Un centre de conditionnement de foin unique au monde a vu le jour dans la région de Kamouraska au cours de l’été 2007. Le Coopérateur s’est donc rendu à La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska, une des trois propriétaires, afin de découvrir cette exclusivité. Nous franchissons la porte du directeur général, Francis Castonguay. Nous sentons une certaine fébrilité dans l’air. Il nous demande de patienter le temps de faire certains téléphones. Quelques minutes plus tard, il se joint à nous. « Je suis désolé pour le retard, mais nous allons peut-être conclure notre première vente de foin en fin de semaine. C’est un producteur de chevaux de la Floride qui a toujours fait affaire avec un seul fournisseur et qui prend conscience que c’est un grand risque lorsque le manque de foin se fait sentir. Nous espérons qu’une entente se conclura », explique Francis.

La première question qui nous vient à l’esprit est comment a bien pu naître un projet comme celui du séchoir à foin. « Lorsqu’un producteur de la région s’est présenté à la coopérative pour raconter ses tentatives de commercialisation de foin, évoque Jocelyn Boucher, président de La
 
Francis Castonguay, directeur général de La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska
Coop Saint-Alexandre de Kamouraska, les dirigeants ont fait comme toute bonne coopérative doit le faire en raison de sa mission, et ils se sont penchés sur cette possibilité d’offrir un nouveau service aux producteurs. Une réflexion était déjà entamée sur ce manque d’intérêt pour le foin qui pourtant est aussi utilisé dans l’élevage bovin. »

Une analyse plus approfondie a fait ressortir qu’il existe au Bas-Saint-Laurent des superficies cultivables supérieures aux besoins des producteurs et que celles-ci sont principalement utilisées pour la production de céréales. « Les producteurs de chevaux aux États-Unis sont de grands consommateurs de petites balles de foin et les producteurs de ce pays se dirigent de plus en plus vers des cultures plus payantes, telles que le maïs. Les besoins pour le marché équestre sont donc très grands », souligne le président.

Agriculture et Agroalimentaire Canada a mis en place, il y a trois ans, un prototype expérimental au Saguenay–Lac-Saint-Jean et le ministère était à la recherche d’une entreprise qui voudrait implanter un prototype commercial. C’est à partir de là, et avec le support de La Coop fédérée, que La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska (62 %) et ses deux partenaires financiers, Aliments Asta (19 %) et Construction Témis Michaud inc. (19 %), ont entamé les démarches pour la réalisation de ce projet de plus d’un million de dollars.

« Un centre de ce genre permet de fournir un foin à valeur ajoutée d'excellente qualité à l'aide d'un procédé de conditionnement performant. Ainsi, l'approvisionnement en foin n'est pas à la merci des conditions climatiques difficiles du Bas-Saint-Laurent. De plus, une activité économique de ce genre permet de valoriser plusieurs terres sous-exploitées et propose une source de revenus supplémentaires aux producteurs », précise René Morissette, ingénieur junior spécialiste en récolte et conservation des fourrages pour Agriculture et Agroalimentaire Canada. « Il existe des systèmes de séchage artificiel mis en place par certains producteurs, mais notre système est exclusif », ajoute Jocelyn.

Le foin de commerce recherché est un foin de graminées, du mil principalement, récolté à un stade de maturité plus avancé. Il est important qu’il contienne une grande quantité de belles fibres alimentaires. Les nutriments indispensables pour les vaches, tels que la protéine et l’énergie, sont de moindre importance. Les acheteurs recherchent des petites balles lourdes et denses.

« Les producteurs produisent de moins en moins de petites balles en raison des coûts plus élevés et du temps que cela demande et aussi en raison du besoin de main-d’œuvre supplémentaire. Cepen-dant, nous n’aurons pas le choix de nous munir d’un cahier des charges qui comprendra des recommandations et des restrictions. Nous ne sommes pas là pour vendre des surplus de foin, mais pour vendre du foin dont nos acheteurs ont besoin. Et leurs besoins sont précis.
 
Jocelyn Boucher, président
de La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska : « Les besoins en foin pour le marché équestre aux États-Unis sont très grands. »
Il faudra que le producteur intéressé soit prêt à cultiver une partie de ses terres dans cet objectif», explique Francis.

Cette année, la coopérative comptait trente-cinq producteurs souhaitant fournir du foin. « Quand nous sommes prêts, nous appelons le producteur pour qu’il fauche et notre travailleur forfaitaire s’occupe d’aller presser. Nous avons deux travailleurs à forfait, l’un qui s’occupe de ratisser et presser, et l’autre qui s’occupe de ramasser les balles et de les transporter. Toute la manipulation du foin se fait à partir d’un grappin. Ce grappin, installé sur un tracteur de ferme muni d’un chargeur frontal, est utilisé pour le chargement au champ de wagons spécialement conçus pour le transport de foin en petites balles de 32 pouces », ajoute Tommy Bélanger, expert-conseil en productions animales à La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska.

