C’est à dos de chevaux canadiens que la cavalerie du Service de police de la ville de Montréal patrouille dans les parcs et rues de la métropole. Docile, robuste, agile et vaillant, le cheval canadien répond tout à fait aux besoins des agents de la paix.



C'est en 1995 que la cavalerie l’adopte.
« Le cheval canadien est curieux, il apprend vite et son intelligence puis sa force sont au-dessus de la moyenne de plusieurs autres races de chevaux », indique Marie-France Lamy, agent patrouilleur, cavalier senior au Service de police et responsable de l’entraînement des chevaux et des cavaliers.

La cavalerie de Montréal, fondée en 1885, possède aujourd’hui dix chevaux canadiens, dont huit sont formellement enregistrés. De très beaux spécimens, tous confortablement logés dans une écurie située sur la voie Camilien-Houde qui traverse le parc du Mont-Royal.

Dix chevaux. Dix policiers cavaliers. Chacun d’eux a l’entière responsabilité de sa monture. Une réelle complicité se développe entre le maître et la bête.
 
Diablo et Marie-France Lamy, cavalier senior au Service de
la police et responsable de l'entraînement des chevaux
et des cavaliers.
Disons plutôt de l’amour. Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsqu’on voit avec quelle attention ils les préparent pour la patrouille. Pour en prendre soin, on retient aussi les services de trois palefreniers, d’un vétérinaire et d’un maréchal-ferrant.

Contrairement à la croyance populaire, la robe du cheval canadien n’est pas que noire. Elle peut aussi être brune, baie, alezan, blonde et même blanche. À la cavalerie, on préfère la robe noire ou baie foncée. Chacun ses goûts, car l’allure du cheval et son attitude, elles, ne changent pas.

Et c’est pour ces caractéristiques qu’on craque. Hiver comme été, les chevaux sont utilisés pour la gestion de foules, les fêtes de quartiers et pour circuler dans les endroits inaccessibles en voiture. Sociable, le cheval canadien a un fort besoin d’interagir avec les humains. Selon la police, c’est ce qui en fait la race tout indiquée pour patrouiller. « En matière de relations publiques et pour l’image qu’il projette à la population, un policier à cheval a davantage la cote que celui assis dans une voiture, fait remarquer Marie-France Lamy. C’est le jour et la nuit. Les gens sont très attirés par les chevaux. Les contacts se font beaucoup plus facilement. »

C’est Paul Coutu, éleveur à Saint-Thomas de Joliette, qui a fourni le tout premier cheval canadien à la cavalerie de Montréal, en 1995. Gaillard. Un grand garçon de cinq ans.

L’éleveur est réputé pour bien figurer lors des concours d’attelages de trois, quatre ou six chevaux canadiens présentés dans les foires agricoles de Saint-Hyacinthe, Trois-Rivières et Québec. « Pour qu’ils soient plus performants à l’attelage, on les travaille aussi à la selle, dit-il. Et comme ils paradent dans les foires agricoles, ils ont l’habitude des foules, de la musique, des applaudissements. Quand un cheval a fait une, deux ou trois années à ce rythme, on peut l’utiliser en toutes circonstances. Gaillard était un de ceux-là. Il était parfait pour la police de Montréal. Très exigeante dans le choix de ses chevaux, elle peut en voir des dizaines avant de conclure un marché. Elle ne veut surtout pas de tempérament nerveux. »

En plus de devoir faire preuve de calme, les chevaux de la cavalerie doivent avoir de bons genoux et de bons pieds en raison des surfaces dures, telles que le béton et l’asphalte, sur lesquelles ils doivent fréquemment marcher.

Paul Coutu a vendu cinq chevaux à la cavalerie. Il ne s’agissait pas de commandes précises. Quand il constatait qu’un cheval possédait les caractéristiques recherchées par la police, il la lui offrait.

La cavalerie de Montréal s’approvisionne exclusivement auprès d’éleveurs et de particuliers. Balthazar, Black Jack, Héros, Sultan et Brin d’or, pour ne nommer que quelques-uns des chevaux que l’on retrouve à l’écurie, proviennent tous de fermes équines québécoises.

La cavalerie ne se procure aucun cheval âgé de moins de quatre ans et dont la hauteur au garrot n’est pas d’au moins 15,3 mains, une main équivalant à 4 pouces (10 centimètres). Selon le site Canadian Horse Link, qui met en relation vendeurs et acheteurs de chevaux canadiens, la hauteur de la race varie toutefois de 14 à 16 mains.

