes de terre. Ces caractéristiques sont importantes, car les usines cherchent à produire le sac de croustilles au plus bas coût possible. »

« Le marché de la croustille en Amérique du Nord est en croissance, fait remarquer Pierre. Mais on assiste à une concurrence au sein même de ce marché. Les croustilles fabriquées à base de maïs gagnent du terrain au détriment de la pomme de terre. Aussi, les acheteurs se restructurent et leurs exigences sont plus élevées. Il faut donc être toujours plus efficace. »

Trois variétés
L’entreprise met l’accent sur la culture de trois variétés distinctes possédant chacune ses caractéristiques propres. Il s’agit de variétés hâtives ou tardives qui permettent un écoulement des récoltes tout au long de l’année. La première variété permet de produire des pommes de terre hâtives. Ce sont des pommes de terre nouvelles, d’une très grande fraîcheur, prêtes très tôt en saison, soit vers la mi-juillet. Elles sont produites à forfait pour Humpty Dumpty, Frito Lay et, à l’occasion, pour des entreprises américaines. « Cette pomme de terre à sénescence rapide, c’est-à-dire au vieillissement naturel rapide, ne peut être conservée longuement en entrepôts, fait remarquer Marjolaine. Elle doit être traitée promptement sinon elle caramélise à la cuisson. Elle ne convient alors plus à la croustille. »

La pomme de terre de mi-saison, la deuxième variété, peut-être livrée aux usines de transformation directement du champ ou entreposée pour quelques mois.

Une troisième variété, à maturité plus tardive cette fois, peut être entreposée sur de longues périodes, soit tout le reste de l’année. « Cette particularité nous permet d’approvisionner les fabricants de croustilles jusqu’à la récolte des pommes de terres nouvelles, fait savoir Pierre. Les droits de production exclusifs que nous avons conclus avec les entreprises de génétique nous procurent donc un avantage compétitif dans le marché. »

Puisque la pomme de terre poursuit sa maturation après la récolte, la gestion serrée des entrepôts et les conditions d’entreposage sont capitales à la bonne conservation du produit tout au long de l’année. Les espaces d’entreposage sont séparés en fonction des parcelles récoltées. De la sorte, on peut effectuer un suivi de l’ensemencement jusqu’à la vente de la récolte. Chaque lot est analysé et tout est noté : variété, conditions climatiques, champ, méthode culturale, maladie, rendement, taux de sucre, poids spécifique, stabilité du lot en entrepôt. On détermine ainsi quelle variété réussit le mieux sur chaque site de culture.

Bien entendu, cette gestion de précision ne s’applique pas qu’aux entrepôts. Tous les secteurs de l’entreprise font l’objet d’un suivi rigoureux. « Une planification stratégique est effectuée chaque année, fait savoir Marjolaine qui, en plus d’être agroéconomiste, possède un certificat en administration et un MBA en gestion internationale. On analyse nos forces et nos faiblesses puis on élabore un plan d’action. Les employés sont autonomes et assument de nombreuses responsabilités. »

Un tiers de la superficie totale est irriguée. Cette pratique protège les cultures contre les risques climatiques.


L'Année internationale de la pomme de terre a été inaugurée officiellement au siège des Nations Unies, à New York, le 18 octobre 2007. « Cette année internationale permettra de faire mieux connaître la longue histoire de la pomme de terre, sa contribution actuelle à la sécurité alimentaire mondiale, à l’emploi rural et au bien-être des populations, a souligné Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Consommée depuis plus de 7000 ans, ayant ses origines dans les Andes d’Amérique du Sud, surtout au Pérou, elle arrive aujourd’hui au quatrième rang des cultures vivrières mondiales. C’est la principale culture non céréalière dans le monde avec une production annuelle de l’ordre de 315 millions de tonnes, dont la moitié est récoltée dans les pays en développement. » La FAO et le Centre international de la pomme de terre vont parrainer un forum mondial intitulé « Connaissances scientifiques sur la pomme de terre au service des pauvres » à Cuzco, au Pérou, du 25 au 28 mars 2008.
Source : FAO

Lutter contre le nématode

Groupe Gosselin a récemment mis l’épaule à la roue pour trouver une solution aux problèmes causés par le nématode doré. Ce petit ver, qui s’attaque aux racines des plants, a mis fin, en 2006, à la production de pommes de terre dans la région de Saint-Amable. Il a aussi sévi ailleurs dans le monde de manière tout aussi catégorique, notamment en Europe, aux États-Unis et, tout récemment, en Alberta. Groupe Gosselin, avec plusieurs partenaires de différents milieux, contribue financièrement au projet CDAQ sur le nématode doré pour tenter de trouver des solutions qui pourraient permettre de remédier à la situation ou, du moins, à en réduire l’incidence et les conséquences.