Le séchoir comprend deux systèmes de séchage : un système bidirectionnel et un système unidirectionnel. Le système unidirectionnel est simple. L’air ambiant est réchauffé à l’aide d’un brûleur au propane. L’air entre par le haut du séchoir et est aspiré par le bas à l’aide d’un ventilateur centrifuge. Un ingénieux système de toile utilise le différentiel de pression produit par l’aspiration pour se coller à la masse de foin forçant ainsi l’air à passer au travers du foin plutôt qu’autour.

La seconde unité de séchage bidirectionnelle utilise le même principe de base (les chariots, les toiles et l’aspiration), sauf que le sens du flux d’air peut être inversé afin de réduire un séchage trop élevé sur les rangées du haut. En cours d’opération, l’ordinateur peut inverser le sens de l’aspiration selon des paramètres établis par les tests effectués par les ingénieurs.

Tommy Bélanger, expert-conseil à La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska

Chacune des deux unités de séchage peut recevoir un maximum de 864 balles de foin réparties sur quatre chariots spécialement conçus à cet effet. Le temps de séchage est variable puisqu’il dépend du taux d’humidité dans le foin à la réception.

La capacité de séchage visée est de 45 tonnes par jour, si son taux d’humidité est à un maximum de 20 %. « Nous visons un maximum de 12 % d’humidité dans nos balles », précise Tommy. Le foin séché et prêt pour l’expédition est conservé dans un entrepôt qui a une capacité maximale de 1500 tonnes soit 60 000 balles de 32 pouces et de 25 kilogrammes. L’idéal à atteindre est de 50 000 balles. La première saison du séchoir a commencé plus tard que prévu, soit le 24 juillet, ce qui fait que la quantité de foin totale recueillie est de 800 tonnes.



Étant donné que la production de grosses balles est plus grande chez les producteurs, des tests ont été effectués afin de connaître les résultats de cette pratique sur un format différent. « Les résultats sont surprenants. Il est possible de sécher 72 grosses balles carrées par séchoir. Nous avons réussi à diminuer l’humidité dans ces balles à 6 % dans un délai plus court que pour les petites balles. Nous allons donc travailler à obtenir les mêmes résultats sur les petites », raconte Francis.

Il y a toujours des difficultés, certaines prévisibles, d'autres non, lors de l'implantation commerciale d'une nouvelle technologie ayant été réalisée seulement à petite échelle dans des conditions expérimentales et contrôlées. « Certains choix ont été rectifiés en cours de route et d'autres validés, mais dans l'ensemble, le projet se déroule bien. Par contre, étant donné que le centre a débuté ses activités tardivement, certains aspects du projet n'ont pas été complétés, mais le seront en 2008 », explique René Morissette. « Quand tu es unique, tu ne peux pas te référer à personne. Si quelque chose se brise ou ne fonctionne pas bien, tu ne peux pas appeler quelqu’un d’autre qui pourrait avoir vécu la même chose et t’apporter un support », ajoute Jocelyn Boucher.

Le séchoir est la première étape d’un grand projet, car l’objectif est d’offrir une production différente aux producteurs intéressés de la grande région du Bas-Saint-Laurent. C’est pourquoi La Coop fédérée, La Coop Saint-Alexandre de Kamouraska, La Matapédienne, La Coop Purdel, La Coop Agriscar et Groupe Dynaco se sont associées pour former une compagnie, Haybec, qui a pour but la commercialisation du foin afin de pouvoir, à plus ou moins long terme, multiplier les séchoirs dans la région, c’est-à-dire faire en sorte que chaque coopérative se munisse d’un séchoir. « Le projet n’a presque pas de limite puisque nous pourrions même mettre en place une solution pour le foin non utilisé ou de moins belle qualité, faire des cubes pour les granules qui servent à chauffer des poêles, etc. », dit Francis.

Le Coopérateur s’apprête à terminer le reportage, mais il nous est impossible de mettre un point à la dernière phrase de notre conclusion sans lâcher un petit coup de fil à M. Castonguay pour savoir s’il a conclu une entente avec l’acheteur de la Floride. « Les balles sont parties en fin de semaine. Nous sommes vraiment contents. Ça termine bien la saison », affirme Francis.

Nous oserons quand même nous permettre de faire la comparaison suivante, que ce soit pour un centre de conditionnement physique ou un centre de conditionnement de foin, quand nous en sommes à notre première expérience, l’entraînement peut parfois être plus difficile, mais les résultats nous confirment malgré tout que c’était une bonne idée!
 
Le foin séché et prêt pour l'expédition est conservé dans un entrepôt d'une capacité maximale de 1500 tonnes soit
60 000 balles de 32 pouces et de 25 kilos.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés