Depuis plusieurs années, les entreprises agricoles du Québec ont entrepris le virage vert. Si certaines se contentent de respecter la réglementation, d’autres ont choisi d’innover et d’être à l’avant-plan en matière de protection de l’environnement, en optant, par exemple, pour la certification environnementale. Mais cette certification satisfait-elle les attentes?



La certification environnementale peut avoir plusieurs noms. La plus connue est certainement la norme ISO 14001. Il s’agit en fait d’un système de gestion environnementale volontaire élaboré par l’Organisation internationale de normalisation. De façon générale, la certification prend la forme suivante :

• Objectifs propres à l’entreprise;
• Planification;
• Mise en œuvre;
• Actions correctives et mesures de contrôle.

Une entreprise qui entreprend une démarche de certification ISO 14001 choisit non seulement de réduire les impacts négatifs de ses activités sur l’environnement, mais s’engage également à améliorer de façon continue sa performance environnementale.

Les coûts reliés à la certification d’une norme telle qu’ISO 14001 sont relativement élevés pour les petites entreprises agricoles (implantation et vérification par une firme externe). De plus, les composantes de la norme sont mal adaptées au secteur. Au Canada, deux initiatives ont été mises en place afin de remédier à ces problèmes :

1) La norme CSA Z771, élaborée par le Conseil canadien du porc (CCP) pour la gestion environnementale, adaptée spécifiquement à la production porcine.

2) La norme AGRISO, quant à elle, a été mise en place par le MAPAQ, l’UPA et le MDDEP entre autres, dans le but d’adapter la norme ISO 14001 aux caractéristiques de l’agriculture et de diminuer les coûts engendrés par son implantation. AGRISO promettait l’accès à un système d’accréditation environnementale crédible pour l’ensemble des producteurs agricoles. Le processus proposé dans AGRISO a été approuvé par le Bureau de normalisation du Québec (BNQ), lui-même accrédité par le Conseil canadien des normes (CCN).

La norme, composée de trois niveaux, permet en fin de compte d’accéder à ISO 14001.
Niveau 1 : Conformité réglementaire;
Niveau 2 : Prévention de la pollution et mise en place de plans d’urgence;
Niveau 3 : Certification ISO 14001.

L’objectif du projet était d’implanter et de valider le modèle sur 76 fermes québécoises. À la fin 2006, 40 fermes étaient certifiées pour l’un des trois niveaux. Aujourd’hui, seulement quelques fermes possèdent encore la certification. Une des conclusions du projet est que la certification présente peu d’avantages concurrentiels pour les producteurs qui y adhèrent. Ils n’y voyaient pas d’incitatifs en matière de plus value ou de rentabi-
lité. Les producteurs engagés dans le projet ont toutefois admis que le mécanisme n’était pas si compliqué à mettre en place. Il faut toutefois noter que le processus de certification, quel qu’il soit, exige des investissements en temps et en argent.

Un cas concret
La ferme J.-P. Dion et fils inc. de Saint-Liboire, en Montérégie, est la première et seule ferme porcine à être certifiée ISO 14001. Elle faisait également partie du projet pilote du CCP et est certifiée CSA Z771. L’entreprise compte 325 truies et une pouponnière puis fait aussi l’élevage de verrats pur sang. L’accréditation a permis à cette entreprise avant-gardiste de mettre en valeur les bonnes pratiques qu’elle avait déjà commencé à mettre en place. Bernard Dion y voit d’autres avantages non négligeables, même s’il avoue que les bénéfices économiques se font attendre (il faut compter environ 200 $ à 300 $ annuellement pour conserver son accréditation). Le certificat lui permet de faire plus que ce que la réglementation demande. Elle apporte également à la ferme une crédibilité au sens large. Par exemple, il remarque une attitude positive de la part des institutions financières qui reconnaissent la norme comme un gage de sérieux et de rigueur à la ferme.

Dans le cas de la norme CSA Z771, la ferme s’est fixé des objectifs environnementaux à atteindre:
Remplir les obligations prévues dans les lois et règlements ou les dépasser;
Éliminer les rejets de lisier dans les eaux de surface et les eaux souterraines par des sources ponctuelles;
Réduire, dans la mesure du possible, le ruissellement d’eau contenant du lisier vers les eaux de surface et les eaux souterraines par des sources diffuses;
Veiller à ce que l’épandage des engrais naturels respecte un plan d’épandage du lisier (PAEF);
Limiter, dans la mesure du possible, l’émission d’odeurs et de poussières provenant de l’exploi-tation porcine;
Limiter, dans la mesure du possible, la présence de vecteurs de maladies (ex. : mouches, rongeurs);
Assurer une gestion responsable des cadavres.

