Au
Québec, les statistiques
sur le divorce révèlent
qu’environ une union
sur deux se solde par un échec.
C’est un chiffre qui
en dit long et qui fait frissonner
nos producteurs agricoles.
Mais un divorce n’entraîne
pas nécessairement
la dissolution d’une
entreprise. Le Coopérateur
agricole s’est entretenu
avec une avocate, un comptable,
une psychologue ainsi que
des agriculteurs pour faire
le tour de la question. La
première exploitation
citée a survécu
parce qu’il s’agit
d’un legs familial tandis
que l’autre, et bien
c’est une histoire que
vous n’auriez pas cru
possible si vous ne l’aviez
pas lue.
La durée moyenne
de la vie commune
– qu’il
s’agisse d’une
union mariée
ou d’une union
de fait – est
actuellement de cinq
ans. Mais le taux
de divorce serait
plus bas chez les
agriculteurs, si l’on
se fie aux chiffres
du cabinet d’avocats
Cain Lamarre Casgrain
Wells, spécialisé
en droit de la famille
et qui possède
des cabinets à
travers le Québec.
Cela s’explique
possiblement par le
fait que les valeurs
des agriculteurs sont
plus saines que dans
d’autres milieux,
croit Nicole Tremblay,
avocate, mais aussi
parce qu’une
rupture est plus compliquée
dans le domaine de
l’agriculture.
Tous ses collègues
sont d’avis
que le stress et des
horaires de travail
qui mènent
à l’épuisement
sont des facteurs
aggravants, toutefois
la raison la plus
souvent invoquée
dans les causes de
divorce est «
il ou elle ne m’aime
plus ». Les
relations hommes-femmes
ont-elles à
ce point changé?
Pas d’après
Me Tremblay. Les gens
vivent plus vieux
et se lassent d’être
avec le même
partenaire. Il y a
aussi moins de préjugés
qui entourent le divorce
et le processus est
plus facile qu’il
ne l’était
il y a trente ans.
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Un divorce n’a pas besoin
d’être une déclaration
de guerre. Malgré toutes
les histoires d’horreur
qui circulent, un nombre surprenant
se règlent à
l’amiable. « Je
dirais même que la majorité
des fermes survivent au divorce,
dit Me Tremblay. Souvent,
ces couples ont des enfants
et même dans des cas
litigieux, on arrive à
des ententes parce qu’ils
ont à cœur la
relève. Parfois, les
paiements seront échelonnés
sur cinq ans et j’ai
même vu un dossier où
le terme était de dix
ans, pour ne pas mettre la
ferme en péril.
Profil
Il n’y a pas d’âge
pour divorcer. Parmi les requêtes,
on note un homme de 94 ans
et celle d’une femme
au début de la vingtaine
avec de très jeunes
enfants. Il y a des retraités
et d’autres qui sont
sur le point de l’être.
Il y en a dans tous les secteurs
: des propriétaires
de très petites entreprises
et ceux qui valent plusieurs
dizaines de millions de dollars.
Certaines entreprises ont
des installations désuètes.
D’autres sont médaillés
du Mérite agricole
et leurs propriétaires
ont voyagé partout
à travers le monde.
Le secteur présentant
le plus de litiges, selon
Me Tremblay, est dans le secteur
laitier. « C’est
un domaine où l’on
voit beaucoup de jeunes entrepreneurs
qui se séparent. »
La plupart du temps, ce sont
les femmes qui demandent le
divorce, dit Pierrette Desrosiers,psychologue
du travail et coach spécialisée
en agriculture. « Les
enjeux pour monsieur sont
différents, explique-t-elle.
Lorsqu’une femme est
malheureuse, que ses attentes
sont trop loin de la réalité
et qu’elle trouve la
situation invivable, elle
va agir. Une femme va changer
d’orientation, risquer
de perdre beaucoup financièrement,
tout cela parce que sa vie
est plus importante que son
travail. Pour un homme, c’est
une question d’identité.
Une séparation équivaut
à un échec personnel.
L’idée de perdre
l’entreprise qui est
passée de père
en fils est inconcevable.
