Ne nous racontons pas d’histoires. Daniel Beauchesne était heureux d’apprendre qu’il avait terminé l’année 2006 en tête du classement de l’Association de groupes d’éleveurs en production porcine (AGREPP), soit premier sur 180 fermes d’engraissement. Heureux, oui, mais… Que voulez-vous, la morosité dans le secteur porcin affecte tout le monde, même les premiers de classe.

Pour déterminer la ferme gagnante, elles ont été classées selon l’indice d’efficacité en engraissement, calculé à partir de la conversion alimentaire standardisée, du gain moyen quotidien standardisé et du pourcentage de mortalité de tous les lots terminés en 2006.

La conversion alimentaire chez Daniel est exceptionnelle, à 2,26, comparativement à la moyenne des fermes (2,55). Le gain moyen quotidien de 837 g par jour est aussi plus élevé que la moyenne, se situant à 772 g par jour. Ce qui représente 10 jours de moins pour produire un porc de 120 kg vif.

Les données ont été standardisées pour permettre la comparaison entre les fermes, c’est-à-dire que les lots ont été ramenés sur une même base : des poids d’entrée de 20 kg et de sortie de 107 kg.

Malgré que le circovirus ait fait des ravages dans cette région, Daniel s’en tire bien avec un taux de mortalité de 5,52 %, comparativement à la moyenne des 180 fermes de l’AGREPP provinciale se situant à 8,4 %.
 

C’est en 1981 que Daniel se lance en production porcine, lui qui avait toujours vécu sur une ferme, bien qu’il ait déjà gagné sa vie dans le domaine de la construction. Être habile du marteau aura permis à Daniel de bâtir lui-même ses porcheries. Pour abattre la besogne quotidienne, l’éleveur peut compter sur l’aide de son fils, Francis, diplômé de l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe en 2003, ainsi que d’un employé, René Fréchette.

Daniel possède deux bâtiments d’élevage : l’un est long et étroit et à trappes d’air centrales avec des ventilateurs de chaque côté; l’autre est court, large et à ventilation par extraction basse (la fosse est située sous le bâtiment). La première porcherie peut loger 2450 cochons (neuf chambres et deux chambres tampons) et la deuxième 2000 (douze chambres et deux chambres tampons).

Quel genre de conseils lui donne-t-on le plus souvent? « Franchement, pas grand-chose, avoue Martin Carrier, son expert-conseil de La Coop des Bois-Francs. Daniel n’attend pas les recommandations toutes faites. Il trouve lui-même les solutions. »

Quand vient le temps d’expliquer son succès, Daniel dit « est-ce que j’ai seulement le choix? ». Condamné à exceller, voilà comment résumer sa première place au concours 2006. Dans le contexte économique actuel, il faut réussir pour survivre. Les marges sont si minces que le plus petit gain peut faire la différence entre rester en production ou en sortir. C’est donc payant d’être bon? « On ne fait pas des piastres avec des petits gestes. On fait plutôt des cennes, voire des quarts de cenne… On est efficace, mais on mange quand même nos culottes », image le producteur.


« Daniel n’est spécialisé dans rien, mais il est bon dans tout », mentionne Martin Carrier.

En plus des deux porcheries, la ferme compte 231 hectares (570 acres) en culture de maïs, soya et avoine, plus de 180 veaux de lait logés dans un bâtiment de la localité de Sainte-Gertrude et plusieurs parcelles de bois pour le chauffage, le sciage ou les pâtes et papiers (162 hectares au total). La formule est connue : mieux vaut ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

À l’heure actuelle, pour survivre en production porcine, ce vieux cliché est peut-être plus important que jamais.

Gagner le concours de l’AGREPP, une belle tape dans le dos? Une façon d’entrevoir la lumière au bout de ce long tunnel pénible à traverser? Pour Daniel, ce n’est ni l’un ni l’autre. Ni optimiste ni pessimiste, mais bien réaliste, notre homme préfèrerait davantage un bon prix pour ces animaux à un prix de concours, fut-il pour souligner ses performances exceptionnelles.

