Partie travailler quelque temps en Alberta l’hiver dernier, Marie-Pier Béliveau est revenue plus tôt pour assister à l’assemblée générale annuelle de La Coop fédérée. Cette jeune fille articulée de 21 ans n’aurait manqué pour rien au monde l’événement auquel elle avait gagné une participation!



Dès sa 4e secondaire, Marie-Pier savait qu’elle se destinait à un avenir en agriculture après avoir passé l’été sur la ferme. Engagée, sociable et curieuse, elle était dans l’équipe de basketball de l’école, faisait partie des leaders, de plusieurs comités et a touché au théâtre. L’éducation étant une priorité dans la famille, elle choisit un DEC en Gestion et exploitation d’entreprise agricole à Victoriaville et pense suivre les traces de sa mère en faisant son agronomie à l’Université Laval par la suite. Toutefois, après un stage, elle doit se rendre à l’évidence : ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est travailler à la ferme. Et les cours qui la passionnent? Tout ce qui touche à la gestion. Elle choisit donc plutôt de revenir à la ferme à temps plein et apprend quotidiennement la gestion de l’entreprise auprès de ses parents et à travers ses engagements.

On dit souvent que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre pour illustrer le cas des enfants qui suivent la trace de leurs parents. Dans le cas de Marie-Pier, c’est tout à fait pertinent. Sa mère, fille de producteurs maraîchers de Saint-Pie-de-Bagot près de Saint-Hyacinthe, a été pendant six ans vice-présidente de la coop IGA – une coopérative regroupant plus de 4000 membres –, tient la comptabilité de la ferme et travaille à temps plein au sein du Mouvement Desjardins. Dans le cadre de ce travail, elle assistait aux réunions de la relève agricole où Marie-Pier l’accompagnait. Finalement, cette dernière s’y est investie elle-même. Marie-Pier tiendra bientôt la comptabilité de la ferme pour mieux comprendre l’entreprise et permettre à sa mère d’enfin profiter de ses soirées. Son père, Hervé, est le sixième Béliveau à vivre de la ferme familiale. Ses ancêtres font partie des fondateurs de la paroisse de Sainte-Sophie-d’Halifax. Il est très actif dans son milieu et Marie-Pier l’accompagne le plus souvent possible dans les assemblées. « On a “coop” tatoué sur le cœur, spécifie la jeune fille avec humour. Papa a fait partie de tous les mouvements coopératifs; il est membre, dépositaire, et représentant chez Citadelle ainsi que membre et animateur délégué chez Agropur. On reste fidèles à nos valeurs coopératives. » À ce titre, la ferme est membre du Club d’encadrement technique de qualité acéricole et de La Coop des Appalaches.

Elle avoue que son intérêt pour l’érablière s’est développé un peu sur le tard. À sa décharge, elle rappelle que le temps des sucres ne revient qu’annuellement et qu’elle était généralement à l’école. « Prendre de l’expérience dans ce contexte est plus long qu’à l’étable où les tâches se répètent quotidiennement. » Mais elle a vite découvert que l’érablière l’intéressait plus qu’elle ne le croyait de prime abord. « Au cours de ma deuxième année au cégep une grève a eu lieu exactement au moment des sucres. J’ai pu entailler toute seule et participer à toutes les étapes. » L’automne suivant, elle a suivi un cours sur la coupe de bois en forêt privée.

En 2005, son père achetait un séparateur. Un équipement économiquement primordial, car il permet d’économiser jusqu’à 75 % du combustible nécessaire au fonctionnement de l’évaporateur en retirant de la sève une quantité considérable de l’eau qu’elle contient. Un achat judicieux pour ces exploitants d’une érablière de 3100 entailles produisant une moyenne de 2 kilos (5 livres) de sirop à l’entaille. En 2007, le séparateur a permis aux Béliveau, père et fille, de passer seuls à travers une saison des sucres, leur employé ayant démissionné en mars. « Le séparateur nous donne plus de liberté en nous permettant de bouillir quand on veut », apprécie Marie-Pier.