Il acceptera donc de vivre
l’invivable beaucoup
plus longtemps. »
L’appauvrissement
« Un divorce ou une
séparation c’est
proche du cœur et proche
du portefeuille en même
temps, puisque l’agriculture
est un mode de vie »,
dit Pierre Fréchette,
comptable général
licencié et directeur
du service de comptabilité
de la fédération
de l’UPA du Centre-du-Québec,
une équipe multidisciplinaire
de 33 employés qui
sont là entre autres
pour aider les agriculteurs
en instance de divorce. «
C’est difficile à
vivre. Il faut s’entourer
de personnes compétentes,
pas de “Pierre Jean
Jacques” qui donnent
des conseils pour vous monter
l’un contre l’autre.
»
« Quand un couple se
sépare, ça prend
deux habitations, deux voitures,
tout est en double. Donc tout
coûte plus cher et ça
gruge la liquidité,
poursuit-il. De plus, si la
personne qui quitte le foyer
avait toujours travaillé
à la ferme, il lui
faudra du temps pour se trouver
un autre emploi. Entretemps,
il faut prévoir de
l’argent pour que cette
personne puisse subvenir à
ses besoins. Tout cela entre
en ligne de compte lorsqu’on
détermine les montants
qui devront être versés
sous forme de pension alimentaire
ou de prestation compensatoire.
Et rien n’empêche
une exploitation agricole
qui a beaucoup d’actifs
d’avoir de sérieux
problèmes de liquidité
ou de rien n’avoir de
tangible à partager.
C’est le cas lorsqu’un
agriculteur doit remettre
la ferme au père ou
si la résidence familiale
fait partie des bâtiments
de ferme et qu’on ne
peut pas la vendre parce qu’il
y a un droit d’habitation
ou d’usage pour des
parents.
Mais il arrive parfois, ô
miracle, que les ex-conjoints
s’entendent bien, qu’ils
fassent des choix éclairés.
« La réussite
d’un divorce dépend
de la maturité émotionnelle
des partenaires, explique
Mme Desrosiers. Quand on a
mal, notre première
réaction c’est
de faire mal à l’autre.
Ça prend énormément
de maturité, d’intelligence
émotionnelle pour être
en mesure de faire des concessions,
des choix qui sont raisonnables
et de se rappeler quels sont
ses objectifs de vie. Idéalement,
il faut faire un choix qui
ne mette pas en péril
les personnes en cause, y
compris les enfants. Ce choix
doit aussi faire en sorte
que les deux parties ne se
retrouvent pas lavées.
Il faut aussi savoir tourner
la page, pour ne pas se retrouver
en dépression ou enragé
pendant des années.
Et, s’il nous faut de
l’aide pour passer au
travers de quelques étapes,
il faut l’accepter et
aller chercher les ressources
dont on a besoin pour s’en
sortir. »
Ferme
J. C. Poissant
|
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Jean-Claude
Poissant et son fils
Jason |
Jean-Claude Poissant, agriculteur
à Saint-Philippe-de-La
Prairie, possède une
entreprise laitière
et céréalière.
Son troupeau compte une centaine
de bêtes et 260 hectares
en grandes cultures. L’entreprise
est une ferme ancestrale.
Il est la quatrième
génération à
l’exploiter.
En moins de deux ans, Jean-Claude
a dû racheter son associé
qui avait décidé
de délaisser la production
laitière pour se consacrer
aux grandes cultures. Avant
qu’il n’ait fini
de régler le refinancement
des prêts qui lui permettrait
de se sortir de ce pétrin,
sa conjointe lui annonce qu’elle
le quittait.
Jean-Claude n’a pas
eu à demander que l’on
vienne chercher ses armes
à feu. Ses frères
Gilles et Luc sont arrivés
à la ferme à
l’improviste et ont
pris toutes les armes qui
étaient dans le placard
à fusils. Des agriculteurs
qui mettent fin à leurs
jours avec une arme à
feu, ça arrive trop
fréquemment. Jean-Claude
n’a pas protesté.