« Toutes les grandes villes d'Amérique du Nord possèdent leur cavalerie, fait savoir Marie-France Lamy. Certaines pensent même utiliser davantage de chevaux, car ils s'avèrent plus efficaces que les voitures dans de nombreuses situations. »

Germain Laberge, éleveur à Mayo dans l’Outaouais, a aussi vendu cinq chevaux canadiens à la cavalerie de Montréal. Les chevaux de son élevage, dont certains ont trouvé preneur auprès de la police de Calgary et de villes du New Hampshire, ont remporté de nombreuses compétitions d’attelage et d’équitation à travers le monde. « La hauteur au garrot est une question de mentalité, mentionne l’éleveur qui possède 65 sujets de race pure. Certains acheteurs préfèrent un cheval canadien plus petit et plus costaud, tel qu’il était à ses origines, alors que d’autres optent pour un cheval plus élancé qui convient mieux, par exemple, au cavalier de grande taille. »
L’histoire du cheval canadien en Amérique remonte au temps de Louis XIV. C’est le roi Soleil qui, en 1665, envoya les premiers chevaux en Nouvelle-France. Deux étalons et 12 juments. Au total, jusqu’en 1671, 81 chevaux y seront expédiés par la France. C’est en multipliant les croisements entre eux, ainsi qu’avec d’autres races, et bien souvent laissés aux bons soins du hasard, qu’on en vint, au fil des années, à développer la race canadienne. Le cheval canadien a été surnommé le petit cheval de fer en raison de la très grande endurance qu’il a toujours démontrée à effectuer, sans rechigner, les durs travaux de la terre, le transport de marchandises et celui des habitants. On l’a aussi utilisé à des fins militaires. Montcalm montait un étalon canadien lors de la célèbre bataille des plaines d’Abraham.

Avant d’entreprendre formellement son apprentissage à la cavalerie, le cheval est mis à l’essai pendant environ un mois. On vérifie alors ses aptitudes en milieu urbain et son comportement à l’écurie. Une fois cette étape passée, l’entraînement commence. « Préparer un cheval aux exigences de la cavalerie est un processus qui s’échelonne sur une période d’un an, indique Marie-France Lamy. Il faut habituer les chevaux à un environnement qui ne leur est pas familier.

Le bruit, la circulation, les travaux de construction, toutes choses que l’on retrouve dans une grande ville intimident le cheval qui est de nature sensible et craintive. Un simple passage pour piétons suffit parfois à le faire hésiter. On commence la désensibilisation en lui montrant divers objets, tels que de gros ballons, des couvertures et des cerceaux de couleur. On lui fait aussi entendre des bruits peu usuels à son oreille. Viennent ensuite les sorties sur la montagne, puis en ville.

Il faut procéder graduellement, car le premier instinct du cheval devant l’inconnu, c’est la fuite. J’essaie de lui faire comprendre qu’il a le droit d’avoir peur, mais qu’il ne peut pas se sauver. »

Un élément important lorsqu’on sait que les chevaux de la cavalerie peuvent aussi servir lors de manifestations plus corsées où il y a risque de violence et de désobéissance civile. Seul devant une horde hurlante, le cheval hésitera. Avec des congénères à ses côtés, il ira de l’avant. Quatre ou six chevaux qui avancent de front, ça impressionne une foule. Au cours d’une émeute dans les années 70 où la situation avait dégénéré, certains chevaux de la cavalerie ont malheureusement eu la peau lacérée à coups de lames de rasoir. Un mal pour un bien. Depuis, les chevaux qui patrouillent dans des conditions risquées sont bien en sécurité. Une couverture à l’épreuve du feu, de l’acide et des perforations recouvre leur corps. Leurs yeux sont protégés par une visière et leurs pattes munies de guêtres protectrices.

« Toutes les grandes villes d’Amérique du Nord possèdent leur cavalerie, fait savoir Marie-France Lamy. Certaines pensent même utiliser davantage de chevaux, car ils s’avèrent plus efficaces que les voitures dans de nombreuses situations. »

Et à Montréal? « On y pense aussi », mentionne celle qui passait les étés de son enfance sur la ferme d’un de ses oncles, propriétaire de chevaux.

En 1981, près de 100 ans après la mise sur pied de la cavalerie, la Ville de Montréal avait cherché à s’en départir, notamment pour des questions de coûts. Mais une pétition de 140 000 noms, dont certains plutôt influents, en faveur de son maintien a eu raison de cette idée. Un rapport est d’ailleurs venu corroborer peu de temps après qu’il s’agissait du moyen le plus efficace de patrouiller dans les espaces verts de la ville. Davantage de chevaux dans les rues de Montréal, voilà qui ne déplairait pas aux éleveurs d’ici…


Priorité aux chevaux

Jusqu’à tout récemment, selon le Code civil du Québec, le cheval avait encore priorité sur de nombreuses routes du Québec. Aussi, en théorie toutefois, hôteliers et aubergistes étaient-ils tenus de prendre soin du cheval d’un voyageur, soit le nourrir et le loger, s’il présentait sa monture à la réception.


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