Ce printemps à Saint-Gédéon, Métabetchouan et Laval, les Legault-Gendron, frères et cousins, répéteront les gestes transmis par les dix générations de cultivateurs qui les ont précédés en sol québécois.



Sur les 12 enfants et 35 petits-enfants qu’ont eus Jeannine Gendron et Jean-Guy Legault, plusieurs sont toujours en contact avec leurs racines agricoles de par leur formation ou leur métier. La Fondation de la famille terrienne leur a remis en 2007 le 51e titre de Famille agricole de l’année. « Mes parents ne sont pas les seuls à avoir su transmettre l’amour de la terre à leurs enfants, note le fils aîné de la famille, Robert. Mais dans les années 70, on disait qu’il n’y avait plus d’agriculture possible à Laval et les agriculteurs abandonnaient face au développement immobilier et aux expropriations… Mes parents, comme mes grands-parents avant eux, ont tenu le fort. Dans ce contexte, ce qu’ils ont fait est remarquable. »

Le territoire de Laval est à la fois ville et région agricole, technopole et capitale horticole, centre de transformation et de distribution, et milieu de recherche bioalimentaire. On y retrouve 4,6 % de la population québécoise. En 2004, 67 % de la zone est occupée par 161 exploitations agricoles qui couvrent 7337 ha dont 4000 cultivés. Le revenu agricole brut total est de 34,5 millions $ dont 86 % sont réalisés par 29 % des producteurs. L’agriculture à Laval fournit un emploi à temps partiel ou complet à 1100 personnes.

Normand Legault et son neveu Jean-François, fils de son frère Robert.

Une base solide
Bien que Jeannine Gendron ait quitté ses études pour prendre soin de sa mère malade, elle n’a jamais cessé de s’instruire. Avec son époux Jean-Guy Legault, ils étaient de véritables professeurs pour leurs enfants. Ils validaient les acquis avant de leur confier des tâches à la mesure de leurs capacités, afin de bâtir leur confiance en eux et leur autonomie. « Le partage, mais surtout la ténacité sont des valeurs que je tiens de mes parents », témoigne François, huitième de la famille, qui a aussi hérité de l’amour de la terre.

Robert n’a jamais douté de sa vocation agricole, quittant l’école pour se consacrer à la ferme. Pierre (9e) croit que la vie sur la ferme constitue un apprentissage enrichissant et formateur pour le corps et l’esprit. Que ce soit dans les Forces armées canadiennes ou à l’université en génie mécanique, il puisait la force de persévérer dans ces longues journées aux champs à désherber ou récolter, parfois sous un soleil de plomb.

Cette persévérance, Jeannine Gendron et Jean-Guy Legault la trouvent dans leur foi, qu’ils ont aussi transmise à leurs enfants. « Mes parents envisageaient les difficultés non comme des épreuves, mais comme des moyens pour avancer, sans toujours connaître les solutions », témoigne Martine, la 5e enfant de la famille. Lucie (6e) dira avoir reçu « le goût de la terre ». Pour elle, « si la terre est généreuse, il faut l’être aussi ». Louise se considère privilégiée d’avoir appris l’entraide et le sentiment d’accomplissement : « Contrairement à la plupart des enfants, nous, on constatait le travail accompli dans la journée. » Aujourd’hui, Martine est infirmière à l’hôpital Ste-Justine, alors que Lucie est responsable de la formation des couturières pour un cirque bien connu et Louise anime des activités parascolaires dans les écoles.

Le soir, tous étaient consultés sur la suite des travaux, semis ou récoltes. Les idées et solutions de chacun étaient prises en considération avec autant de valeur, peu importe l’âge. Selon Normand (2e), ces consultations favorisaient la confiance en soi et responsabilisaient chacun dans ses tâches. Les enfants ont tous participé aux besognes dès leur plus jeune âge, car le grand-père Laurent Victor ainsi que son fils après lui valorisaient le travail en équipe. Un des premiers souvenirs de Louise (10e) est de s’être appliquée à mettre les légumes en sacs la veille d’une livraison au marché.

« Il y avait de l’ouvrage pour tout le monde, se rappelle Normand. Le seul travail rémunéré pour tous était la cueillette des haricots, un travail ardu. Grand-père vidait sa chaudière dans celles des plus jeunes pour les encourager. »

L’héritage en héritage
Les Legault-Gendron sont héritiers d’une longue tradition familiale remontant au premier temps de la colonie et comptent actuellement parmi les familles québécoises les plus nombreuses. Qu’il s’agisse de Noël Legault dit Deslauriers, arrivé à Montréal en 1698, ou de Nicolas Gendron (Gendreau) dit Lafontaine, parvenu à Québec en 1656, les Legault-Gendron sont profondément attachés à la terre depuis plus de trois siècles.


Petit-fils de gentleman-farmer et fille d’apiculteur, Jean-Guy et Jeannine achètent en 1952, quelques mois après leur mariage, la ferme paternelle Legault située dans le rang Haut-Saint-François. Malgré les expropriations liées à l’arrivée de l’autoroute 25 et la pression immobilière, ils ont su tirer le meilleur parti de la terre disponible en s’orientant en production maraîchère. Avant-gardistes, ils ont modernisé graduellement les équipements et ajouté des entrepôts réfrigérés et serres afin de s’assurer un revenu à l’année provenant de leur exploitation agricole. Ils sont ainsi devenus emballeurs et ont développé une mise en marché directe aux épiciers.