Lui aussi connaissait l’agriculteur
qui habitait le rang voisin,
celui qui s’est suicidé
à la carabine après
une journée éprouvante
chez le notaire, en préparation
de son divorce.
« Cette époque
a été la plus
noire de ma vie. Si j’ai
passé au travers, c’est
avec l’aide de l’organisme
Au Cœur des familles
agricoles, c’est grâce
à Maria Labrecque-Duchesneau.
»
Jean-Claude travaille à
cette ferme depuis 1975, depuis
qu’il a 15 ans. Le manque
flagrant de personnel fiable
à la ferme et le fait
qu’il s’ennuyait
sur les bancs d’école
avaient fait en sorte que
son père lui avait
offert de laisser ses études
pour venir travailler à
la ferme à temps plein.
L’entreprise à
l’époque était
spécialisée
dans la production d’urine
de jument destinée
à des compagnies pharmaceutiques
qui en extrayaient des hormones
spécifiques. La ferme
comptait également
une vingtaine de vaches en
lactation et cent hectares
en grandes cultures. Vite
arrivé à la
conclusion qu’il lui
faudrait une formation plus
solide pour un jour être
en mesure de prendre l’exploitation
en main, Jean-Claude décide
de reprendre les études
et s’inscrit au cégep
de Saint-Jean-sur-Richelieu
en 1979… et rencontre
sa dulcinée.
Jean-Claude devient partenaire
de l’entreprise familiale
en 1981 et se marie en octobre
1986. Quatorze mois plus tard,
son père décède
et lui lègue l’entreprise,
à condition qu’il
donne à ses deux frères
ainsi qu’à sa
sœur leur part d’héritage
en argent. Pour ce faire,
Jean-Claude doit emprunter
sur la valeur de la ferme
pour honorer cette clause.
Jason naît en 1990 et
sa sœur Carolanne cinq
ans plus tard. Jean-Claude
travaille de longues heures
pour faire fructifier l’entreprise
et sa conjointe en fait autant
à l’extérieur
de la ferme, tout en continuant
à s’occuper de
la comptabilité de
l’entreprise. Le couple
s’essouffle et s’éloigne
l’un de l’autre.
Jean-Claude, à qui
son père avait enseigné
qu’il était normal
pour un couple de passer à
travers des périodes
orageuses, attend que le beau
temps revienne. Pour oublier
ce qu’il vit, il comble
ses journées en devenant
administrateur à l’UPA.
Il est nommé producteur
ambassadeur à l’UPA
et agi comme membre consultatif
agricole de la MRC.
En 1999, son cousin par alliance
– qui est également
en production laitière
– passe au feu. Jean-Claude
lui offre d’héberger
ses vaches, question de lui
donner le temps de décider
de rebâtir ou de vendre
son quota. La cohabitation
se déroule si bien
que les deux s’associent
et embauchent un employé
à temps plein. Ils
dépensent plus de 100
000 $ pour rénover
les bâtiments, aménager
les stalles, améliorer
le système de traite
et grossir la fosse. Tout
cela, afin d’être
en mesure de gérer
le quota qui est passé
de trente à soixante
kilos par jour. Mais voilà
qu’à peine un
an plus tard, le cousin annonce
qu’il se retire de la
production laitière
pour se consacrer entièrement
à la nouvelle entreprise
qu’il vient de mettre
sur pied. La surprise est
totale!
Jean-Claude rencontre son
banquier et lui expose la
situation. On lui propose
de consolider les dettes de
l’entreprise et de financer
l’achat de quota additionnel
moyennant la mise sur pied
d’un bon plan financier.
Le fiscaliste qui intervient
dans le dossier suggère
que l’ensemble du quota
de l’associé
soit vendu par encan et que
Jean-Claude en rachète
une portion par la suite.
«
Mon emprunt venait
tout juste d’être
approuvé :
le premier 250 000
$ pour consolider
les prêts de
l’entreprise
et l’autre 250
000 $ devait être
déboursé
au mois de septembre,
pour l’achat
de quota, fait savoir
Jean-Claude. Le 20
août, je soumissionne
pour acheter dix kilos
de quota, puis le
25, ma conjointe m’apprend
qu’elle me quitte.
Ça m’a
complètement
renversé. J’ai
totalement oublié
toute cette histoire
de quota. Quand mon
banquier a appris
cela, c’est
lui qui m’a
guidé. »
Comme le déboursé
n’avait pas
encore été
fait et que personne
ne savait comment
les choses allaient
se dérouler,
le banquier a tout
de suite exigé
que des papiers soient
rédigés.
Une entente de séparation
des biens est négociée.
Celle-ci touche tous
les aspects du patrimoine
familial : la maison,
les véhicules
et le fonds de retraite,
mais ne faisait pas
mention de l’entreprise.
« Nous étions
mariés sous
le régime de
séparation
de biens et ma conjointe
travaillait à
temps plein à
l’extérieur,
dit Jean-Claude. Elle
était payée
pour faire la comptabilité
et elle ne contribuait
pas financièrement
dans l’entreprise
comme tel.
Le fait qu’elle
n’était
pas une conjointe
participante et qu’une
bonne partie de l’entreprise
était un héritage
de mon père
a fait en sorte que
l’entreprise
n’a pas été
affectée par
mon divorce. Pour
ce qu’il l’a
été,
j’ai pu étaler
mes prêts sans
affecter ma liquidité.
»
|
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Après
avoir travaillé
sur la ferme
l’été
dernier, Jason,
maintenant
âgé
de 17 ans,
a surpris
ses parents
en décidant
d’aller
faire son
cours en agriculture
à l’ITA.
Jusqu’à
présent,
sa passion
était
la musique
et il est
très
bon musicien.
« Mais
vouloir vivre
de la musique,
c’est
un peu comme
espérer
de percer
dans la ligue
nationale,
selon Jean-Claude,
son père.
Il y a très
peu d’élus.
»
« Travailler
en agriculture
c’est
un beau métier,
ça
permet d’être
son propre
patron, dit
Jason qui
entrevoit
prendre la
relève
de la ferme
un jour. Je
n’aurais
pas aimé
que la ferme
soit vendue.
» |
|
Une
histoire extraordinaire :
La ferme Diolac
Les
choses ont si peu
changé à
la ferme Diolac, une
entreprise laitière
et porcine située
à Saint-Zéphirin-de-Courval,
que bien des gens
ignorent que François
Dionne et Michèle
Lacroix sont séparés
depuis l’an
2000 et tout récemment
divorcés.
« Quand on entend
dire qu’un couple
se divorce, immédiatement,
la première
chose à laquelle
tout le monde pense
c’est que la
ferme va être
vendue », commente
Véronique Dionne,
la fille de François
et Michèle,
qui est agronome et
copropriétaire
de la ferme avec son
frère Jean-Philippe.
Elle est visiblement
fière de ses
parents qui font exception
à la règle
en continuant de travailler
ensemble.
« Mes parents
ont réussi
là où
d’autres ont
échoué
», affirme-t-elle
en donnant l’exemple
d’un couple
qu’elle connaît
bien qui, malgré
leur intention de
demeurer partenaires
dans l’entreprise
lors de leur séparation,
sont littéralement
entrés en guerre
lorsque le temps est
venu de négocier
l’entente de
divorce.
Michèle Lacroix
et François
Dionne se sont mariés
en 1974. |
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François
Dionne et
Michèle
Lacroix en
1974 |
|
Aujourd’hui, ils sont
assis ensemble à la
table de cuisine et racontent
leur histoire, l’un
finissant les phrases de l’autre,
comme tout couple le fait
après avoir vécu
longtemps ensemble. L’atmosphère
est calme et détendue.
Il y a un étrange mélange
d’amour, d’harmonie
et de passion bien que l’on
parle de divorce. C’est
comme entendre un orchestre
philharmonique vous jouer
une symphonie lorsqu’on
s’attend à de
la musique heavy metal. En
boutade, François dit
qu’il ne se souvient
pas de la raison de leur divorce.
