En 25 années d’activités, la Fédération de la relève agricole du Québec a acquis une grande crédibilité auprès des décideurs de l’agroalimentaire. Ce ne sont certes pas les cheveux blancs de ses présidents (et une présidente) successifs qui ont permis cet accomplissement…

La FRAQ est le seul porte-parole de la relève agricole. Elle regroupe plus de 1500 jeunes âgés de 16 à 35 ans qui désirent ensemble améliorer les conditions d’établissement et souhaitent exercer la plus belle profession qui soit, celle d’agriculteur. Elle est dynamique et crédible parce que ses membres le sont. Elle a un pouvoir réel, celui d’influencer les décideurs.
 
Benoit Martin, président actuel de la FRAQ

« L’agriculture qu’on fait aujourd’hui c’est celle que l’on construit pour demain », lance Serge Lapointe, producteur laitier de Lambton en Beauce. À 34 ans il prend sa retraite définitive de la relève en février 2008 après 16 années au sein de la FRAQ, dont il fut président de 1998 à 2002. Un tournant selon lui fut la mobilisation de tous les membres, toutes productions confondues, afin de faire front commun pour l’obtention d’une aide à l’établissement en production laitière. Un acquis sur lequel on continue d’appuyer les revendications dans d’autres productions. M. Lapointe déplore toutefois la fermeture de certaines productions sur elles-mêmes, imposant un frein à l’établissement de nouveaux producteurs en leur sein.

Maintenir le nombre de fermes, une à la fois

Depuis 25 ans ces jeunes ont accumulé des réalisations et des gains concrets qui ont un impact direct sur leur établissement en agriculture. Citons : deux programmes d’aide à la relève laitière sous forme de prêt de quota laitier; le prêt à vie de 5000 pondeuses pour une relève non apparentée; un rabais de prélevé en production d’œufs d’incubation qui peut représenter jusqu’à 20 000 $ sur deux ans; un rabais de 25 % de cotisation à l’assurance stabilisation des revenus agricoles; la bonification des primes à l’établissement et la subvention au démarrage; les voyages en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. On peut en rajouter : la place réservée à la relève sur les syndicats de base et spécialisés; la reconnaissance de la relève agricole par la Loi sur les producteurs agricoles; un programme de mentorat; une structure d’accueil à la relève dans les bureaux du MAPAQ à travers le Québec; le volet Établissement et relève agricole de la Politique jeunesse du MAPAQ; un vidéo réalisé par le MAPAQ à l’intention des élèves de secondaire 3 mettant en vedette deux animateurs populaires de VRAK-TV…

Est-ce suffisant pour maintenir le nombre de fermes? La réponse est non selon la FRAQ. Mais les solutions sont là, à l’étude. Le président actuel de la FRAQ, Benoit Martin, rêve d’un capital patient qui servirait de capital au démarrage d’entreprise. Un outil intéressant dans un contexte où il faut près de 5 $ d’actif pour générer 1 $ de revenu brut.
 
Daniel Brodeur 1982-1984
Normand Marcil 1984-1987
Gil Leduc 1987-1989
Sylvain Martel 1989-1991
Nathalie Malo 1991-93
Jacques Demers 1993-96
René Duval 1996-1998
Serge Lapointe 1998-2002
Martin Landry 2002-2003
Emmanuel Destrijker 2003-2005
Benoit Martin 2005-

Aussi, un régime d’épargne transfert pourrait être mis en place avec le soutien de l’État, semblable au régime enregistré d’épargne études. D’autre part, « des discussions sont en cours auprès du ministère des Finances pour que la vente pour transfert ne soit pas considérée comme une capitalisation au même titre que le démantèlement de l’entreprise », ajoute le jeune président, producteur laitier et céréalier à Rivière-Ouelle. Il attend aussi avec impatience les résultats d’un vaste recensement visant toutes les personnes possédant 1 % et plus des parts d’une entreprise agricole et ayant entre 18 et 40 ans. Avec 96 % de taux de réponse, il est persuadé d’obtenir ainsi un portrait réaliste de la relève agricole au Québec pour appuyer les revendications futures.