À l’époque, la norme était tout autre comme le rapporte Jean-Guy Legault. « Il y avait 75 cultivateurs sur les trois rangs du village qui tiraient leur revenu de la ferme deux mois par année et allaient travailler en dehors pendant les 10 autres mois. » Comment intéresser les enfants à reprendre le flambeau et assurer la viabilité de l’entreprise dans ces conditions? « Notre force c’était la proximité du marché de Montréal, mais aujourd’hui ce n’est plus pertinent. Denis produit au Saguenay–Lac-Saint-Jean mais ses légumes transitent par Montréal avant de retourner là-bas. » (Voir l’encadré Les Legault du Nord)

Les bonnes et moins bonnes années se sont succédé alors qu’on essayait de nouvelles cultures et de nouvelles méthodes sous l’influence des enfants qui revenaient de l’ITA avec un bagage agricole prometteur. Le succès obtenu avec le chou-fleur et le poireau a permis à chacun de s’établir selon ses désirs.

Jean-Guy Legault et Jeannine Gendron sont aujourd’hui retraités et vivent à Saint-Vincent-de-Paul (Laval) dans la maison bâtie par le père de Jean-Guy, Laurent Victor, lorsque ce dernier a vendu la ferme à son fils en 1952. Jean-François, petit-fils de Jean-Guy et Jeannine, cultive à ce jour la terre ancestrale avec son père Robert, et rénovera puis emménagera en 2008 dans la demeure ayant vu naître son grand-père.

Hommage aux douze
Douze enfants sont nés du mariage de Jeannine Gendron et Jean-Guy Legault. Ils habitent Montréal, Laval, Magog, Châteauguay, Hébertville, Métabetchouan, Verdun, Saint-Élie-d’Orford, Brossard…
Ils sont camionneurs, propriétaire
de garderie, infirmière, costumière,
ingénieur, mécanicien, animatrice
parascolaire, employé de la construction, producteurs maraîchers.
Tous, ils ont contribué à façonner l’entreprise familiale en ce qu’elle
est aujourd’hui.
Robert (1953), Normand (1954), Denis (1955), Simon (1956),
Martine (1957), Daniel (1958),
Lucie (1959), François (1961),
Pierre (1962), Louise (1964),
Patricia (1965) et Jacques (1966).
 
Jacques Vincent devant le téléviseur qui retransmet les images de la caméra installée dans l'étable. Un suivi qui améliore la régie de troupeau.

La Fondation de la famille terrienne
Créée il y a plus de 40 ans, La Fondation de la famille terrienne a pour but premier de souligner les valeurs et les mérites d’une famille agricole québécoise au sein de laquelle l’agriculture se transmet de génération en génération. Les partenaires de la Fondation sont La Coop fédérée, la Fédération des caisses Desjardins du Québec, le Regroupement des familles agricoles lauréates et l’Union des producteurs agricoles.

Les Legault du Nord
Après avoir goûté à une association, les trois frères aînés Robert (1er), Normand (2e) et Denis (3e) ont décidé de récolter chacun de leur côté les fruits de leur labeur. Suite à son passage à l’ITA et à un stage dans la région du Lac-Saint-Jean, Denis prend la décision de s’y établir afin d’approvisionner le marché local en légumes frais. Son frère François (8e) le rejoint peu de temps après. Il est, depuis 1995, vice-président au conseil d’administration de sa Caisse Desjardins.

En 1982, il s’associe à deux autres producteurs maraîchers pour fonder Légunord inc. afin de se doter d’un pouvoir d’achat plus élevé, de centraliser l’emballage de carottes et de navets, faire la mise en marché et développer de nouveaux créneaux. Légunord inc. produit, emballe et distribue 30 % de ses récoltes maraîchères à travers tout le Saguenay–Lac-Saint-Jean, en plus de desservir les grandes chaînes d’alimentation du Québec et d’exporter aux États-Unis. Légunord est donc l’association de producteurs maraîchers la plus importante de sa région et l’une des plus prédominantes au Québec.

Pour la saison 2006-2007, la production totale de carottes a atteint 77 000 sacs de 23 kilos (50 livres) pour une capacité d’entreposage de 3000 tonnes métriques. L’entre-prise exploite aussi deux kiosques de vente à la ferme et met en place un système de traçabilité qui per-mettra de suivre les produits du champ jusqu’au client.

Les Legault du Sud
Pendant ce temps, à Laval, Normand Legault démarrait sa production maraîchère dont la spécialité est la fleur de courge. On y produit aussi des piments, poivrons et artichauts ainsi que des plants de légumes pour la vente au détail. Une de ses filles pathologie maraîchère alors que l’autre est experte-conseil pour La Coop Uniforce. Normand est 2e vice-président de la Fédération des producteurs maraîchers du Québec et membre de l’exécutif de la Fédération Outaouais-Laurentides et vice-président du Conseil régional de l’environnement de Laval.

En 2002, il a reçu en partenariat un prix Phoenix de l’environnement pour le compostage de résidus de fruits et légumes provenant de Moisson Montréal. Robert, l’aîné de la famille, a racheté la ferme familiale et l’exploite aujourd’hui avec sa conjointe Pauline et un de ses enfants, Jean-François. Leurs spécialités sont le maïs sucré, le chou-fleur et le poireau, mais la production est très diversifiée pour alimenter leur kiosque de vente au détail en légumes frais,potées fleuries et plants de légumes. Robert a été président de la Société d’agriculture de Laval et est trésorier du club agroenvironnemental Fermes en ville.

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