Au cours des dernières décennies, les pressions exercées sur les entreprises se sont accentuées. En plus de devoir rivaliser avec une concurrence de plus en plus féroce, elles doivent maintenant répondreaux exigences accrues des consommateurs et des gouvernements, notamment celle de produire du « beau, bon, pas cher » tout en respectant les principes du développement durable. Des entreprises trouvent tout de même des moyens de faire face à ces pressions et d’être rentables. Observons de plus près certains de ces moyens en lisant la conversation de deux dirigeants de PME.



M. Tremblay : Bonjour Gagnon! Ça fait du bien de te voir. Alors, comment vont les affaires?

M. Gagnon : On continue sur la lancée des dernières années, nos revenus augmentent, notre roulement d’employés est au plus bas, et surtout, depuis que nous avons changé nos façons de faire, notre bilan environnemental s’est bien amélioré et la communauté avoisinante est satisfaite.

M. Tremblay : Tu m’intrigues et m’impressionnes! Comment faites-vous?
M. Gagnon : C’est simple, nous sommes devenus écoefficaces!

M. Tremblay :Éco quoi?
M. Gagnon :Écoefficace, éco pour économie et écologie. Il s’agit d’atteindre nos objectifs de performance économiques tout en diminuant l’impact de nos activités sur l’environnement. C’est un concept de gestion bien simple : faire mieux avec moins!

« L'écoefficacité consiste à offrir des biens et des services à des prix compétitifs qui répondent aux besoins des hommes et leur apportent une qualité de vie, tout en réduisant progressivement les impacts environnementaux et la quantité des ressources naturelles nécessaires tout au long du cycle de vie des produits pour atteindre finalement un niveau qui soit en harmonie avec ce que peut supporter durablement la planète. »

M. Tremblay : Qu’est-ce qui vous a mis sur cette voie?
M. Gagnon : L’entreprise stagnait, notre performance financière allait en diminuant et notre dépendance aux matières premières ne cessait d’augmenter. De plus, il fallait se démarquer de la concurrence. Nous avons pris conscience que des changements s’imposaient. C’est lors d’une discussion comme la nôtre que j’ai entendu parler d’écoefficacité. Voici un graphique (voir ci-contre) te montrant ce qui arrive globalement lorsqu’on entreprend une démarche d’écoefficacité.Les courbes pleines établissent la situation actuelle alors que les pointillés illustrent l’évolution après l’adoption des changements. La performance financière continue de croître et l’utilisation des ressources et la pollution diminuent, ce qui engendre un impact positif sur la qualité de vie.

M. Tremblay :Ça me semble presque idyllique. D’où vient ce nouveau concept?
M. Gagnon : Directement des dirigeants d’entreprise! En 1992, il y a eu un grand sommet en environnement (le sommet de Rio) et on leur a demandé d’exprimer leur opinion. C’est en se regroupant pour ce sommet qu’ils ont fait naître ce concept et formé le World Business Comittee on Sustainable Development (WBCSD) qui donne plein d’exemples d’écoefficacité dans les entreprises.

M. Tremblay : Et c’est en étant écoefficace que ton entreprise irait aussi bien?
M. Gagnon : En fait, il s’agit avant tout d’un concept d’affaires qui a trois objectifs :
1. Accroître la valeur du produit ou du service;
2. Optimiser l’utilisation des ressources;
3. Réduire les impacts sur l’environnement.
Revoir nos façons de faire dans cet esprit-là nous a beaucoup aidés.

M. Tremblay : Je comprends, mais qu’est-ce qui vous a poussé à ces changements?
M. Gagnon : Il y avait plusieurs raisons. Nous devions répondre aux exigences croissantes de la législation, de nos clients, de nos voisins, mais aussi de nos employés. Il nous fallait donc réduire nos coûts, stimuler nos employés et améliorer notre image.

