L’ascension du Kilimandjaro, un ancien volcan aux neiges agonisantes – 5896 mètres d’altitude – situé en Tanzanie, est un rêve de bien des randonneurs. L’automne dernier, j’ai eu la chance de réaliser ce rêve avec sept autres personnes. Cette belle aventure a été soutenue financièrement par plusieurs partenaires, dont La Coop fédérée et Le Coopérateur agricole, au profit du Club des petits déjeuners du Québec. En échange, je partage cette expérience avec vous, lecteurs.



C'est le 1er septembre que, préparés physiquement et mentalement, nous amorçons cette expédition par une journée d’acclimatation dans un petit village massaï situé sur le versant du Mont Méru, montagne voisine du Kilimandjaro. Plusieurs paysans vivent sur les versants de cet ancien volcan où s’abattent les pluies amenées par les vents alizés du sud-est.

Ils vivent de leurs bananeraies, leurs caféières et leurs récoltes de maïs et de pois. Leurs vaches fournissent le lait et le sang, deux produits qui sont la base de leur alimentation. Certains de ces paysans doivent marcher quelques kilomètres pour se procurer l’eau potable.

Cette journée d’exploration nous permet de côtoyer la culture typique de ce peuple africain et de nous intéresser à leur mode de vie, tellement différent du nôtre. Malgré que les Tanzaniens soient un peuple assez pauvre, nous nous rendons vite compte de la fierté et de la joie de vivre qui les habitent. Cela nous fait prendre conscience des richesses que nous avons autour de nous et que nous ignorons trop souvent.

Le lendemain, nous commençons l’ascension proprement dite de l’ancien volcan du nord de la Tanzanie, le Kilimandjaro, formé de trois sommets : le Shira à l'ouest, le Mawenzi à l'est et le Kibo, le plus élevé, au centre. Avec 5896 mètres d'altitude au pic Uhuru, situé sur le Kibo, le Kilimandjaro est le point culminant de l'Afrique. Le sommet Kibo est couvert de neiges éternelles et d'une calotte glaciaire qui se retirent tranquillement à cause du réchauffement climatique. Des six voies possibles pour en faire l’ascension, nous choisissons la voie Shira. Peu fréquentée et un peu plus difficile que la voie principale (la Marangu), elle permet une bonne acclimatation en raison des fortes amplitudes de hauteur franchies quotidiennement.

Dès notre première journée, nous ne pouvons qu’admirer la capacité et la force de nos porteurs, qui nous permettent d’avoir des campements pour le moins luxueux à cette altitude! Ces sympathiques personnages ne pèsent guère plus que 65 kilos mouillés et portent souvent, sur leur tête, un poids plus élevé que leur propre poids corporel. Aussitôt le petit-déjeuner terminé, ils défont le campement, transportent tous nos équipements et le matériel au nouveau site, réinstallent le camp et commencent à préparer le repas avant même que nous arrivions. On les surnomme les machines!

Les nuits en altitude, même à notre premier campement situé à 2800 mètres, sont très froides. La tuque, les bas de laine, les sous-vêtements thermaux et un bon sac de couchage sont de mise!
 
Plusieurs paysans cultivent les bananes sur les versants de cet ancien volcan où s’abattent les pluies amenées par les vents alizés du sud-est.

Pour ajouter à cet inconfort, nous commençons déjà à ressentir l’essoufflement à l’effort causé par le manque d’oxygène. D’ailleurs, durant cette première nuit de sommeil, peu de temps après m’être difficilement endormi, je me réveille en sursaut avec l’impression de suffoquer. C’est l’apnée du sommeil, un trouble fréquemment rencontré à ces niveaux d’altitude.

À partir de la troisième journée, on remarque l’absence d’arbres. Toutefois, nous avons pu observer de magnifiques spécimens végétaux typiques du Kilimandjaro, tels que les séneçons géants et les lobélies. Ces plantes, qui poussent entre 2500 et 4000 mètres d’altitude, aiment mieux les endroits protégés tels que les vallées et les ravins. Au-delà de 4000 mètres, c’est le désert alpin. Les conditions végétatives y sont extrêmement difficiles : ensoleillement intense et températures très froides.