Puis il se ravise et dit :
« Là je m’en
rappelle, c’est parce
que je suis arrivé
en retard au mariage! »
Tout le monde rit. C’est
pourtant vrai. Une heure avant
la cérémonie,
Michèle et François
étaient encore dans
les champs en train de finir
les semences… Le beau
temps avait tardé à
arriver à l’été
1974.
« À force de
vouloir tout gérer
et tout mener, à la
fin, il n’y a plus d’espace
pour le conjoint, admet Michèle.
Les attentes deviennent tellement
élevées et inatteignables
que petit à petit tu
décroches parce que
tu es déçue.
Et, plus tu décroches
moins tu l’aimes. Ça
devient insupportable pour
les deux. »
« On ne se détestait
pas, mais on ne s’aimait
plus passionnément
», précise François.
S’ils sont restés
ensemble pendant tant d’années,
c’est pour les enfants.
Et, s’ils ont choisi
de continuer de demeurer partenaires
dans l’entreprise, c’est
également pour la même
raison, pour les enfants.
« On n’a jamais
pensé à dire
“quand je vais divorcer,
je vais te saigner”
parce que j’aurais saigné
ma fille, j’aurais saigné
mon fils, je leur aurais enlevé
leur revenu et tout le travail
qu’on avait fait pour
eux », dit Michèle.
François affirme qu’il
n’a pas travaillé
aussi fort dans la vie uniquement
pour faire de l’argent.
S’il a planté
des arbres sur ses terres
c’était pour
les voir grandir. S’il
avait vendu la ferme à
un étranger, la première
chose qu’il aurait fait,
ça aurait été
de couper les arbres.
|
|
François
en compagnie de ses
deux enfants, Véronique
et Jean-Philippe |
L’entente de divorce,
en ce qui a trait à
l’entreprise, a formalisé
la promesse que François
avait faite à Michèle.
« On a mis par écrit
ce que je lui avais promis
verbalement. Je lui ai toujours
dit que la moitié de
la ferme était à
elle. On était mariés
en séparation de biens,
mais on n’avait jamais
signé quoi que ce soit
en ce sens. Si l’entreprise
a réussi à prendre
de l’expansion, c’est
grâce à nous
deux.
Lorsque Michèle était
dans la cuisine, moi j’étais
dans l’étable
et vice-versa. On n’a
jamais eu de division de tâches
comme tel. »
Le partage du patrimoine familial
s’est fait rapidement.
Mis à part quelques
REER, presque tout appartenait
à l’entreprise.
Maintenant que Jean-Philippe
vit dans la maison située
du côté de l’étable
laitière et que Véronique
habite de l’autre côté
du chemin près des
étables porcines, Michèle
et François se sont
chacun acheté une maison
un peu plus loin dans le même
rang, à moins d’un
demi-kilomètre de la
ferme. Ils sont voisins de
biais et ils peuvent s’envoyer
la main quand ils sortent
sur leur balcon respectif.
Jean-Philippe, qui avait 15
ans lorsque ses parents se
sont séparés,
était trop jeune à
l’époque pour
réaliser les conséquences
qu’un divorce pouvait
avoir pour une entreprise.
« Mes parents m’ont
transmis leur amour pour l’agriculture.
Si la ferme avait été
vendue, j’aurais tout
probablement travaillé
dans le monde agricole quand
même, mais si j’avais
voulu m’établir
seul, j’aurais quoi,
dix vaches maintenant? Là
on peut dire que je fais partie
d’une belle entreprise.
»
Véronique dit qu’elle
ne serait probablement pas
devenue une productrice agricole
sans l’appui de ses
parents et une entreprise
déjà en place,
prête à l’accueillir
après ses études.
Le divorce de ses parents
et le fait que l’entreprise
a dû être restructurée
après une chicane de
famille ont rendu Véronique
beaucoup plus hésitante
quand vient le temps d’aborder
la discussion de ses propres
projets d’avenir. Célibataire,
sans enfants et âgée
de 28 ans, Véronique
dit qu’il n’est
pas question de s’associer
à un futur conjoint
dans l’entreprise. Le
contrat de société
qu’elle a signé
avec son frère et ses
parents le prévoit
d’ailleurs. Même
si l’un d’eux
en vient à vivre en
couple, les conjoints ne pourront
devenir actionnaires et n’auront
aucun pouvoir décisionnel
dans l’entreprise. «
On a vécu le divorce
de nos parents et on sait
que même si un couple
va bien, un jour il risque
de se séparer, dit-elle.