M. Tremblay : C’est exactement ce à quoi nous faisons face en ce moment. Quels seraient tes conseils pour entamer une démarche d’écoefficacité?
M. Gagnon : Vous allez devoir être créatifs et repenser tant vos façons de faire que le produit que vous faites. Pour vous guider, il existe sept principes de base à considérer :
1. Réduire la consommation de matières pour la production de biens et de services;
2. Réduire la consommation d’énergie pour la production de biens et de services;
3. Réduire les émissions toxiques;
4. Concevoir les produits pour qu’ils soient plus facilement recyclables;
5. Maximiser l’utilisation des ressources renouvelables lors de la production de produits
et de services;
6. Accroître la durabilité des produits et les rendre plus facilement réparables;
7. Concevoir des produits à usages multiples qui peuvent être facilement mis à jour.

M. Tremblay : Finalement, ce n’est pas tellement compliqué, voici ce que tes explications m’inspirent : si je comprends bien, il est possible d’être écoefficace en repensant le produit, en revoyant le procédé, en s’assurant de comprendre ce que le client désire, et en valorisant les sous-produits de ma production (voir illustration ci-dessous).


M. Gagnon : C’est exactement ça! Les opportunités en matière d’écoefficacité passent par l’optimisation des procédés, le recyclage des résidus, l’offre de nouveaux services, la mise en commun des ressources et l’innovation.

M. Tremblay : C’est vraiment un concept intéressant. Ça me donne plusieurs idées à présenter à l’ensemble de mon équipe :
• Connaître les besoins du client comme les espèces animales et végétales demandées ainsi que la demande de produits spécifiques;
• Identifier des produits qui offrent une valeur ajoutée, qui sont meilleurs pour la santé, qui se conservent plus longtemps, et quigénèrent moins de déchets;
• Réduire les matières premières utilisées, par exemple : utiliser moins d’emballage et utiliser des matériaux recyclés ou recyclables…
M. Gagnon : Bravo!

M. Tremblay : Attends, ce n’est pas tout. Je pense aussi à :
• déterminer quelle espèce animale ou végétale est la plus adaptée au secteur et offre le meilleur rendement;
• identifier les étapes du procédé où il y a des pertes de matières premières et produits finis comme la machinerie défectueuse et les pratiques inadéquates tout en exécutant un entretien préventif;
• considérer l'achat d'équipements moins énergivores;
• identifier les produits dangereux utilisés dans le procédé et vérifier s'il en existe des moins nocifs tout en les éliminant selon les préceptes de la législation.
M. Gagnon : Voilà encore de belles initiatives.

M. Tremblay : Merci. Plus j’en parle, plus il y en a qui me viennent à l’esprit.
• Optimiser l'utilisation de produits phytosanitaires en ciblant les cultures à traiter et la meilleure
période pour l'application;
• Adopter des pratiques qui réduisent le gaspillage d’eau;
• Optimiser le transport pour réduire la consommation de ressources non renouvelables et réduire les émissions atmosphériques;
• Regarder la possibilité d'utiliser des sources d’énergies renouvelables parmi l’énergie solaire, l’éolien, la géothermie, etc.;
• Recycler les déchets issus du procédé;
• Composter nos déchets putrescibles, les réutiliser ou les vendre comme amendement.
M. Gagnon : Je crois que tu es bien parti. Alors bonne chance et souviens-toi que l’écoefficacité c’est :
• d’apporter plus de valeur en minimisant les impacts à l’environnement;
• de s’assurer que l’augmentation de notre qualité de vie ne se fasse pas au détriment des ressources naturelles;
• d’augmenter autant l’efficacité économique qu’environnementale (écologique).

Sources :
World Business Council on Sustainable Development, Creating more value with less impact, octobre 2000.
Industrie Canada, L’éco-efficacité : Un fin sens des affaires, 2002, http://strategis.ic.gc.ca/e2.
Agence de promotion du Canada atlantique, Devenir une entreprise écoefficace, 2007,
www.acoa-apeca.gc.ca/f/sustain/tools.shtml.
LEFEBVRE, A., W. EILERS et B. CHUNN (éd.), 2005. L’agriculture écologiquement durable au Canada :
Série sur les indicateurs agroenvironnementaux – Rapport no 2, Agriculture et Agroalimentaire Canada, Ottawa (Ontario).


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