« Dans le cadre de nos essais, on a réalisé que la variété de pommes de terre Boulder, utilisée pour la table et la production de frites, et dont nous possédons les droits de production, s’avère être résistante au nématode doré, indique Marjolaine. L’exsudat naturel de la racine de la pomme de terre déclenche le processus de multiplication du nématode qui, par la suite, attaque la racine pour se nourrir. Dans le cas de la Boulder, son caractère résistant vient du mécanisme de défense de son système racinaire qui empêche les nématodes de se nourrir, ce qui provoque leur mort.

Cela porte à croire que lorsque cette variété est plantée dans une région infestée, elle pourrait venir à bout du nématode après un certain temps. Planter cette variété à Saint-Amable pourrait donc relancer la production. »

Les belles rouges
À la fin des années 80, les Serres du Saint-Laurent ont métamorphosé le marché de la tomate au Québec. « Hors saison, les consommateurs devaient se contenter de tomates peu goûteuses produites en Floride », explique Marie Gosselin. Avec un premier complexe serricole de trois hectares, l’entreprise de Portneuf met alors en marché, à l’année, des tomates fraîches et savoureuses de type traditionnel.

Au cours des années 90, l’entreprise accroît rapidement sa production en achetant des serres d’entreprises concurrentes à Danville, Sainte-Marthe de Vaudreuil, Saint-Janvier de Mirabel et Ham-Nord. Tout comme pour Groupe Gosselin, on mise sur l’innovation. Tomates cerises, en grappes, pour boîtes à lunch, avec épices et recettes pour pâtes et bruschettas, les produits et les emballages se multiplient. Les tomates sont distribuées dans toutes les grandes chaînes au Québec. On compte aussi, parmi la clientèle, bon nombre de fruiteries et grossistes. L’exportation aux États-Unis est limitée, mais en croissance.

L’entreprise a érigé à la fin 2007 une serre de cinq hectares à Saint-Étienne-des-Grès, ce qui a porté la superficie totale en production à 19 hectares. La nouvelle serre est installée tout à côté d’un ancien site d’enfouissement. Le méthane qui s’en échappe est récupéré pour chauffer la serre. « C’est une source d’énergie économique et c’est un plus pour l’environnement, fait remarquer Marie. De plus, comme dans presque toutes nos serres, nous réutilisons le gaz carbonique qui provient de la combustion du méthane. Le gaz carbonique est réinjecté dans la serre et favorise, par photosynthèse, la croissance des plants.»

Avec près de 450 employés, les Serres du Saint-Laurent produisent 60 % des tomates de serre au Québec. Chaque semaine, de 150 à 225 tonnes de tomates sont expédiées sur ses divers marchés.
 
L’entreprise met l’accent sur la culture de trois variétés de pommes de terre distinctes possédant chacune ses caractéristiques propres.



Influence de plusieurs niveaux d’azote sur la qualité des pommes de terre destinés aux croustilles.

En 2007, un essai de fertilisation avec l’Azote Réflexe FRN à dégagement contrôlé a été réalisé en collaboration avec l’agronome Hugues Thériault, conseiller provincial en production de pommes de terre à La Coop fédérée. « L’objectif, dit-il, consistait à évaluer l’efficacité de cette nouvelle technologie utilisée au démarreur lors de la plantation, en comparaison avec de l’azote
traditionnel utilisé lors du semis, et combiné à une application fractionnée d’azote dans la variété à maturité tardive. Les résultats démontrent que le rendement en pommes de terr est influencé positivement par l’application de ce nouveau type d’azote. Les caractéristiques comme le poids spécifique, le pourcentage des sucres réducteurs et la quantité de sucrose présent dans les tubercules semblent également bien s’accommoder de cette source d’azote. L’utilisation de l’Azote Réflexe FRN dans la pomme de terre peut faciliter les travaux en diminuant les passages au champ, car tout l’azote peut être incorporé dans le démarreur. Ce nouvel outil technologique peut faire économiser temps et argent au producteur à la fois innovateur et soucieux de l’environnement. »



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