Si on n’est pas trop
soudés ensemble, ça
risque de mieux se défaire…
»
Les gens des environs sont
toujours surpris d’apprendre
que François et Michèle
ne sont plus en couple. Certains
sont mal à l’aise,
disent-ils, non pas d’apprendre
qu’ils sont divorcés,
mais plutôt parce qu’ils
les voient ensemble avec leurs
enfants. Bon an, mal an, le
bonheur de la ferme Diolac
se vit ainsi.
Commentaires
de nos
experts
Il est
impossible
de «
planifier
»
un divorce.
Une fois
les gens
remis
de leurs
émotions
et que
la pensée
rationnelle
est revenue,
nos experts
suggèrent
d’opter
pour la
médiation
pour négocier
une entente
qui satisfasse
les deux
parties.
Il est
évidemment
préférable
de choisir
un médiateur
qui connait
le milieu
agricole
et les
lois qui
s’y
appliquent,
comme
la Commission
de protection
du territoire
agricole
du Québec
(CPTAQ)
et la
Loi sur
les impôts.
Sauver
de l’impôt
Le fisc
permet
à
des conjoints,
en règlement
de droits
découlant
de leur
mariage,
d’effectuer
des transactions
entre
eux, soit
au coût
fiscal
ou à
la valeur
marchande.
Si les
transferts
de biens
au coût
fiscal
se font
sans payer
d’impôts,
ceux faits
en se
basant
sur la
valeur
marchande
entraînent
des conséquences
fiscales.
Par ailleurs,
si la
ferme
est incorporée
et que
monsieur
désire
continuer
à
exploiter
l’entreprise,
la compagnie
pourrait
racheter
les actions
de madame.
Si le
montant
de rachats
d’actions
est important,
une compagnie
de gestion
pourrait
être
formée
par madame.
Cette
dernière,
en transférant
ses actions
dans sa
compagnie
de gestion,
pourrait
éviter
l’impôt
au moment
du rachat
d’actions
par la
compagnie
de monsieur.
Madame
ne paiera
de l’impôt
que lorsqu’elle
sortira
l’argent
de sa
compagnie.
Si monsieur
achète
les actions
de madame,
cette
dernière
devra
également
déclarer
un gain
en capital,
mais celui-ci
sera potentiellement
admissible
à
l’exemption
de 750
000 $
sur le
gain en
capital.
Monsieur
devra
alors
emprunter
personnellement
pour payer
les actions
de madame.
Pour rembourser
l’emprunt,
il devra
soit augmenter
son salaire
ou se
payer
un dividende.
Par contre,
les intérêts
payés
sur cette
dette
seront
déductibles
d’impôts.
Si la
ferme
n’a
pas la
capacité
financière
de payer
la totalité
de la
somme
due par
la personne
qui continue
l’exploitation,
les paiements
seront
souvent
étalés
de façon
à
ne pas
mettre
en péril
l’exploitation.
Dans l’éventualité
d’un
transfert
de ferme,
il faut
que l’entente
permette
la pérennité
de l’entreprise
et une
retraite
convenable
à
la personne
qui a
continué
à
travailler
dans celle-ci.
Lorsque
le couple
est propriétaire
de l’entreprise
à
parts
égales
et que
les deux
personnes
concernées
s’entendent
pour que
l’un
d’entre
eux reprenne
l’entreprise,
obligatoirement
la personne
qui se
retire
ne pourra
encaisser
la valeur
marchande
de sa
quote-part.
Il y aura
cependant
une compensation
prévue
si celle-ci
devrait
un jour
être
vendue.
Pour plus
d’information,
consultez
le portail
de Service
Québec
à
l’adresse
: http://www.separationdivorce.info.gouv.qc.ca/fr/index.asp
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