Insister sur tout ce que peut apporter la participation à différents organismes, comités et associations agricoles, c’est ça que Nathalie Bolduc, productrice laitière à Saint-Georges de Beauce, voulait qu’on écrive dans cet article. Pour cela, hommage à une fille pleine d’entrain qui ne fait pas que regarder passer le train!




Nathalie Bolduc n’a que 27 ans, mais déjà la liste de ses engagements est longue : secrétaire et première vice-présidente de l’Association des jeunes ruraux du Québec, administratrice au Centre régional d’établissement en agriculture (CRÉA) Beauce-Appalaches, administra-trice à l’Exposition agricole de Beauce, administratrice au Club Holstein de Beauce, directrice du Cercle d’amélioration du bétail (CAB) Beauce-Frontenac…

Cette éleveuse ne s’engage pas dans différents organismes agricoles pour fuir à tout prix la ferme, au contraire.
 

L’agriculture et l’élevage, elle en mange! Elle dit même être amoureuse de ses vaches! La question de son choix de carrière ne s’est, dans ce cas-là, jamais posée : elle reprendrait la ferme de ses parents après son diplôme professionnel en production laitière. Ce qui fut fait.

Mais en sortant du Centre de formation agricole de Saint-Anselme, en 1999, Nathalie ne s’est pas précipitée tout de suite à temps plein à l’étable. Elle a débuté comme employée à temps partiel au PATLQ, maintenant Valacta. Quatre belles années où elle aura eu l’occasion de côtoyer d’autres éleveurs, de confronter des idées, d’affermir ses connaissances. Ce genre de passage, elle le recommande à tous les jeunes étudiants qui sortent de l’école. Que ce soit par le biais de stages ou d’emplois, constater d’autres façons de faire ne peut qu’être profitable pour la suite des choses : l’établissement.

Et c’est en 2003 qu’elle jette l’ancre en devenant actionnaire de l’entreprise de ses parents, Francine Loignon et le « beau » Ghyslain Bolduc, d’où vient le nom de la Ferme Beaulain. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer à voguer de conseils d’administration en comités. Aller voir ailleurs pour s’aérer l’esprit, c’est sa devise.

L’énergie au féminin
Pour Nathalie « 220 volts » Bolduc, il y a mille raisons de participer aux activités entourant le milieu agricole. D’abord pour tisser des liens d’amitié et d’affaires. Ensuite pour se perfectionner et s’initier à la vie démocratique. Enfin pour socialiser, potiner un brin, sortir de son contexte agricole parfois « claustrophobiant » et briser son isolement.

« Ça ne peut être qu’aller jouer aux quilles ou prendre part à un voyage organisé pour visiter des fermes, explique la dynamique productrice. En fin de compte, l’important c’est de participer. Pas besoin d’être organisateur ou d’être toujours au micro! Juste participer, c’est déjà très bien. » Nathalie Bolduc sait donc sortir de son rang… si ce n’est sortir du rang. Ah! Si jeunesse savait… motiver jeunes et moins jeunes!

Des activités pour aller voir ailleurs une fois de temps en temps, pour prendre le temps de faire autre chose et même pour prendre du bon temps, il en existe pour tous les goûts. Et tous les goûts sont dans la nature. Par exemple, il faudrait payer Nathalie bien cher pour qu’elle aille s’asseoir dans une réunion du syndicat de base de l’UPA! Le côté politique des organisations ne l’intéresse pas. Pas encore du moins. « Je n’ai pas de grandes causes à défendre », prend-elle soin de justifier.

Mais où trouve-t-elle toute cette motivation, cette énergie pour se donner à tellement de causes? « C’est bon pour l’estime de soi, répond-elle. En organisant une activité, si j’ai pu faire plaisir à trois ou quatre personnes, ce sera déjà très gratifiant. »  

L’énergie au masculin

Cette piqûre de l’engagement, Nathalie la doit principalement à son père, Ghyslain Bolduc, très connu dans sa région (justement pour être actif au sein du syndicat de base!) et qui emmenait Nathalie dans les réunions du Club Holstein lorsqu’elle n’avait que 12 ans. Pourtant, quand Ghyslain a eu 35 ans, il a souffert d’un épuisement professionnel, un burnout, associé à des problèmes cardiaques. Tous les êtres humains, qu’ils soient agriculteurs ou pas, ont des limites. À trop s’engager, on peut en arriver qu’à ne plus avoir assez d’énergie pour les autres aspects de la vie : la famille, les amis, les loisirs, le travail même.

 
Si Nathalie tient beaucoup de son père pour ses multiples engagements, elle a aussi hérité de l’énergie de sa mère Francine. On lui doit beaucoup dans les succès de la ferme.
« C’est une question de dosage, résume Nathalie, qui a retenu la leçon. Dans la vie, il n’y a pas que la ferme et les activités en dehors de la ferme! » Avec un excellent troupeau Holstein d’une quarantaine de vaches en lactation, 73 hectares (180 acres) en culture et 62 en boisé, elle ne peut certes pas s’asseoir sur ses lauriers, même si Ghyslain et Francine mettent toujours la main à la pâte. Qu’à cela ne tienne, le dimanche après-midi de congé et même la fin de semaine de congé sur deux sont des impératifs qui ne doivent pas être vus comme un luxe, selon Nathalie.

L’engagement chez les Bolduc, ce n’est pas seulement un gène transmis du père à sa fille, c’est aussi une contagion… de la fille au père! De fait, c’est Ghyslain qui a décidé de siéger au conseil d’administration du CRÉA peu après que Nathalie s’en soit retirée, par manque de temps. Alors que lui se passionne littéralement pour les budgets, la gestion et les chiffres, elle privilégie davantage les relations humaines, le social.

Le faible écart d’âge entre Ghyslain (51 ans) et Nathalie (27 ans) peut expliquer la bonne entente qui règne entre ces deux grands énergiques. L’ouverture d’esprit de Ghyslain étant suffisante pour que Nathalie puisse expérimenter, faire ses erreurs de jeunesse. Comme quand Nathalie a pris en charge l’alimentation, ce qui lui a permis d’élever la moyenne de production laitière à 11 400 kg de lait par vache par année… avec les factures de moulées et de frais vétérinaires qui venaient avec! « Mon père aurait pu me dire : “T’aurais dû écouter mon expérience et laisser la moyenne à 10 000 kg.” Et je lui aurais dit : “Ravale-la ton expérience!” Mais non, papa a été assez bon pour me laisser faire cette année-là, ce qui m’a permis de mieux comprendre le concept de lait fourrager! » 

Si Nathalie tient beaucoup de son père pour ses multiples engagements, elle a aussi hérité son énergie de sa mère Francine. Pendant la séance de photos qui accompagnait la venue du Coopérateur à la ferme, Francine n’a pas arrêté une seconde : pousser l’ensilage, redonner du foin, brosser les vaches, laver des queues, gratter le fumier, passer le balai… À peine a-t-on réussi à faire une photo d’elle avec sa fille! Ceux qui la connaissent le disent : Francine est effacée et humble, mais on lui doit aussi beaucoup dans les succès de la ferme.

Motivatrice et rassembleuse

« C’est sûr que pour ceux qui organisent des évènements, ça ne participe jamais assez et c’est souvent les mêmes qui se déplacent. Des raisons, j’en ai beaucoup entendu : c’est loin, j’ai pas le temps… Comme si une journée par-ci par-là allait bousiller leur ouvrage! Mais ce n’est pas vrai. Ma ferme, je veux en vivre toute ma vie. Mais je ne veux pas me tuer à l’ouvrage. Sa dimension actuelle me va très bien. Ce n’est pas vrai que quand la terre du voisin est à vendre, il faut l’acheter. Qu’est-ce qu’apporte un tracteur plus gros que le tien dans ma qualité de vie? J’ai vu papa et maman aller dans le sud tous les hivers quand j’étais jeune. » Preuve que Nathalie sait décrocher : un jeu de scrabble et un dictionnaire traînaient sur la table de cuisine…

 
« Moi je veux continuer d'entrer dans l'étable chaque matin, dire ”salut les filles“ et m'amuser là-dedans. »
« Moi je veux continuer d’entrer dans l’étable chaque matin, dire “salut les filles” et m’amuser là-dedans. J’ai braillé comme un veau quand j’ai eu mes deux premières vaches Excellentes… Y’a pas grand-chose que je n’aime pas faire à la ferme; même ramasser des roches au printemps, quand t’as pris du poids durant l’hiver, c’est l’fun! »

Sacrée attitude, cette Nathalie Bolduc…


Occupée et branchée
Quand François Gamache, son expert-conseil de La Coop Alliance, veut prendre rendez-vous avec elle, il doit utiliser non pas le téléphone, mais bien le courriel.

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