La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre.

Ce genre d’acquisition d’équipement s’inscrit dans une démarche qui vise à continuellement améliorer leur qualité de vie, une valeur primordiale chez les Béliveau. « Nous sommes reconnus pour être des lève-tard », admet Marie-Pier. Une journée typique commence à l’étable au plus tôt à 6 h 30 et s’achève au plus tard à 18 h 30.

Les Béliveau n’élèvent pas leur relève de troupeau, ce qui réduit d’autant la charge de travail. « C’est certain que pendant les périodes de pointe, les journées sont plus longues. Dans ces moments-là, je me sens un peu coupable parce que je travaille tard. J’ai l’impression de négliger mon copain. Si on bout le soir jusqu’à 23 h, lui va aller se coucher, sans plus. Les filles, nous sommes plus émotives, on s’ennuie plus facilement. Mais au moins, je suis consciente de mon état! » analyse-t-elle avec humour. Et comment s’adapte un conjoint apprenti électricien à la réalité de sa douce? « Il fait les repas et le ménage, s’occupe même de mes lunchs! » apprécie la jeune fille.

Marie-Pier a la tête bien solidement ancrée sur ses épaules et fait preuve d’une grande lucidité pour son âge. Avec ses parents, elle entamera en janvier 2008 le cours sur le transfert de ferme. Dans le cadre de ses cours en gestion, Marie-Pier a fait avec eux les exercices de planification stratégique et élaboré son plan d’établissement. Ils ont ainsi confirmé leur vision commune de l’entreprise et stimulé leur motivation. « Je ne suis pas pressée. Que j’aie 20 % des parts ou non, je participe autant au processus décisionnel alors rien ne presse. Il vaut mieux être prêt et faire le transfert au moment opportun pour tout le monde. »

Se retrouver seule aux commandes lorsque ses parents partaient en voyage a aussi été révélateur pour la jeune fille. « C’est là que j’ai compris que penser est beaucoup plus fatigant qu’agir et qu’être la tête pensante, de voir seule à tout, c’est autant épuisant que motivant. » Une expérience qui a changé la perception qu’elle avait de son père. « Il en fait beaucoup plus qu’il en a l’air. J’imagine ce qui tourne dans sa tête le soir sur l’oreiller si moi, avec le peu d’expérience que j’ai, j’éprouve de la difficulté à m’endormir parfois… »

Marie-Pier se sent déjà bien accueillie au sein d’un milieu qu’on dit d’hommes. Elle reconnaît qu’elle détonne dans les assemblées où les moins de 35 ans se font rares, d’autant plus du genre féminin. Mais son entregent, son assurance et son sens des affaires lui font apprécier ces rencontres avec ses pairs, rencontres dans lesquelles elle se sent très à l’aise. Gênée étant plus jeune, elle a cultivé son assurance en s’engageant dans des comités, équipes sportives, associations, et en participant à un programme d’anglais intensif par immersion. Ce qui lui a permis aussi avec le temps de développer un cercle d’amis de tous les milieux qui sont contents et curieux de venir partager son quotidien, le temps d’une ou deux traites…

Marie-Pier a une définition bien personnelle de l’ambition. Cela signifie pour elle d’en apprendre davantage chaque année, d’être active éventuellement au sein des conseils d’administration de différentes coopératives et d’améliorer sans cesse ses qualités de gestionnaire. « Agriculteur, ce n’est pas qu’un travail, c’est un mode de vie. Faire 10 000 kg de lait par année n’est pas un but selon moi. Je veux une famille, être heureuse, bien vivre de mon entreprise. Le lait, le travail, les équipements, ce sont des moyens pour arriver à mes buts. »

On peut dire que Marie-Pier avait le portrait typique de l’entrepreneure et qu’elle a trouvé, dans la ferme familiale, une PME et des défis à sa mesure!

Chacune des 3100 entailles de l'érablière produit en moyenne deux kilos de sirop.


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