L’évolution et la performance de l’entreprise sont vérifiées annuellement en fonction des objectifs environnementaux. Des mesures correctives sont apportées si nécessaire.

Gestion environnementale, avec ou sans certification

Une meilleure gestion environnementale assure une amélioration de la performance de la ferme en matière de non-comformité et l’adoption de saines pratiques. On constate également une meilleure gestion en général, une amélioration de la productivité et une image préférable.

Un système de gestion environnemental est un outil intéressant afin de s’assurer du maintien de la conformité des objectifs fixés par l’entreprise.

Comme la pollution est souvent associée à une sous utilisation des ressources (gaspillage ou utilisation inadéquate)1, une gestion environnementale plus serrée devrait se traduire par une diminution des coûts. Par contre, une bonne gestion environnementale n’exige pas obligatoirement une certification. On peut y trouver de nombreux avantages, sans nécessairement passer par un processus de certification.

Dans un récent document intitulé Des billets verts pour des entreprises agricoles vertes?, on mentionne qu’une meilleure performance environnementale peut se traduire par une augmentation des revenus et une réduction des coûts. Cependant, ce ne sont pas tous les cas qui s’appliquent au secteur agricole. Ceci explique probablement en partie pourquoi les cas de certification sont encore très marginaux dans le secteur. Par exemple, si l’avantage est lié à un accès élargi à certains marchés, il l’est sans doute dans une moindre mesure que plusieurs autres secteurs d’activités.

Par contre, la différenciation du produit, parce qu’il est plus vert, est un réel avantage. Dans ce cas, la certification biologique est un exemple frappant où le produit (et le producteur) reçoit une valeur ajoutée. En revanche, une certification environnementale comme ISO 14001 n’apporte pas ce genre de plus-value. C’est également ce que constate M. Dion, de la ferme J.-P. Dion et fils inc. Il ne conseillerait pas nécessairement à un producteur agricole d’entreprendre l’implantation de la certification à ce moment-ci, les incitatifs n’étant pas au rendez-vous. À moins que la ferme ne fasse sa propre mise en marché et puisse donner une image verte à son produit. Bref, qu’elle puisse en faire un argument de différenciation.

Le mémoire de La Coop fédérée présenté devant la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire en 2007 allait un peu en ce sens. On y recommandait que toutes les fermes et toutes les entreprises alimentaires obtiennent la certification ISO 14001 d’ici cinq ans. Parallèlement, les produits importés devraient se conformer à des normes et standards équivalant à ceux exigés aux producteurs et transformateurs québécois.

Sur le plan de la réduction de coûts, notons, par exemple, des pratiques de conservation de sol plus respectueuses de l’environnement et qui sont également moins coûteuses. Une meilleure
gestion des ressources énergétiques est également souvent synonyme de réduction de coûts autant que réduction des impacts sur l’environnement.

À cet égard, l’utilisation de résidus agricoles comme source d’énergie permettra peut-être de réduire la pollution et les coûts d’énergie.

En conclusion, même si une entreprise ne se rend pas jusqu’à la certification, l’adoption d’un système de gestion environnemental est un outil des plus intéressants pour améliorer son empreinte sur l’environnement. L’avenir nous dira si la certification deviendra la norme…

1LANOIE, P. et LLERENA, D. Des billets verts pour des entreprises agricoles vertes?, septembre 2007.



Quelques définitions en bref

ISO 14001 : Système de gestion environnemental reconnu internationalement. Organisation internationale de normalisation.
AGRISO : Processus de certification dérivée de la norme ISO 14001 et menant, en trois étapes (niveaux 1, 2 et 3), à la certification ISO 14001.
CSA Z771 : Norme élaborée par le Conseil canadien du porc. Système de gestion environnementale propre aux exploitations porcines.
ISO 26 000 : Ligne directrice concernant la responsabilité sociale. Norme de développement durable. Norme attendue pour la fin 2009, mais ne menant pas à une certification.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés