Choisir l’Abitibi comme région agricole, ils sont plusieurs producteurs à y avoir pensé. Yves Patry et Chantal Émond ont quitté leur Outaouais natal pour cette contrée. Et ils ne le regrettent pas.



La première question semblait évidente : pourquoi déménager votre ferme bovine ici, en Abitibi? « On voulait agrandir parce qu’on était toujours trop petit pour bien vivre de la ferme. On a donc mis une pancarte au chemin. Ç’a fait plus de place pour les autres producteurs de l’Outaouais », raconte Yves Patry.

« Il y avait aussi la pression des touristes venus pour les lacs du nord de l’Outaouais. En plus, c’était rendu que les voisins se plaignaient de tout, même de nos vaches qui beuglaient! »

« Ç’a été un choix difficile de s’éloigner des grands centres, poursuit Yves, mais on ne le regrette pas. Ici, il n’y a pas de pression sociale. On a même été bien accueillis par les voisins, dont l’un est François Galarneau, de la Ferme Lise et Ghislain Galarneau. François est aussi notre conseiller de La Coop Amos. »

Le couple a donc acheté une ancienne ferme laitière. Les bâtiments sont très fonctionnels et la capacité d’entreposage des grains très élevée.

« La ferme est presque trop bien équipée. C’est un joyeux problème! » s’exclame Yves Patry.Et le mal du pays? Yves ne s’apitoie pas sur son sort, et pour cause : il est déjà pompier volontaire dans sa municipalité, signe de son intégration rapide. « Ce qui me manque le plus, se sont les érables et les montagnes. » Au moins, les Barrautois ont le Mont Vidéo, l’un des rares endroits où on peut faire du ski alpin ou du surf des neiges dans cette région.

Du sang autochtone
Yves et sa conjointe Chantal Émond ont tous deux des racines autochtones, algonquines pour être plus précis, de la région de Maniwaki. Cette même nation algonquine mise en lumière par le chanteur et cinéaste engagé Richard Desjardins dans son documentaire « Le peuple invisible ». Une nation pas des plus prospères, faut-il le rappeler…

Yves et Chantal ont donc pu bénéficier d’un coup de pouce financier de la Société de crédit commercial autochtone, une entité du ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada qui vise à stimuler les initiatives économiques de personnes issues des communautés autochtones. Chantal a également terminé un certificat en production bovine en 2005, ce qui fut utile à leur démarrage.

Justement, lorsqu’ils ont démarré en production bovine, le troupeau comptait 40 à 50 vaches croisées commerciales. Aujourd’hui, Yves a fait passer le nombre de têtes à 150, grâce notamment à l’aide d’une coopérative abitibienne d’acquisition de bovins, qui finance l’achat d’animaux. Une initiative ayant pour but d’aider les producteurs à prendre de l’expansion en augmentant leur cheptel et du coup, l’espère-t-on, l’autoapprovisionnement en viande bovine du Québec.

Yves et Chantal se concentrent actuellement à la production de veaux au poids de 227 kilos
(500 livres), mais ils aimeraient produire éventuellement des bouvillons semi-finis de
386 kilos. Quant aux cultures, Yves sème de l’avoine, de l’orge et récolte du foin pour le troupeau. Il achète aussi les surplus de foin des voisins.

Le géant dormant
Le couple aimerait éventuellement produire des bouvillons semi-finis de 386 kilos.

Les grandes superficies cultivables largement disponibles de l’Abitibi font dire à Yves que ce coin de pays est un « géant dormant », c’est-à-dire que les possibilités en production bovine sont si grandes qu’elles font penser à l’Ouest canadien, les ressources hydriques en plus. Les plus gros troupeaux vaches-veaux de la province se trouvent d’ailleurs dans cette région où il n’est pas rare d’y rencontrer des troupeaux de 500 vaches et plus.

En 2007, un peu plus d’une vache de boucherie sur dix se trouvait en Abitibi-Témiscamingue, selon Statistique Québec.

Côté climat, s’il est vrai que la saison végétative est plus courte, les nuits fraîches de l’été abitibien permettent en revanche d’obtenir des grains plus pesants, mieux remplis, selon Yves Patry. Les grains « échaudés » sont aussi plus rares.

« Quand je m’en vais en tracteur, j’ai des idées… », confie Yves Patry. L’une d’elles : développer une mise en marché directe pour son bœuf et ses vaches de réforme, question de se rapprocher des consommateurs. Autre idée qui bringuebale dans sa tête quand il pilote son tracteur : semer du canola ou du… sorgho! Rien n’arrête celui qui avait déjà mis à son plan de culture le soya et le maïs, alors que la ferme était située à Montcerf-Lytton, en Outaouais. Sait-on jamais, avec le sorgho, le rendement en fourrages pourrait être plus intéressant qu’avec les plantes fourragères traditionnelles…
 
Pour se rapprocher des consommateurs, Yves songe à développer une mise en marché directe pour son bœuf et ses vaches de réforme.


Barraute, pas un trou!

Le site Internet de la Commission de toponymie du Québec nous apprend que le nom Barraute provient d’un officier du régiment de Béarn de l’armée commandée par Montcalm. Pierre-Jean Bachoie, dit Barraute (1723-1760) a été blessé deux fois lors de la bataille des Plaines d’Abraham (septembre 1759) et est mort en mai 1760 au cours de la bataille de Sainte-Foy. C’est en 1916 que les premiers habitants arrivent à Barraute. En 1918, trente familles y habitent, alors qu’aujourd’hui, un peu plus de 2000 âmes y vivent, et y vivent très bien! En 2005, la venue des Jeux du Québec dans la grande région d’Amos aura permis de moderniser plusieurs équipements sportifs et infrastructures. C’est maintenant la population entière qui bénéficie des retombées bienheureuses des Jeux, dont Solveil, 11 ans, et Malcolm, 6 ans, les deux petits athlètes de Chantal et Yves.

Enfin, qui dit Barraute dit aussi La Foire du Camionneur de Barraute. Cette activité qui a lieu chaque année à la fête du Travail attire au bas mot 20 000 amateurs de testostérone sur dix roues. Au programme : courses de camions chargés ou non, musique country et spectacles pour toute la famille. www.lafoireducamionneur.com


L’abattoir mobile

En achetant la ferme, Yves s’est trouvé à acquérir du coup l’un des trois sites de réception d’animaux de l’abattoir mobile de l’Abitibi-Témiscamingue, un grand corral intérieur. L’idée est simple : comme la région ne regorge pas d’abattoirs et que le territoire est vaste, un groupe d’affaires de Val-d’Or, en collaboration avec le MAPAQ local, a pensé faciliter la tâche aux producteurs qui font eux-mêmes leur mise en marché en délocalisant le plus près possible de chez eux l’abattage du bœuf, du mouton, du bison, du cerf, du porc, etc. Comme son nom l’indique, l’abattoir est mobile; il est carrément installé dans un camion remorque.

Les abattages se font sous supervision constante d’un inspecteur alimentaire et d’un vétérinaire du MAPAQ, comme l’exige son permis C1. L’abattoir mobile facture ensuite les services d’abattage utilisés aux producteurs. Mais le projet, pour survivre, aura besoin de la participation de plus d’éleveurs. À sa troisième année d’opération, l’abattoir ne roule en fait qu’une journée ou deux par semaine et souffre d’une certaine sous-utilisation. Avis à ceux qui aimeraient se prévaloir de ce service très original.

Vive les cendres de l’Abitibi!

En Abitibi, et au Québec en général, les terres sont acides. Pour corriger cette acidité et comme les mines de pierre à chaux sont inexistantes dans la région, il en coûte plus cher de chauler les terres en raison du coût du transport de la chaux, coût avoisinant les 30 $ par tonne selon François Galarneau, expert-conseil à La Coop Amos. Certains producteurs choisissent donc de recourir à un substitut pour chauler les terres : les cendres de bois. Elles proviennent d’usines de cogénération où l’on brûle les résidus forestiers (écorces) pour produire de l’électricité. Les cendres générées sont riches en éléments minéraux (5 kg/t de phosphore, 13 kg/t de potassium). Elles ont aussi un certain pouvoir tamponnant de l’acidité du sol. Les cendres ont beau être moitié moins efficaces que la chaux agricole, leur coût de revient plus faible en font un amendement intéressant.

« Les cendres présentent cependant certains inconvénients sur le plan de leur teneur en minéraux élevée, qui peut augmenter considérablement la teneur des fourrages en potassium notamment, et ainsi causer des risques de fièvres de lait plus élevés, indique François Galarneau. Il faut donc savoir les gérer adéquatement. De plus, malgré son prix plus élevé, la chaux a cependant toujours sa place, selon le secteur de production et le groupe d’animaux pour lesquels les fourrages sont destinés. »Grâce aux cendres, Yves pense avoir un pH de sol assez élevé pour cultiver de la luzerne, qui se plaît à un pH de plus de 6,5. En attendant, c’est le mélange graminées et trèfle rouge qui prévaut dans ses prairies.


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