« Je n’en veux pas du soutien gouvernemental! Malheureusement, je ne peux pas m’en passer, mais j’aimerais bien mieux un prix de 160 $ par animal pour couvrir les coûts de production que le petit 80 $ qu’on a présentement… »
 
Martin Carrier, expert-conseil à La Coop des Bois-Francs

Quand on remporte un prix prestigieux comme dans le cas présent, la question se pose : de quoi es-tu le plus fier Daniel? « Je suis fier d’avoir monté une entreprise diversifiée qui réussit encore à nous faire vivre. Est-ce que ça va durer? Je n’en sais rien, mais je pense qu’il faut continuer d’y croire à notre industrie. » Et peut-être que la commission Coulombe apportera quelques pistes de solution, même pour les meilleurs, qui tirent aussi le cochon par la queue dans le contexte actuel.

Cinq pratiques gagnantes à la Ferme D. Beauchesne

1) Demeurer attentif : Daniel est catégorique; à quoi bon passer dans les allées juste pour dire qu’on y est passé si on n’ouvre pas tout grands les yeux? À quoi bon plusieurs tournées par jour si on ne porte pas une attention
méticuleuse à l’ajustement d’une trappe d’air ici, une trémie-abreuvoir là ou encore le retrait d’un animal malade d’un parc? Il faut intervenir le plus rapidement pour demeurer efficace. La constance dans l’attention portée aux petits détails rapportera au bout du compte.

2) La biosécurité : non, on ne prend pas de douche quand on pénètre dans les bâtiments de Ferme D. Beauchesne. Mais, après tout, qu’est-ce qui est le plus important? La douche, ou des bâtiments éloignés des grands axes routiers et du va-et-vient des camions de tous genres? Chez Daniel Beauchesne, il faut presque une carte et une boussole pour trouver les bâtiments, profondément installés dans une forêt dense!

3) Une aire de rassemblement extérieure : été comme hiver, les lots en partance pour l’abattoir sont regroupés dans un enclos extérieur, de manière à éviter que le camionneur entre dans la ferme et que le camion touche au bâtiment puis perturbe son ambiance. Dehors les microbes!

4) Une génétique performante : la Ferme D. Beauchesne fait affaire avec des maternités du réseau coop qui utilisent des animaux de reproduction et de la semence de verrat Sogéporc. Il n’y a pas de gêne avec cette génétique!

5) Offrir du lactosérum : on le sait, les porcs raffolent du lactosérum. Daniel s’est donc équipé pour en distribuer, à hauteur de 25 % de la ration. Quatre fois par année, des analyses permettent de déterminer la valeur nutritionnelle de ce petit lait, un sous-produit de la fabrication fromagère, pour ensuite mieux équilibrer les moulées offertes. Le lactosérum présente un pourcentage de matière sèche d’environ 5 % et un pH très acide. Ce caractère acide explique pourquoi il faut rationner les animaux puisque sans cela, la mortalité causée par des ulcères gastriques augmenterait rapidement.

Offrir du lactosérum – à plus forte raison dans le contexte actuel où les grains sont chers – est aussi très économique puisque Daniel peut diminuer son coût de production de 2,50 $ par porc après avoir déduit le 1 à 2 % d’augmentation de la mortalité. Un contrat passé entre la ferme et une laiterie lui permet de recevoir quotidiennement une citerne de 35 000 litres. Seule ombre au tableau : la manutention de tout ce lactosérum nécessite un lavage rigoureux des
réservoirs d’entreposage et des systèmes de distribution.


Un producteur sceptique
« L’autre jour, j’ai dû acheter du lard salé pour une recette. Explique-moi ça toi, comment ça se fait qu’il se vend 7 $ le kilo alors que moi je suis payé à peu près dix fois moins? [79 $ pour 100 kg en novembre 2007] C’est juste du lard salé en plus, du gras! Quelque chose ne tourne pas rond… »


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