« C’était difficile s’établir en 70, en 80, en 90, et c’est encore difficile aujourd’hui », remarque Nathalie Malo, agricultrice dans la région de Lachute, présidente de la FRAQ de 1991 à 1993 et seule femme à avoir occupé ce poste. « Les chiffres ont changé, mais les préoccupations sont les mêmes! » Présente au 25e anniversaire de la FRAQ, elle se demandait si ce constat devait la décourager ou non. « Si les préoccupations sont les mêmes, c’est qu’il y a encore des jeunes qui veulent s’établir en agriculture et ça motive la mobilisation. D’un autre côté, s’il n’y a pas plus de filles engagées aujourd’hui qu’avant, cela veut-il dire qu’il n’y aura pas plus de femmes actives en agriculture dans l’avenir? »

Boucler la boucle

Selon les estimations, 10 % des établissements en agriculture s’effectuerait par une relève non familiale, soit plus d’une centaine par année. En France où on a pris un peu d’avance à cet égard, 12 % des transferts de fermes se font par le biais d’une banque de fermes. Il est encourageant de constater que plus de 1000 jeunes issus des milieux rural et urbain s’inscrivent annuellement à un programme de formation en agriculture, un élément clé du succès de l’établissement.

Or aujourd’hui, plus de 20 % des producteurs agricoles québécois sont âgés de plus de 55 ans alors que seulement 10 % ont moins de 35 ans. L’analyse du Profil de la relève agricole révèle que plus de 200 entreprises n’ont pas identifié de relève familiale. C’est donc l’arrivée massive d’une relève non familiale qui assurera la pérennité de ces entreprises agricoles. Mais sommes-nous prêts?
 
Nathalie Malo demeure,
à ce jour, la seule femme à
avoir occupé la présidence
de la FRAQ – 1991 à 1993

Daniel Brodeur l’était. Il prépare le transfert éventuel de son entreprise au fils d’un voisin qui a vendu sa ferme et dont il avait acheté des terres.

« Je l’ai d’abord engagé comme employé, puis j’ai constaté son intérêt et son potentiel. Nous avons procédé à une première association l’été dernier et rien n’empêche que nous allions plus loin. » Cadet d’une famille agricole dont les aînés avaient repris la ferme, Daniel Brodeur était actif très jeune au sein de la relève. Au début des années 80, il a participé à la Fédération des syndicats régionaux de la relève et est devenu en 1982 le premier président de la FRAQ. Au même moment, il démarrait sa propre entreprise en grandes cultures et devenait directeur de l’Agrocentre Farnham.

Sans relève familiale, il est particulièrement bien placé pour comprendre les frustrations de chacune des parties. Chez ses clients aussi il sent un malaise. « On monte une entreprise dans l’espoir qu’elle nous survive. C’est déroutant si l’enfant n’est pas intéressé. Ça remet en question les plans de retraite. » D’un autre côté, il est conscient de toute l’aide dont un jeune a besoin pour bien démarrer son entreprise pour être aussi passé par là il y a 25 ans.

Nous savons que le secteur agricole se concentre et on perd deux fermes par jour au Québec. Ces pertes laissent un vide important dans les communautés rurales. « S’il reste cinq fermes au lieu d’une sur un rang, c’est autant d’emplois conservés, en plus d’un postier, et peut-être une école qui reste ouverte », martèle Nathalie Malo. Un peu partout dans la campagne québécoise des bâtiments désertés reprennent vie grâce à la bonne volonté des propriétaires et à la passion des jeunes. Quand tout le monde met l’épaule à la roue…

 
Serge Lapointe,
président de 1998 à 2002

D’hier à aujourd’hui
Dès les années 50, les jeunes agriculteurs se regroupaient au sein de la Jeunesse agricole catholique (JAC). En 1967, le premier véritable syndicat de la relève agricole voyait le jour au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dès 1973, l’UPA ouvre sa structure au groupe de relève et en 1982, les divers syndicats régionaux s’unissent pour former la Fédération.
La première édition du concours Agri-Génie fut organisée par des jeunes du Bas-Saint-Laurent en 1985. Par la suite, organisé par la FRAQ et ses partenaires, le premier concours régional s’est déroulé en 1987 et la première finale provinciale en 1988.
En juillet 2007, cinq représentants de la FRAQ participaient avec plus de 150 jeunes agriculteurs en provenance de 30 pays à la deuxième édition du Congrès mondial des jeunes agriculteurs tenu à Buenos Aires en Argentine.
Les voyages à l’étranger sont à l’origine de bien des initiatives par les jeunes de la relève. Enrichissants à tous les niveaux, ils ouvrent à des perspectives nouvelles.

Au 25e anniversaire de la FRAQ, les membres ont entonné en chœur la chanson suivante comme hymne à leur réalité. Quand la ville fait chanter la campagne…




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