Plus nous approchons de notre but, plus nous éprouvons de l’essoufflement au moindre effort. Au-dessus de 4500 mètres, les maux de tête commencent, mais nous les contrôlons grâce aux anti-inflammatoires (Advil, Tylenol). Nous buvons de quatre à cinq litres d’eau par jour (un demi-litre l’heure) afin d’éviter les œdèmes qui causent ces maux de tête et qui peuvent mener à des problèmes plus sérieux (œdèmes cérébraux et pulmonaires).

Au terme de notre cinquième journée, arrivés au camp de base à 4800 mètres, nous sommes au-dessus des nuages. C’est un spectacle extraordinaire! Nous nous reposons et nous préparons physiquement et mentalement à l’ascension finale. Ce dernier tour de force s’effectuera de nuit pour des raisons techniques, ce qui nous permettra d’admirer le lever du soleil à partir du plus haut point d’Afrique.

Nous amorçons donc cette ascension à 23 h 30, à l’aide de nos lampes frontales et à un rythme pole pole (signifiant lentement en swahili). Ce spectacle qu’offrait la suite de faisceaux lumineux en direction du sommet dans cette noirceur quasi totale, parce qu’à peine éclairée par les étoiles et la lune, était enivrant.
 
Nous ne pouvions qu'admirer la force de nos porteurs. Ces sympathiques personnages ne pèsent guère plus de 65 kilos et portent bien souvent plus que leur poids
corporel sur leur tête.

Durant la nuit, à environ 5400 mètres, deux membres de notre équipe doivent abandonner en raison de malaises liés au mal aigu des montagnes : vomissements, déshydratation et étourdissements. Pour les membres restants, les difficultés s’accentuent et l’atteinte du sommet semble encore très loin.

L'atteinte du sommet de l'Afrique. L'euphorie et l'épuisement se mêlent et forment un sentiment confus d'accomplissement de soi.

Cette dernière partie de l’ascension est intense. Le manque d’oxygène provoque chez nous tous des étourdissements et des pertes d’équilibre. Nous sommes assaillis par l’essoufflement, le froid (-20 ºC) et l’énergie qui se fait de plus en plus rare. À ce moment, mon objectif se limite à faire six petits pas à la fois… prendre une pause et à répéter ces mouvements.

Au bout d’environ sept heures, nous arrivons au cratère. Juste à temps pour assister au lever du soleil, vers 7 h 15. Encore un petit effort pour atteindre le pic Uhuru.

Nous voilà! L’euphorie et l’épuisement se mêlent et forment un sentiment confus d’accomplissement de soi. Les paysages de glaciers et de neiges éternelles sont splendides, mais les conditions climatiques hostiles nous font vite comprendre que nous ne devons pas nous éterniser dans ce lieu de liberté (uhuru signifie liberté en swahili). Il est donc difficile d’apprécier totalement ce moment qui devrait pourtant être si exaltant.

C’est de retour sur terre que nous savourons notre réussite. Grâce à l’esprit d’équipe et à la détermination de chacun des membres de notre expédition, nous avons relevé le défi. Bien sûr, nous avons vécu quelques problèmes – orteils gelés, nausées et vomissements, etc. –, mais le sentiment d’avoir atteint cet objectif, qui était le nôtre et celui de plusieurs jeunes enfants, est le plus important de cette merveilleuse aventure.
 
Glaciers et neiges éternelles sont splendides, mais les conditions climatiques hostiles nous font comprendre qu'il ne faut pas nous éterniser là-haut.


 
Cette expédition a été organisée dans le but d’amasser des fonds pour le Club des petits déjeuners du Québec. Nous étions aussi en partenariat avec deux écoles de la région de Québec (École des Moussaillons et École Cœur-Vaillant) qui nous ont suivis durant toute la durée de ce périple par communications satellites. Par cette expédition, nous voulions promouvoir l’activité physique, l'ouverture sur le monde et sensibiliser les jeunes à l'impact de nos comportements sur l'environnement. De plus, nous souhaitions démontrer aux jeunes soutenus par le Club des petits déjeuners du Québec l'importance de se fixer des défis, de persévérer et de se rendre au bout de nos rêves!


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